: accès à une illustration ou un court texte, ou verte
: accès à une planche BD, ou jaune
: accès à une page Wikipédia, ou bleue
: accès à un document pdf de plusieurs pages, ou grise
: renvoi à l'intérieur de la page, ou qu'il ne soit précédé d'aucune pastille : accès à un autre type de page.
Martin de Tours, né Martinus en 316 en Hongrie, alors Pannonie, considéré comme un saint de son vivant, décédé en 397 à Candes en Touraine, a exercé la charge d'
évêque de Tours à partir de 371, succédant à Lidoire qui se révèle être le premier évêque de ce diocèse, comme il va être expliqué en ce premier chapitre. 17 siècles se sont écoulés depuis et la marque laissée par cet homme reste prégnante, que ce soit dans la ville de Tours, la province Touraine / Val de Loire, dans le pays Gaule devenu France / Allemagne, en Europe et même au-delà. Après avoir retracé ce que l'on sait de sa vie et esquissé le culte qu'il a généré, nous suivrons ces 17 siècles sous une vision tourangelle, avec pour fil directeur les quatre basiliques successives que les Tourangeaux lui ont dédiées, leur évolution, celle du culte, celle de la vie d'une cité qui l'avait choisi et qu'il a servie. Tout cela aboutit à une sorte d'encyclopédie de Martin de Tours, un portail illustré débouchant sur des livres en pdf ou en papier et sur des sites permettant de prolonger la présente étude.
Grégoire de Tours (19ème évêque de Tours, de 573 à 594). En décembre 1980, une thèse (cf.
ci-après) de Luce Pietri, éditée en 1983 sous le titre "Tours du IVème au VIème siècle" a rétabli des faits plus proches des documents du Vème siècle, dénonçant ce qui apparaît légendaire et contraire aux faits historiques reconnus. C'est ainsi qu'il apparaît très probable que Gatien n'ait pas existé, ou n'ait pas exercé comme évêque (pages 31 à 33). Luce Pietri est même catégorique : "Quelque soit sa provenance, le nom de Catianus [Gatien] ne saurait en tout cas être maintenu en tête de la liste épiscopale de Tours". La
cathédrale de Tours serait donc dédiée à un personnage imaginé par Grégoire de Tours ou inventé par quelqu'un en qui il avait confiance, éventuellement inspiré d'un personnage réel. Il pourrait notamment être le premier chrétien arrivé à Tours, mais sans y jouer un rôle d'évêque ni même de prêtre ayant quelque audience. Tout ce qu'on raconte sur Gatien, par exemple sur cette page du site Réflexion chrétienne, apparaît historiquement faux.
La longue liste des prélats tourangeaux Voici un vieil écrit en latin, le "Sancta et Metropolitana Ecclesia Turonensis" de Jean Maan, daté de 1667. L'auteur a eu accès à des documents d'archives dont nombreux ont été perdus à la Révolution ou lors de l'incendie de la bibliothèque de Tours en 1940. Il présente quatorze siècles de la vie des évêques de Tours, à commencer par plusieurs (très grandes) pages sur Gatien. Une seconde partie traite de l'histoire des conciles et synodes tenus dans la province ecclésiastique. Cet imposant ouvrage (dont sont tirées ces deux photos, la seconde présentant le liste des évêques de Tours selon Grégoire) est disponible à la librairie ancienne Denis de Tours (en octobre 2019 + catalogue avec livres sur la Touraine). Une traduction de Paul Letort a été publiée, à tirage très restreint, en 1997 (éd. du Python).
|
ci-après le chapitre sur Armence). Sur ces bases, voici les deux listes des premiers évêques de la capitale martinienne, avec les liens vers Wikipédia (qui se base encore en 2020, sur la liste de Grégoire) et dates d'exercice de la fonction :
|
La non-existence de Gatien recueille maintenant un large assentiment des historiens, comme le montre cette notule de Henri Galinié dans le livre Ta&m 2007 (page 285).
|
Lidoire, le premier évêque de Tours. A gauche, fresque par Louis de Bodin de Galembert, avant restauration [oratoire du musée des Beaux-Arts de Tours, 1872, "La légende saint Martin au XIXème siècle" 1997].
Au centre, vitrail de l'église Notre Dame la Riche de Tours (lien)
A droite, statue de l'église Notre Dame des Essards en Touraine (lien).
+ vitrail de Lux Fournier 1912 dans l'église St Martin de Tauxigny, entre Tours et Loches (lien).
|
Sanctus Lidorius sous la coupole de l'actuelle basilique Saint Martin de Tours, fresque de Pierre Fritel.
| |
Jacques Fontaine) et rapporteur (
André Chastagnol), approuvant ses travaux, est une remarquable étude critique. Il est peu compréhensible qu'un tel travail n'ait été reconnu que dans un cercle restreint d'érudits et que ses conclusions n'aient pas changé la vision que l'on a de cette séquence d'évènements. Sulpice Sévère et Grégoire de Tours furent pour Martin des
panégyristes plus que des historiens. Leurs récits doivent être considérés selon une "critique raisonnée et tempérée", comme l'a écrit Luce Petri et comme l'a fait Jacques Fontaine en sa traduction commentée de Sulpice Sévère en 1969 et en un
article de 2005 sur la place de la Vita Martini dans la littérature.
SAT 1995] considère qu'il y a eu "usurpation" : la cathédrale devrait s'appeler Saint Maurice comme avant 1310 et comme, au même endroit, l'église du temps de Martin. Pire, raconté par Lelong, un
conte à dormir debout sur la vie de Gatien fut colporté et approuvé par l'Eglise du XIIIème au XVIIIème siècle. Encore maintenant on laisse croire que Gatien a été "enterré en face de l'église Notre Dame la Riche, dans une crypte où coulait une source (réputée miraculeuse)", ce qui est glorifié par "un monument avec sa statue", réhabilité en 2014 ["Tours secret", Hervé Cannet 2015] +
photo. On pourra aussi consulter, raconté par Bernard Chevalier à un colloque de 2011, un
débat virulent des années 1860, avec Casimir Chevalier, sur deux origines différentes de Gatien, finalement aussi fausses l'une que l'autre. Et pour bien montrer sa primauté sur Martin, Gatien est censé être décédé dans une grotte de Marmoutier qui porte son nom...
ici, et les basiliques Saint Martin successives,
là).
Analyse de la construction de la cathédrale de Tours dans l'album Guignolet 1984
+ les huit planches :
1
2
3
4
5
6
7
8.
La cathédrale Saint Gatien de Tours.
1) au XIXème siècle
+ gravure 1603 [ BmT]
+ peinture par William Turner 1826
+ gravure 1841 Clarey-Martineau
+ gravure 1844 ["Tours, guide de l'étranger"]
+ quatre gravures LTh&m 1855 :
1
2
3
4
+ gravure 1874 sur un plan de Tours.
2) en 2020
+ photo 2019 de nuit.
3) La nef.
4) Une fresque sur le partage du manteau, aux couleurs délavées ( photo) ici rehaussées (page flickr de Philippe_28].
Cet édifice est d'un classicisme gothique qui fut admiré par Viollet Leduc ["La cathédrale de Tours", Claude Andrault-Schmitt, Geste Editions 2010].
+ carte postale 1975 en vue aérienne.
+ site paroissial (paroisse St Maurice et non St Gatien...). La cathédrale abrite aussi un célèbre tableau de Jean-Victor Schnetz qui sera présenté ci-après.
Martin à l'honneur dans la cathédrale de Tours avec trois grandes baies dédiées, numérotées 204, 4 et 8. 1) La grande baie, n°204, datée de 1260 environ (lecture de bas en haut) [dessin de Costigliole, "La cathédrale de Tours", Claude Andrault-Schmitt, Geste Editions 2010] + autre reprise dans Lecoy 1881
+ photo
+ extrait
+ photo des deux autres baies se complétant (n° 4 et 8 vers 1270-1290) dédiées à Martin
+ extrait baie 8.
+ deux liens avec détail chronologique de toutes les scènes :
1 (baie 4)
2 (baie 8).
2) Le partage du manteau (baie n°204).
3) Martin délivre un possédé, le diable sortant par sa bouche (la visage a été noirci...) (baie n°8).
4) "Les illuminations de la cathédrale" en été 2018 avec Martin en surimpression (ou alors le fantôme de Gatien ?)
+ trois autres scènes martiniennes de ce spectacle :
1
2
3
+ autre scène.
Cette page présentera quelques autres vitraux de ces baies.
En 2013, sur le thème de saint Martin, des vitraux à la complexité difficilement lisible, même avec des explications, ont été ajoutés, réalisés par Gérard Collin-Thiébaut et Pierre-Alain Parot, avec cette notice (lien).
|
photo flickr Anne L. + lien) et celles de de la grande baie de Chartres, créée entre 1215 et 1275 (40 scènes, présentation
ci-après). Pour Jacques Verrière, en son livre
Verrière 2018 : "Les deux verrières jumelles ne sont pas "in situ". Proviennent-elles d'autres parties de la cathédrale ? Ou, comme le vitrail de saint Julien et saint Ferréol qu'elles encadrent, d'une autre église ? Il n'est pas exclu même qu'elles aient pu être transférées de l'ancienne basilique de Saint Martin lors de son démantellement à la fin du Directoire ou sous le consulat, voire un peu avant. Cette hypothèse serait parfaitement conforme à la chronologie, puisque les spécialistes datent les deux verrières des années 1270 au moins, peut-être d'une des deux décennies suivantes. Cela correspond bien à la dernière période de grands travaux qui ont affecté la basilique à la fin du XIIIème siècle". Quelques reliques avaient été sauvées lors de la révolution par le citoyen Lhommais (voir
ci-après) et avaient ensuite été récupérées par la cathédrale. Le tombeau des enfants de Charles VIII (
ci-après) a été récupéré de la même façon, pourquoi pas ces deux baies n° 4 et 8 ? C'est plausible et même probable. Il y a toutefois d'autres hypothèses, notamment une provenance de l'église voisine St Julien
Maurice d'Agaune, deux saints militaires apparentés. Qui était donc ce Maurice que Martin tenait en si grande considération ? Il est mort martyr avec les légionnaires de sa
légion thébaine, au début du IVème siècle pour avoir refusé de mater une révolte bagaude chrétienne (
récit illustré, lien).
Maurice eut rapidement une grande renommée et il est donc probable que Martin soit passé à Agaune (au nord des Alpes, lieu du massacre) lors de ses pérégrinations. Qu'en est-il de l'histoire racontant un jaillissement du sang du martyr, recueilli par Martin ? Un conte à dormir debout ? Toutefois, comme expliqué en cette
étude de 2014 d'Olivier Roduit, on a trouvé à Candes en 1873 une fiole avec une inscription indiquant qu'elle contenait du sang de Maurice... Albert Lecoy de la Marche [
Lecoy 1881] estime que Martin, évêque, a pu passer à Agaune et que, par sa renommée, il a pu ramener des fioles du sang des martyrs thébains que des contemporains du massacre avaient conservé.
Martin et Maurice. A gauche, tapisserie XVème siècle "Saint Martin faisant jaillir le sang de Saint Maurice à Agaune" conservée au Trésor de la cathédrale Saint Maurice d'Angers [ Lecoy 1881].
Puis, dans le même édifice, vitrail "Miracle du sang de Maurice" du XIIIème siècle.
+ deux autres représentations de la même scène dans "La vie et miracles de Mgr saint Martin" :
1 version 1516 [ BmT, commentaire par Claude Andrault-Schmitt, "La cathédrale de Tours", Geste Editions 2010].
2 version 1496 [ BnF]
+ vitrail 1900 [ Edouard Didron, église de Saint Martin le Hébert, en Normandie].
Ensuite vitrail de l'atelier Lobin dans l' église Notre-Dame de la Légion d'Honneur à Longué (Anjou) avec les deux saints (Martin à droite) [illustrations Semur 2015]. A droite vitrail de l’église Saint-Nicolas de l’ancienne abbatiale Saint-Maurice de Blasimon.
Sur ce tableau de Hans Holbein le jeune 1522, Martin est associé à un autre légionnaire thébain, Ours / ursus de Soleure (lien).
+ trois pages du site de Nhuan DoDuc présentant des vitraux de Maurice :
1
2
3.
+ trois vitraux de la cathédrale de Tours illustrant le martyre de Maurice et de ses compagnons de légion [ Catalogue 2016].
Il reste à Saint Maurice en Suisse un "vase de saint Martin" dont l'histoire est racontée sur cette page de la "Lettre martinienne" 2005-3 (avec photo de ce vase et celui de Candes).
|
Régine Pernoud (page 72 de son livre de 1996 "Martin de Tours, rencontre") affirmant que "Pour Martin, le culte des martyrs exigeait mieux qu'une simple réputation. On ne peut que saluer en lui ce soucis de vérité. [...] Visiblement Martin avait le goût et le sens de l'histoire". Il y a lieu d'en douter, avec ses miracles et ses démons, avec aussi certaines fariboles de ses continuateurs comme Perpet et Grégoire de Tours. Luce Pietri et la plupart des historiens contemporains ont su dépasser à la fois l'approche trop illuminée de certains, comme Régine Pernoud, et celle trop incrédule d'autres, comme Ernest-Charles Babut dont nous reparlerons plus loin. C'est cette voie que nous suivrons.
page Wikipédia sur Martin de Tours existe en 68 langues, ce qui permet d'utiliser les traductions. En anglais "Martin of Tours" (et "saint Martin"), en espagnol "San Martin" (et "Martin de Tours"), en italien "San Martino" et "Martino di Tours", en allemand "Martin von Tours", en portugais "Sao Martinho", "Martinho de Tours", aux Pays-Bas "Sint Maarten" et "Martinus van Tours", en hongrois "Szent Marton", en catalan "Sant Marti" et "Marti de Tours", en polonais "Marcin z Tours", en latin "sanctus Martinus" et "Martinus Turonensis"... et les abréviations "St Martin", "St Martinus"...
|
Samarobriva, en 334, il partage son manteau avec un miséreux. Presque toutes les représentations, et elles sont innombrables, montrent Martin à cheval, ou à côté d'un cheval, avec une cape rouge. Or la très jeune recrue Martin ne pouvait être qu'un fantassin et il portait une
chlamyde, d'ordinaire blanche et non la cape rouge d'un officier. D'ailleurs Sulpice Sévère, son premier biographe, est muet sur ces deux points (Paulin de Périgueux, Venance Fortunat, Grégoire de Tours aussi). Son court
texte parle un peu de l'attitude de ses compagnons militaires, qui semblent être du même niveau sans grade. Certains rient, ce qui est très peu illustré, cette
image flamande anonyme est une exception (lien). Le contexte n'apparaît pas exceptionnel, car Sulpice l'aurait mentionné tant la scène était déjà importante. Martin n'a été cavalier que plus tard, d'après Sulpice sous Constance II, qui règne à partir de 353. Entre le fantassin d'Amiens en 334 et le cavalier de Constance vers 354, il s'est passé une vingtaine d'années dont on ne sait rien. Un peu plus tard, sous Julien, il est considéré comme un officier de la garde impériale. S'il a été légionnaire (tous les soldats ne l'étaient pas...), c'est au début de sa carrière.
double-page illustrée de vitraux de la cathédrale de Tours [
Verrière 2018]. Esther Dehoux dans le
Collectif 2019 montre dans un
tableau que Martin ne devient vraiment cavalier qu'à partir du XIIIème siècle (+
carte de France des premières représentations) et que cette évolution de piéton vers cavalier se retrouve aussi dans les représentations de Maurice et George / Georges.
Des illustrations "historiquement correctes". 1) A l' abbaye de Saint Benoît sur Loire, vers l'an 1000 [flickr Odile Cognard, lien].
2) Fin XIème siècle, église Hilaire le Grand, Poitiers [flickr Philippe 28, lien].
3) Image extraite du téléfilm Arte (cf. encadré ci-dessous).
miniature du psaultier d'Hungtingfield d' Oxford en Angleterre vers 1220 où c'est l'évêque Martin et non le soldat qui partage son manteau [The Pierpont Morgan Library à New York (lien].
L'invention d'images militaristes. Déjà au XIIIème siècle, dans les vitraux des cathédrales, c'est en cavalier que Martin déchire son manteau (qui n'est pas encore toujours rouge). Le moine-évêque est devenu un "héros militaire", par exemple sur cette illustration d'un bréviaire de Tours en 1635 [ Collectif 2019].
Cette image s'impose et, en France, elle prend une allure officielle au XIXème siècle.
Le téléfilm d'Arte s'en fait l'écho en présentant comme référence le tableau ci-dessus à gauche.
Ange-Louis Janet].
+ fresque 1630 [chapelle St Martin de Richelieu en Touraine, lien]
+ huit vitraux du même type :
1 [église Saint Martin de Vez dans l'Oise, lien]
2 [atelier Guérithault de Poitiers, église du Grand Pressigny en Touraine, Verrière 2018]
3 [atelier Duclos du Mans, église de Truyes en Touraine, lien]
4 [origine indéterminée, lien]
5 [par René Houille, de Beauvais, 1929, église Saint Denys d'Estrées]
6 église de Valanjou en Anjou (lien)
7 église de Metz en Lorraine [atelier de Maréchal et Champigneulle, Nguyen DoDuc].
8 [église St Martin de Chaumont le Bois en Côte d'Or].
C'est suggéré plus que montré dans d'autres scènes, comme sur ce vitrail [ Charles Kempe 1868, église de Saundby en Angleterre, flickr Budby].
Et sur ce panneau de l'église de Lyndhurst en Angleterre ou sur ce bas-relief d'origine indéterminée, le cavalier Martin est à la tête d'une troupe fantassins [flickr Sic Itur As Astra].
Tout au long de cette page, nous revenons sur le partage du manteau, notamment selon les époques : fin du moyen-âge et époque classique ci-après,
au XIXème siècle ci-après,
au XXème siècle ci-après et encore ci-après.
L' abbaye Saint Martin aux Jumeaux d'Amiens sur le lieu de partage du manteau. Construite en 1073, avec une église Saint Martin du Bourg où Thomas Becket célébra une messe en 1165, ses batiments furent utilisés comme palais de Justice après la Révolution. Ils se révélèrent inadaptés et furent démolis en 1860 pour laisser place à un palais de Justice flambant neuf. A gauche l'abbaye, au centre les plans superposés de l'abbaye et du nouveau palais de Justice. A droite, la sculpture de Justin-Chrysostome Sanson, 1880, sur un des murs, à l’endroit présumé où Martin partagea son manteau. Elle est légendée par deux plaques ( photo). + lien avec informations complémentaires.
Ajoutons l' image anachronique de Martin devant la cathédrale d'Amiens (origine indéterminée, lien).
La partage du manteau est l'estampille martinienne. Comme l'illustrent ces quelques exemples, reproductions de Lecoy 1881, la scène du manteau partagé est un des facteurs essentiels de la popularité de Martin à travers les siècles. Elle ne peut que désigner Martin, comme une signature, une estampille.
1) Pion pour un jeu de tables sculpté dans une défense de morse [XIIème siècle, Musée Ashmolean d'Oxford].
2) Assiette en faïence peinte [XVIIIème siècle].
3) Broc à cidre [collection de l'abbé Guiot, 1761].
tableau de Jean-Hubert Tahan [1838, église St Martin de Fressines], lien]. Ou en sous-plan, comme sur une image du XIXème siècle de Louis-Joseph Hallez.
En juillet 2020, sur le moteur de recherche "startpage", la recherche "Martin of Tours" délivre 19 images sur 20 avec le partage du manteau ( copie d'écran) (17/20 pour "Martin de Tours").
|
abbaye de Fulda, en Hesse. A la fin de ce même siècle, cette abbaye entretenait des liens étroits avec Tours. Le jeune Raban [
Raban Maur], moine de Fulda, vint étudier à Tours sous la direction d’Alcuin. Les images de la basilique tourangelle furent connues à Fulda et ont certainement inspiré le décor du
sacramentaire de Fulda. Certains manuscrits de ce sacramentaire, réalisés à la fin du Xe siècle, portent la première représentation connue aujourd’hui de la Charité d’Amiens sans doute à partir du décor même de la basilique tourangelle. Cette image est exceptionnelle : sur la partie gauche, devant la porte de la ville, Martin, à pied, sans cheval, partage son manteau avec le mendiant en vis-à-vis, mais sur la partie droite, Martin est figuré endormi sur un lit, et au-dessus, au centre de l’image, le Christ, que Martin contemple dans sa vision nocturne, porte la moitié de manteau donnée au mendiant. L’image est ici étroitement liée au texte même de Sulpice Sévère et manifeste la signification profondément christique de la célèbre scène. C’est encore cette inspiration que l’on retrouve sur un chapiteau de Saint-Benoît sur Loire autour de l’an mil [
sculpture déjà présentée en début de ce chapitre]".
article titré "Les Miracles de Saint-Martin. [Recherches sur les peintures murales de Tours au Vème et au VIe siècle]", Tony Sauvel avait énoncé l'hypothèse séduisante et probable reprise par Bruno Judic : "Je ne sais si je m'aventure trop loin dans le sentier toujours glissant des hypothèses... Mais je crois permis de voir, dans notre miniature de la fin du Xème siècle [celle de Fulda, ci-dessous], la réplique d'une peinture monumentale beaucoup plus ancienne, d'y voir la version ottonienne d'une oeuvre précarolingienne. Rappelons que les peintures de Grégoire de Tours étaient en nombre impair, et ceci tend à placer l'une d'elles au centre des six autres ; la scène d'Amiens était, dès cette époque, infiniment plus connue que tous les autres miracles et c'est elle seulement que Fortunat évoquait lorsqu'il voulait dire en quelques mots qui était saint Martin. Conçue comme à Fulda, c'est-à-dire avec ses deux épisodes et avec un Christ en majesté en son milieu, cette scène peut très bien avoir trouvé place dans la cathédrale de Grégoire de Tours, derrière un autel, les autres miracles étant répartis trois par trois à ses côtés.".
Eric Palazzo reprend aussi cette hypothèse dans un
article du
Catalogue 2016.
Voici donc la fameuse miniature de Fulda, la plus ancienne illustration connue de la Charité de Martin, où un jeune soldat habille de la moitié de son manteau un malheureux grelottant de froid et le revoit en songe la nuit suivante comme son Dieu. Datée de 975 environ, elle provient d'un sacramentaire de l'abbaye de Fulda, en Allemagne [bibliothèque de Göttingen, lien). Le manteau n'est pas rouge et il n'y a pas de cheval. On en connaît trois variantes, les deux présentées ci-dessus et celle-ci
[ Maupoix 2018, Catalogue 2016].
Permanence de la double scène. On retrouve les deux scènes des miniatures de Fulda dans cette peinture monumentale (7 m de long) de 1941 du peintre basque Isaak Diez De Ibarrondo, réfugié en France après la guerre d'Espagne, dans l'église St Martin d'Oydes en Ariège (lien). Le double titre est inscrit en bordure : "Martin encore catéchumene partage son manteau d'officier avec un pauvre" et "Le soir même Martin voit le Christ qui lui dit : "Tu m'as revêtu de ce manteau". La seconde scène présente deux rangées d'anges, comme dans les miniatures de Fulda. Cette double scène se retrouve sur ces trois miniatures : 1 psautier de Saint Alban vers 1130 [ Maupoix 2018]
2 "Martinellus" 1110 [ BmT]
3 manuscrit de Richer de Metz de la même époque [après 1102, Bibliothèque de Trèves].
Sur trois fresques :
1 cathédrale de Bayonne [flickr Marie-Hélène Cingal]
2 église St Martin de Brull en Catalogne [flickr 11299883]
3 église St Martin de Wangen im Allgäu en Allemagne [ Gebhard Fugel, 1900, flickr János Korom].
Et sur trois doubles tableaux :
1 [Félix Villé vers 1895, église St Martin des Champs à Paris]
2 [Fidelis Schabet 1846, église St Martin d'Unteressendorf ( Hochdorf), Allemagne, Wikimédia]
3 [ Francesco d'Antonio del Chierico, oratoire Saint Martin de Florence, Italie, lien].
1 [église de San Martín de las Pirámides à Mexico, flickr Tacho Juarez Herrera]
2 [ église St Martin des Champs à Paris, flickr P.K.]
3 église St Martin d' Aoste en Italie [ Semur 2015]
4 palais St Martin de Luvigliano en Italie [XVIème siècle, Girolamo da Santa Croce, lien]
5 [Père Silouan, école Our Lady of Mercy de New York, USA, flickr Jim Forest].
Scène 2 du partage du manteau : le songe de Martin. La demi-cape donnée du pauvre réapparaît en songe couvrant Dieu / le Christ. Deux illustrations du livre Maupoix 2018 : vitrail de la collégiale de Candes, de Félix Gaudin 1900, et tableau de la basilique Saint Sauveur de Pavie en Italie (+ vue d'ensemble, Semur 2015).
+ du même livre : un vitrail de la cathédrale de Chartres
et un tableau anonyme de l'église Saint Julien de Tours, 1687
+ dix-huit autres illustrations :
1 [vitrail de la cathédrale de Tours, baie n°4]
2 [panneau de retable, Francisco de Osona, début XVIème siècle, Musée Goya de Castres Catalogue 2016]
3 (Hongrie)
4 bas-relief en bois de Figeac dans le Lot, en présence des saints Pierre et Paul (lien)
5 tableau de l'église Saint Martin de Dormelles en Ile de France (liens : 1 2)
6 [Leconte et Colin 1891, église St Martin de Moutiers en Bretagne]
7 [ Jacques Stella, Musée de l'Ermitage à Saint Petersbourg, Russie, lien]
8 [église St Martin de Bazeilles dans les Ardennes, lien]
9 [ Saint Martin du Limet en Mayenne]
10 [1886, Olivier Durieux, église St Martin de Esquéhéries en Picardie]
11 [1701, église de Saint Martin de Jussac dans le Limousin, lien]
12 [ Victor-Casimir Zier, 1854, église St Martin de Meillac en Bretagne, lien]
13 [église St Martin de Cublize dans le Rhône]
14 [église St Martin de Macquigny dans l'Aisne]
15 [ Christopher Whall 1905, cathédrale St Martin de Leicester, flickr Aidan McRae Thomson]
16 miniature du bréviaire de Salisbury [ Lecoy 1881]
17 tableau de Winifred Knights vers 1930 (lien).
+ 18 (vitrail Mont Saint Martin, lien).
|
province romaine de
Pannonie. Savaria s'appelle aujourd'hui
Szombathely et est située en
Hongrie, près de la frontière autrichienne. Son père est un gradé de l'armée,
tribun militaire, alors en garnison dans cette ville. Il est ensuite muté à
Pavie en Italie du Nord, où Martin passe la majeure partie de son enfance.
La naissance de Martin imaginée sur une fresque de l'église San Martino de Siccomario (Italie) [ Semur 2015]
et sur une aquarelle d'un artiste de son pays d'origine, la Hongrie (lien).
+ un médaillon de dalmatique de la collégiale Saint Martin de Courtrai, XVIème siècle [ Maupoix 2018],
+ un vitrail du XVIème siècle de l'église de Saint Florentin dans l'Yonne.
+ miniature de l'évangéliaire de Pannonhalma en Hongrie, avec Martin qui voit le jour dans une étable [bibliothèque de l'abbaye de Pannonhalma vers 1510, Lorincz 2001]
La Hongrie et Martin. A gauche, Szombathely, le lieu de naissance de Martin. En arrière-plan l'église Saint Martin. En avant-plan une statue de Martin bénissant sa mère [sculpture de Istvan Rumi Rajki 1938, liens : 1 2] et sur la droite le "puits de saint Martin". + vue du ciel [ Lorincz 2001]
+ vue ancienne avec le premier nom de Sabaria [ Collectif 2019]
+ coupe par périodes de construction de l'église [Colloque 1997 SAT]
+ maquette de la statue [ Catalogue 2016].
A droite, à 92 km de Szombathely en Hongrie, l' abbaye de Pannonhalma sur le mont Saint Martin, fondée en 996, classée au patrimoine mondial UNESCO, lieu touristique et de pélerinage, abritant 45 moines bénédictins [photo Wikipédia].
+ autre photo [ Lorincz 2001]
+ la bibliothèque de l'abbaye [ Semur 2015]
+ vitrail représentant l'évêque Martin.et deux scènes [flickr Zsolt Andrasi].
Propos de Konkoly Istvan, évêque de Szombathely, en 2001 : "Notre premier roi, Saint Etienne, fit broder l'image de Martin sur ses drapeaux. Durant son règle, saint Martin devint, après la vierge, le deuxième patron de la Hongrie. En 1903, au concile de Szabolcs, notre roi Ladislas déclara Saint Martin fête publique obligatoire dans tout le royaume, précédée d'un jeune de trois jours."
L'enfance de Martin à Pavie. Apparemment fils unique, Martin grandit dans la cité italienne de Pavie, fréquentant probablement une école. A gauche, médaillon de dalmatique [XVIème siècle, Courtrai en Belgique, Maupoix 2018]. A droite, Martin, en vert, apprend à lire en suivant les lignes avec son doigt [vitrail de l'église de Saint Florentin en Bourgogne].
+ planche de BD Utrecht 2016, case ci-dessous.
|
Le jeune Martin contraint par son père de s'enrôler dans l'armée. Maric - Frisano 1994
+ la planche
+ broderie du XIVème au New York Metropolitan Museum of Art où l'enfant Martin annonce à ses parents sa volonté de devenir chrétien.
|
|
| |
|
316 : naissance en Pannonie (Hongrie)
321 (5 ans) : enfance à Pavie (Italie) 332 (16 ans) : engagement dans l'armée 334 (18 ans) : partage du manteau à Amiens, baptême 356 (40 ans) : sortie de l'armée |
360 (44 ans) : fondation du monastère de Ligugé
371 (55 ans) : élection à l'évêché de Tours 372 (56 ans) : fondation du monastère de Marmoutier 385 (69 ans) : voyage à Trèves, affaire Priscillien 397 (81 ans) : décès à Candes |
baptème de Martin eut lieu peu après le partage du manteau à Amiens, alors qu'il avait 18 ou 19 ans. On n'en connaît pas les détails, on ne sait pas qui le baptisa et où. Peut-être encore à Amiens ? Probablement en Gaule...
A gauche case couplée avec le partage du manteau sur une miniature de Maître François 1460 [ BnF].
Au centre, vitrail de l'église de Saint Martin le Beau en Touraine [atelier Lobin].
A droite, vitrail de l'église Saint Martin de Restigné en Touraine [atelier de Félix Gaudin, Paris, Verrière 2018]
+ sept autres vitraux :
1 cathédrale de Tours (baie n°204)
2 cathédrale de Chartres
3 cathédrale de Bourges [ Verrière 2018]
4 église de Saint Martin es Vignes dans l'Aube
5 église de Saint Florentin dans l'Yonne
6 [église St Martin de Wimy dans l'Aisne]
7 [église St Martin de Rumilly lès Vaudes dans l'Aube, Nguyen DoDuc]
+ broderie islandaise conservée au Louvre, vers le XVème siècle
[ Maupoix 2018]
+ image de La Bonne Presse XXème siècle.
.
|
(ceux qui la gouvernent effectivement, qu'ils soient Auguste ou César, officiellement reconnus ou dits usurpateurs) | |
Constantin Ier 310-337 Arles, Trèves, Sirmium, Constantinople
Constantin II 337-340 Trèves
Constant Ier 340-350 Sirmium, Milan
Magnence 350-353 Lyon, Arles, Rome
Constance II 353-355 Sirmium, Constantinople
Julien 355-363 Vienne, Sens, Paris, Constantinople
Jovien 363-364 Constantinople
|
Valentinien Ier 364-375 Milan, Trèves
Gratien 375-383 Trèves
Magnus Maxime 383-388 Trèves
Valentinien II 388-392 Milan, Vienne
Théodose Ier 392-395 Arles, Rome
Flavius Honorius 395-423 Rome, Ravenne
|
Worms, en Allemagne. Lors d'un donativum (largesses faites à des soldats), le soldat Martin essaya de concilier l'obéissance à son empereur Julien avec celle à son Dieu. Jusqu'à demander au premier de ne pas combattre. Quoique cette rencontre ait été contestée par Albert Lecoy de la Marche qui la postionne beaucoup plus tôt avec un autre empereur, cet épisode apparaît en concordance avec d'autres faits. C'était donc en 356, peu avant que Martin quitte l'armée.
Vegreville au Canada].
A gauche, la Gaule de 367 à 388 sous Gratien et Magnus Maxime, durant l'épiscopat de Martin, et aussi de 355 à 361 sous Julien. Au centre vitrail de l'église St Martin de Saint Martin du Lac, en Bourgogne (photo Odile Cognard, lien
+ autre vitrail montrant Julien et Martin [église d' Avallon en Bourgogne, flickr Grangeburn].
A droite deux cases de Brunor - Bar 2009 + trois planches : 1 2 3.
+ la même scène en deux planches par Maric - Frisano 1994 :
1
2
+ la même rencontre dans un tableau de Simone Martini [fresque dans la chapelle Saint Martin d'Assise, en Italie, vers 1325]
+ dans sa copie aux couleurs restaurées [flickr Hen-Magonza]
+ dans sa reproduction [ Lecoy 1881],
dans une miniature du "Martinellus" 1110 [ BmT].
et dans un vitrail de Nouans les Fontaines en Touraine [atelier Lobin 1876, Verrière 2018].
|
Maupoix 2018, Michel Maupoix amène à s'interroger : Martin était-il un agent secret de l'empereur Constance II ? "Il convient de relire l'épisode du donativum refusé. Martin est par ses fonctions un proche de Julien, auquel il peut accéder directement. Le César ne remet pas en personne le donativum à plusieurs milliers de personnes, mais seulement à sa garde rapprochée. Martin appartenait déjà à la garde rapprochée de Constance qui l'a affecté, autant pour le surveiller que pour le protéger, au César Julien. Cette hypothèse serait conforme à tout ce que l'on sait de Constance, de sa méfiance, et de la manière dont il avait procédé auparavant avec le César
Gallus, frère de Julien, que l'empereur soupçonneux n'avait pas hésité à faire exécuter par ceux-là même qui furent un temps chargés de veiller à sa sécurité... et qui sont les mêmes auprès de Julien. Martin, dans cette hypothèse, aurait accompagné Julien depuis son départ de Milan, le 1er décembre 355, et on le retrouve logiquement avec l'armée, à l'été 356, devant la cité de Worms. Sulpice indique que Martin a servi sous Constance et le César Julien." En extrapolant un peu plus, on peut estimer que Julien était soulagé d'avoir trouvé un prétexte pour se débarrasser de Martin qu'il savait trop proche de son adversaire Constance II. Cela aurait donc été un bon arrangement à la fois pour Martin et pour Julien...
A gauche, Martin dépose casque et armes et quitte l'armée [église Saint Martin de Berthenay, en Touraine, Amand Clément 1878, Verrière 2018]
|
Collectif 2019 : "Au lendemain de la première guerre mondiale, le révérend Dick Sheppard, à
St Martin in the Fields (Londres), s'employa à une grande activité caritative, mais aussi à promouvoir un pacifisme et un antimilitarisme qui trouvèrent un certain écho dans la société anglaise. Or, il plaçait son action pacifiste sous l'égide de saint Martin le "déserteur" de Worms.".
pape
Sirice (384-398)". Un siècle plus tard, le christianisme devenu pratiquement obligatoire s'est diffusé, y compris dans l'armée, la notion de "guerre juste" se répand et la loi de Dieu devient compatible avec celle des officiers supérieurs. L'exemple d'un saint militaire ne pouvait que plaire à Clovis et à l'aristocratie franque, Martin étant alors le seul, avec Maurice d'Agaune, à avoir ce profil.
A gauche, les principaux voyages de Martin [ Semur 2015]
+ deux autres cartes avec quelques compléments :
1 [ Catalogue 2016]
2 [ LM 2007-4].
Pont Saint Martin en vallée d'Aoste ( article, LM 2008-2)
et la reconstitution de son trajet à travers les Alpes ( article, LM 2008-1).
|
Hilaire, évêque de Poitiers, qui l'accueille d'abord brièvement, Estimant peut-être que son passé militaire lui interdisait de devenir
prêtre, Martin refusa en un premier temps le poste de
diacre qu'Hilaire lui proposa pour accepter celui d'
exorciste. Quand il sera évêque, Martin gardera cette fonction d'exorciste, ce qui explique ses fréquentes rencontres avec le diable et les démons.
Martin affronte les démons. A gauche, vitrail de l'église Saint Martin de Ligugé où Martin est ordonné exorciste par Hilaire. A droite tableau de l' église Saint Martin d'Asse, en Belgique [vers 1880, lien].
+ tableau de la cathédrale de Tours [ Maupoix 2018]
+ broderie [Metropolitan museum of art de New York, Maupoix 2018]
+ gravure où Hilaire donne à Martin l'habit des religieux [ BmT 1516, Lecoy 1881]
+ quatre vitraux :
1 [XIIIème siècle, église Saint Martin d'Anctoville-sur-Boscq, Manche, lien]
2 [Jacques le Breton, Jean Gaudin, Paris, 1935, église St Martin de Restigné, en Touraine, Verrière 2018].
3 Hilaire tonsure Martin (avec des ciseaux modernes !) [un des neuf tableaux de la verrière St Hilaire de l'église St Hilaire de Menétréol sous Sancerre dans le Cher, lien]
4 [ cathédrale de Bourges, flickr Paco Barranco]
|
païens, Martin a lutté contre les chrétiens considérés comme
hérétiques. Il était un
nicéen pourfendeur des ariens, pratiquant l'
arianisme, un christianisme refusant la
Trinité.
Sous l'empereur Constantin Ier, le
concile de Nicée en 325 (Martin avait 9 ans) avait rejeté une grande partie des chrétiens.
Comme l'indique Georges-André Morin en son article "L’Islam, un arianisme qui a réussi ?" (lien) (+ sur ce sujet, cet autre page et cette page de débat), Constantin lui-même, dans les dernières années de sa vie fut arien (
extrait 1) et son fils Constance II fut un fervent défenseur de l'arianisme. La liberté des cultes, établie par Julien, eut un court effet paradoxal (
extrait 2), puis Théodose imposa en 380 (Martin est évêque depuis 9 ans) le christianisme nicéen comme religion d'état (
extrait 3), laissant la liberté des cultes jusqu'en 392 (5 ans avant la mort de Martin).
Après son premier passage à Ligugé, Martin fit un long voyage, de 356 à 360, retrouvant ses parents à
Sirmium, convertissant sa mère, pas son père, et passant par Milan et Rome, séjournant un temps dans l'ile de Gallinara. Ce voyage soulève des interrogations ; Sirmium est le lieu de résidence de Constance II et, en 357, il s'y est tenu un grand concile qui vit le triomphe du parti arien. Il est étonnant que Sulpice Sévère passe cela sous silence... A Milan, Martin défie l'évêque arien. Serait-il missionné par Constance II, toutefois favorable à l'arianisme, comme il aurait pu l'être face à Julien, selon l'hypothèse de Michel Maupoix ? L'intransigeance de Martin à l'encontre des ariens lui amène de nombreux déboires. A Milan, il est bastonné et humilié.
Sa mère, pas son père. Après avoir accompli ses longues années d'obligations militaires et avoir brièvement connu Hilaire, évêque de Poitiers, Martin voyage durant quatre années, de 356 à 360. Il revoit ses parents, convertit sa mère, mais pas son père. La même scène à gauche dans une gravure de Jacques-Emile Lafon [ Lecoy 1881].
A droite, le père de Martin oppose un refus argumenté à son fils, qui "ne savait pas quoi lui répondre" [ Brunor - Bar 2009].
+ tableau de Bernard Benezet en l'église de Buzet sur Tarn (lien).
+ trois vitraux :
1 [Candes , atelier de Félix Gaudin de Paris, Verrière 2018]
2 [église St Martin de Beaupréau, lien]
3 [église St Martin d' Ammerschwihr en Alsace].
|
Paulin de Trèves (qui est ensuite déposé et exilé en Phrygie où il devait mourir) s'oppose à la déclaration portant condamnation d'Athanase d'Alexandrie. La victoire arienne est donc totale, comme au concile de Milan en 355 : Denis, l'évêque de la cité, hostile à l'arianisme, est remplacé par un évêque favorable aux adversaires d'Athanase. Au concile de Béziers en 356, Hilaire de Poitiers paie son orthodoxie nicéenne par l'exil en Phrygie tandis que le clan de l'arianisme, parmi les évêques gaulois, trouve ses principaux défenseurs en
Saturnin d'Arles et Paterne de Périgueux. [...] La déchirure au sein des Eglises de Gaule est complète. [...]. Au concile de Rimini en 359 une quinzaine d'évêques irréductibles sur plus de quatre cents présents condamnent la doctrine d'Arius à la suite de
Phébabe d'Agen. Il faut en fait attendre l'accession de Julien à l'empire et le retour d'exil d'Hilaire de Poitiers pour qu'au concile de Lutèce (Paris) en 361 prenne fin la crise arienne en Gaule avec l'adhésion des évêques à la foi nicéenne et la condamnation des évêques semi-ariens.".
Martin humilié par les ariens à Milan. A Milan, parfois considéré comme un sabellien (disciple de Sabellius) (on comprend les critiques de division des chrétiens émises par le père...), Martin est fouetté et chassé par les ariens et l'évêque Auxence (auquel succédera le nicéen Ambroise). Ce passage à Milan est représenté à gauche par une case de Maric-Frisano 1994 et au centre dans un vitrail de Saint Florentin (Yonne, baie sur la vie de saint Martin, lien) (avec l'anachronisme d'un Martin habillé en évêque).
+ la même scène sur un vitrail de l'église Saint Martin de Louveciennes, Yvelines (lien).
+ trois variations du passage à Milan en trois planches de bande dessinée : 1 [ Brunor - Bar 2009] 2 [ Maric - Frisano 1994] 3 [ Mestrallet, Fagot - d'Esme 1996].
La tentation de saint Antoine est un thème récurrent de nombreux tableaux de peintres. Antoine, l'ermite retiré dans le désert d'Égypte, y subit la tentation du Diable sous la forme de visions des voluptés terrestres. Ici une version de David Teniers le Jeune [vers 1650, musée de Lille, Wikipédia], qui, très inspiré, en réalisa au moins cinq autres :
1
2
3
4
5 [4 et 5 : musée du Louvre] (lien).
+ (sans résister à la tentation...) quatorze autres tableaux [Wikipédia] :
1 [ Michel-Ange vers 1487, Musée Kimbell, au Texas]
2 [ Jérôme Bosch vers 1500, National Museum of Ancient Art Lisbonne]
3 [ Joachim Patinier vers 1522, Musée du Prado, Madrid]
4 [ Pieter Coecke van Aelst vers 1547, Le Prado, Madrid]
5 [ Pieter Huys vers 1547, Le Louvre, Paris]
6 [ Jan Wellens de Cock 1521, National Gallery of Art, Washington]
7 [ Paul Véronèse vers 1553, Musée des Beaux-Arts de Caen]
8 [un suiveur de Pieter Brueghel l'Ancien vers 1560, National Gallery Washington]
9 [ Pieter Brueghel le jeune vers 1600, Palazzo Spinola di San Luca, Gênes]
10 [ Jacques Callot 1635, National Gallery of Art, Washington]
11 [ Josse van Craesbeeck vers 1650, Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe]
12 [ Henri Fantin-Latour vers 1875, National Museum of Western Art, Tokyo]
13 [ Paul Cézanne vers 1877, Musée d'Orsay, Paris]
14 [ Félicien Rops 1878, Bibliothèque royale de Belgique]
La tentation de saint Martin, aucun tableau n'ait ainsi titré, et pourtant, en cherchant... A gauche, tableau placé dans la chapelle de Burgley House en Angleterre [flickr Billy Wilson, lien]. A droite, une peinture de Peter Pietri. Même si les femmes y sont très habillées, la légende de ce vitrail est explicite : "Le diable use de tout son pouvoir pour le tenter" [église St Martin de Grandville en Champagne].
Même le partage du manteau peut être compris comme une tentation lorsque "le pauvre presque nu" expose son jeune corps androgyne complètement nu sur ce tableau d' Anton Faistauer [Musée Léopold de Vienne en Autriche, flickr Michaël Martin].
P.-S. du 20/7/2024 : affiche version eros par Adam Illustrator.
|
Ligugè, à 8 km de Poitiers ; il y vit en
ermite, créant le premier
monastère en Occident, comme l'avait fait en Orient
Athanase (297-373), évêque d'
Alexandrie, figure majeure de l'Eglise. Avec le soutien d'Hilaire, Martin s'en est inspiré, avec deux autres grands précurseurs du
monachisme,
Antoine le Grand et (251-356) et
Pacôme (292-349). Tout trois ont exercé en Orient, Martin est le premier à introduire la vie monastique en Occident.
Dialogue entre Martin et Hilaire. [ Brunor - Bar 2009] + deux planches : 1 2
+ planche montrant Martin à Ligugé [ Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996]
A gauche , en 350, Hilaire est élu évêque de Poitiers. Au centre, en 359, Hilaire combat l'arianisme au concile de Sébacée. A droite, rencontre allégorique de Martin, habillé en évêque (après 371), avec celui qui l'a formé à Ligugé, Hilaire (décédé en 367). [église Saint Hilaire de Montcuq, lien]
+ tableau représentant Hilaire foulant au pied le dragon arien [église St Hilaire à Payré, dans la Vienne].
Sanctus Hilarius sous la coupole de l'actuelle basilique Saint Martin de Tours. |
abbaye Saint-Martin de Ligugé. Après le départ de Martin vers Tours, ce lieu devenu vénérable est resté occupé par des moines, avec des interruptions lors de l'occupation des Wisigoths au Vème siècle puis au VIIIème siècle et lors des invasions normandes. L'abbaye est restaurée au Xème siècle par la comtesse de Poitiers,
Adèle, fille de
Rollon de Normandie (une Normande !... prénommée Gerloc avant son mariage) et épouse de
Guillaume Tête d'Etoupe, le puissant comte de Poitiers. La règle bénédictine est alors adoptée, et l'abbaye dépend de
celle de Saint-Cyprien, à Poitiers. Elle perdure de destructions en reconstructions, passant provisoirement sous l'ordre de Cluny puis celui des Jésuites, servant aussi de lieu d'étude, où est passé
Rabelais (
portrait 1904 de l'hôtel de ville de Tours). Ligugé est alors en retrait du culte de Martin, alors que Marmoutier rayonnait. Disparition à la Révolution, restauration de la vie monastique au XIXème siècle, expulsion en 1901, retour en 1923, le pouvoir de régénérescence du lieu est puissant. Depuis 1945, l'abbaye abrite un atelier d'émaillage. Il accueille des personnes désirant y faire retraite (des
oblats), notamment
Paul Claudel. Aujourd'hui il compte un trentaine de moines sauvegardant l'esprit de Martin.
Abbaye de Ligugé, la bibliothèque et l'office au Moyen-âge ["La dame de Ligugé", tome 3 de la série "Le maître de pierre", textes de Daniel Bardet, dessin de Jean-Marc Stalner, Dargaud 2004] + la planche
+ photo de la bibliothèque [flickr Jean Pierre Février]. Le préau et la terrasse de l'abbaye Saint-Martin de Ligugé et sa vue du ciel.
+ gravure [ Lecoy 1881] + le livre "Saint Martin et son monastère de Ligugé", 1873, par François
Chamard, 415 pages [Gallica]
+ photo commentée de la crypte (lien)
+ autre photo de la crypte et
photo d'une pierre tombale [" Saint martin de Tours, XVIème centenaire" 1996]
+ dépliant sur l'église St Martin de Ligugé.
|
hérétiques ariens. Bruno Judic (dans l'
article "Les origines du culte de saint Martin de Tours aux Vème et VIème siècles") : "Cette église de Ravenne avait été construite au début du VIème siècle par
Théodoric sous le vocable du Christ. Mais Théodoric était arien et, après la reconquête justinienne de 540, il fallait débarrasser les églises ravennates des souvenirs des goths ariens. Cette église reçut un nouveau patronage, saint Martin,
San Martino al ciel d’oro, avec un nouveau décor de mosaïques. Cette grande réalisation ravennate achève, en quelque sorte, le développement d’un aspect initial essentiel du culte de saint Martin, la lutte de l’orthodoxie contre l’arianisme. Martin est le champion de saint Hilaire, selon le texte même de Sulpice Sévère. Cette dimension anti-arienne est très certainement capitale dans l’essor du culte au Vème siècle et tout spécialement en Italie où la présence arienne est plus sensible qu’en Gaule. Rappelons que le patrice
Ricimer est le vrai maître de Rome entre 455 et 472 et qu’il est arien. Un peu plus tard, Théodoric, envoyé avec son armée ostrogothe par l’empereur
Zénon contre
Odoacre en 488, était également arien. Cet arianisme gothique avait sans doute avant tout une fonction politique: distinguer le groupe des guerriers goths du reste de la population italique. Mais les évêques devaient néanmoins réaffirmer la position orthodoxe. Le culte de saint Martin apparaît comme un moyen d’affirmer l’orthodoxie nicéenne.". Bref, le culte de Martin s'accordait à des visées politiques.
A Ravenne, Martin est le premier des saints. En 402, Ravenne avait remplacé Rome comme capitale de l'empire romain d'occident. Après sa chute en 476, elle devint capitale du royaume d'Italie d' Odoacre, puis à partir de 493, celle du royaume des Ostrogoths dirigé par Théodoric le Grand (455-526), de religion arienne, avant d'être prise par le général de l'empire d'Orient Narsès (478-573) en 552.
Cette mosaïque de la basilique Saint Apollinaire le Neuf, construite par Théodoric, date de 560 / 570. Elle montre une procession de saints.
Martin est le premier d'entre eux en habit pourpre honorifique, suivi de Clément, Sixte, Laurent, Hippolyte, Apollinaire et les douze apôtres
[photos flickr Nick Thompson].
Cette première place s'explique par la volonté d'extirper l'hérésie arienne ancrée dans cette ville en vénérant celui qui l'a le mieux combattue.
+ trois vues d'ensemble de la fresque :
1 (lien)
2 (lien)
3 [flickr Marie-Hélène Cingal]
+ une figuration de Martin dans un écoinçon [ Maupoix 2018].
Cette mosaïque nous montre la plus ancienne représentation connue de Martin.
Sa forte influence en Italie se mesure aussi sur la mosaïque de Torcello [commentaire de Michel Maupoix, Maupoix 2018].
|
Evolution de la ville de Tours 1/7 : Turonorum, Caesarodunum et Turonis. Caesorodunum, a été créée au Ier siècle après J.-C. comme capitale des Turons / Turones (du nom des Celtes provenant probablement des environs de la Thuringe arrivés au IVème siècle avant J.-C.). Elle avait un grand amphithéâtre, un remarquable temple rond, un aqueduc de 25 km en canalisation enterrée (+ article de Cyril Driard, Ta&m 2007), un pont sur la Loire (+ article de Jacques Seigne et Patrick Neury, Ta&m 2007).
Tours existait-elle avant Caesarodunum ? La ville des Turons située aux alentours d'une colline (dunum signifie colline en gaulois) a été désignée par plusieurs noms : Caesarodunum (la colline de César) / Turonis (c'est ainsi que l'appelait Sulpice Sévère et donc Martin) / urbs Turonum / Tours... Ce tableau répertorie tous les noms latins de la ville [ Ta&m 2007 page 282). Il y manque ce qui fut probablement la première mention, trouvée dans un souterrain du musée des Beaux-Arts : photo (lien)
+ autre photo (lien). Il s'agit de l'inscription "Civitas Turonorum libera" disant que Tours est une ville libre.
+ explicatif [Alain Ferdière, Ta&m 2007].
Cette inscription est généralement datée de 50 environ, et même avant sous le règne de Tibère, de 14 à 37. Sa traduction (Turonorum étant un génitif pluriel) est "La cité libre des Turons". Le réemploi de "civitas Turonorum" étant attesté au Vème siècle, cette désignation a probablement été continuellement employée du Ier au Vème. La dénomination Tours / Turonorum serait donc au moins aussi vieille que Caesarodunum. D'où ces questions : Tours, sous un nom proche (Turonos en gaulois ?) préexistait-elle à Caesarodunum ? Caesarodunum n'est-elle qu'une désignation administrative d'apparat recouvrant temporairement celle de Tours ? On sait qu'avant l'occupation romaine, les lieux ont été occupés par un bourg gaulois ( article de Raphaël de Filippo Ta&m 2007). Toutefois, la capitale des Turons semblait alors être Amboise / Ambacia, les Romains auraient imposé un nouveau lieu, plus à leur convenance. Sur ce sujet, lire l'entretien avec Pierre Audin dans un article du Mag. Touraine 2010 n°114 :
1
2.
|
A gauche, restitution du temple rond et à droite, restitution des remparts [ Ta&m 2007).
Au centre, Tours, capitale de la Lyonnaise Troisième
+ carte des diocèses.
|
Les remparts de Tours 1/5 : l'enceinte gauloise. A cette époque l'Egypte n'était pas égypto-romaine, l'Espagne n'était pas hispano-romaine et la Gaule n'était pas gallo-Romaine, elle était gauloise. Ce sont bien des Gauloins qui ont construit les premiers remparts de la ville, ceux que Martin a franchis à de multiples reprises. Ils n'ont pas eu besoin des conseils des Romains, même s'ils se sont appuyés, au sud, sur un monument importé par les Romains, l'amphithéâtre, même s'il était désigné par le mot romain de castrum (= camp) (il est probable qu'il était aussi nommé par un mot gaulois).
+ autre plan de Tours vers 400 (lien).
+ article de Jacques Seigne "La fortification de la ville au Bas Empire, de l'amphithéâtre-forteresse au castrum"
+ restitution (avec commentaire sur l'évolution de l'équipement des soldats gaulois et romains) et raisons (se protéger des raids barbares) par Cossu-Delaunay 2020. Il apparaît probable que la construction du 2ème pont, judicieusement placé, et l'abandon, voire la destruction, du premier pont ait accompagné l'édification de l'enceinte.
|
|
Gaule lyonnaise Troisième, comprenant Armorique, Maine, Anjou, Touraine (liens : 1 2). En un
article titré "Les avatars de la civitas Turonorum" [
Ta&m 2007], Alain Ferdière estime que cette nomination eut lieu, non pas vers 350 comme on l'a cru, mais entre 364-369 et 388. En 2013, en son étude sur le château de Tours, Vassy Malatra avance la date de 374. Martin ayant pris ses fonctions d'évêque en 371, il apparaît étonnant qu'aucun historien ne semble s'être interrogé sur la possibilité que le prestige naissant de l'apôtre des Gaules ait pu avoir une influence sur cette décision. Martin a pourtant rencontré, l'empereur Valentinien Ier avant la mort de ce dernier en 375. La question est donc légitime, même si une réponse apparaît impossible...
article de 14 pages titré "L'évêque Martin et la ville de Tours". En voici des extraits.
Martin couronné par son dieu, détail d'une fresque du XIème siècle dans la tour Charlemagne de la basilique Hervé (on devine une main tenant une couronne sur sa tête) [Lelong 1986, photo Collon-Arsicaud). Au XXIème siècle, du haut de sa basilique Laloux, Martin veille sur la cité de Tours et son diocèse, dont il fut le deuxième évêque au IVème siècle. + autre photo de 2018, aussi prise du haut de la tour Charlemagne
+ carte postale.
|
Objets qu'a pu connaître Martin. Ils ont été trouvés à Tours et sont présentés dans le livre de Pierre Audin "Tours à l'époque gallo-romaine", éditions Alain Sutton 2002. Ils sont, pour la plupart, dans la collection SAT.
Ci-dessous un miroir en bronze trouvé rue Albert Thomas vers 1884.
|
Willibrord (657-739) dira : "Que dirai-je de toi, cité de Tours ? Tu es petite et méprisable par tes murs, mais grande et digne de louange par le patronage de saint Martin. Qui viendrait chez toi pour toi-même ? N'est-ce pas plutôt à cause de son intercession très sûre que les foules de chrétiens convergent vers toi ?"
Un subterfuge des Tourangeaux pour attirer Martin. 1) Martin ne voulait pas être évêque [ Jean-Bruno Gassies, 1827, Collégiale St Martin de Colmar, "La légende de Saint Martin au XIXème siècle" 1997].
2) Pour qu'il vienne à Tours, un habitant, Rusticius / Ruricius, prétexta que sa femme était malade et demandait à être secourue
[ Couillard - Tanter 1986 + trois pages sur la vie de Martin à Tours et aux alentours : 1 2 3].
3) Il implora ensuite Martin de lui pardonner... [ Karl Girardet, gravure d'Adolphe Gusmand, LTh&m 1855].
+ même scène [tapisserie des Gobelins, Maupoix 2018].
Des membres du clergé ont accueilli Martin avec déférence à son arrivée à Tours [ Gebhard Fugel, 1910, Allemagne, Wikipédia], mais d'autres ont montré une vive opposition [ Nikto - Kline 1987] + les deux planches :
1
2.
Defensor, l'évêque d'Angers, et d'autres prélats et notables se sont opposés à l'élection de Martin... [ Brunor - Bar 2009]
(+ deux planches : 1 2)
+ La même scène par Maric - Frisano 1994 : 1 2
et planche de BD Utrecht 2016.
Emeute à Turonis ! Autre regard sur cette élection de Martin à l'évêché de Tours par Jean Loguevel en cette page : "Comme pour saint Ambroise à Milan, cette élection se fait dans un climat proche de l'émeute, et malgré l'opposition des
notables gallo-romains". C'est illustré, ci-dessus, dans la BD de Proust - Martin, Froissard 1996 + deux planches :
1
2
Martin est ordonné évêque, la foule en liesse à gauche, les évêques contrits à droite [vitrail de l'église de La Translation de Saint Martin à La Chapelle sur Loire, en Touraine, Amand Clément 1892].
+ la même ordination sur une miniature de sacramentaire 1180 [ BmT],
sur une peinture de retable [ musée de los Caminos dans le palais épiscopal de Astorga en Espagne, flickr Santiago Abella],
sur une miniature de Jeanne de Montbaston [légendier vers 1330, BnF]
et sur trois vitraux :
1 [vers 1315, église d' Anctoville sur Bosq en Normandie, lien]
2 [atelier de Olivier Durieux 1873 à Reims, église St Martin de Wimy dans l'Aisne, flickr Patrick]
3 où Dieu est assimilé à l'alpha et l'oméga [1925, atelier grenoblois de Louis Balmet, église de Tournon Saint Martin dans l'Indre, lien].
.
|
Guy-Marie Oury commence son second tome de "La Touraine au fil des siècles" sur la ville de Tours (CLD 1977) par cette phrase : "La décision prise en 371 par le peuple chrétien de Tours de choisir pour évêque un
ascète qui jouissait déjà d'une réputation de
thaumaturge, de préférence à un membre de l'aristocratie cléricale, devait avoir pour la cité des conséquences incalculables." Effectivement, à cette époque où les fidèles élisaient démocratiquement leur évêque, ce sont des habitants de Tours qui sont allés chercher l'ermite en sa retraite de
Ligugé et l'ont amené, contre sa volonté première, à occuper le siège épiscopal [+
récit de l'arrivée de Martin à Tours et de son élection, première page écrite par
Jacques Fontaine du livre collectif "Histoire religieuse de la Touraine", CLD 1962] . Sans eux, Martin ne serait pas devenu l'évangélisateur permettant aux campagnes gauloises d'adopter la nouvelle religion qui, avant lui et ses continuateurs, n'était que citadine. En cela, la grandeur de Martin a été déclenchée par des Tourangeaux. Et même soutenue par tous les Tourangeaux de l'époque, car il apparaît que les habitants de Turonis ont constamment soutenu leur évêque Martinus. Au point, après son départ, de se montrer très virulents contre son successeur Brice, l'obligeant à plier bagage pour lui donner deux remplaçants, le second Armence relançant enfin le culte de Martin [thèse de Luce Pietri, voir
ci-après le chapitre sur Armence]. Pour cela, la première basilique devrait être considérée comme étant celle d'Armence, soutenu par les Tourangeaux, et non comme celle de Brice, chassé par eux.
Martin obtient la libération des prisonniers du gouverneur / comte de Tours Avitianus / Avitien (par erreur nommé Aretien) [ Maric - Frisano 1994] + deux planches :
1
2.
+ la même scène en trois planches par Proust - Martin, Froissard 1996 :
1
2
3
|
étude de 1996 "L'évêque Martin et la ville de Tours", Nancy Gauthier estime que le lobying répugne à celui qu'elle considère comme un "original un tantinet provocateur". Elle reconnaît certes que cet épisode Avitien montre que Martin est attentif aux Tourangeaux qui l'ont élu et accomplit consciencieusement sa tâche d'évêque. Mais "On ne le voit jamais se soucier de la bonne marche de la ville de Tours ou se préoccuper d'accroître son prestige ou sa parure monumentale. En ceci, il se distingue des autres évêques qui, issus de la classe dirigeante, conservent tout naturellement au service de l'Église les préoccupations de service public qu'ils avaient sucées au berceau. Ce fut certainement une déception pour une partie au moins
des Tourangeaux. Mais ce que Martin, uniquement préoccupé de Dieu et des hommes, n'avait pas fait pour sa cité de son vivant, il le fit après sa mort", sous l'impulsion de Perpet, dont le rôle lui apparaît décisif à la fois pour la réputation de Martin et le développement de Tours... Mais Perpet aurait-il existé sans l'action préalable de Sulpice Sévère ?
Marmoutier, sur la rive opposée de la Loire, en amont, à environ 2 km des murs de Tours. Le pont en bois reliant la Cité à la rive opposée était encore présent et facilitait le passage (il s'agit du pont n°2 d'après l'
étude de Jacques Seigne et Patrick Neury,
Ta&m 2007, sachant que plus tard, de la fin du Vème siècle au début du Xème, il n'y avait plus de pont...).
Alors que Sulpice Sévère écrit que Martin aurait fondé son monastère dans un endroit qui n'avait "rien à
envier à la solitude du désert", les récentes enquêtes archéologiques montrent que ce lieu faisait déjà l'objet d'une occupation antique et avait même été récemment réaménagé quand Martin choisit d'y établir son monastère... C'est un exemple prouvé de la tendance à l'exagération de Sulpice Sévère. Martin habita son ermitage jusqu'à son décès, entouré d'environ 80 disciples. C'est le début d'une longue histoire pour ce site qui accueillit un puissant monastère quelques siècles plus tard, dont il reste peu.
Martin préfère s'éloigner de la ville. [ Proust - Martin, Froissard 1996]
+ trois planches présentant l'arrivée de Martin à Tours et à Marmoutier : 1 2 3.
A droite, illustration de Gebhard Fugel 1910.
Martin à Marmoutier [ Maric - Frisano 1994].
Plan de gauche : Marmoutier est à environ 2 km de la cité de Tours, en accès direct [schéma de Charles Lelong 1989, avec ajout du pont de bois présenté au chapitre précédent]. Au centre la grotte dite "Le repos de saint Martin", entrée ["Histoire de la Touraine", Pierre Audin 2016] et intérieur [ Fasc. NR 2012]
+ photo d'extérieur 1950
+ carte postale avec photo d'intérieur.
Même si la configuration des lieux a beaucoup changé, Charles Lelong estime que cette grotte "a bien abrité le sommeil de Martin".
A droite extrait d'une icône orthodoxe.
+ vitrail de l'église de Saint Martin du Lac, en Bourgogne, présentant Martin comme un " ami de la solitude" [flickr Odile Cognard].
Voir aussi Marmoutier
2/3
3/3.
|
Sulpice Sévère (363-410) a rencontré Martin à Marmoutier et s'est entretenu avec lui de sa vie : "Peu de temps après sa conversion, Sulpice Sévère vint à Tours visiter saint Martin. [...] On croit communément que cette première entrevue eut lieu vers l’an 393. Sulpice fut accueilli avec les témoignages les plus touchants de bonté et d’affection, de la part de saint Martin. L’humble évêque le remercia d’abord de ce qu’il avait entrepris en sa considération un si long et si pénible voyage. Il le fit asseoir à sa table : faveur qu’il accordait rarement, surtout aux grands du monde. [...] Ainsi commença pour Sulpice Sévère cette douce familiarité avec notre saint évêque, qui fit l’honneur et la consolation de sa vie. Durant son séjour à Tours, Sulpice étudiait la vie et les vertus de saint Martin, comme le meilleur modèle à suivre ; déjà même il avait conçu le dessein de mettre par écrit tout ce qu’il avait appris des actions de notre illustre évêque. Jamais projet littéraire ne porta plus bonheur à un écrivain : la postérité connaît surtout Sulpice Sévère comme l’historien de saint Martin. Quoique notre saint prélat eût l’habitude de ne jamais parler de lui-même, et de cacher les grâces particulières que Dieu lui accordait, Sulpice cependant affirme qu’il apprit de sa propre bouche une partie des faits racontés dans son histoire. D’autres traits, avec quantité de circonstances intéressantes, lui furent révélés par les clercs de l’Eglise de Tours ou par les moines de Marmoutier. Peu d’auteurs ont eu la même bonne fortune. Aussi son récit peut-il être considéré comme entièrement digne de foi, puisqu’il s’appuie constamment sur le rapport de témoins oculaires, quand il ne reproduit pas les paroles, mêmes de saint Martin.
"
Martin et Sulpice dans Proust - Martin, Froissard 1996
+ la planche.
Les mêmes dans BD Utrecht 2016 par Nico Stolk et Niels Bongers
+ deux planches :
1
2.
Les mêmes dans le téléfilm d'Arte déjà présenté ( ci-avant). Trois couvertures récentes de la "Vita Martini" de Sulpice Sévère (illustrations : Anonyme XVème siècle Budapest, Simone Martini vers 1325 à Assise ( original), Anonyme XIIème Cambrai ou Tournai).
|
article de 2009 titré "Les origines du culte de saint Martin de Tours aux Vème et VIème siècles" montre l'importance du succès immédiat de la "Vita Martini" : " Le culte des martyrs et des saints part de leur tombeau. Dans le cas de Martin nous avons aussi cet aspect topographique essentiel avec l’action des évêques Perpetuus et Grégoire. Mais il se pourrait bien que le facteur premier dans l'essor du culte martinien ne soit pas le tombeau mais la Vita rédigée par Sulpice Sévère. C’est en effet la diffusion de ce texte à Rome et en Italie qui, seule, peut expliquer la célébrité de Martin dans le contexte romain et italien. Cette célébrité était peut-être si importante qu’elle aurait en quelque sorte fini par rejaillir sur les milieux gaulois et tourangeaux.". En cela,
Michel Fauquier le qualifie de "premier saint moderne", dans une étude de 2019. +
récit par Sulpice Sévère lui-même (faisant comme si on s'adressait à lui...) du rapide et extraordinaire succès mondial (c'est-à-dire pour l'époque méditerranéen) de son ouvrage, en quelque sorte devenu un
best-seller, comme le raconte Joshua Peeters en une
double-case de
BD Utrecht 2016.
Alors que Martin n'a rien laissé d'écrit et, n'étant pas un orateur, n'a pas laissé de discours, Sulpice Sévère a comblé, et de quelle façon, ce qui aurait pu être un handicap.
Antoine le Grand (251-356, décédé apparemment à 105 ans), le premier ermite, en Egypte, père du
monachisme chrétien, allant jusqu'à dire que ": “Avec le seul Martin, l’Europe peut se tenir au même rang que l’Egypte”. Ce pourrait être la première utilisation du mot Europe au sens géographique. Nombre des épisodes qu'il relate lui ont été racontés par des disciples eux aussi fascinés par l'évêque de Tours. Son ouvrage est une suite d'épisodes merveilleux qu'il est difficile de croire au pied de la lettre. Or c'est la matière première de ce que nous savons sur Martin. Les historiens s'y sont donc penchés très attentivement, surtout Ernest-Charles Babut et
Jacques Fontaine. Cette
double page de
Charles Lelong en son livre "Vie et culte de Saint Martin" (CLD 1990) en témoigne. Bruno Judic, en cette
page de son étude de 2009 conclut pareillement : "Comme Babut, mais avec une plus grande sympathie pour Martin, Jacques Fontaine s’attache avant tout au texte de Sulpice et part de Sulpice. Comme Babut, il évoque une part éventuelle de fiction. Mais il aboutit finalement à un résultat bien différent. La vérité historique de Martin émerge au sein même de la fiction littéraire. Il peut ainsi distinguer des niveaux de stylisation, c’est à dire des formes de conventions littéraires.".
Pierre Courcelle, dans un
article de 1970 est très sévère envers Sévère : "Même si Sulpice a des circonstances atténuantes et s'il nous préserve un précieux « noyau historique », l'on ne saurait, je crois, éluder de faire en fin de compte son procès : ne s'est-il pas complu, pour se concilier la masse des lecteurs, à fondre et confondre sainteté et folklore ? N'est-il pas l'un des principaux responsables de l'invasion du « merveilleux » en Occident ? Le succès même de son livre n'a-t-il pas contribué à abaisser le niveau du christianisme pour dix siècles ? "
En 396, devant la grotte de Marmoutier, Sulpice Sévère présente la première version de son livre à Martin, un an avant sa mort à 81 ans [tableau de René-Théodore Berthon, 1822, musée de Budapest (en 1904 à Marmoutier), flickr Logan Isaac]. Analysé dans le Catalogue 2016 par Anna Tüskés, ce tableau y est titré "Fondation de l'abbaye de Marmoutier par Saint Martin". Martin, situé à droite, consulterait les plans de la future abbaye de Marmoutier. C'est invraisemblable, car d'une part il n'a pas voulu y bâtir une abbaye de type monument et d'autre part il était vêtu humblement comme le personnage de gauche. Et, celui-ci a son âge de 80 ans en 396, alors que le personnage de droite a l'âge de Sulpice, 33 ans. On a donc une superbe représention de Sulpice montrant à Martin la première épreuve de son livre. En fait le cadre du tableau est réduit, une construction se monte sur la gauche et l'artiste a voulu montrer une allégorie avec un bâtisseur d'un siècle postérieur, Jean-Baptiste Guizol (1756-1828), montrant à un Martin rematérialisé la chapelle qu'il construisit sur les ruines du clocher de l'abbaye. Mais la rencontre de Sulpice et Martin est un symbole si fort...
|
ci-avant), ou
Denis de Paris (décédé en 258, il n'est cité que vers 520) ou
Jacques de Compostelle (cité dans les évangiles et qui serait allé en Espagne, ce qui n'est su qu'après 600 environ), qui peuvent être considérés comme mythiques et sans existence historique. De plus, Sulpice nous raconte la vie en Gaule à la fin du IVème siècle, témoignage très précieux, compte tenu là encore des corrections effectuées par les historiens.
Témoignages. Voici deux exemples prouvant l'existence de Martin, en dehors des écrits de Sulpice Sévère et des écrits religieux. 1) Il a été retrouvé à Vienne (sur le Rhône) l'épitaphe d'une femme nommée Foedula enterrée au début du Vème siècle qui rappelle qu'elle avait été baptisée par "sa grandeur Martin" [cité par Charles Lelong en 2000, détails dans l' article de Jean Doignon 1961].
2) Le documentaire d'Arte de 2016 (voir ci-avant) présente , à Ligugé, une tombe découverte en 1958 avec une inscription montrant qu'elle est celle d'un jeune Wisigoth de 10-12 ans nommé Ariomeres, élève du maître Martin ("domini Martini"). D'après une étude de Francis Salet en 1961, il serait décédé au Vème siècle, après 419, date d'arrivée des Wisigoths, donc au moins 20 ans après la mort de Martin, encore considéré comme le maître [+ étude archéologique de Carol Heitz, 1992].
|
Pierre Leveel, dans
La lettre martinienne 2006-1 (page 14) résume ainsi les conclusions des historiens :
"Les commentateurs s’accordent à écrire qu’après son incorporation difficile, Martin resta plusieurs années dans une sorte de préparation militaire des adolescents, et qu’il ne fut versé dans la militia armata qu’après l’âge de 20 ans. On ne saurait voir Martin que courageux et
discipliné, fidèle aux « serments militaires », évitant toutefois avec habilité de donner des gages d’adoration dans la religion qui restait celle de la plupart des soldats romains de l’époque. On comprend, sans qu’un document le prouve, que sa conduite fut appréciée de ses supérieurs, lesquels le jugèrent digne d’accéder à un corps très convoité: « C’est sous l’empereur Constance que Martin est passé des troupes régulières dans le corps d’élite que constituait la garde impériale montée »".
Ce doute désormais levé (1700ème anniversaire en 2016, pas en 2036 !) sur la date de naissance en lève un autre sur l'âge de baptême, à 18 ans, à Amiens après le partage du manteau, donc en 334 / 335, et non en 354 / 355. Et ce n'est pas Hilaire qui baptisa Martin, comme c'est parfois représenté, par exemple dans un
vitrail de Saint Florentin en Bourgogne(1528).
article de 1908 titré "Paulin de Nole, Sulpice Sévère, saint Martin, recherches de chronologie", Ernest-Charles Babut conclut que Martin n'est probablement pas décédé le 8 novembre 397 comme généralement convenu, mais entre novembre 396 et la mort d'Ambroise de Milan, le 4 avril 397 (mars 397 lui apparaît le plus probable), donc presque un an plus tôt (voir aussi
ci-après la mort d'Ambroise). Cela n'a pas été retenu par la suite, notamment pas
André Chastagnol en une
étude de 1984 titrée "Autour de la mort de saint Martin" où il tient pour certaine la date du 11 novembre 397. Plus généralement, ce qui est vrai de la vie de Martinus a-t-il pu transiter autrement que par les écrits de Sulpice Sévère et quelques autres repères historiques ? Par les noms de lieux et les légendes colportées ? A titre personnel, avec mon expérience de généalogiste amateur habitué à soupeser la valeur des dates, la lecture des arguments échangés sur la date de naissance de Martin m'a convaincu de sa naissance en 316. Par contre, pour le décès, je n'ai pas de conviction. Les arguments de Babut ne m'apparaissant pas irréfutables et, n'ayant pas trouvé de contre-argumentation (je suppose qu'il y en a ...), je me plie à l'opinion générale du 8 novembre 397.
Paulin de Nole (353-431) "souffrait depuis longtemps des yeux et la cataracte commençait à se former lorsque Martin lui ayant touché les paupières avec un pinceau, le mal disparut par enchantement" (lien). Paulin devint évêque de
Nole, près de Naples, en 409. C'est lui qui apprit à Sulpice Sévère "l'existence d'un évêque hors-norme à Tours" (lien). Paulin de Nole fut l’un des plus grands poètes latins chrétiens (on a gardé de lui 35 poèmes). Une autre partie de son oeuvre est constituée par de longues lettres (49 ont été conservées) écrites à de grandes personnalités de son époque comme le poète Ausone, saint
Jérôme de Stridon, saint
Augustin d'Hippone et donc Sulpice Sévère. Paulin eut aussi un rôle dans la diffusion de l'oeuvre de Sulpice Sévère, qui l'écrit lui-même dans ses dialogues : "Celui qui le premier a introduit ton livre dans la ville de Rome, c'est ton grand ami Paulin de Nole. Là, dans toute la ville, on s'arrachait le volume. J'y ai vu les libraires exulter, déclarant que rien n'était pour eux une meilleure affaire, que rien ne s'enlevait plus vite et se vendait plus cher."
Martin guérissant Paulin ["Martinellus" 1110, BmT].
Au centre-gauche, Paulin en un vitrail de la cathédrale de Linz (Autriche).
Au centre-droit Paulin prêchant [lien].
A droite sanctus Paulinus dans l'actuelle basilique ventant les mérites du livre de Sulpice Sévère [atelier Lorin].
+ six autres images de Paulin :
1 [calendrier de Jacques Callot (1592-1635)]
2
3
4 (avec celui qui l'a baptisé, Delphin, évêque de Bordeaux environ de 380 à 403, correspondant avec Sulpice Sévère, lien)
5 (Paulin de Nole aurait initié la coutume de faire annoncer les offices par la sonnerie des cloches)
6 [ François Verdier, lien].
.
A gauche, Sulpice Sévère envoie (à Paulin de Nole ?) un messager porteur de son livre sur Martin [ BmT, lettrine vers 1325]. Au centre, Sulpice voit Martin en songe puis apprend sa mort [Médiathèque Le Mans, XVème siècle, Maupoix 2018]. Sulpice a fait des émules qui, au cours des siècles, ont rédigé une vie de saint Martin, tel Richer, abbé de Saint Martin de Metz, au XIIème siècle. A droite, il écrit sous l'inspiration de Sulpice qui lui présente son ouvrage [médiathèque d'Epinal, Maupoix 2018].
|
Gaule. A cette époque, au IVème siècle, elle a des frontières changeantes, dépendant soit de l'empire romain et de sa capitale Rome, soit, officieusement ou officiellement gouvernée à partir de
Trèves, aujourd'hui en Allemagne, par
Valentinien Ier, de 364 à 375, par son fils
Gratien de 375 à 383, puis par
Magnus Maxime de 383 à 388. Selon les époques la [Grande-] Bretagne insulaire et l'Espagne peuvent s'ajouter au périmètre de la Gaule, qui remonte jusqu'à l'embouchure du Rhin.
A Trèves, Valentinien Ier reçoit Martin sans se lever, un soldat l'avertit que son siège prend feu... A gauche, peinture de Noël Hallé [Musée des Beaux-Arts d'Orléans, lien], à droite vitrail de l' église Saint Martin de Pau [extrait d'une rosace de 24 scènes sur Martin, lien]
|
arianisme. Par trois fois, il se rendit à Trèves, la capitale des Gaules, pour y rencontrer les empereurs successifs, Valentinien Ier et, par deux fois, Magnus Maxime (voir cette page). Les deux dernières rencontres seront délicates, car il s'oppose à ce que Maxime, avec l'accord de l'empereur byzantin
Léon Ier, exécute, à Trèves, l'évêque hérétique Priscillien et ses principaux disciples.
|
| |||
Luc-Olivier Merson, Lecoy 1881] devant le palais impérial.
En haut à droite, inspiré par un ange, il trouve une porte pour approcher Valentinien [vitrail de l'église de Sorigny en Touraine, Lobin,
+ la verrière en entier].
+ vitrail de la cathédrale de Tours où l'ange montre la porte [baie n°4, vers 1280, Verriere 2018].
Les autres illustrations sont extraites de la bande dessinée de Proust - Martin, Froissard 1996. + quatre planches présentant l'entrevue de Martin avec l'empereur des Gaules Maxime 1 2 3 4 (dans cette séquence, les trois rencontres sont réunies en une seule).
+ sur la scène du repas, broderie [New York Metropolotan Museum of Art, Maupoix 2018],
vitrail de l'église Saint Etienne de Tours vers 1870 [atelier Lobin, commentaire Verrière 2018]
et vitrail de l'église St Martin de Nonancourt dans l'Eure (lien).
Un original à la table de l'empereur. Martin ne craignait pas de trangresser les usages, qu'ils soient gaulois ou romains, du bas peuple ou de l'aristocratie. ici à sa première rencontre avec l'empereur Maxime [ Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996]
+ la planche.
A droite, les trois mêmes protagonistes dans une miniature du "Martinellus" 1110 [ BmT].
+ la même scène dans une fresque du sous-sol de la basilique de Tours, voir ci-après
et dans quatre vitraux :
1 [église St Martin de Nonancourt en Normandie]
2 [atelier de Maréchal et Champigneulle, église St Martin de Metz en Lorraine]
3 [église de Romilly sur Seine dans l'Aube]
4 [église de Sucy en Brie].
En 385, Ithace / Ithacius, évêque d' Ossonoba, essaye de convaincre Martin de la nécessité de condamner Priscillien à mort. [ Brunor - Bar 2009] + deux planches consécutives à cette scène : 1 2 + lien. Cette volonté de Martin de séparer les affaires de l'Etat et des Eglises apparaît moderne. Serait-il un précurseur de la loi de 1905 ? Martin serait-il un défenseur de la laïcité ?
Un opposant à l' inquisition ?
| ||||
nicéeenne, soutenant notamment
Ambroise, évêque de Milan contre les
ariens.
A la même époque, l'évêque d'
Avila, en Espagne,
Priscillien (345-385) s'éloigne d'une autre façon des principes nicéens. Il est un mystique chrétien voulant vivre un christianisme proche des origines selon une vision très personnelle. Si, pour son ascétisme il est proche de Martin, il s'en éloigne en s'appuyant sur des livres
apocryphes. Il s'ensuit un vif débat qui va mener, pour la première fois, au meurtre de chrétiens par d'autres chrétiens. Ses adversaires, deux évêques espagnols, Hydacius / Hydace et Ithacius / Ithace, jouent avec acharnement le rôle d'accusateurs demandant à l'empereur Maxime la mise à mort de l'hérétique. Convoqué à Trèves, Priscillien est mis en accusation. L'intervention de Martin le sauve momentanément, mais il ne peut rien faire lorsque ce dernier est condamné à mort pour hérésie en 385. Il est décapité à Trèves, avec quatre autres chefs de son mouvement. Priscillien fut ensuite vénéré comme martyr par ses disciples; et, après la chute de Maxime, la secte se répandit dans toute l'Espagne. Son exécution provoqua des déchirements chez les évêques gaulois et les intellectuels chrétiens. Ambroise de Milan est du côté de Martin de Tours, qui refuse de participer à d'autres assemblées sacerdotales. Augustin d'Hippone et Jérôme de Stridon soutiennent la condamnation. Finalement, le pape
Sirice proteste aussi contre cette mesure, l'empereur romain Théodose Ier aussi, Hydace et Ithace quittent leur charge d'évêque. Un siècle et demi plus tard, en 563, par un mouvement de balancier, le
concile de Braga réhabilite Ithace et condamne très fermement Priscillien. Sous l'influence d'Hydace, plus souple qu'Ithace, et plus tard de Grégoire de Tours, le rôle de Martin dans cette affaire Priscillien est marginalisé.
Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996 + deux planches :
1
2
Le deuxième rencontre de Martin et Maxime [ Brunor - Bar 2009]
+ la planche.
Deux illustrations du Lecoy 1881 : "Saint Martin intercède pour les priscillianistes auprès de l'empereur Maxime"
par Joseph Blanc (+ version vitrail à la collégiale Saint Martin de Beaupréau, en Anjou, lien),
puis réconforté par un ange [reproduction d'une illustration du "Martinellus" 1110, BmT].
|
A gauche Priscillien enchaîné (lien). Puis, Martin essaye d'empêcher la décapitation de Priscillien [tableau de l' église Saint-Martin de Maimbeville]. A droite, livre de Ramon Chao en 2004 estimant que les restes de Priscillien sont ceux attribués à Jacques de Compostelle
|
page Wikipédia de Priscillien : "Priscillien a longtemps été honoré comme martyr, notamment en Galice, et dans le Nord du Portugal, où l’on prétend que son corps serait revenu. Certains historiens comme Philippe Martin [en son livre "Les Secrets de saint Jacques-de-Compostelle", Vuibert 2018] considèrent que le corps retrouvé au IXe siècle et identifié comme celui de saint
Jacques de Compostelle était en fait celui de Priscillien". Il y a lieu d'en douter, tant les preuves sont minces, mais, après tout, cela apparaît davantage plausible que d'attribuer ces restes à l'un des douze apôtres... Et ça résonne comme une revanche narquoise de Priscillien à ses persécuteurs ! En 2016, Diego Play Augusto, en une solide
étude titrée "Le lieu d'enterrement de Priscillien", estime que " Malgré l’ attrait de cette hypothèse, nous ne disposons d’aucune référence qui permette d’ établir une relation entre Priscillien et la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle" et il argumente pour proposer un autre lieu.
article de 1913,
René Massigli pensait que Martin était très proche des Priscilliens et avait été directement visé par une lettre du pape Sirice en 386-387 "où il est question de ces moines dont on fait des évêques qui tous guindés d'orgeuil courent à l'hérésie". L'auteur réfute l'idée que le prestige de Martin ne soit dû qu'aux écrits de Sulpice Sévère et Paulin de Nole : "Comme sa qualité de moine n'a certainement pas suffi à le distinguer, force est bien d'admettre qu'un prestige spécial, dû sans doute à ses dons personnels, l'environnait".
+
article de Charles Guignebert, de 1909, sur une étude d'Ernest-Charles Babut traitant du priscillianisme + le
chapitre 'Martin et les priscillianistes" du livre de Charles Lelong "Vie et culte de Saint Martin" (1990).
Ambroise de Milan, un alter ego de Martin ?.
Ambroise, comme Martin, a été élu évêque (de Milan en 374) par la volonté populaire, contre son gré et contre la volonté des évêques voisins. Comme lui, il est intervenu pour que Priscillien soit gracié.
Toutefois, contrairement à Martin, Ambroise n'avait rien d'un moine ascétique. D'origine très aristocratique (permettant d'établir de lointains liens de cousinage avec Charlemagne :
1
2
3),
il avait l'envergure d'un haut dirigeant politique. Il serait décédé le 4 avril 397, après avoir appris le décès de Martin. Il y aurait alors lieu de douter que Martin soit décédé le 8 novembre de la même année, mais plutôt en mars 397, comme l'estime Ernest-Charles Babut (voir
ci-avant), voire en novembre 396, à moins que l'erreur vienne d'ailleurs... +
texte d'Ambroise sur Martin. L'affaire priscillienne a révélé un axe Martin - Ambroise qui fit contrepoids aux évèques voulant dominer les autorités politiques. Après que le christianisme se soit imposé, ce fut la première crise de ce genre en Europe. Il y en eut bien d'autres depuis, sous diverses formes, penchant d'un côté ou de l'autre... Nous verrons plus loi, avec Paulin de Nole, Mélanie la Jeune, Eustoche et Perpet que cette concordance de vue entre Martin et Ambroise permettra la mise en place d'un axe Milan-Tours.
Ambroise sur la même longueur d'onde que Martin. A gauche, vitrail de l'église Saint Augustin à Paris réunissant les deux saints (Martin à gauche). Au centre, Ambroise ayant la révélation de la mort de Martin, prieuré saint Martin des Champs à Paris, tableau de Félix Villé. A droite, vitrail de la cathédrale de Bourges, 1214, ou Ambroise asperge d'eau bénite le corps de Martin [ Verrière 2018].
+ deux fresques de Simone Martini dans la chapelle Saint Martin d'Assise sur ce songe d'Ambroise, avec récits de Sulpice Sévère et Gilles Berceville dans le livre "Saint martin de Tours" de Sulpice Sévère traduit par Jacques Fontaine aux éditions du Cerf 2016 :
1
2.
+ retable avec Ambroise entouré de Martin et Sébastien [ Nicolo Corso, XVème siècle, galerie Sabauda à Turin, Italie, flickr jean louis mazieres]
Deux extraits d'une très ancienne mosaïque dans la basilique Saint Ambroise de Milan [photo Wikipedia au centre]. A gauche, même scène qu'au-dessus au centre, Ambroise endormi vit la mort de Martin. A droite il est présent à son enterrement. Cette imposante mosaïque, scène centrale de la basilique milanaise, est ici dans sa reproduction en aquarelle par Henri Toussaint pour le livre Lecoy 1881, qui présente une analyse précise de l'oeuvre. La mosaïque y est datée du IXème, Xème ou XIème siècle, Wikipédia la date des VIème et VIIIème siècle, largement remaniée aux XVIIIème / XIXème siècle. On peut donc supposer que les thèmes traités dans chaque scène viennent du VIème siècle.
+ bas-relief en or au maître-autel dans la même basilique [IXème siècle, Lecoy 1881].
Sanctus Ambrosius sous la coupole de l'actuelle basilique Saint Martin de Tours |
Tours et la Touraine sont au croisement de voies dites romaines mais en fait gauloises : "L'opinion générale selon laquelle les Romains seraient à l'origine de l'ensemble du réseau de voies antiques en Gaules n'est pas exacte" ( lien Wikipédia).
A gauche le réseau routier des Turons, au centre une route d'époque près de Tours ["L'Indre et Loire", Pierre Audin, éditions Bordessoules 1982, lien].
A droite la table de Peutinger en Touraine ["Caesaroduno" au centre]. + deux planches de Couillard - Tanter 1986 : 1 2
+ autre carte (lien).
|
ci-après), page 796, Luce Pietri présente une
carte des monuments chrétiens en Touraine au VIème siècle. En pages 793 à 795, sont indiquées les églises rurales créées par les évêques Martin (Langeais, Saunay, Amboise, Ciran la Latte, Tournon Saint Pierre, Candes +
carte C. Lelong 2000]), Brice (St Julien de Chédon, Brèches, Pont de Ruan, Brizay, Chinon), Eustoche (Reignac, Yzeures, Loches, Dolus), Perpet (Montlouis, Esvres, Mougon, Barrou, Balesmes, Vernou), Volusien (Manthelan), Injuriosus (St Germain sur Vienne, Neuillé *, Luzillé), Baud (Neuillé *), Euphrone (Thuré, Céré, Orbigny) et Gregoire (Artanne, Joué lès Tours, Mareuil sur Cher, Pernay, Le Petit Pressigny). * : Neuillé Pont Pierre ou Neuillé le Lierre. +
article d'Elisabeth Zadora-Rio "Lieux, espaces et territoires de la Touraine" de la fin du IVème siècle à la fin du XIIème [
Ta&m 2007].
document, pages 46, 47)
La destruction du temple d'Amboise vers 375 (début de l'épiscopat de Martin) [ Maric - Frisano 1994] + planche + intérêt patrimonial de ce temple [ Mag. Touraine n°62, 1997]. L' église Saint-Denis d'Amboise, peut-être édifiée à l'emplacement de ce temple, a un vitrail où Martin détruit une idole...
|
A gauche, "Saint Martin prêchant dans les bois de Touraine" par André Beauchant (1873-1958) ( document, page 64) [ MBAT]. A droite tableau de Félix Villé (1819-1907) [ église Saint Martin des Champs à Paris (lien)]
+ sur le même thème un tableau [Anonyme XVIIème siècle, cathédrale de Tours, Maupoix 2018],
un tableau sculpté d'origine indéterminée (lien)
et quatre vitraux :
1 [église de Trémeheuc en Bretagne]
2 [église St Martin d' Olivet en Orléanais (lien)
3 [église d' Acigné, près de Rennes (lien)
4 [ église de Beverley Minster en Angleterre, flickr Gordon Plumb].
Pour cette tâche, Martin est obéi par les moines de Marmoutier, comme le montre ce vitrail de l'église St Martin de Wimy dans l'Aisne [Nguyen DoDuc].
+ image XXème siècle montrant Martin et le rôle des moines et prêtres dans l'encadrement de la population.
Ci-dessous, vitrail de l'église St Martin de Ligugé [ Maupoix 2018].
A gauche, après un violent orage calmé par Martin, une fontaine jaillit pour laver ses plaies [église Saint-Martin de La Chapelle Blanche Saint Martin, atelier Lobin 1900/1912, lien). A droite résurrection d'un enfant [église Saint Martin de Marcilly en Gault, vitrail de Julien Fournier 1895, lien]
+ vitrail de l'église de Saint Martin du Lac, en Bourgogne, présentant Martin comme l'"apôtre des campagnes" [flickr Odile Cognard].
Extérieur et intérieur de la chapelle St Laurent de Veigné, à droite chevet et source sacrée. + trois photos : 1 (la source, derrière la chapelle) 2 (entre séquoia et saule pleureur) 3 (photo Sylvie Clochard, mai 2021, P.-S.) .
En de nombreux lieux de Touraine et d'ailleurs, le passage de saint Martin, le Martinus d'origine ou un continuateur dévoué, baigne dans un hallo de mystère, renforcé par le charme des vieilles pierres. Il est difficile de trancher, prenons cet exemple.
|
Sur un arrière-plan de destruction de statue romaine, Martin évangélise à la fois le citadin de Tours et le rural de la Touraine [ Luc-Olivier Merson, Lecoy 1881, frontispice].
A droite, Martin prêche la lumière et repousse les ténèbres [1987, église de Dolni Loucky en République Tchèque, lien].
A gauche, Martin, comme un officier, donne des instructions à ses disciples de Marmoutier [ Maric - Frisano 1994]. A droite, après sa mort, il est montré comme exemple par un nouvel évangélisateur [ Maître François 1460, BnF]
+ vitrail d'un prêche de Martin [église St Martin de Lure en Bourgogne]
+ encore avec la présence seulement spirituelle de Martin, ce tableau montrant une prédication de St Martin à Sienne en Italie [ Sano di Pietro, LM 20018].
|
Candes Saint Martin, où il avait créé une église. Malade, il y mourut le 8 novembre 397. Refusant qu'il soit enterré sur place ou amené à Ligugé, son entourage tourangeau en pleine nuit subtilisa le corps de Martin pour le ramener par la Loire à Tours. Sur le passage de l'embarcation, la végétation aurait refleuri, les oiseaux auraient chanté des louanges comme un dernier hommage, c'est devenu l'été de la Saint Martin (autre lien). En présence d'une foule importante, Martin est enterré le 11 novembre. A cette époque de vénération de reliques (aggravée par
Hélène, la mère de Constantin Ier, lien), l'acte consistant à garder et rester maître du corps d'un déjà saint n'était pas désintéressé, mais il témoigne, une fois de plus, de l'attachement des Tourangeaux à leur évêque. Candes a ensuite honoré Martin, qui y avait élevé une église dédiée à saint
Maurice, avec une imposante
collégiale Saint Martin, des XIIème et XIIIème siècle, classée monument historique dès 1840, avec un riche décor, notamment en son entrée. +
article de Paul Antin 1964 "La mort de saint Martin".
La mort de Martin à Candes le 8 novembre 397.
A gauche, vitrail de Lux Fournier 1955 [église de Beaumont la Ronce en Touraine, Verrière 2018].
A droite case de Maric - Frisano 1994
+ deux planches : 1 2
+ planche de Proust - Martin, Froissard 1996.
+ gravure [ LTa&m 1845]
+ gravure sur un dessin de Jacques-Emile Lafon [ Lecoy 1881].
+ deux fresques :
1 Simone Martini dans la chapelle Saint Martin à Assise, vers 1325
2 Johannes Aquila 1392 dans l'église de Martjanci en Slovénie (lien).
+ sept tableaux :
1 [Fidelis Schabet 1846 dans l'église St Martin d'Unteressendorf en Allemagne, Wikimédia]
2 [ István Dorfmeister, Hongrie]
3 [ Gebhard Fugel, 1910, Allemagne, Wikipédia]
4 [anonyme français XVIIIème siècle]
5 [ abbaye Notre Dame d'Evron en Mayenne, flickr Logan Isaac]
6 [XVIème siècle, Maître de St Lazare, Valence]
7 [ musée de los Caminos dans le palais épiscopal de Astorga en Espagne, flickr Santiago Abella]
+ six vitraux :
1 église St Martin le Grand d'York en Grande Bretagne, 1437 [flickr Lawrence OP]
2 église St Martin de Vendhuile en Picardie (lien)
3 [église St Martin d' Ammerschwihr en Alsace]
4 [atelier de Olivier Durieux 1873 à Reims, église St Martin de Wimy dans l'Aisne, flickr Patrick]
5 [église St Denis d'Amboise, atelier Lobin vers 1870, Verrière 2018]
6 église de Metz en Lorraine [atelier de Maréchal et Champigneulle, Nguyen DoDuc].
+ deux illustrations de Semur 2015 :
1 (vitrail de l'église St Etienne de Chinon, atelier Lobin (+ son double très proche en l'église de Saint Patrice, en Touraine, lien)
2 (bannière de l'église Saint Martin de Landivy en Mayenne).
|
A gauche, le corps de Martin évacué par une fenêtre [ Proust - Martin, Froissard 1996]
+ les deux dernières planches: : 1 2.
+ la même scène en une gravure reprenant un vitrail de Candes [ Lecoy 1881, d'après un dessin de Claudius Lavergne].
A droite retour du corps à Tours par la Loire, gravure de Luc-Olivier Merson [ Lecoy 1881 + esquisse, Musée de Moulins]
+ fresque du même bateau, sous l'angle arrière, de Gebhard Fugel 1910 (Allemagne) [Wikipedia].
+ gravure [ LTh&m 1855].
Au centre l'évacuation et le retour [lettrine sacramentaire 1180 BmT]
+ sa gravure dans Lecoy 1881
+ deux vitraux :
1 [cath. Chartres, flickr Paco Barranco]
2 [égl. St Martin de Fresnay, Normandie, lien].
Photos de la collégiale de Candes (lien photo de gauche) + page sur Candes + photo en vue latérale
+ photo en vue aérienne
+ photos des décors : 1 2 3 4 5 6
+ compléments 2023
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
+ gravure XIXème siècle avec en avant-plan un "paquebot de la Loire" ["Histoire de la Touraine" Pierre Leveel 1988]
+ trois gravures LTh&m 1855 :
1
2
3
+ trois autres gravures :
1 [ Lecoy 1881]
2 [Robida 1892]
3 [Bedel 1835]
+ une page du Magazine de la Touraine n°63 (1997) montrant que la collégiale était une église-forteresse.
+ trois illustrations extraites de la thèse de Claude Boissenot 2011 (699 pages, 22 Mo) :
1
2
3.
+ extraits d'un dépliant présentant la collégiale : 1 2.
Ci-contre vitrail de Claudius Lavergne 1860.
|
Là où Martin serait mort... | |
| ||
Collectif 2019 : "L'édifice de la fin du XIIème siècle est construit sur un site particulièrement malcommode, marqué par une forte déclivité. Plusieurs aménagements ont été nécessaires pour surmonter cet obstacle naturel. On peut se demander si la décision de construire un édifice d'une telle ampleur sur un site aussi accidenté ne s'explique pas par la volonté de conserver, pour reprendre l'expression de Grégoire, le lieu saint, gardant la mémoire des derniers instants de Martin." Ce même article explique que la collégiale dépendait de l'archevêché de Tours et non de la collégiale Saint Martin de Tours. Ainsi l'autorité épiscopale, repoussée sur les lieux saints de Tours et Marmoutier, s'exerçait sur un autre sanctuaire martinien chargé d'une force symbolique.
Pierre Joubert
Reynald Secher, dessins René le Honzec, tome 1 RSE 1991
bagaudes, les insurgés sont les bagaudés. Ce phénomène a des conséquences importantes pour la sécurité du pays, aussi très menacé par les Barbares. Il est en effet difficile d'entretenir une armée quand les impôts rentrent mal. Vers 450, Attila a essayé en vain de s'appuyer sur les bagaudes, qui, in extremis, s'étaient ralliées à son ennemi Aétius. La fièvre était retombée, mais les bagaudes subsistaient (cela est discuté, Isabelle Drouin, dans son
mémoire 2010 "L'identité bagaude aux IIIème et IVème siècle" estime qu'il y eut des brigands non bagaudés, différence ténue...). Elles ne disparaîtront qu'avec l'arrivée des Francs autour de l'an 500, plus tôt en Touraine, vers 448 d'après Luce Pietri [sa thèse, page 103]. L'état d'esprit bagaude est donc encore présent quand Martin devient évêque en 371. Auparavant, il s'était d'ailleurs heurté à une bagaude, dans les Alpes. C'est l'épisode dit "des brigands" ainsi résumé pour la première illustration ci-dessous : "En traversant les Alpes, Martin s'égara et tomba sur des brigands. Les bras en croix, il est attaché par les poignets à un arbre, un homme lève sur lui une hache qu'un autre retient ; un troisième, une lance à la main, se tient près de lui. Resté seul avec l'un des bandits, il va le convertir."
.
|
|
BmT].
A gauche en bas, vitrail de la cathédrale de Chartres (lien), proche du vitrail de la cathédrale de Bourges, le vitrail de la cathédrale de Tours (baie 204) étant davantage différent et plus violent.
+ six autres vitraux :
1 [église St Martin de Les Bordes en Orléanais]
2 [Michel Foucher, église de Villy en Auxois en Bourgogne]
3 [église de Saint Florentin dans l'Yonne]
4 [collégiale St Martin de Colmar en Alsace]
5 [église St Martin de Wimy dans l'Aisne]
6 [ église de Beverley Minster en Angleterre, flickr Gordon Plumb]
+ tableau de la basilique St Martin de Trévise en Italie [ LM 2009-1].
A droite en haut, extrait de la même scène par Mestrallet - Fagot - d'Esme 1996
+ deux planches : 1 2.
A droite en bas, autre extrait par Brunor - Bar 2009 + deux planches : 1 2. + planche de la même scène par Maric - Frisano 1994
+ par Proust - Martin, Froissard 1996 :
1
2.
| |
Maurice Bouvier-Ajam, dans "Les empereurs gaulois", 1984, estime que Martin est bien reçu en pays Bagaude : "Les évangélisateurs sont manifestement mieux reçus et écoutés en pays bagaude. Saint Martin (316-397), ce soldat pannonien qui quitte l'armée romaine pour entrer dans "l'armée du Christ", cet ascète qui deviendra malgré lui évêque de Tours, cet humble qui fait trembler les puissants, est et veut être l'apôtre des pauvres et des déshérités. A Amiens, en plein hiver, il fend son manteau en deux pour couvrir les épaules d'un miséreux. Il dénonce les survivances du paganisme comme responsable de l'oppression sociale et ne ménage pas ses critiques aux "seigneurs évêques" trop riches et trop orgueilleux des grandes cités.". Dans un pays soumis depuis des siècles à l'oppression romaine, régulièrement secoué par des révoltes, en un territoire divisé par le séparatisme bagaude, la destruction des statues romaines et des temples romains a été accueillie comme un soulagement, même si cela s'accompagnait du refus des croyances celto-gauloises, il est vrai moins (officiellement) vivaces et omniprésentes.
A gauche et à droite, gravures sur bois. Une idole païenne est décapitée [XVIIème siècle, lien], un arbre sacré est abattu (lien). Au centre, vitrail réalisé en 2003 par Norbert Pagé (1938-2012) dans l’église Saint-Martin de Marcé-sur-Esves présentant "Martin évangélisant les campagnes en brûlant les temples des faux dieux" (lien).
+ tableau de Franz Anton Zeiller 1753 dans l'église Saint Martin de Sachsenried en Allemagne (lien)
+ scène brodée anciennement dans la basilique Saint Martin de Liège, XIVème siècle.
.
Ce superbe vitrail (atelier Lobin, 1904) de l'église de La Chapelle Blanche Saint Martin (en Touraine) exalte la destruction d'un beau temple et d'un bel arbre avec l'encouragement de gentils petits anges guerriers... (liens : 1 2). Au fronton du temple en démolition l'inscription Tarvos Trigaranos désigne un dieu celte / gaulois, représenté par un taureau accompagné de trois grues (+ modele de l'image du fronton, lien).
|
prosélytisme violent. Le patrimoine gaulois, qu'il soit bâti religieux (temples dits "païens"), statuaire religieux (désignés comme "idoles") ou arboré (arbres ancestraux ayant le malheur d'être sacrés) est la cible de Martin et ses disciples. Seul leur
dieu doit exister, les autres doivent disparaître. Des temples gaulois appelés fana (
fanum au singulier), il ne reste que des soubassements. On en compte près de 700 qui ont laissé des traces, comme le montre Yves de Kisch dans un article de 4 pages de "Science et Vie Hors Série n°224 de 2003 (
ici la première double page). Ce désastre patrimonial enclenché par Martin en Gaule est rarement souligné. Je n'en ai trouvé qu'une seule
mention, en un article, non signé, du Magazine de la Touraine n°62, en 1997. Les historiens, en leurs écrits, semblent l'ignorer. Quant à se préoccuper des arbres...
Camille Jullian, dans "Histoire de la Gaule", 1920, admirateur de celui qu'il nomme "le principal héros du christianisme triomphant", confirme en lui donnant raison : " Il s'arrêtait dans les villages, allait droit au temple païen avec la troupe de ses disciples, convoquait ou ameutait le peuple, prêchait avec sa vigueur coutumière, c'était souvent la conversion subite et spontanée de la foule, le temple attaqué, les idoles mises en pièces, les murailles renversées, les pins sacrés abattus. Mais c'était parfois aussi, quand les paysans se montraient récalcitrants, de vraies batailles, et peut-être les soldats de l'empereur accourant pour prêter main-forte à l'évêque. En sa qualité d'apôtre, Martin tenait moins à convaincre qu'à vaincre, et la liberté des consciences ne l'intéressait guère. Mais il ne détruisait que pour rebâtir aussitôt. Des oratoires chrétiens se dressèrent sur les ruines des temples ; des prêtres de Marmoutier étaient laissés pour les desservir ; et les dévots des villages, au lieu d'être obligés à de longues courses pour aller adorer leur nouveau Dieu en l'église épiscopale, lui apporteraient leurs prières et leurs voeux par les chemins familiers du terroir et aux places traditionnelles de leurs assemblées : on avait changé la nature de leur divinité, mais on n'avait point touché aux sentiers et aux lieux de culte.". Parfois, des indices confortent cette appréciation, ainsi au mont Beuvray, dans le Morvan selon ce
récit extrait de la page titrée "La fin du Paganisme en Gaule, les Temples remplacés par les églises".
Toutefois, dans le Spécial Historia n°24 de 2015,
Bruno Dumézil tempère ce jugement pour les monuments importants : "En réalité, l'implantation d'une église dans un ancien sanctuaire représente un phénomène rare. D'abord les lois romaines stipulent que tous les temples majeurs appartiennent à l'empereur. Or ce dernier n'a guère envie d'aliéner son patrimoine immobilier. Il faut ensuite considérer l'architecture des lieux. Un temple païen a pour vocation d'abriter la statue du dieu ; dans cet espace étriqué et voué au silence, les foules n'ont pas leur place. A l'inverse, les assemblées chrétiennes nécessitent des édifices spacieux et une bonne acoustique". Cela semble peu convaincant, car le temple apparaît détruit, ne gardant que ses fondations sur lesquelles l'église est construite avec les matériaux d'origine, dans une nouvelle configuration.
Grégoire le Grand, pape de 590 à 604, l'a même écrit : " Il faut que les sanctuaires voués au culte des faux dieux soient consacrés au culte véritable, pour que les païens convertis l'adorent dans les lieux mêmes où ils avaient l'habitude de venir".
Vitré (Ile et Vilaine) (lien). |
Condat sur Trincou (Dordogne), IIème siècle (lien) |
Origine inconnue (lien) | |
Trinité en des "trifrons", voir cette page ou celle-ci. Pour en savoir davantage sur les dieux gaulois, on se reportera à la page de Jean-Louis Brunaux titrée "La religion gauloise".
| |||
Julien de 355 à 363), certes l'empereur Gratien avait procédé entre 375 et 383 à la séparation du paganisme et de l'Etat, certes, le 8 novembre 392 (Martin a 76 ans), l'empereur Théodose avait prohibé la pratique du paganisme dans tout l'empire. Mais, même si en campagne les bagaudes ont estompé la domination romaine, détruire le bien d'autrui, privé ou public, était répréhensible à cette époque où s'appliquait le droit romain. Albert Lecoy de la Marche le reconnaît : "Saint Martin n'avait ni mandat ni permis ; il violait les lois de son temps" [
Lecoy 1881, page 335].
C'est donc en hors-la-loi, comme un brigand de bagaude, que Martin s'est comporté, détruisant au nom de son dieu, comme les conquistadores le firent des siècles plus tard en conquérant l'Amérique. Il fallait que disparaisse la culture gauloise pour que s'impose l'idéologie chrétienne. L'humilité et la persuasion de Martin et ses continuateurs, soutenues parfois par des actes de fermeté et de brutalité, furent plus efficaces que des opérations armées.
Destruction d'un temple de Jupiter [ Luc-Olivier Merson, Lecoy 1881] (l'auteur s'est inspiré de la statue de Zeus / Jupiter Olympien par Phidias, illustrée en 1815 par Quatremère de Quincy).
+ sur le même thème, illustration d'origine indéterminée (lien),
+ tableau de Félix Villé en l'église Saint Martin des Champs à Paris,
+ vitrail de l'église de Noyers sur Cher, Loir et Cher [Julien Fournier 1886, Geneste 2018].
+ deux vitraux de destruction de temple :
1 [ Romilly sur Seine dans l'Aube]
2 [ Nonancourt, en Normandie].
|
texte exact, lien) ne recommandait pas du tout de détruire des temples ou abattre des arbres. Elle ne remettait pas en cause la
liberté de conscience. Ce n'est qu'en 435 que
Théodose II, régnant sur l'empire d'Orient, petit-fils de Théodose Ier (le dernier à régner sur l'Orient et l'Occident), a décidé de détruire tous les temples païens et encore, en Orient, cela ne se fait que de façon ponctuelle à cause "d'initiatives individuelles et non de l'application de lois générales", le processus de dégradation étant long [Catherine Saliou, "Le proche-orient", Belin 2020]. C'est bien par son intiative personnelle, s'affranchissant des lois et des comportements ordinaires que Martin, certes en précurseur, certes souvent, probablement, avec le soutien silencieux des autorités en place, pratiquait un prosélytisme énergique appelé évangélisation.
récit illustré, lien), mais cela ne se généralisa qu'à partir de Martin. Il a donné l'impulsion de la christianisation des campagnes sous le contrôle et l'énergie épiscopale.
L'anecdote suivante, relatée par Bruno Pottier, est caractéristique : "Le culte dédié à un bandit à proximité de Tours supprimé par Martin vers 370 peut avoir été dédié en fait à un chef Bagaude de l’époque d’
Amandus et d’
Aelianus ou à un célèbre brigand local. Le maintien de pratiques d’inspiration celte de cultes héroïques dans la Gaule de l’Antiquité tardive ne serait en effet pas étonnant. On peut évoquer un parallèle relatif à une autre région de l’Empire.
Nicetas, évêque de Remesiana dans le pays des Besses des Balkans, évoque à la fin du IVème siècle, parmi les erreurs païennes locales, le culte rendu à un paysan pour sa force exceptionnelle. Supprimer un culte dédié à un bandit permettait à Martin d’imposer l’exclusivité de son patronage sur les populations locales lors d’une période marquée par une forte agitation sociale. Martin de Tours est intervenu en effet à plusieurs reprises vers 370 pour protéger la population de son diocèse contre les abus de fonctionnaires".
Maurice Bouvier-Ajam va dans le même sens : "Grâce à lui et ses disciples, la "bonne parole" est entendue des bagaudes, les fortifie dans leur volonté d'indépendance, mais adoucit leurs moeurs, les décide parfois à accepter une certaine frugalité et à renoncer à des expéditions profitables. L'église bagaude se fait éminemment populaire, charitable, le prêtre étant proche de ses ouailles, guide moral, source de réconfort, éducateur des enfants et souvent des adultes. Malgré les graves troubles qui engendreront les hérésies, elle ne contribuera pas peu à policer progressivement les Barbares."
Ausone 309-394) ou non engagés religieusement (comme
Eutrope décédé vers 390) [15 chap. 34] : "Eutrope a donc marqué un intérêt prononcé pour les traditions paysannes celtes. Il semble avoir été curieux comme Ausone de traits culturels celtes. Il pouvait ainsi comprendre, sans la justifier, l’étrange prise d’arme des Bagaudes." En cela, on ne peut pas dire que Martin agissait en conformité avec l'état d'esprit de l'époque. Il pouvait être considéré comme un "extrémiste" de la foi chrétienne...
A gauche, Saint Martin ordonne à des païens d'abattre un arbre sacré [sacramentaire de la basilique Saint-Martin, vers 1180, BmT, Histoire de la Touraine par Pierre Audin [Le Geste, 2016)].
Au centre, l'arbre dédié à Cybèle est retombé sur les paysans, qui gisent assommés. Celui à terre armé d'une épée, montrait l’opposition violente à l'évangélisation de Martin. [vitrail de la cathédrale de Chartres, lien].
+ quatre autres vitraux :
1 cathédrale d'Angers [ Maupoix 2018]
2 église de Varennes en Ile de France [musée de Cluny à Paris, Catalogue 2016]
3 église St Martin de Chagny en Bourgogne [flickr Odile Cognard]
4 église St Martin de Ammerschwihr en Alsace [Nguyen DoDuc].
A droite, Martin imagine des démons pour éradiquer les croyances gauloises [ Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996].
+ Le même "miracle du pin" sur un tympan de la basilique St Martin d'Ainay à Lyon,
sur un chapiteau 1120 de la basilique de Vézelay dans l'Yonne [ Lorincz 2001],
sur un tableau de Franz Anton Zeiller 1743 [bibliothèque de l' abbaye de Pannonhalma en Hongrie Lorincz 2001],
sur une tapisserie du trésor de la cathédrale d'Angers
et sur un reliquaire de l' abbaye de Maredsous en Belgique (lien)
|
Grégoire de Tours". Un anathème est même lancé au concile d’Arles en 451, réunissant 44 évêques : "Si dans la juridiction de quelque évêque, des infidèles allument des torches, ou rendent un culte aux arbres, aux fontaines ou aux pierres ; si l'évêque néglige de détruire ces objets d'idolâtrie, qu'il sache qu'il est coupable de sacrilège. Si le seigneur ou ordonnateur de ces pratiques superstitieuses ne veut pas se corriger, après avoir été averti, qu'il soit privé de la communion."
catéchumène malade avait demandé à être baptisé d’urgence. Les compagnons de Martin avaient tant tergiversé pour aller le chercher que le jeune homme était mort sans avoir reçu le sacrement. Martin, de retour, commença par pleurer, puis il fit sortir tout le monde de la cellule où gisait le corps. Demeuré seul, il pria avec tant de confiance et d’amour que deux heures plus tard le Seigneur permit une sorte de transfusion de vie entre le vivant et le mort. Le défunt ouvre les yeux, remue ses membres, se redresse et reprend vie.".
La résurrection du catéchumène. A gauche la scène en un vitrail du XIIIème siècle de la cathédrale Saint Gatien de Tours (baie n°4) (le gros plan est superbe) + sa copie par Lucien-Léppold Lobin, 600 ans plus tard (1873) pour l'église de Rigny-Ussé en Touraine [Verrière 2018].
Au centre, "Saint Martin ressuscite un catéchumène" par Félix Villé, église Saint Martin des Champs, Paris (lien).
A droite, vitrail d' Auguste Labouret [église Saint Martin de Ligugé, lien].
+ tableau en apothéose de Godfried Maes [1687, église Saint Martin d'Alost, en Belgique]
+ fresque de Paul et Albert Lemasson, 1925, dans l'église Saint Martin du Cellier (lien)
+ trois vitraux :
1 [Amand Clément, église de Continvoir en Touraine, Verrière 2018]
2 [ Louis-Victor Gesta dans l' église Saint Martin de Biscarosse, lien]
3 [église St Martin le Grand dans la ville d' York, en Angleterre, flickr Gordon Plumb].
Dès 370, les miracles de Martin eurent un grand retentissement à Poitiers et au-delà, jusqu'à Tours... + planche [ Maric - Frisano 1994]
et une autre planche des mêmes auteurs racontant cinq miracles.
|
miracles : il est un
thaumaturge, celui qui guérit de manière miraculeuse. Sulpice Sévère en fait l'essence de son livre, Grégoire de Tours fera de même deux siècles plus tard. Luce Pietri souligne que “c'est en partie grâce à ses succès de guérisseur qui soulage la souffrance des corps que Martin a conquis son pouvoir de médecin des âmes confiées à sa vigilance sacerdotale.” Un
guérisseur et
exorciste, avec des dons en psychologie et mysticisme, aurait des prédispositions pour accomplir des miracles. Sulpice et Grégoire eux, étaient doués pour en assurer la médiatisation. Et Perpet a su prolonger l'occurrence des miracles autour du tombeau. D'après Wikipédia : "Le sociologue Gérald Bronner n'obtient pas de différences statistiques significatives entre les miracles de Lourdes et les rémissions spontanées en milieu hospitalier (soit 1 cas pour 350 000)". Est-ce juste ? Quoiqu'il en soit, la scène la plus marquante, le partage du manteau, ne tenait pas d'un miracle et c'est une autre cause, tout à fait différente, du succès de Martin...
Martin et les oiseaux. La palette des miracles de Martin est large et va bien au-delà des guérisons. En voici un exemple, à gauche dans l'église Saint Martin des Champs à Paris, dessin de Félix Villé (lien). "Des paysans, qui tiraient principalement leur subsistance de la pêche dans un lac, virent s’y abattre un grand nombre d’oiseaux qui pêchaient les poissons sans arrêt et les entassaient dans leur jabot. Craignant la perte de leurs ressources, ces paysans firent appel à saint Martin. Venu au bord du lac, celui-ci expliqua à la foule accourue que ces oiseaux étaient à l’image du démon. Ils tendent leur piège aux imprudents, les capturent et dévorent leurs victimes, sans pouvoir s’en rassasier. Seules la prière et la confiance absolue en Dieu en viennent à bout. Au terme de son exhortation, saint Martin, faisant le signe de croix, commanda aux oiseaux de quitter les lieux et de n’y plus revenir, ce qu’ils firent immédiatement." Y-avait-il des martins-pêcheurs ? A droite la même scène par Luc-Olivier Merson ["saint Martin" Lecoy 1881].
+ vitrail 1900 de l'église de Saint Martin le Hébert, en Normandie [ Edouard Didron]
+ broderie islandaise, détail, vers 1400 [musée du Louvre, Collectif 2019].
Il y eut d'autres miracles mettant en scène des animaux, comme celui où Martin chasse le démon d'une vache furieuse ( reproduction d'une tapisserie, musée du Louvre, Lecoy 1881) ou celui de l'ours porteur de bagages ( article de Fasc. NR 2012).
La guérison des malades est un grand classique de la vie des saints et Martin sait y faire. A gauche, panneau de l'atelier du Maître de Janosret 1483 [ retable 1483 de l'église de Csereny / Cerenany en Slovaquie avec au centre Martin, Jean l'évangéliste et Nicolas, Musée National de Hongrie à Budapest, flickr Rex Harris].
Au centre, tableau de Johann Lucas Kracher 1770 [église St Martin de Tiszapuspoki, Hongrie, Lorincz 2001].
+ autre tableau [1605, Vérone en Italie, Zeno Donise, lien].
A droite, une sculpture de l' église St Martin in the Bull Ring à Birmingham en Angleterre [flickr Glass Angel].
+ cinq vitraux :
1 [église St Martin de Sucy en Brie]
2 [église St Martin de Wimy dans l'Aisne]
3 [église St Martin de Metz]
4 [collégiale St Martin de Colmar en Alsace]
5 guérison d'une paralytique à Trèves devant l'ébahissement des témoins [cathédrale de Chartres, flickr Paco Barranco].
Dans la plupart de ces illustrations, le faste des habits de Martin apparaît inconvenant, au contraire de sa simplicité dans les deux illustrations précédentes de Villé et Merson.
A gauche, "Saint Martin et le lépreux de Paris" par Joseph Blanc [ Lecoy 1881].
[ Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996].
Martin aurait aussi rescité un jeune homme : tableau de Sébastien Bourdon [collection Changeux, Paris, LM 2008-2].
Saint Martin chez les orthodoxes et les protestants luthériens. En tant que saint de l'Eglise orthodoxe, Martin bénéficie d'un hymne acathiste, chant d'action de grâces avec une représentation iconique. A gauche l' icône correspondant à cet acathiste [paroisse orthodoxe française, rue Saint Victor, Paris Vème]. Puis une autre icône, réalisée par Alain Chenal 1995, avec sa présentation (lien)
+ quatorze autres :
1
2
3
4
5
6
7
8 [Louise Marie Rosseli]
9
10
11 avec commentaire (lien)
12 [père Silouan de New-York, flickr Jim Forest, lien]
13 (lien)
14 [Monique Roumy, lien].
+ mur porteur d'icônes dans l'église (catholique) Saint Martin d' Ardentes dans l'Indre [ La NR 2018].
Saint Martin donne aussi son nom à des églises allemandes protestantes, que cette nomination soit antérieure à la naissance du protestantisme ou postérieure. Plus à droite statues (de 1984) à l'Eglise Saint Martin (Martinskirche) de Sindelfinge et un vitrail de l'église Saint Martin de Bonn.
+ vitrail d'Edouard Hosch sur un dessin d' Ernest Biéler 1900 dans le temple St Martin de Vevey en Suisse [Wikipedia]
+ image de Martin, par Theophilia, dans l'église St Martin de Louiville aux USA (Kentucky), sur un site luthérien (lien).
Luther, père du protestantisme, se prénommait Martin. Il fut nommé et baptisé un 11 novembre (1483), le lendemain de sa naissance, en l'honneur de l'évêque tourangeau
+ la planche.
Il y eut ensuite un Martin Luther King, mais il est né au mois de janvier (1929)...
|
proconsul, donc de haut rang, vivant peut-être en retraite dans l'un de ses domaines, était possédé d'un démon qui le torturait atrocement. Saint Martin donna l'ordre de faire amener le malade, mais il était impossible de l'approcher, tant il se jetait à belles dents sur ceux qui s'y essayaient. Tetradius supplia alors Martin de descendre lui-même jusqu'à la maison. Mais Martin refusa, car Tetradius était encore païen. Ce dernier promit de se faire chrétien si le démon était chassé de son jeune esclave. Alors, Martin accepta, imposa les mains sur le possédé et en expulsa l'esprit impur. C'est le geste rituel de l'exorcisme, que le prêtre orthodoxe utilise encore au cours de la célébration du catéchuménat. A cette vue, Tetradius eut foi dans le Christ et devint aussitôt catéchumène et reçut peu après le baptême. Il garda toujours une affection extraordinaire pour Martin.". Il est probable que, dans cette scène qui se passe à Trèves, Martin ait eu plus de compassion pour l'esclave que pour Tétradius, car, de façon constante comme d'autres chrétiens à l'époque (notamment Mélanie la Jeune, on le verra plus loin), il traitait les esclaves d'égal à égal. C'était déjà ainsi lorsqu'il était militaire avec l'esclave qui lui était attribué.
A gauche, Martin achète des esclaves pour les libérer [église de Sorigny en Touraine, atelier Lobin, lien].
Au centre, Martin délivre un démoniaque, l'esclave de Tetradius qui observe la scène d'en haut
[ Jacques Jordaens 1630 [Musée de Bruxelles]
+ quatre variantes :
1 [National Gallery of Art, Washington, lien]
2 (lien)
3 [Bristish museum]
4 (esquisse).
+ reprise en gravure [ Lecoy 1881].
vitrail de la cathédrale de Chartres, le possédé est fermement tenu, les bras liés, le proconsul Tetradius a une coiffe jaune, signe de son paganisme. [vitrail de la cathédrale de Chartres, lien],
sur une broderie du Musée des Tissus de Lyon [ Maupoix 2018]
et sur une tapisserie, le démon sort par la bouche de l'esclave [ collégiale Saint Martin de Montpezat de Quercy].
Les hallucinations de Martin. A côté des miracles qui peuvent avoir une assise dans la vie réelle, on peut considérer que Martin effectue une transcription religieuse de ses rêves quand il annonce rencontrer de temps en temps les saints Pierre et Paul et la vierge Marie entourée de sainte Agnès et Sainte Thècle ( résumé de l'épisode, lien).
A gauche, tableau d' Eustache le Sueur [1654, Musée du Louvre].
A droite, fresque de vitraux de Thècle, Marie et Agnès dans la basilique St Martin de Tours [atelier Lorin 1900, lien].
|
Scène 1 : la charité de Tours. A gauche, case de Proust - Martin, Froissard 1996 + deux planches : 1 2 (sans le miracle du globe de feu)
+ la même scène en tapisserie [ collégiale Saint Martin de Montpezat de Quercy, flickr apaillous].
Au centre, tableau de l'église St Martin de Souvigny en Sologne [1629, Collectif 2019]
+ photo en son environnement.
+ le récit qu'en fait Sulpice Sévère en ses "Dialogues" (ce sont des écrits postérieurs à la Vita Martini)
Scène 2 : le miracle du globe de feu au-dessus de la tête de Martin. A gauche, tableau "La messe de saint Martin" d' Eustache le Sueur [flickr Ondra Havala]. Ce tableau et celui du même peintre montré un peu plus haut, tous les deux aujourd'hui au musée du Louvre à Paris, ont été peints, vers 1654, pour l'abbaye de Marmoutier (lien).
Au centre, "La messe de saint Martin", tableau du XVIIIème siècle [ abbaye St Martin de Mondaye (Calvados), Maupoix 2018].
A droite, vitrail de Max-Ingrand, vers 1960, dans l'église St Symphorien d' Azay le Rideau [ Verrière 2018].
panneau gauche d'un retable de l'église de Joch dans les Pyrénées (lien).
Terminons par la réunion de la scène 1 de la charité d'Amiens et la scène 2 de la charité de Tours dans un vitrail [église de La Roche Clermault en Touraine] et dans un tableau de François Fayet 1674 [cathédrale de Montauban, Wikipédia].
[ Maric - Frisano 1994] + la planche.
|
ci-après, dans l'évocation de chants religieux. Le théatre sera évoqué
ci-après à travers un mystère du Moyen-âge (+
illustration reprise plus loin), auquel s'ajoute une autre pièce décrite et illustrée sur cette
page du
Maupoix 2018. Il y en eut bien sûr d'autres avant d'arriver au XXIème siècle et "L'affranchi de Tours" de Djamel Guesmi en 2008 (
article
LM 2008-5) et "La vie de saint Martin" en 2014 d'Alain Pastor (
article du
Mag Touraine HS novembre 2015).
Les bandes dessinées sont traitées de façon presque exhaustive. Donc, même si la vision est parfois partielle, même si le cinéma a oublié Martin (mais un solide documentaire télévisuel de Arte a déjà été signalé
ci-avant), il n'est pas excessif d'estimer que toutes les formes d'art se sont intéressées à celui qui a partagé son manteau.
article de 1997]. Quoiqu'il en soit, la renommée de Martin fut celle d'un apôtre, bénéficiant au cours des siècles d'innombrables illustrations sur tous les supports possibles.
1) terre cuite polychrome (hauteur 38 cm), collégiale St Martin de Trôo (Loir et Cher) vers 1600 [ Catalogue 2016]
(P.-S. : sur place et vitrail)
2) Statuettes des églises de région parisienne élargie (lien)
+ autre planche avec quatre statuettes.
3) Statue de la ville de Twello aux Pays-Bas [photo flickr Willem Alink].
4) tympan de l' église St Martin de Villers-sur-Mer, Calvados.
carreau de poêle en terre vernissée du XVIIème siècle en Hongrie [ Lorincz 2001].
Basse, à mi-hauteur ou haute... A gauche statue à SaintMartinville en Louisiane aux USA [ LM 2008-2].
Au centre statue dans la ville de Nagymaros en Hongrie (lien + autre vue)
A droite, statue de la cathédrale de Liège en Belgique [flickr Live From Liege + vue d'en bas, photo Jean-Pol Grandmont].
+ six autres statues :
1 en Hongrie, vandalisée (la crosse à terre), article
2 à Dugo Selo en Croatie [ LM 2007-2]
3 à Arlon en Belgique, où, en double, l'évêque bâtisseur partage son manteau [ LM 2007-2]
4 sur une fontaine du monastère St Martin de l'Escalier à Palerme en Italie [ LM 2007-3]
4 à Lerné en Touraine [ Semur 2015]
6 [François Alfred Grevenich, église de la Madeleine à Paris, lien).
sculpture en cours de réalisation [Raymond Debenais, Mag. Touraine n°62 1997]...
ci-avant que la plus ancienne représentation connue de Martin est une mosaïque de Ravenne.
A gauche, 1892, église St Martin d' Eindhoven aux Pays-Bas [flickr Frans van Beers].
Au centre, église Saint Martin de Worms en Allemagne [flickr Hen-Magonza].
A droite en haut, enseigne de l'hôtel Saint Martin à Colmar [flickr filoer].
A droite en bas, enseigne de pélerinage présentée dans l'encadré dédié ci-dessous..
Clés de voûte.
Ci-dessus, en l"église St Martin de Tours de Salamanque en Espagne [flickr ctj71081 + gros-plan, flickr Lawrence OP].
En voici quatre autres :
1 [ collégiale St Martin de Colmar, lien]
2 [ église St Martin de Groningue aux Pays-Bas, flickr groenling]
3 église St Martin le Grand dans la ville d'York, en Angleterre (lien)
4 église St Martin de Vendôme [XVIème siècle, Lecoy 1881].
Broderies : les bannières de procession.
cette page présente d'autres types de broderies, notamment des tentures et des tapisseries (voir ci-après). nous nous attardons ici sur les bannières paroissiales, nombreuses puisque les paroisses dédiées à Martin sont nombeuses.
1) église de Eynsford en Angleterre [flickr Jelltex]
2) église St Martin de Ménetou-Râtel dans le Cher [lien]
3) église St Martin de Moutiers en Bretagne [lien].
4) église St Martin de Stamford en Angleterre [flickr jmc4]
En voici cinq autres :
1 [église St Martin de Neuvy en Dunois en Eure et Loir, Catalogue 2016]
2 [ cathédrale de Szombately en Hongrie, lien]
3 [église St Martin de Beuvron en Auge en Normandie, flickr Barnie76]
4 [église St Martin de Nàdasd en Hongrie, LM 2008-1]
5 [église St Martin de Nagymaros en Hongrie, LM 2009-1].
Et cinq autres en Touraine :
1 Tournon Saint Martin
2 Charnizay
3 La Chapelle Blanche Saint Martin
4 Hommes
5 Cangey (lien).
Et deux pages de bannières dans le Semur 2015 :
1
2 .
Beaucoup plus rare, une chape épiscopale, celle de Mgr Rumeau, évêque d'Angers à la fin du XIXème siècle [ Semur 2015].
|
Vitrail : les ateliers Lobin, Fournier, Lorin...
Plusieurs vitraux de ces trois ateliers sont présentés tout au long de cette page.
L'atelier Lobin, créé en 1848, fermé en 1905, installé à Tours (rue des Ursulines), a d'abord été dirigé par
Julien-Léopold Lobin (1814-1864) puis par son fils
Lucien-Léopold Lobin (1837-1892). Il a réalisé pour l'actuelle basilique Saint Martin à Tours les vitraux avec scènes. Le musée du vitrail de Curzay sur Vonne présente
cette
rosace sur Saint Martin.
+ un
ornement de la cathédrale de La Rochelle, 1881 (lien).
+ courtes
biographies du père et du fils dans
Mag. Touraine HS novembre 2000
+
page d'un article de 9 pages dans
Mag. Touraine n°54 (1995)
+
article 1994 sur les vitraux de la cathédrale de Tours et de l'atelier Lobin
+ page de Monique Roussat sur la famille Lobin
Il y eut d'abord une concurence puis une suite avec l'
atelier Fournier de Tours (aussi rue des Ursulines) animé d'abord par Julien Fournier et Amand Clément, puis Julien seul, puis son fils Lux Fournier puis Van Guy.
L'
atelier Lorin de Chartres, créé par
Nicolas Lorin (1833-1882) en 1863, encore en activité, a réalisé pour l'actuelle basilique Saint Martin à Tours les vitraux avec portraits sur pieds.
+ Son site.
Chartres accueille aussi un
centre international du vitrail (lien
+ page Monumentum).
+
Liste de maîtres verriers.
Verrière 2018 de Jacques Verrière. Extrait du quatrième de couverture : "Eblouissants ou modestes, tous ces vitraux racontent saint Martin. Certains disent bien les miracles et la foi, l'homme d'espérance et de miséricorde. Mais dans l'ensemble, le saint Martin qu'ils nous présentent est un personnage de convention qui n'aurait été qu'à peine soldat, et toujours à regret, qui n'aurait été qu'à peine moine, et surtout pas ermite, et sans cesse obsédé par l'image du diable ; un évêque tout à fait comme il faut, amèrement pleuré, lorsqu'il vint à mourir, par tous ses frères évêques... Bien souvent, les vitraux nous en révèlent plus sur leurs concepteurs ou sur l'époque où ils ont été conçus que sur saint Martin lui-même." L'auteur tisse aussi quelques liens, notamment entre les vitraux de la cathédrale de Tours et ceux de l'atelier Lobin, avec l'exemple de la chute de l'escalier,
vitrail de l'église Saint Etienne de Tours.
Un vitrail parmi les nombreux autres de cette page. Daté de 1912 ou peu après, il orne l'église St Dunstan de Lytchett Minster en Angleterre [flickr Michael Day] + vue d'ensemble.
+ quinze autres vitraux sur le partage du manteau sinon (provenance d'église sauf indication, provenance générale du site Nguyen DoDuc) :
1 basilque de Martina Franca en Italie [flickr Marie-Hélène Cingal + zoom avant, flickr Francesco Montuoro]
2 Sacré Coeur de Köszeg en Hongrie [ Lorincz 2001]
3 ![]() collégiale St Martin de Colmar en Alsace
4 St Martin de Montigny le Bretonneux en Ile de Fance
5 Cormatin en Bourgogne
6 musée du Louvre à Paris
7 St Martin de Sartrouville en Ile de Fance
8 cathédrale de Dol de Bretagne
9 château du Haut-Koenigsbourg à Orschwiller en Alsace
10 Sondernach en Alsace
11 musée de Cluny à Paris
12 Tigy dans l'Orléanais
13 Chanzeaux en Anjou
14 basilique St Patrick de Montréal au Québec
15 St Martin de l' Isle Adam en Ile de Fance
+ trois vitraux sur Martin évêque :
1 église St Martin de Nouans les Fontaines [ Verrière 2018]
2 église St Denis d'Amboise [ Verrière 2018]
3 église de St Benoît du Lac au Québec
+ deux vitraux sur Martin soldat :
1 église de Brienon sur Armençon en Bourgogne
2 basilique de Domrémy en Lorraine.
+ Vitraux de la collégiale St Martin de Champeaux (lien) :
1
2
3
4.
ci-après.
|
ci-avant), mais les évêques, qui ne portaient ni mitre, ni crosse à l'époque de Martin et durant le premier millénaire, en sont très souvent affublés. Cela dépasse le seul cas de Martin, l'iconographie chrétienne est envahie d'
anachronismes et, même au XXIème siècle, les progrès sont rares, hormis la bande dessinée pour la mitre et la crosse. La
mitre n'est portée par les évêques d'Occident que depuis le XIIème siècle. Martin, Brice et bien d'autres ne l'ont donc jamais portée... Si le bâton pastoral (un long bâton recourbé), semble être utilisé par les évêques dès le Vème siècle, la crosse à volute, parfois existante au Xème siècle, ne deviendra leur attribut qu'au XIIIème siècle. Quant à l'
auréole, elle existait déjà dans l'empire romain, donc avant le décès de Martin... De même, le
pallium, vêtement des évêques, n'apparaît qu'au Vème siècle, donc après la mort de Martin. En cela les toiles de Félix Villé (
celle-ci déjà montrée), apparaissent correctes. + éventuellement cette
statuette de Martin dans l'église de
Repentigny, en Normandie, avec un couvre-chef contestable... Par contre ce
tableau (titré "Le miracle de saint Martin") de l'église St Martin de
Cuy dans l'Yonne, malgré une belle symbolique facilement compréhensible, est totalement inapproprié...
Des retables surtout en Espagne et en Allemagne.
1) basilique St Martin et Ste Marie de Treviglio en Italie [ Barnardo Zenalo et Barnardino Butinone, flickr dvdbramhall + vue d'ensemble]
2) Martin entouré de Jean l'évangéliste et Sébastien [ Bartolomeo Vivarini XVème siècle, Académie Carrara en Italie, flickr raffaele pagani]
3) église de Xanten en Allemagne [flickr groenlig]
4) église St Martin d Artieda en Espagne (lien).
Huit autres retables ou polyptiques, peints et/ou en relief :
1 (église Saint Martin d'Hauteville-Gondon à Bourg Saint Maurice en Savoie, lien)
2 Valence en Espagne, début du XVIème siècle [musée de Cluny à Paris, flickr Yann.O]
3 chapelle St Martin de Bürgstadt en Allemagne, à côté d'une statue [flickr pitpix2010]
4 musée des retables (ancienne église St Esteban) à Burgos en Espagne [flickr Santiago Abella]
5 Martin, Jérôme et Sébastien [Jaume Ferrer vers 1450, Musée de Barcelone, flickr Michaël Martin]
6 Martin à droite, saint Blaise à gauche [portes de l'église médiévale de North Crawley en Angleterre, flickr Lawrence OP].
On trouvera d'autres retables et panneaux peints dans le chapitre suivant
7 église luthérienne de Marbourg en Allemagne [ Collectif 2019]
8 panneau de retable du musée diocésain de Rottenburg en Allemagne [ Maupoix 2018].
Suite des retables et panneaux dans le chapitre suivant ci-après.
Miniatures de partage du manteau.... Les miniatures sont très présentes sur cette page. Voici un complément concernant le partage du manteau, sauf indication "évêque" contraire. Ci-dessus, enluminure de la BnF (cote Latin 920, fol. 300v).
Et six miniatures du musée The Pierpont Morgan Library à New York (lien) :
1 psautier de Gand en Belgique vers 1280
2 livre d'heures de Nantes vers 1445 [Maître de Jeanne de Lavel].
3 livre d'heures d'Angers vers 1470 [ Jean Colombe, le frère de Michel]
4 livre d'heures de Tours vers 1520 [ Maître de Claude de France]
5 idem (évêque).
6 sacramentaire du Mont Saint Michel vers 1065 (évêque).
+ onze autres miniatures :
1 manuscrit de la British Library [ Maupoix 2018]
2 lettrine de la "Vie et miracles de saint Martin de Tours" [début XIIIème siècle BnF, Maupoix 2018].
3 missel à l'usage de Tours commandé par Simon Renoulph archevêque de Tours de 1363 à 1379 [ BmT, Catalogue 2016]
4 recueil d'écrits du XIIème siècle sur parchemin [Bibliothèque Ste Geneviève de Paris, Catalogue 2016]
5 légendier vers 1330 par divers artistes dont Jeanne de Montbaston [ BnF, Catalogue 2016]
6 livre d'heures à l'usage de Rome, enluminures du Maître de la chronique scandaleuse (le Maître de Martainville et trois autres enlumineurs tourangeaux anonymes ont aussi travaillé sur les miniatures) [ BmT, Catalogue 2016]
7 [Bibliothèque de Mâcon, Colloque 1997 SAT]
8 psautier dit de Lambert le bègue, vers 1290 [Bibliothèque de Liège, Colloque 1997 SAT]
9 "Horae beatae Mariae virginis", Paris 1515 [Université de Harvard]
10 bréviaire de Belleville, Jean Pucelle 1326 [BnF, Gallica]
11 graduel festif à l'usage de Notre Dame la Riche de Tours adapté à l'usage d'Amiens [Bibl. d'Amiens, Catalogue 2016].
Et des miniatures en plusieurs scènes dans le chapitre suivant ci-après.
Et encore des fresques... Enduit peint, un temps dans le musée St Martin de Tours, en provenance de la tour Charlemagne + deux photos d'origine : 1 [Lelong 1986]
2 (P.-S.) [Arsicaud, archives dép. 37]
+ une autre fresque sur l'évêque de Tours, en l'église de Saint Martin d'en Haut prés de Lyon (lien).
Aussi des églises décorées de fresques ci-après et les fresques de façades peintes ci-avant.
Et encore quelques tableaux et peintures sur le partage du manteau... Outre celles nombreuses réparties le long de cette page, voici ci-dessus un gros plan sur un tableau de1836 d' Alfred Rethel, artiste génial devenu fou (courte bio, lien) [ Hambourg en Allemagne, flickr Amber Tree].
et voilà quinze autres peintures, rattachées au partage du manteau :
1 église St Martin de Leobersdorf en Autriche [ Johann Nepomuk Höfel, flickr Josef Lex]
2 Ligugé [flickr Marie-Hélène Cingal]
3 musée des pélerins à Santiago de Compostelle en Espagne [flickr Josercid]
4 église saint Germain l'Auxerrois à Paris [flickr Anne L]
5 un Martin effeminé d'origine péruvienne [ école de Cuzco]
6 peinture d'une sculpture [Maître de l'abbaye d'Affligem 1475, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles, flickr PepBear]
7 un tableau, une bannière et une statue dans l'église St martin de Kraichtal-Landshausen en Allemagne [flickr pitpix2010]
8 anonyme XVIIIème siècle [Musée national d'art de Bolivie, LM 2006-1]
9 [galerie nationale de Hongrie, Budapest, Lorincz 2001]
10 [église St Martin de Szombathely, Hongris, Lorincz 2001]
11 [Csaba Toth, propriété de l'artiste, Lorincz 2001]
12 [origine espagnole, fin XVème siècle, musée Bonnat de Bayonne, [ Maupoix 2018]
13 [Lorenzo di Bicci vers 1385, Florence en italie, Catalogue 2016]
14 Léo Schnug 1906 avec Martin ressemblant à Don Quichotte [Wikimédia]
15 [ Martin Fréminet 1567, musée du Louvre à Paris, LM 2018].
|
La vie de Martin en une succession d'images. La vie et les miracles de Martin sont célébrés de multiples façons. A gauche broderie islandaise, entre XIVème et XVIème siècle, conservée au musée du Louvre [2,80 m x 2,1 m, lien Wikimédia
+ la scène du manteau partagé, Maupoix 2018].
Au centre un vitrail de la collégiale de Candes Saint Martin, vers 1900 [flickr Stephen Shankland].
Nous avons vu d'autres successions de scènes de la vie de Martin dans des baies des cathédrales de Tours et de Chartres et, bien sûr, de la basilique de Tours, comme cette baie de l'atelier Lobin.
A droite, exposition dans le jardin du Carmel de Tours en septembre 2019, parcours ludique.
+ dessins d'enfant en Allemagne (lien).
Tentures de la collégiale Saint Martin de Montpezat de Quercy, Lot et Garonne.
Originaires des Flandres, elles ont été installées au début du XVIème siècle et sont toujours restées à la même place [photo flickr Vaxjo].
Outre celle au-dessus de la vue d'ensemble, voici huit des scènes :
1 le diable attaque Martin dans son sommeil (+ gros-plan, flickr Vaxjo)
2 la chûte de l'escalier
3 de partage du manteau [Wikimédia],
4 de destruction d'un temple et guérison d'une malade [flickr Vaxjo),
5 d'abattage du pin [flickr Vaxjo),
6 déjà présentée de Tetradius,
7 déjà présentée de la deuxième charité.
8 deux femmes bavardant pendant la messe [commentaire "Les renaissances", Philippe Hamon, Belin 2013].
+ une autre vue d'ensemble incluant deux tableaux peints [flickr Patrick Chabert]
+ une vue d'extérieur [flickr Pittou2].
Les épisodes de la vie de Martin en une grande verrière de la cathédrale Notre-Dame de Chartres. Nombreux sont les vitraux présentant des scènes de la vie de Martin (on a déjà vu, ci-avant, les trois baies de la cathédrale de Tours). Une baie de Chartres, ici au centre, en montre une quarantaine. Elle est remarquable, exécutée entre 1215 et 1275, classée monument historique en 1840. Une page Wikipédia le décrit précisément, avec ce commentaire pour l'illustration de gauche présentant l' ordination à Tours : "Deux évêques assistent l'évêque officiant, qui pose un évangile sur le dos de Martin : il symbolise par là que la charge de l'évêque est de porter l'évangile au peuple qui lui est confié. Martin est en prostration devant l'autel".
A droite, Martin voyage sur son âne.
un d'origine indéterminée (lien).
Autres vitraux notamment dans le chapitre précédent ci-avant.
Séries de miniatures. Sur cette page, les enluminures sont montrées généralement de façon isolée, notamment dans le chapitre précédent ci-avant. Voici deux séries. Reprises en partie dans les quatre illustrations ci-dessus, cinq doubles miniatures de Maître François [Miroir Historial, parchemin Poitiers 1460, BnF, lien] :
1
2
3
4
5.
Quatre scènes d'un manuscrit du XVème siècle de la bibliothèque du Mans, médiathèque Louis Aragon [ Maupoix 2018] :
1 (partage)
2 (songe)
3 (apparition du diable)
4 (mort)
et, déjà montrée, l' annonce de la mort de Martin à Sulpice Sévère.
Voir aussi ci-avant les miniatures du livre offert au roi de France en 1496.
Et une miniature décrivant cinq scènes [ Maître de Jean Rolin II 1455, Les heures de Simon de Varye, Wikimedia].
Scènes se succédant sur des panneaux peints ou sculptés, retables..., souvent des retables et polyptiques.
Comme les baies de vitraux, les retables permettent d'exposer les scènes de la vie de Martin. Celui à gauche, peinture en détrempe sur bois, d'origine inconnue, pourrait provenir d'un atelier de Vic, en Catalogne, au XVème siècle, l'auteur pourrait être Nicolau Verdera. La particularité de ce retable est d'en représenter un autre sur l'autel en bas en droite (1,80 m de hauteur, lien).
A droite, un panneau en bois peint du XIIème siècle provenant de Sant Marti in Puigbo en Espagne [Musée épiscopal de Vic], avec un Christ entouré de quatre épisodes de la vie de Martin + gros-plan [flickr François Chédeville].
Quatre scènes du retable du maître de Riofrio [vers 1500, huile sur bois, dorure à la feuille d'or, 1,65 m de hauteur, Musée Goya de Castres, Maupoix 2018]
1 partage du manteau
2 résurrection de l'esclave de Lupicin
3 ordination de Martin
4 mort de Martin (avec lecture d'un livre d'enlumlinures...)
+ documentation avec d'autres panneaux].
Six autres panneaux multi-scènes :
1 parement d'autel avec six scènes dans l'église Sainte Marie de Palau de Rialb en Catalogne [école de Lleida, dernier quart du XIIIe siècle, peinture en détrempe sur bois, musée de Santiago de Compostelle, Espagne]
2 retable de l'église Sant Marti Sescorts d' Osana, en Catalogne, première moitié du XVème siècle, peinture en détrempe sur bois de 3,7 m de hauteur [Le Maître des figures anémiques, lien
+ quatre scènes Maupoix 2018)
3 musée de Los Caminos à Astorga en Espagne [flickr Santiago Abella + partie 2]
4 Museo de Arte de Cataluna (lien)
5 le retable de l'église de Repentigny, en Normandie, présente six scènes expliquées sur ce lien
6 Autel vers 1520 de Bergkirchede de Sighisoara en Roumanie [ Lorincz 2001].
ci-avant.
Une vie en une seule image. En un seul tableau, le partage du manteau et les résurrections de l'enfant et du catéchumène [ Winifred Knights vers 1930, cathédrale de Canterbury, en Angleterre, lien].
+ fresque [chapelle Saint Martin de Szombathely, Hongrie, Béla Kontula 1942, Lorincz 2001]
+ vitrail de Max Ingrand [église St Martin de L'Aigle en Normandie]
+ vitrail de l'église de Viège en Suisse [ Paul Monnier, flickr Jean-Louis Pitteloud]
+ vitrail de l' église Saint Martin de Worms en Allemagne [flickr Hen-Magonza].
A droite, tableau de Egbert Modderman [2017, Pays-Bas], comme une fermeture de rideau...
Trésors à découvrir dans des édifices Martin. Avant de traiter les quatre décors remarquables illustrés ci-dessus, ajoutons en un cinquiéme, déjà présenté au long de cette page (récapitulatif en annexe 3), il s'agit des fresques de Simone Martini dans la chapelle St Martin d'Assise en Italie, en voici deux vues d'ensemble :
1
2 (lien).
Evoquons des exemples plus communs qui montrent que, hors des cathédrales et autres majestueux monuments, des modestes églises Saint Martin peuvent déceler, même en petit nombre, des beautés artistiques pouvant souvent ne pas se rapporter à Martin. Ci-dessus, un chapiteau de l'église St Martin de Landiras en Gironde, pouvant représenter Martin aux prises avec ses démons (+ vues).
Ou des fresques du XIIème siècle en la chapelle St Martin de Fenollar, bourg des Pyrénées Orientales (lien + vues)
N'oublions pas que de telles peintures rescapées sont rares et que de nombreuses fresques ont disparu ou ne présentent que quelques vagues traces, comme le montre cette vue [flickr Ellen Bouckaert] de l'intérieur de l' église de St Martin d'Ougy en Bourgogne avec cette partie de fresque conservée (lien).
Rappel : des fresques (moins géantes...) dans le chapitre précédent ci-avant.
|
Collectif 2016 (aussi en cette page) : "Parler de la « figure martinienne » laisse entendre une représentation, une image, un portrait. On serait pourtant bien en peine de montrer un portrait datable de l’époque du saint, du moins en apparence. [...] Martin a le visage rayonnant mais quel visage ? Aucun détail n’est donné ; il faut se résigner à une image déjà transformée, à une intensité de rayonnement, à un assemblage nécessairement « surhumain » des différents rôles occupés par Martin. [...] La plus ancienne représentation connue de la figure de saint Martin est une mosaïque de Ravenne datable de 570 environ [voir
ci-avant]. [...] La basilique tourangelle fut la source de nombreuses images martiniennes. [...] Vers la fin du VIe siècle, Grégoire de Tours fit reconstruire la cathédrale et introduisit des scènes martiniennes que Fortunat a évoquées dans un poème : on pouvait voir un triptyque avec la guérison du lépreux, le partage de la chlamyde et la messe du globe de feu ; on y trouvait aussi les résurrections opérées par le saint, le pin coupé, les serpents, le faux martyr, la guérison de la fille d’Arborius et les idoles renversées." Ce sont là toutes les scènes qui vont être reproduites de siècles en siècles, dans les édifices et ouvrages religieux. Récemment, les bandes dessinées, par la multiplicité et la continuité des images sont allées un peu au-delà, mais sans vraiment oser s'en éloigner. Il y a pourtant matière.
|
|
|
|
|
|
annexe 3.
Les quatre albums de bande dessinée sur Martin dont des cases et planches sont présentes à plusieurs reprises sur cette page. 1) Maric - Frisano 1994 : "Saint Martin", textes Raymond Maric, dessins Pierre Frisano, couleurs de Marie-Paule Alluard, éditions du Signe 1994, réédition 2016.
2) Proust - Martin, Froissard 1996 : "Martin de Tours", textes Pierre-Yves Proust (voir encadré ci-dessous), dessin Freddy Martin et Vincent Froissard, éditions Glénat et La NR 1996.
+ dos de couv.
3) Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996 : "Le XIIIème apôtre, Martin de Tours", textes Frédéric Fagot et Eric Mestrallet, dessins Lorenzo d'Esme, éditions Fagot de Maurien 1996.
+ dos de couv.
4) Brunor - Bar 2009 : "Martin, Partager la vérité", textes Brunor, dessins Dominique Bar, couleurs Géraldine Gilles, éditions Mame-Edifa 2009
+ deux dernières pages "Que sont-ils devenus ?" avec les principaux personnages :
1
2.
|
Paris,
Mayence et à partir de Mayence vers la Rhénanie et ultérieurement les territoires francs. [...] La deuxième période, fin du VIIème siècle, est toutefois encore plus
“politique”. La deuxième phase correspond en effet à une nouvelle expansion franque en direction du nord et de l’est sous la direction des Pippinides,
Pépin d’Herstal, puis au début du VIIIème siècle, Charles Martel. On attribue ainsi à cette deuxième phase
Saint-Martin de Cologne et
Saint-Martin d’Utrecht. Enfin une troisième période: fin VIIIème - début du IXè siècle avec Charlemagne." On y reviendra.
Paulin de Nole, " brillant intellectuel, en correspondance avec saint
Jérôme et saint
Augustin". "Nous avons deux éléments majeurs pour apprécier cette diffusion “italienne”: la construction d’une basilique Saint-Martin à Rome (
Saints Sylvestre et Martin) par le pape
Symmaque (entre 498 et 514) et la rédaction d’un manuscrit, le Veronensis XXXVIII, bien daté de 517. Ces deux faits sont exceptionnels. Rome est restée attachée jusqu’au VIIème siècle à un culte des saints qui est avant tout le culte des martyrs alors qu’ailleurs on vénérait très tôt les saints évêques. Cela montre quelle étonnante réputation Martin avait acquise, dès le Vème siècle, pour qu’on lui élève une église dans Rome."
De Trèves à Rome, on construit au nom de saint Martin.Martin fit plusieurs voyage à Trèves, traversant la Porta Nigra en touriste (car elle n'était pas sur son chemin) (à gauche photo vers 1900), pour rencontrer l'empereur Maxime.
En ces lieux sera fondée une abbaye Saint Martin (photo suivante, Wikipédia). Cette abbaye pourrait avoir été fondée au VIème siècle sur une église construite par Martin au IVème siècle.
+ vue de l'abbaye vers 1750.
A plus 1500 km, la basilique de Rome Saints Silvestre et Martin, d'abord oratoire dans le courant du IVème siècle, fut construite vers 500 et agrandie ensuite. [Wikipédia]
A droite une vue d'intérieur de l'actuelle basilique
+ vue de l'extérieur
+ vue de l'intérieur [ Lecoy 1881].
|
San Martino Siccomario). C’est un texte du XIVème siècle qui rapporte ce fait mais évoque aussi une translation de la dépouille au IXè siècle. Si l’on fait confiance à ce témoin tardif, une église Saint-Martin existait aux environs de Pavie dès le milieu du Vème siècle. Pavie est, selon la Vita Martini, le lieu d’enfance du saint. La lecture de la Vita pouvait inciter à réinstaller Martin sur un des lieux de sa vie. Les églises dédiées à saint Martin sont très nombreuses dans toute l’Italie, ainsi que les localités portant le nom de Saint-Martin. Chaque cas doit naturellement être examiné. Mais il n’est pas impossible que certaines dédicaces puissent remonter au Vème siècle. [...] Deux sont particulièrement importants :
Ravenne et le Mont Cassin." En chacune de ces églises, des fresques et statues illustrent le partage du manteau et les miracles de Martin. Il s'agit de ce que nous appellerions aujourd'hui une médiatisation à grande échelle.
Les cathédrales Saint Martin. En voici cinq : 1) Mayence (Allemagne)
(+ vue d'intérieur, flickr Kristobalite),
2) Colmar (France, collégiale souvent appelée "cathédrale", située place de la cathédrale)
(+ gravure Lecoy 1881
+ statue du portail central de la façade Ouest
+ vue d'intérieur + lien),
3) Utrecht (Pays-Bas), protestante depuis 1580
(+ vue d'intérieur, Wikimedia
+ le cloître, lecoy 1881),
4) Bratislava (Slovaquie)
(+ vue d'intérieur, flickr Harold Stern),
5) Lucques (Italie) [Wikipédia]
(+ gravure et reproduction de bas-relief dans Lecoy 1881
+ page de LM 2007-2)
(+ deux vues d'intérieur [flickr mira66] :
1
2).
Une multitude d'églises Saint Martin Voici une très courte sélection chronologique d'églises Saint Martin, toutes en France, inscrites à l'inventaire des monuments historiques : 1) Xème siècle Béthisy Saint Martin (Oise) (+ vue d'intérieur),
2) XIIème Gignac (Lot)
(+ vue d'intérieur),
3) XVIème Moutiers (Ile et Vilaine)
(+ vue d'intérieur, lien),
4) XXème Le Cellier (Loire Atlantique)
(+ vue d'intérieur + fresque de Paul et Albert Lemasson 1925-1932, lien).
+ page avec d'autres églises Saint Martin.
+ l' église St Martin de Castelnau-Montratier dans le Lot qui présente quelques ressemblances extérieures avec la basilique tourangelle (lien).
Martin et les architectes. Il n'y a pas, bien sûr, d'architecture propre aux monuments Saint Martin. Ce n'est pas une raison pour saluer la variété des réalisations. En voici quatre. 1) la chapelle se Saint Martin le Vieux dans les Pyrénées (+ vues commentées d'extérieur, lien),
2) l'abbaye de Saint Martin aux Bois en Picardie
(+ gravure Lecoy 1881)
(+ vues),
3) la chapelle de Saint Martin de Peille,
à côté de Monaco (autre lien)
(+ description),
4) l'église Saint Martin de Budapest ( lien)
(+ vues).
L'église Saint Martin de Triel sur Seine à la particularité d'avoir une architecture particulièrement complexe, provenant de différente époques ; Liens :
1
2
3.
Paris et Martin. 1) La porte Saint Martin depuis le Xème siècle
+ gravure montrant la porte Saint Martin, partie de l'enceinte de Charles V, au Moyen-âge [ Lecoy 1881],
2) le prieuré Saint Martin des Champs depuis 1135
+ article Fasc. NR 2012
+ vue d'ensemble [ Charles Fichot, lien]
+ quatre illustrations de Lecoy 1881 :
1
2
3
4
+ autre vue,
3) le théâtre de la porte Saint Martin depuis 1781 (ici vers 1790),
4) le canal Saint Martin depuis 1825 [liens et illustrations Wikipédia]. Aussi un boulevard, une rue, un faubourg, un marché, un parking, une école.
5) Martinus est passé dans la ville des Gaulois Parisii et aurait guéri un lépreux à ses portes (à sa porte...), comme le montre l'illustration de droite ["Martinellus" 1110, BmT].
La tradition veut que ce baiser au lépreux se soit passé dans la rue Saint Martin (ancienne voie romaine) au voisinage de l'église actuelle Saint Nicolas des Champs.
+ trois pages de LM 2017 :
1
2
3.
Les ponts Saint Martin de Pont-Saint-Martin en Vallée d'Aoste (Italie), de Vienne en Isère et sur le Guiers Vif, aussi en Isère. Le premier est d'origine romaine et il est assez probable que Martin l'ait traversé. C'est aussi possible pour le prédécesseur antique du second. Le troisième date du XVIIIème siècle, sans antécédent [liens et illustrations Wikipédia]. + le pont saint Martin de Tolède :
gravure [ Lecoy 1881],
photo [Wikipedia].
Semur 2015. + les trois pages donnant le détail de ce dépouillement : 1
2
3.
En bas à droite le nombre de toponymes Saint Martin par pays [base GeoNames].
La basilique Saint Martin de Taal, en Philippines, pour ces quatre illustrations [photos Ryan Sia, Wikipédia]
+ liens : 1 [ La NR]
2
3.
Fondée au XVIème siècle, elle fut reconstruite à plusieurs reprises et mesure 89 mètres de long sur 48 de large.
Façades sculptées et peintes, aussi les tympans et frontons peints. Pour les tympans et frontons sculptés, voir ci-après.
Deux belles façades d'églises : la basilique San Martino de Martina Franca en Italie dans les Pouilles ( lien
+ sculpture centrale, 1753 oeuvre de Giuseppe Morgese et ses fils) et l'église Sant Marti de Sant Celoni en Catalogne (décorations achevées en 1762, lien, statue centrale de Martin réalisée en 1953 par Lluís Montané).
Les façades peuvent aussi être peintes, comme à gauche, une maison de Wangen im Allgäu en Allemagne [flickr caminanteK]
et comme ces douze là, incluant tympans et frontons peins :
1 église St Martin de Tarbes ["Lettre martinienne" 2006-1]
2 abbaye de Beuron en Allemagne [flickr Meinolf Schumacher]
3 maison à Fribourg, en Suisse [flickr Hurni Christoph]
4 église de Tromello en Italie [lien + zoom arrière]
5 maison dans la même ville de Tromello (en vallée d'Aoste, sur le chemin de Sabaria / Szombathely)
6 église de San Martino Siccomario en Italie [Wikipédia]
7 église de Palestro en Italie [lien + zoom arrière]
8 maison de Tropello en Italie [ LM 2008-1]
9 bâtiment de Pampelune en Espagne [ LM 2009-1].
10 abbaye de Pannonhalma en Hongrie [ Semur 2015]
11 église St Martin de Saint Martin du Limet [ Semur 2015]
12 église de Siccomario en Italie [ Semur 2015].
|
légende de photo du
prieuré St Martin de Cézas, dans le Gard, expose une des raisons de la dédicace à Martin de nombreux anciens monuments :
"La situation surélevée du Prieuré peut faire supposer qu'il a été édifié sur un lieu sacré fréquenté depuis la plus haute antiquité et que les cultes païens ont dû s'y succéder jusqu'au christianisme : tertres et collines recevant les premiers rayons du soleil et les derniers, signalaient, en effet, aux yeux de nos lointains ancêtres, une présence divine. D'autre part, la dédicace à Saint Martin, très fréquente, surtout près des anciennes voies de communication, serait aussi un indice de la récupération de croyances païennes: Saint Martin, grand voyageur missionnaire, s'était en effet acharné à lutter contre ces cultes et on donnait son nom en manière d'exorcisme, aux chapelles édifiées à la place d'anciens temples païens.
"
Des chapelles Saint Martin à foison. Parfois en ruines, merci à ceux qui restaurent... 1) Générouillas dans la commune de Saint Pardoux le lac en Limousin + descriptif (lien).
2) Soleure en Suissse, dans l' ermitage de Verena Gorge [flickr Hurni Christoph].
3) Chapelle St Martin de la commune de Saint Victor la Coste dans le Gard
+ descriptif
(lien).
4) La chapelle St Martin des ermitages del Corb dans le Parc Naturel de la Zone Volcanique de la Garrotxa en Catalogne (lien).
5) la chapelle du vallon de Saint Martin sur la commune d' Escles dans les Vosges.
+ dix autres chapelles St Martin :
1 1750 à 1Sankt Martin en Basse Autriche [flickr Alexander Szep]
2 à Glux en Glenne en Bourgogne [flickr Rudy Pické]
3 à Castellane en Provence [flickr Rudy Pické]
4 à Haute-Goulaine près de Nantes [flickr vebests]
5 chapelle St Martin des Champs à Oltingue en Alsace [flickr JV images]
6 à Nimègue aux Pays-Bas [flickr Stewie1980]
7 2004 à Saint Martin dans le Valais en Suisse [flickr Jean-Louis Pitteloud]
8 chapelle Saint Martin de la Roche / Sant Marti de la Roca dans les Pyrénées Orientales, flickr Patrick Chabert]
9 chapelle de Kobilje en Slovénie [ LM 2008-1]
10 2017 à Tours Nord (lien).
Il y a aussi les chapelles d'église et cathédrales, comme celle de l'église St Julien de Tours vue ci-après.
Villages Saint Martin. Quelques maisons groupées autour d'une église, les villages nichés dans la nature sont visuellement plus attrayants que les gros bourgs et les villes. En voici quelques uns, avec le nombre d'habitants dans la commune. 1) Saint Martin d'Entraunes en Provence, 130 habitants [flickr Gilles Couturier]
2) Saint Martin de Lansuscle en Lozère, 180 habitants
3) Saint Martin d'Oydes en Ariège, 220 habitants [flickr Dirk Motmans]
4) Saint Martin de Castillon en Provence, 800 habitants (lien).
L'église Saint Martin d' Artaiz, en pays basque espagnol (50 habitants), à 25 km de Pampelune. Elle présente de nombreuses et magnifiques sculptures en art roman. A droite, Martin semble repousser le dieu gaulois tricéphale
+ vues
+ liens : 1 2
3
4
5.
L' abbaye Saint Martin du Canigou, perchée à 1055 m d'altitude, dans les Pyrénées Orientales, érigée en 1101
[photo Sandra di Giusto].
Liens : 1 2 3
+ vue d'intérieur
+ deux gravures Lecoy 1881 :
1
2
+ page Wikimédia.
A droite, illustration d'une charte de l'abbaye datant de 1195 ["Féodalités", Florian Mazel, Belin 2010].
Le Christ en majesté de l' Apocalypse, revenu juger les vivants et les morts, est ici entouré à gauche de la vierge Marie et à droite de Martin.
|
Les arbres de Saint-Martin ont-ils une origine païenne ? Ce marronnier de Saint-Martin [ lien) à Continvoir, près de Bourgueil en Touraine, dont il ne reste que la souche, serait celui où Martin aurait prêché en 388 [à gauche vitrail de l'église Saint Martin de Continvoir, Manufacture du Mans 1849, Verrières 2018 + photo en son contexte]. Il a donné son nom à un châtaignier plus jeune [à droite, photo Stephan Bonneau] au lieu-dit voisin "La Blotterie".D'après Jean-Mary Couderc, dans "Arbres remarquables de Touraine" [Berger Editions 2006, photos S. Bonneau] : "La tradition des arbres de Saint Martin (à Neuvy le Roi, Neuilly le Brignon et La Roche Clermault selon Rabelais) se rattache peut-être à l'existence d'arbres sacrés païens (successivement remplacés) ; leur culte aurait longuement perduré et on les aurait christianisés en leur donnant le nom de Saint Martin.". De même que des temples païens sont devenus églises...
A gauche, case de Albo Helm dans BD Utrecht 2016 + la planche en hollandais et, de façon différente, deux planches en français :
1
2 (ci-dessous à droite).
Au centre, fête de Saint Martin au Pérou à Pomahuaca, photo de la procession de 2014 (vidéo)
+ procession en Italie (lien)
+ image italienne réunissant enfants aux lampions et partage du manteau (lien).
A droite, des folards de Dunkerque (lien + recette)
A Dunkerque ( affiche 2008) et en Flandres, l'âne de Saint Martin est célébré, son maître ayant transformé ses crottes en de petits pains appelés folards (autre nom : craquelins, récit, lien).
+ affichette 2019 à Lembach en Alsace (lien)
+ image allemande 2016 (lien)
et trois gourmandises vénitiennes :
1 (lien)
2 (lien)
3 (lien).
+ document sur les lampions de saint Martin en Pologne
+ page La NR 2019 sur le "bon pain Saint Martin" des talmeliers de Touraine
+ page de LM 2008-4 présentant les fêtes de saint Martin en Suède, en Allemagne, en Suisse et au Danemark
+ les dictons de la Saint Martin [flickr J. M. Gil Puchol].
|
exemple dans le pays d'
Urfé, dans la Loire)...
ou une pierre ou un miracle ou un lieu évangélisé... Il est certes possible que des faits réels aient généré la légende, mais cela n'en concerne qu'un nombre très restreint et les critères pour les reconnaître sont ténus. On retrouve des réactualisations chrétiennes, comme celle, à Luzillé, d'un polissoir du néolithique renommé "pierre Saint Martin" (
photo avec article de Jean-Mary Couderc sur la mémoire de Martin en Touraine, "Le patrimoine des communes d'Indre et Loire", éd. Flohic 2001). De plus nombre d'entre elles sont contredites par nos connaissances historiques. Prenons le cas du vin et des vignes de Martin.
vignerons du Vouvray, boisson très appréciée des premiers rédacteurs du Canard Enchaîné, l'ascétisme du moine-évêque est compatible avec une légende qui attribue à Martin et ses moines l'introduction de la vigne sur les coteaux de la Loire. La présence de vigne, encore de nos jours, au-dessus des grottes de Marmoutier, sur les pentes du lieu-dit Rougemont, aurait permis de "fournir du vin de messe et d'alimenter les malades et les vieillards passant au couvent". Martin aurait ramené un plant de vigne de son pays natal de
Pannonie (Hongrie) et aurait inventé le
chenin blanc. Cet alibi culturel permettant de faire de la publicité pour une boisson alcoolisée (qui par sa qualité n'en a pas besoin) (cf.
panneau d'exposition 2016 à Tours) a des racines lointaines puisque les fresques du XIIIème siècle de la collégiale de Candes en témoignent, présentant l'âne de l'évêque en train de tailler la vigne. Sans oublier une "cuvée de Saint Martin, symbole du partage" [lien] et, du côté de Chinon, la
cuvée du partage [lien].
Aussi du
Bourgueil,
du
Chablis Saint Martin un peu magique,
du
Bordeaux [
LM 2008-5],
et jusque vers
Prague, des bouteilles labellisées Martin (
photo, lien). Les recherches archéologiques montrent pourtant que la vigne était présente en Touraine avant l'arrivée des Romains (cf. "Histoire de la vigne en Touraine", James Derouet 2013).
Sans oublier la bière allemande de
Kassel (
photo,
Collectif 2019) et la très bonne eau minérale Sao Martinho du Portugal (
photo,
LM 2018).
A gauche Marmoutier avec au-dessus du coteau la vigne du clos de Rougemont. + article de "Tours Infos" 2010 titré "Les vignes de Marmoutier".
Au centre, sculpture de l'âne de Martin taillant la vigne, sur la collégiale de Candes [extraits de panneaux de l'exposition "Saint Martin, la vigne et le vin" 2016 en la ville de Tours].
A droite, sculpture dans une grotte en tuffeau à Rochecorbon [Le Magazine de la Touraine n°64, 1997].
+ tableau "Le vin de la Saint-Martin" par Pieter Brueghel l'ancien [musée du Prado à Madrid]
avec commentaire et deux gros-plans [flickr jean louis mezieres] :
1
2.
|
patron des dynasties mérovingienne et capétienne, puis des maréchaux-ferrants, policiers, commissaires des armées, de Buenos Aires, de centaines de communes, de milliers d'églises. Patron des
gardes suisses pontificaux (
article
Fasc. NR 2012), il est aussi patron des piétons avec ce commentaire de blog : "En gros le mec est saint patron d’un peu tout le monde. Sauf les culs-de-jatte, ça va de soi (dixit Georges Brassens)".
Les reliques de Martin 1/8 : selon les époques... Michel Fauquier, en cet article de 2019 sur le site Aleteia : "Avec l’acceptation progressive par Rome de la religion chrétienne sous sa forme catholique, le martyr s’était largement effacé de l’horizon européen alors que, dans le même temps, fleurissaient partout en Europe des églises, qui étaient demandeuses de reliques de saints à insérer dans les autels. Comme il n’était pas habituel de démembrer les corps des saints pour multiplier le nombre de leurs reliques, l’Eglise se trouva face à une situation de pénurie. Or, au même moment, les catholiques se trouvèrent confrontés à de violents raids en provenance de Germanie. [...] Désemparés face à ces ébranlements et les menaces qu’ils portaient, les catholiques recherchèrent avec encore plus d’ardeur la protection des corps saints : c’est pourquoi les masses adoptèrent immédiatement le nouveau modèle de sainteté qu’un auteur du IVe siècle finissant, Sulpice Sévère, avait dessiné. Ce modèle, il ne l’avait pas inventé : il s’était présenté à lui de façon providentielle en la personne de Martin de Tours, qui devint ainsi le premier modèle de la sainteté moderne, c’est-à-dire de la sainteté non-martyriale. [...] Si Sulpice Sévère prêta à Martin de Tours le désir du martyre, le fait est que ce dernier ne le subit pas, ce qui n’empêcha pas le premier de dire « saint » le second, dès les premiers mots de son oeuvre, avant de le proclamer « apôtre des Gaules » dans un ouvrage plus tardif."
|
Les timbres autres reliques modernes ? Avec l'omniprésence du partage du manteau. 1) Allemagne 1984 2) France 2017 3) France 1960 4) Monaco 1948 5) Tchécoslovaquie 6) Hongrie 2011 7) Luxembourg 1980 + vingt et un autres timbres : 1 Belgique
2 Allemagne
3 Rwanda 1967 (annulé)
4 Belgique 1941
5 Belgique 1948
6 Belgique 1941
7 Autriche 1985
8 France
9 Belgique 1911
10 France
11 Autriche 1936
12 Autriche 1999
13 Tchécoslovaquie 1999
14 Autriche
15 Allemagne
16 Hongrie 2016
17 Argentine 1968 (lien)
18 Hongrie 1972 [flickr isa 11]
19 Portugal [flickr quevedodovale]
20 Belgique 1910
21 Allemagne 2011 [flickr isa 11]
+ deux timbres d'Arabie Saoudite [ LM 2008-2]
+ page de LM 2006-1
+ page de LM 2006-2
+ ces deux pages :
1
2.
|
démons et le
diable sont omniprésents dans les récits martiniens. Ces apparitions sont somme toute logiques pour un exorciste, dont la fonction consiste à les affronter par des exhortations mystiques. Jacques Verrière : "En somme, des diables grimaçants s'agitent, ricanent et glapissent sur beaucoup de vitraux dédiés à saint Martin, et il en est ainsi depuis le XIIIème siècle au moins. Nul n'en sera surpris, tant ce constat est en accord avec une Chrétienté obsédée par le péché. Le discours de l'Eglise était culpabilisant et punitif. [...] Les diables de Martin sur les vitraux ont été mis au service d'une théologie qui accablait le pécheur, alors que Martin n'a jamais cherché qu'à le libérer. A cet égard encore, le message de Martin a été utilisé, accomodé aux conceptions théologiques ultérieures, et, dans une certaine mesure, subverti." [
Verrière 2018].
A gauche, l'exorciste Martin expulse par le cul le démon du corps d'un homme possédé [cathédrale de Tours, baie n°8, Verrière 2018].
Puis, Martin démasque une ruse du diable ["Martinellus" 1110, BmT] (lien + reprise complétée et commentée dans Lecoy 1881).
Puis "Apparition du diable à saint Martin" [cathédrale de Belluno en Vénétie].
A droite, les dieux paîens sont pour Martin des démons à abattre [église Saint Martin de Clamecy en Bourgogne]
+ trois autres vitraux où Martin fait fuir un démon :
1 [cathédrale de Bourges]
2 [basilique Saint Martin de Tours, atelier Lobin, Verrière 2018]
3 [église St Martin de Saussey dans la Manche, lien].
+ planche de Maric - Frisano 1994 contant une rencontre de Martin et Satan.
Autres illustrations sur Martin et ses démons : ci-après.
Surprise : Martin aurait aussi partagé son manteau avec le diable !. C'est l'illustre peintre Raphaël qui a dessiné cette fumeuse scène. Cela méritait une explication, fournie par Albert Lecoy de la Marche [ Lecoy 1881].
A droite, autre surprise, c'est un évêque cornu aux pieds crochus qui s'attaque à Martin, sur une fresque murale de l'église St Salvadoor de Pavie en Italie [ Semur 2015]
|
saint Germain d’Auxerre [380-448], un ancien très haut fonctionnaire devenu évêque sur le tard, que nous avons proposé de regarder comme le « Martin de coeur des évêques« . Malgré tout, la Vie de saint Germain d’Auxerre, composée entre 470 et 480 par Constance de Lyon, réussit plus à « épiscopaliser » la figure de saint Martin, qu’elle ne l’effaça au profit de celle de saint Germain : c’est en effet celle du premier qui s’imposa à travers toute l’Europe occidentale, mais elle montrait désormais un saint Martin mitré, ganté, porteur de sa crosse épiscopale, d’une chasuble et même… d’un
pallium qu’il ne reçut jamais ! En un mot, un saint Martin de Tours parfaitement présentable, représenté comme l’étaient tous les évêques. En ce sens, la figure de saint Martin de Tours connut un destin exemplaire : elle donna un rôle central à l’héroïcité des vertus ― qui devait être reconnue comme la première condition sine qua non permettant d’ouvrir un procès de canonisation, quand cette procédure fut fixée au tournant des XIe-XIIIe siècles ―, mais son « épiscopalisation » ouvrit une autre tendance, celle à présenter aux fidèles ce que Jacques Fontaine appella avec raison des « saints de vitrail », donnant une image lisse des saints parfois très éloignée de ce qu’ils furent effectivement." Ces images du saint vitraillisées, aseptisées, prédominent encore. Quand seront-elles considérées comme datées et inadaptées, autant que les images de Martin chevalier en habit et décor moyen-âgeux ?
Catalogue 2016, Ingrid Leduc la raconte ainsi : "Cet oiseau dévore les grappes de raisin mûr au grand désespoir des vignerons. Ceux-ci implorèrent Martin de leur venir en aide. Pour contenir les oiseaux, le saint plaça une croix dans les vignes et les oiseaux vinrent s'y poser, obéissant ainsi au saint dont ils prirent le nom." Le
martinet est un oiseau migrateur extraordinaire qui préfère les villes aux campagnes, qui ne mange jamais du raisin mais seulement des insectes, qui ne se pose jamais sauf pour pondre, couver et s'occuper de ses petits au nid, restant des mois constamment dans les airs. Bref c'est un seigneur des airs qui ne ressemble pas du tout au chapardeur décrit... Sulpice Sévère heureusement n'a jamais raconté une telle baliverne... Au-delà, il y a des légendes qui n'ont jamais été crues mais qui faisaient rêver tant elles étaient étranges. Ainsi celle de "Saint Martin Faucheur" raconté en une
page du "Magazine de la Touraine" hors-série "Contes et légendes de Touraine", 2002 (
couverture).
La mère de Martin : délire post moyenâgeux !. En 1572, un illuminé publia une sorte de science-fiction antique avec pour héroïne une fille de roi de Constantinople, la belle Hélaine, à qui il arrive des histoires à dormir debout et qui devient mère de saint Martin et de saint Brice (rappelons qu'il sont nés avec 60 ans d'écart...). Cet ouvrage, dont on connaît deux éditions, est titré "Le rommant de la belle Helaine de Constantinople, mère de sainct Martin de Tours en Touraine et de sainct Brice son frère". Illustrations : couvertures de deux éditions, gros plan de la seconde, deux autres images. + Lien vers une retranscription sur le site de la médiathèque de Lisieux, + trois éditions intégrales d'une centaine de pages [Gallica] : 1
2
3.
Ci-dessous extrait de la généalogie de Martin composée par Ambroise de Cambray pour Louis XI (P.-S.) [archives dép. 37].
|
sept dormants, Florus, roi des Huns, au temps de Dioclétien et Maximien, épousa une jeune princesse d'une rare beauté, Brichilde, fille de Chut, roi des Saxons ; il en eut trois fils, Florus, Hilgius, Amnar. L'aîné obtint à son tour la main de Constance, soeur de Julien l'Apostat, qui le rendit père de saint Martin. Proche parent des Césars, allié d'un autre côté aux rois d'Angleterre, l'apôtre des Gaules aurait certainement revêtu le pourpre et ceint la couronne royale de Hongrie, s'il n'eût tout quitté pour se faire moine." Martin neveu de l'empereur Julien, cousin (grand-oncle ?) du futur Attila (né en 395)... Sur cette base, le roi Louis XI fit dresser sur un immense parchemin la "généalogie authentique" de Martin (
extrait illustré,
BmT),
Maupoix 2018).
Ces deux élucubrations, le neveu de Julien et le fils d'Hélaine, sont présentées en une
double-page de
Lecoy 1881.
page Wikipédia. Le lien avec Martin semble absent, on peut supposer qu'il n'existait pas encore de sainte Martine et qu'il a paru opportun d'en créer une, chaque prénom devant avoir son saint ou sa sainte... Entre ce qui est certain et ce qui ne l'est pas du tout, il y a toute une gamme de probabilités qu'il est difficile d'appréhender...
+ deux vitraux de Martine (site de Nhuan DoDuc) :
1 [église Sainte Martine de
Pont du Château]
2 [église de l'assomption à
Montpeyroux dans le Puy de Dôme].
article de 2014 (lien). Le philosophe
Paul Clavier y apporte d'intéressantes réponses, comparant super-héroïsme et sainteté, super-pouvoirs et miracles... Et nous ne pouvons que comparer la cape rouge de Superman et sa façon de dominer la situation avec une autre cape rouge et une autre domination du haut de son cheval...
En son livre "Martin de Tours, vie et gloire posthume" (1996), Charles Lelong présente quelques-uns des exploits des saints super-héros racontés un peu avant le Vita de Sulpice Sévère. Dans la vie d'Antoine, écrite par Athanase vers 357 : "On y voit le saint lutter avec le diable, chasser d'un mot les bêtes sauvages, faire jaillir l'eau en plein désert, guérir à distance, bénéficier du don de double vue". Dans "Vie de saint Hilarion" écrite par Jérôme : "Hilarion est présenté comme doté de pouvoirs inouïs, exorcisant un chameau, paralysant des pirates, arrêtant un énorme raz-de-marée". Alors quand Sulpice Sévère, bercé par ces récits, comme aussi ses interlocuteurs à un autre degré, déclare "Tout ce que j'ai dit, tout ce que je vais dire, je l'ai vu moi-même ou je le tiens de source certaine, le plus souvent de Martin lui-même", on comprend que les historiens les plus récents aient tenté de démêler le vrai du faux...
[vitrail corrigé de l'église de Mosne, en Touraine, et affiche du film "Man of steel" 2013]. A qui est la cape ?
|
Catalogue 2016, en un
article "De la Vita sancti Martini (396) au Mystère de Saint Martin (1496) : onze siècles d’écriture et de réécriture à la gloire de l'évêque de Tours" (lien), Sylvie Labarre analyse finement l'évolution des écrits sur la vie de Martin, résumant "un immense travail de réécriture entrepris à travers les siècles par des écrivains soucieux de célébrer la sainteté et les miracles de l'évêque de Tours et d'édifier leurs lecteurs par l'exposé d'une vie exemplaire". Elle estime que le premier d'entre eux, Sulpice Sévère, "écrit une prose capable de séduire les lettrés aussi bien chrétiens que païens et son souci est d'abord de persuader les incrédules". Elle traite les écrits des Vème et VIème siècle de Paulin de Nole, Venance Fortunat, Paulin de Périgueux, Grégoire de Tours, puis, après des réécritures en vers ou en prose du VIIème au XIIème siècle : "c'est avec des oeuvres écrites en français que Martin entre véritablement dans l'univers culturel médiéval et que sa geste se renouvelle". Martin peut ainsi devenir petit-fils d'un roi de Hongrie, chevalier adoubé par l'empereur Constance II, combattant les Sarrasins... La lecture du texte original nous devient plus accessible. Voici quelques-uns de ces livres parmi les plus marquants, d'abord jusqu'au XIXème siècle.
|
|
1 2 3 5 6 8 4 7
|
|
|
| |||
BmT]
+ vue d'ensemble des pages illustrées (lien).
page la plus illustrée, avec gros-plan sur la lettrine) [ BnF].
La légende dorée est un célèbre manuscrit (un best-seller...) de l'archevêque de Gênes Jacques de Voragine, rédigé en latin de 1261 à 1265, dont on connait plus d'un millier de copies manuscrites, de nombreuses traductions et de nombreuses éditions imprimées (plusieurs sur Gallica), avec ou sans illustrations. L'auteur y raconte la vie de 150 saints, dont Martin et Brice. L'illustration sur Martin est évidemment celle du manteau partagé.
+ trois variantes :
1
2 [vers 1370, bibliothèque Mazarine, Paris, Catalogue 2016]
3 [ Maupoix 2018].
5) "La vie de Saint Martin évêque de Tours" par Nicolas Gervaise, 1699 (intégrale dans l'encadré ci-dessous 1699).
+ cinq autres vues :
1
2
3
4
5.
6) L'ouvrage d'Ernest-Charles Babut en 1912, 320 pages, permet enfin de sortir de l'hagiographie moralisatrice.
7) Le premier des trois tomes de Jacques Fontaine sur l'étude des textes de Sulpice Sévère (360 pages, en 1967) (s'y ajoute un 4ème tome "Gallus"). On peut aussi citer le "Saint Martin" de Paul Monceaux en 1926 (256 pages) + couverture + critique par Fernand Vercauteren, 1928.
| ||||||||
| ||||||||
Quatre autres "Vie de saint Martin". 1) Martin sur son âne, une des illustrations du livre de 1496 présenté en encadré ci-dessous. 2) ouvrage de même titre, en version populaire noir et blanc d'une centaine de feuillets, "La vie et miracles de monseigneur saint Martin translatée de latin en francois" vers 1500, livret de pèlerinage + une double page [ BmT, Catalogue 2016].
3) "La vie de Saint Martin le Miséricordieux, évêque de Tours" vers 1700, par Dimitri de Rostov, saint de l'église orthodoxe russe, présente une vision chrétienne orthodoxe de Martin ; ici en une réédition de 2009 des "Editions bénédictines".
4)"Saint Martin de Tours", livre belge de 1925 par Marcellin Lissorgues, prêtre du Cantal.
| ||||||||
Ernest-Charles Babut, né en 1875, décédé en 1916 à la guerre de 1914-18, s'est penché de façon approfondie sur l'oeuvre de Sulpice Sévère. Il a le plus vigoureusement "démoli" à la fois le biographe et son héros, dénonçant la Vita Martini comme une "imposture" et un "tissu de contes mensongers", regardant Martin comme un personnage médiocre, bizarre, ayant peu d'autorité sur son clergé et peu de prestige auprès de ses confrères, "peut-être de tous les évêques de Gaule celui qui paraissait le moins désigné pour la gloire ecclésiastique" : c'est le succès de librairie de la Vita qui aurait créé de toutes pièces la popularité, finalement universelle, de l'évêque de Tours (d'après un
article de Jean-Rémy Palanque en 1969, on pourra lire aussi l'
étude de René Aigrain, de 1921). Ces lourdes et féroces accusations, ce fut démontré notamment par Jacques Fontaine, reposaient sur des postulats erronés, contraires à d'autres sources historiques. Mais toutes ne sont pas à rejeter (notamment ses interrogations sur la date de décès de Martin ?). Un second Babut, du XXIème siècle, débarrassé des défauts du premier, prenant en compte les derniers travaux, serait le bienvenu... Compléments : une
analyse de Sylvain Sanchez, 2012, reprenant des propos de
Charles Péguy, sa
nécrologie par
Joseph Calmette, 1919, la biographie de son père, Charles Edouard, pasteur.
|
Ernest-Charles Babut (1835-1916) : mort à la guerre de 1914/18, comme 18 millions d'autres victimes que Martin, ni son dieu, n'a pu sauver. Ses prénoms officiels sont Ernest Théodore. Il était professeur agrégé d'histoire.
Martin : des fables hilarantes ? Photo de cette page de 2016 du site "La Rotative" s'appuyant sur les travaux de Babut pour critiquer vertement la municipalité de Tours, commençant ainsi : "Sur le boulevard qui traverse la ville d’est en ouest, une exposition intitulée « De Martin à saint Martin : sa vie, ses légendes » est proposée au regard des passants. Sur des colonnes rouges estampillées « JC Decaux » et « Ville de Tours », on a droit à une collection de fables qui seraient hilarantes si la mairie ne s’employait pas à les faire passer pour des vérités. Martin guérissant un possédé, Martin guérissant un lépreux, les reliques de Martin repoussant les envahisseurs...". Jacques Fontaine et Bruno Judic sont aussi cités, presque en soutien à Babut, pour un article étayé. |
|
Collectif 2019. Extraits : "L'ouvrage d'Ernest-Charles Babut sur saint Martin de 1912 constitue un véritable travail historique : une étude qui applique la méthode historique la plus rigoureuse et la plus moderne en s'appuyant sur un corpus important de sources. Ce livre, présenté comme le résultat de longues recherches, propose une véritable déconstruction de la figure martinienne. [...] Babut constate de nombreuses incohérences chronologiques qui, à titre d'exemple, s'opposent à la possibilité d'un séjour de saint Martin chez Hilaire à Poitiers.". Beck montre le bon accueil de cette étude avant la guerre de 14 (par exemple cet
article de
René Massigli en 1913), et son rejet complet après-guerre, quand Martin apparaît comme une figure du patriotisme. Si cela ne remet pas vraiment en cause les critiques très solides de Jacques Fontaine (et déjà esquissées en 1913 en conclusion de l'article précité), une relecture moins systématiquement à charge de Babut, avec un éclairage du XXIème siècle, serait opportune.
article de 1997, le résume ainsi: "Avec ses défauts : raideur, crédulité, fanatisme contre les païens, manque d'envergure qui l'empêcha de « s'imposer comme chef d'un parti ... ; qui sont « le revers de ce qui fait... la grandeur du personnage : la totale sincérité de sa foi et une fidélité inflexible à ses convictions ».
Paul Mattei, en un
article de 2005 considère Martin comme un "évêque hors cadre(s)", d'abord un moine, mais un moine s'étant accompli dans sa mission d'évêque.
Camille Julian, historien de référence de la Gaule, estime, en un
article de 1923 (partie 4), que Martin était un grand voyageur, "homme d'action, sachant organiser et commander, une intelligence très saine, une volonté très droite", davantage qu'un thaumaturge ou un ascète. + sept autres articles de Jullian sur Martin :
1 (partie 1)
2 (partie 2)
3 (partie 3)
4 (autre partie 2, = 5 ?)
5 (partie 6)
6 (sources)
7 (jeunesse).
Dominique-Marie Dauzet, en son livre "saint Martin de Tours" (Fayard 1996) : "A cette époque la
canonisation, entendue au sens actuel du terme, n'existait pas. [...] Le culte rendu aux martyrs par les fidèles était immédiat. [...] Ils gardaient précisément en mémoire la date de la "depositio" du défunt dans la tombe, et en fêtaient l'anniversaire, qu'ils inscrivaient au calendrier de leur communauté. Les chrétiens qui venaient prier sur la sépulture et y demander des grâces spéciales étaient eux-mêmes les garants de la "sainteté" du défunt. L'inscription par l'évêque ou son clergé de l'anniversaire dans la liste des fêtes liturgiques avait valeur suffisante de "canonisation"." Puis : "S'agissant de "canonisation" populaire, le cas de Martin est probablement le plus extraordinaire du genre, et d'abord parce qu'il est le premier saint non-martyr à avoir connu une telle popularité. [...] Mais aussi son cas est exceptionnel parce que sa réputation est telle déjà de son vivant que les fidèles l'entourent de pratiques ordinairement réservées aux martyrs défunts."
document municipal). S'il est naturel que l'on célèbre un personnage qui permit, par ses successeurs, à la ville de se développer jusqu'à devenir à la fin du XVème siècle la capitale politique et culturelle de la France, il y a lieu de s'étonner qu'on persiste à gommer les côté sombres du personnage pour ne pratiquer que de l'
hagiographie. Son long passé militaire, ses destructions du patrimoine gaulois, son intolérance, que ce soit contre les païens ou les ariens, ne devraient pas être gommés. En sens inverse, il ne faudrait pas noircir celui qui eut le courage de montrer dans l'affaire Priscillien une modération qui ne fut pas celle d'autres saints davantage sectaires, comme
Augustin (354-430), qui forgea la notion de "guerre juste".
Régine Pernoud (1909-1998) en son livre "Martin de Tours, rencontre" (Bayard Editions 1996), que par "l'importance que prend le caractère de sa sainteté", "il inaugure une nouvelle civilisation" peut être vu comme un reproche plutôt qu'un compliment. Longtemps les intellectuels ont regretté l'époque romaine et gauloise, et, assurément aussi, la population, pour des raisons d'abord économiques.
Eugène Giraudet ("Histoire de la ville de Tours" 1873) : "La décadence des esprits est à peu près complète. [...] Les écoles civiles fondées par les Romains à Caesarodunum disparaissent ; seule l'école épiscopale subsiste. L'étude de la jurisprudence, de la philosophie, de la poésie est délaissée ; et la littérature sacrée occupe exclusivement les intelligences. [...] La notion du juste et de l'injuste paraît tellement inconnue et la mauvaise foi dans les affaires est poussée si loin que des mesures sont prises pour permettre aux créanciers de réduire en esclavage leurs débiteurs insolvables."
Jacques Fontaine, critique éclairé de l'hagiographie de Sulpice Sévère, a présenté ce qui peut être appelé un bilan professionnel du saint, estimant dès 1969 que Martin porte en lui "un christianisme militant vécu par un laïc militaire" (ce qui le distingue notamment de Sulpice Sévère en qui il voit "une redoutable étoffe d'intégriste") et concluant le colloque de 1997 par un article titré "Saint Martin et nous". Extraits : "Moine autant qu'évêque, il a choisi de s'exprimer dans le style sobre des Pères du désert. [...] Cet
orant, qui aimait s'adresser à Dieu dans la solitude, demeure aussi pour nous le modèle d'une spiritualité de la rencontre. [...] Martin, comme Dieu lui-même, ne jugeait pas les gens sur la mine, qu'ils fussent gueux ou empereurs, paysans incultes ou riches propriétaires lettrés. [...] Martin n'est donc pas une figure légendaire, surgie de l'univers intemporel des contes populaires et du folklore ; ce n'est pas non plus la fiction trop séduisante d'un hagiographe enthousiaste et d'un écrivain raffiné. [...] Martin n'était pas un illuminé, une cervelle dérangée. Il fut certainement un non-conformiste, un original, avec ce que le mot éveille, à la fois, de sympathie et d'inquiétude, chez ceux qu'un tel caractère attire et surprend. [...] La singularité de Martin résulte d'un approfondissement constant de sa vocation, qui le fit passer sans heurts de la milice à la militance, de la profession militaire à la profession de foi, puis à la profession monastique, enfin à la mission apostolique de l'évêque évangélisateur.".
Historiens et colloques. Jacques Fontaine (1922-2015, lien), Charles Lelong (1917-2003), Luce Pietri au colloque de 2016, recueils SAT du colloque de 1997 (224 et 310 pages)
|
Luce Pietri parle ainsi de l'avancée provoquée par Jacques Fontaine (1922-2015) en ses trois ouvrages de 1967 à 1969 d'étude de la Vita Martini de Sulpice Sévère (+
critique de
Jean-Rémy Palanque, et
critique de
Pierre Courcelle, en 1970) : "En dégageant les écrits du biographe de la gangue des lectures et des interprétations partisanes, en les passant au crible d'une « critique raisonnée et tempérée », en les éclairant enfin à la lumière d'une connaissance très sûre du milieu dans lequel ils furent élaborés, le dernier commentateur de la Vita Martini est parvenu à une conclusion solidement étayée qui rend assurance à la démarche de l'historien. [...] La méthode d'investigation, élaborée à partir d'une problématique complètement renouvelée, peut, d'une façon plus générale, guider l'enquête historique". Effectivement, en cet élan, les recherches se sont poursuivies, cristallisées par deux ouvrages de synthèse de
Charles Lelong (1917-2003) en 1990 (
couverture) et 1997 (après ses ouvrages de 1986 sur la basilique et 1989 sur Marmoutier), par un séminaire - colloque en 1997 et par un autre colloque en 2016. La ville de Tours, la Touraine (département d'Indre et Loire), la région ligérienne (Centre Val de Loire) et la communauté des historiens ont rendu, avec ces deux colloques (auxquels participait Luce Pietri, et Jacques Fontaine pour le premier), un hommage contemporain appuyé à Martin. En 1997, c'était à l'occasion du 1600ème anniversaire du décès de Martin. Quatre ouvrages sur Martin ont alors été édités, commentés par un
article de Michel Carrias (+ lien avec deux autres livres). Soulignons aussi le constant travail en profondeur de la Société Archéologique de Touraine (
SAT). Ces avancées historiques substantielles demeurent toutefois trop confidentielles, l'image de Martin est restée "vitraillisée"... Le documentaire d'Arte en 2016 (voir
ci-avant) et les ouvrages de 2015-2019, malgré leurs qualités, n'ont pas réussi à vraiment reconsidérer l'image de Martin aux yeux du grand public.
1) Semur 2015 ("Saint Martin de Tours, pionnier européen de la solidarité", François-Christian Semur, Editions Hugues de Chivré, 232 pages + dossier de presse).
2) Catalogue 2016 ("Martin de Tours, le rayonnement de la cité", Collectif, MBAT, Catalogue de l'exposition de même titre, 288 pages + dossier de presse).
3) Maupoix 2018 ("Saint Martin de Tours, 17 siècles de récits et d'images", Michel Maupoix, éditions "Rencontre avec le patrimoine religieux", 352 pages).
4) Collectif 2019 ("Un nouveau Martin, Essor et renouveaux de la figure de saint Martin IVème - XXIème siècle", Collectif avec introduction de Bruno Judic, Presses Universitaires François Rabelais, 552 pages, incluant les interventions du colloque de 2016, ici en 40 vidéos + lien vers d'autres vidéos).
Sur chaque couverture de ces ouvrages, cheval et cape rouge (en revers ou avers) sont les marques d'un certain conformisme...
+ les quatre oeuvres originales ayant servi à ces quatre couvertures : 1 (vitrail de la collégiale Saint Martin de Candes) 2 (anonyme et Maître Henri, "Livre d'images de madame Marie, Cambrai ou Tournai, vers 1285, BnF) 3 ( Maître de Boucicaut début XVème [Bibliothèque municipale de Châteauroux]) 4 ( Blasco de Granen entre 1400 et 1459, Musée d'Art de Catalogne à Barcelone) + sommaires de ces quatre ouvrages, des deux précédents (colloque 1997), de trois autres de Charles Lelong et de six autres, récents, sur Martin.
|
ci-après) que Mélanie et Eustoche, évêque de Tours, étaient cousins germains. C'est ainsi que le culte du tourangeau Martin, mondialisé (dans l'empire romain) par Sulpice Sévère, avec un foyer près de Milan, aurait, en un retour aux sources, été dynamisé à Tours par la superbe basilique de Perpet, neveu d'Eustoche.
Rappel : Martin est mort à Candes et son corps a été ramené à Tours par la Loire pour inhumation. Chapiteau sculpté de l'église de Mura, près de Barcelone, où le diable est repoussé [flickr Algela Llop].
Le corps de Martin fut inhumé dans le cimetière paroissial de Tours le 11 novembre 397. Ce n'est que 40 ans plus tard que son tombeau fut placé dans une basilique. [ Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996] + planche.
+ vitrail de la cathédrale de Tours (baie 8) montrant la mise au tombeau
+ la même scène dans une reproduction d'un bas-relief du IXème siècle de l'église Saint Ambroise de Milan [ Lecoy 1881].
La gloire de Martin. Qu'est devenu Martin après sa mort ? Il serait allé au paradis, accompagné par des anges, avec (à droite) son casque, son épée et sa demi-cape.
Voute peinte du choeur de l'église Saint Martin de Montégut-Lauragais (Haute-Garonne), par Bernard Benezet, 1868 (lien) [livre "La légende de Saint Martin au XIXème siècle" 1997].
+ Sur le même thème,
un tableau de Pierre-Adrien-Pascal Lehoux, 1885 [Musée des Beaux-Arts de Nantes, même livre],
une miniature du bréviaire de Salisbury, vers 1435, "L'âme de saint Martin reçue par Dieu dans le ciel" [ BnF],
un vitrail vers 1955 de l'église St Martin d' Olivet en Orléanais (lien),
une fresque, vers 1790, de l' église St Martin de Castelnau-d'Estrétefonds en Haute-Garonne,
un tableau de Konrad Huber 1810, avec la cape et l'oie [église de Gundelfingen en Allemagne, lien],
un tableau de Wolfgang Andreas Heindl vers 1720 [ abbaye de Niederaltaich aussi en Allemagne, lien],
puis, extraits du livre Lorincz 2001, quatre tableaux d'Europe centrale à la composition complexe, difficile à comprendre dans le détail, avec en commun la montée aux cieux et la présence du mendiant et sa demi-cape :
1 par Georg Desmarées 1744, Suède [église St Martin de Kaufbeuren]
2 par Georgius Lederer 1738 [église St Martin de Lemerdingen]
3 par Stefan Dorfmaister 1777, Autriche [cathédrale St Martin d' Eisenstadt]
4 par Franz Anton Maulbertsch 1791, Hongrie [cathédrale de Szombathely].
Aussi en couverture d'un livre polonais.
|
Brice succéda à martin. Né dans une riche famille tourangelle, il avait été longtemps disciple de Martin à Marmoutier, mais s'était souvent opposé à lui "à cause de son caractère vaniteux et difficile". On l'accusa d'ailleurs d'élever des chevaux et d'acheter des esclaves, dont de jolies filles. Martin disait de lui : "Si le Christ a supporté Judas, je peux bien supporter Brice !". Plus tard, celui-ci s'amenda, si bien que Martin, épuisé et malade, recommanda aux clercs et au peuple de Tours de le choisir comme son successeur. Quelque temps après son élection, Brice fut accusé d'hérésie par Lazare, futur évêque d'Arles [en fait
Lazare, évêque d'Aix de 408 à 411], et dut se rendre à Turin, vers 401, pour se justifier devant un concile.". C'est la première affaire dont on reparlera. Une page du site "Historivegauche" raconte la vie de celui qui, nommé évêque à vingt ans environ, "en dépit d’une réputation pour le moins sulfureuse et d’un épiscopat constamment sujet à diverses difficultés, étonnamment, laisse le souvenir d’un saint".
Olivier Guillot a des doutes. Il signale que Brice est élu seulement trois semaines après le décès de Martin, comme s'il y avait eu un coup de force. "Il y a eu une certaine exaspération éprouvée à l'encontre du type d'évêque qu'avait été Martin, et, par contre-coup, puisque Brice avait été à Tours son adversaire notoire, une faveur manifestée coûte que coûte envers lui", ce qui explique à la fois l'élection et les soutiens cléricaux dont bénéficia Brice ensuite. De plus, Brice a été élu très jeune, une vingtaine d'années, et c'est aussi étonnant...
Lidoire, Martin et Brice, les trois premiers évêques de Tours.
A gauche Lidoire, au centre (au-dessus de l'inscription "Non recuso laborem") Martin mourrant désignant son successeur Brice, à droite une vue d'ensemble de l'"autel et tabernacle dit maître-autel" en marbre, daté de 1901, offert par Lucien Agenet, curé de la paroisse. Les thèmes présentés et les matériaux utilisés amènent à s'interroger sur la concordance entre cette oeuvre et la basilique de Laloux en cours de finition en 1901. + portrait de Gatien le pré-évêque désigné par Grégoire de Tours.
+ carte postale du début du XXème siècle [église Saint Martin d' Auzouer en Touraine, lien inventaire patrimoine région Centre, photo Th. Cantalupo]
|
Le bébé par qui le scandale arrive : la mère est une nonne, le père est-il l'évêque ?
A gauche, Brice au temps où il était disciple de Martin [ Jeanne de Montbaston, légendier vers 1330, BnF].
Au centre gauche, Brice est ordonné évêque [cathédrale de Bourges 1214, Verrière 2018].
Au centre droit, Brice tente de répondre à l'accusation publique [ Jean le Tavernier, "Legenda aurea", XIVème siècle, Flandres, lien].
A droite, une huile sur toile de Jean-Daniel Heimlich, 1773, montre Brice face au soupçon de paternité [église Saint Médard de Boersch en Alsace, Wikipédia].
+ photo avec cadre [Wikipédia].
|
Brice, le sulfureux successeur de Martin, se bonifie en vieillissant [illustrations anonymes, sauf à droite Eliane Mendiburu (lien), à Veigné, en Touraine ; statue à Schöppingen, Allemagne (lien)].
+ fresque de la collégiale Saint Ours de Loches (lien + page dédiée)
+ vitrail vers 1600 de la cathédrale de Norwich en Angleterre, en provenance de Rouen [flickr jmc4].
+ Brice évêque dans un tableau de l'église St Brice de Saint Brice sous Forêt en Ile de France [ Semur 2015].
|
Florent d'Anjou et le Milanais
Maurille d'Angers. Tous deux sont venus de loin attirés par la renommée de l'ermite de Marmoutier, tous deux ont été accueillis avec attention, leur maître les a ordonnés, tous deux sont partis en Anjou évangéliser la population, l'un autour de
Saint Florent le Vieil et Saint Florent le Jeune (devenu
Saint Hilaire Saint Florent), l'autre autour d'Angers, tous deux ont accompli de nombreux miracles et sont porteurs de légendes assez fantaisistes. Le premier est un ancien soldat de l'armée romaine ayant du mal à vivre sa chrétienté, avec son frère
Florian de Lorch tué pour cette raison. Le second, d'une riche famille aristocrate milanaise, avait rencontré Martin à Milan quand il luttait contre les Ariens. Pris comme lecteur par Ambroise, évêque de sa ville, il rejoint Martin encore jeune et deviendra le quatrième évêque d'Angers, de 423 à 453. Tous deux témoignent du pouvoir d'attraction de Martin de son vivant, avant même l'intervention de Sulpice Sévère. Le cas de Maurille, trait d'union entre Ambroise et Martin, est révélateur de la circulation des idées et informations à cette époque. Cette
documentation cite aussi, en Anjou, Vérérin à
Gennes (église), Maxenceul à
Cunault (église), Doucelin à
Allonnes (église), Macaire au
pays des Mauges (église).
Florent et Maurille. A gauche, Martin reçoit Florent et l'ordonne [tapisserie de 1524, église Saint Pierre de Saumur] + miniature du sacramentaire de la basilique Saint-Martin où Martin ordonne Florent [vers 1180, BmT, lien]
+ deux vitraux de Florent dans l'église de St Hilaire - St Florent [ Semur 2015] :
1 en chasseur un serpent
2 en évangélisateur
+ fresque de la Tour Charlemagne à Tours (P.-S.).
A droite, le sacre de Maurille par Martin [église Saint Martin de Beaupréau, lien avec 3 autres vitraux]
+ statue de Maurille à Brain sur Allonnes [ Semur 2015]
+ quatre vues de peintures murales provenant d'une découverte exceptionnelle en 1980 dans la cathédrale St Maurice d'Angers, formant un cycle de la vie de Maurille [3ème quart du XIIIème siècle, lien] :
1
2
3
4
+ vue d'ensemble (non accessible au public).
.
|
Héros évêque d'Arles et
Lazare évêque d'Aix en Provence. Sans doute tous les deux Tourangeaux, formés par Martin au monastère de Marmoutier, tous deux sont nommés évêques en 407 par l'empereur de Gaule
Constantin III. Le règne de celui-ci se termine tragiquement en 411 et les deux évêques sont contestés par l'empereur Romain
Honorius. Chassés d'Arles et d'Aix, dont ils sont les premiers évêques connus, Héros et Lazare partent en Palestine où ils restent une quinzaine d'années avant de revenir vers 416 en Provence pour Héros, dont on perd la trace, et à Marseille pour Lazare, avec le moine
Jean Cassien qui fondera l'
abbaye saint Victor de Marseille. Dans une crypte de cette abbaye, il existait une stèle avec pour
épitaphe : "Ci gît le pape Lazarus de bonne mémoire qui a vécu dans la crainte de Dieu plus ou moins 70 ans et s'est endormi dans la paix". Il serait décédé le 31 août 441 et ses reliques seraient partagées entre la
cathédrale Saint-Lazare d'Autun en Bourgogne, la
cathédrale Sainte-Marie-Majeure de Marseille et dans la crypte de l'ancienne
abbaye Sainte-Richarde d'Andlau en Alsace. Il y a trop souvent confusion avec le
Lazare des évangiles
Lazare d'Aix : sculpture sur un chapiteau de la chapelle Saint Lazare, dans l'église basse de l'abbaye Saint Victor de Marseille, son épitaphe restituée par Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, en une copie du XVIIème siècle et vitrail dans le bas-côté de l'église Saint Pierre et Saint Paul d'Andlau (photos Yves Boto Campanella, lien). A droite Victrice de Rouen [fresque dans l'église Saint Gervais de Rouen, Wikipédia]
+ vitrail de Victrice dans la basilique Notre-Dame de Bonsecours
+ case d'une BD sur Rouen où apparaît Victrice se réjouissant d'accueillir des reliques des saints Gervais et Protais..
|
article de 1935 traitant des "dissensions des églises de Gaule à la fin du IVème siècle, Jean-Rémy Palenque consacre un chapitre (le 4ème) à "L'affaire de Brice de Tours, traitée par le concile de Turin en septembre 398". Le pape
Zosime en fait mention dans une lettre : "Lazare s'est
montré, en de nombreux conciles, accusateur diabolique de notre saint confrère Brice, évêque de Tours ; il fut débouté comme calomniateur par
Procule de Marseille, qui siégeait au concile de Turin. Et le même Procule le fit évêque de longues années après". Et dans une autre lettre à tout l'épiscopat d'Occident : "Lazare avait été naguère condamné comme calomniateur au concile de Turin par le jugement des évêques les plus respectables, pour avoir attaqué par de fausses accusations les moeurs de Brice, qui était innocent ; par la suite, Procule, qui avait siégé au
milieu des autres dans le concile de sa condamnation, eut le tort de lui conférer l'épiscopat." Ainsi, dès le tout début de son épiscopat, Brice était l'objet d'attaques soutenues et bénéficiait déjà du soutien papal. Et l'auteur rappelle que : "C'est du vivant même de saint Martin que Brice fut publiquement l'objet d'accusations d'immoralité". C'était aussi sur fond de l'affaire priscillienne, puisque Brice est qualifié de "Félicien, accusé de mauvaises moeurs par les martiniens. Le « bon parti », au dire de Sulpice-Sévère, était tracassé de mille manières ; mais de son côté il ripostait avec âpreté, et son intransigeance rendait difficile le rétablissement de la communion dans l'épiscopat gaulois.". Ainsi, alors que Martin était opposé à la mise à mort de Priscillien, Brice était dans le camp adverse des Féliciens (du nom de l'évêque de Trêves Félix soutenu par Ithace et les anti-Priscillien)...
Victrice, né vers 330, était un ami de Martin et de Paulin de Nole. De 390 environ à sa mort entre 405 et 417, il fut évêque de Rouen et y éleva la première cathédrale en 396. On connaît une longue lettre élogieuse que Paulin de Nole lui envoya (lien). Extrait : "Ta sainteté méritoire a donné à Rouen l'entière apparence de Jérusalem, comme elle en a la réputation en Orient, y compris avec la présence des apôtres, qui comparent ta ville, qu'ils ignoraient auparavant, à leur propre demeure".
Corentin de Quimper,
Mexme de Chinon (voir
ci-après),
Victeur du Mans (ou Victor), Romain de Blaye,
un peu plus tard Yrieix (
Arède d'Atane), évangélisateur du Limousin, très inspiré par Martin , qui vint plusieurs fois se ressourcer sur son tombeau.
Il semble toutefois exagéré de dire, comme Albert Lecoy de la Marche, que Marmoutier fut "la grande pépinière de l'épiscopat". Son rôle n'en resterait pas moins important, au-delà-même de la mort de Martin, comme on a commencé à le voir avec ses disciples en Gaule. Nous verrons en
fin du chapitre suivant qu'il eut aussi des disciples hors de Gaule.
La collégiale de Saint Yrieix la Perche, à gauche, a longtemps été rattachée à l'abbaye de Marmoutier. Une de ses baies, à droite, réunit Yrieix et Martin [atelier Louis-Victor Gesta de Toulouse, fin XXème siècle, lien].
|
Tombe d'enfant trouvée dans une nécropole située "à proximité immédiate, entre quelques mètres et quelques dizaines de mètres, du lieu où l'évêque Martin fut inhumé en 397." [ Ta&m 2007], avant que son corps soit déplacé dans la basilique d'Armence. + la page 97 du même livre présentant un atelier de mosaïstes ayant travaillé pour la basilique de Perpet, avec fragment de mosaïque ci-dessus à droite.
|
A gauche texte de François Coulaud, dessin d'Alain Duchêne + les deux planches : 1
2 ["Tours Information mai 1986], sachant , comme déjà dit,
que Tours ne s'appelait plus Caesarodunum
A droite, la "basilica" d'Armence vue par le dessinateur Lorenzo d'Esme [ Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996]. Malgré la clarté de la démonstration de Luce Pietri, rares sont ceux qui attribuent la première basilique Saint Martin à Armence /Armentius. Saluons donc ces propos de Michel Maupoix, en son Maupoix 2018. Olivier Guillot, en son "Saint Martin apôtre des pauvres" (2008) valide aussi l'analyse de Luce Pietri, qu'il juge "remarquable". Il va plus loin : "Nous avouons que nous sommes portés à douter qu'au terme des sept ans de son séjour à Rome, le pape ait préscrit à Brice de revenir à Tours après avoir déclaré son "innocence". Aussi : "Il faut croire que des évêques de la province ont accepté d'ordonner successivement les deux évêques élus pour remplacer celui qui avait été chassé", c'était l'époque où le prestige de Martin prenait vigueur dans l'épiscopat. Et Brice n'a pu revenir que parce qu'il s'est incliné, lui aussi, devant la mémoire de Martin.
|
Entre les basiliques d'Armence et de Perpet, un bâtiment provisoire ? Sur le CD associé à l'ouvrage Ta&m 2007 se trouve une vidéo (restitution Thierry Morin) présentant "un bâtiment en bois ordinaire ou un abri pour le corps de Martin ?", avec le schéma de gauche et cette autre illustration. Un texte de Henri Galinié explique comment "il devient possible de proposer que l'édifice servit à exposer momentanément le tombeau ou le corps de saint Martin pour que les fidèles puissent continuer à venir le vénérerque ni la basilique de Brice, démantelée, ni celle de Perpet en voie d'achèvement, n'étaient accessibles.".
A droite, une reconstitution parue dans Cossu-Delaunay 2020 avec une explication titrée "Interprêter une donnée archéologique".
On verra plus loin qu'il existera, quatorze siècles plus tard, vers 1870, une "chapelle provisoire" entre les basiliques d'Hervé et de Laloux.
|
article de René Aigrain et L. Ricaud sur la villa de Primuliac de Sulpice], où, depuis sa conversion à l'ascétisme en 394/395, fait retraite
Sulpice Sévère, rejoint par des Martiniens fervents qui, pour la plupart, viennent de Tours"". Puis, alors que l'inauguration de cette chapelle est habituellement datée de 437 : "La dernière étape de l'évolution que j'ai tentée de retracer nous ramène à Tours. Le long silence qui enveloppait la mémoire de Martin dans son Eglise est pour la première fois rompu une quarantaine d'années après sa mort. A une date que l'on peut situer entre 430 et 435/436, un modeste sacellum est édifié sur sa tombe, soit par le second des évêques élus par les Tourangeaux après qu'ils ont chassé Brice, soit par ce dernier, à son retour d'exil.". Ce second évêque intérimaire est Armence qui exerça de 430 à 436, le premier, Justinien, n'ayant exercé que brièvement et Brice n'étant de retour qu'en 436, donc après la période 430 - 435/436.
Collectif 2019, Gaëlle Herbert de la Portbarré-Viard n'est pas vraiment d'accord avec cette analyse considérant qu'une "cellula" est une "médiocre construction". Elle s'appuie sur les écrits de Grégoire de Tours pour constater qu'il nomme l'édifice d'Armence (encore attribué à Brice) à la fois "basilica" et "cellula", donnant à ce dernier mot le sens de "petit édifice. Le toit en bois, "construit en un élégant ouvrage", était assez beau et solide pour être réutilisé dans l'église Saint Pierre Saint Paul. Rien ne dit que l'édifice était entièrement en bois. Il ne l'était probablement pas car une analyse serrée d'un texte de Sidoine Apollinaire permet de comprendre que la basilique de Perpet a été bâtie en "repoussant" les murs de la basilique d'Armence, qui aurait donc, de cette manière, perduré en partie. Et elle était assez solide pour servir de point de départ à un édifice monumental.
428-507 : le temps des invasions barbares en Touraine. En prenant en compte la datation de l'épiscopat d'Armence entre 430 et 437 et celui de Brice en deux séquences, de 497 à 430 et de 437 à 442, les Wisigoths arrivent en 428 sous la première séquence Brice (repoussés, ils reviendront vers 469), les Alains en 438 sous la seconde séquence Brice, les Bretons en 446 sous Eustoche [ Couillard - Tanter 1986 ci-dessous].
Sanctus Bricius en un endroit indéterminé et dans l'actuelle basilique
Deux vitraux de l'église Saint Laurent de Montlouis sur Loire, signés Lux Fournier (1904), avec la Loire en arrière-plan. A gauche "St Brice à son retour de Rome séjourne à Montlouis et quitte Montlouis pour rentrer à Tours sa ville épiscopale - An 437". A droite "St Perpet fonde l'église de Montlouis et y dépose les reliques de St Laurent - 464-494" (lien).
+ détail de chacun de ces deux vitraux :
1
2
+ dans la même église une sculpture du partage du manteau.
|
fin de chapitre précédent que Marmoutier joua un rôle de pépinière de nouveaux évangélisateurs de campagnes de Gaule au début du Vème siècle.
A la fin du Vème siècle et plus tard, d'autres évangélisateurs de terres païennes plus lointaines eurent Martin pour guide spirituel.
Gaudence de Novare, près de Milan, est un autre marqueur du lien de cette région avec Tours. Il a la particularité de flotter sur son manteau (
fresque de Luca Rossetti 1738), comme un lien avec Martin ?
Ninian, qui a pu connaître Martin, fonda la première église en Ecosse, à
Withorn vers 397. Elle était appelée
Candida Casa et quelquefois aussi "Urbs sancti Martini".
Un demi-siècle plus tard,
Patrick (380 environ - 460), évangélisateur de l'Irlande, est probablement passé par Marmoutier.
Martin de Braga (515 environ - 579), natif de Pannonie comme Martin dont il prit le nom après un pélerinage à Tours, devint archevêque de
royaume suève, et y developpa le culte de celui qu'il vénérait.
Vers 570,
Berthe de Kent (539-612), fille du roi mérovingien
Caribert Ier devenue reine du
royaume de Kent fonda l'
église de Canterbury, première d'Angleterre, patronée par Martin.
Vers 740,
Boniface de Mayence évangélisa la
Frise (Pays-Bas), Thuringe, Hesse... Un de ses disciples fonda en 744 l'
abbaye de Fulda, si proche de celle de Tours.
Et il y eut les disciples des disciples, notamment un disciple de Boniface,
Adalbert de Prague (956-997), patron de la Bohême, de la Pologne et de la Prusse, qui avait fait un pélerinage à Tours et séjourné à Mayence.
A gauche, Patrick et le buisson sur un vitrail de l'église de Saint Patrice (cf. encadré ci-dessous) (liens : 1 2, autre lien où il est dit qu'il connaissait Maurille et Florent). A droite Martin et Patrick sont côte à côte aux pieds de Saint Grégoire (de Tours ? ou le pape ?) [ Clayton and Bell 1938, cathédrale de Truro, en Angleterre, flickr Rex Harris].
+ dans l'église de Saint Patrice, les vitraux voisins de Martin et Patrick [atelier Lobin].
+ texte de Bruno Judic, extrait de l'introduction du Catalogue 2016, montrant d'autres liens entre Irlande et Touraine (par exemple Columba de Terryglass de passage à Marmoutier vers 550, vitrail, lien).
Terminons par cette page d'un site irlandais sur Martin, présentant un vitrail de Harry Clarke (début XXème siècle, église de Castletownshend en Irlande).
Côte à côte dans l'église d'Orton, dans le Devon en Angleterre, l'Ecossais Ninian et Martin. Vitraux 1959 de Stanley Murray Scott (lien).
Au centre, Berthe de Kent, statue de Stephen Melton 2004 dans un jardin de Canterbury.
Au centre droit, Martin de Braga, statue à Braga, au Portugal.
A droite, statue de Boniface, apôtre des Germains, devant la cathédrale Saint Martin de Mayence (lien)
+ miniature d'un sacramentaire du XIème siècle de l' abbaye de Fulda présentant Boniface baptisant un païen puis mourant en martyr.
Deux cases de Albo Helm dans BD Utrecht 2016
+ la planche. C'est sous le patronage de Martin que Willibrord (658-739) évangélisa la Frise, récemment acquise par les Francs Mérovingiens, à partir de Trajectum / Utrecht. Martin est omniprése
nt dans Utrecht, comme le montrent trois autres planches :
1
2
3.
|
Benoît de Nursie (480-547) a fondé le
monastère du Mont Cassin et l'
ordre des Bénedictins, régi par la
règle bénédictine. Il l'a fait en s'appuyant sur le patronage de Martin, comme expliqué en ce court
article illustré de Bruno Judic dans le
Fasc. NR 2012. Cet article présente un autre disciple italien de Martin,
Cassiodore (485-580), fondateur du
monastère de Vivarium.
Lecoy 1881] : "Plus fameuse encore était l'
abbaye Saint Martin de la Bataille, non loin d'Hastings.
Guillaume le conquérant, en abordant les rivages bretons, avait fait voeu de fonder un monastère s'il remportait la victoire. Aussitôt après la mémorable journée où périt son adversaire, et sur les lieux mêmes, il accomplit sa promesse. Un religieux de Marmoutier, qui l'accompagnait, lui conseilla de placer son établissement sous le patronage de l'illustre père du monachisme gaulois ; ce qu'il fit avec empressement. Marmoutier fournit aussi à la nouvelle maison ses premiers habitants et contribua par là, comme par les nombreux prieurés qui lui échurent dans la Grande-Bretagne, à faire vénérer sur cette terre le nom de son fondateur". La
bataille d'Hastings se déroulait en 1066, Guillaume le conquérant était un descendant des Normands qui pillèrent Marmoutier au IXème siècle... Il y fit construire le dortoir et son épouse
Mathilde de Flandre offrit le réfectoire.
L'abbaye Saint Martin de la Bataille. A gauche, scène de la bataille d'Hastings sur la tapisserie de Bayeux.
Au centre, une restitution à l'époque romane (lien).
A droite, l'actuelle entrée de l'abbaye.
+ deux autres restitutions à l'époque gothique :
1
2
+ gravure [ Lecoy 1881]
+ photo de l'abbaye et du champ de bataille vus du ciel.
|
bagaudes de Tibatto) et 441 (arrivée voisine des Alains), lors des dernières années d'épiscopat de Brice, après le décès d'Armence. Extraits des pages 98 et 99 de la thèse de Luce Pietri en 1980 : "Il est possible que durant ces deux années [435-437] la cité de Tours ait eu à souffrir des pillages et des violences commises dans les campagnes par Tibatto [cf. chapitre Tibatto en page voisine]. Plus certainement cruelle aux habitants de l'urbs turonica fut la présence des mercenaires barbares que l'autorité romaine déléguait à leur protection et qui se conduisaient comme une armée d'occupation en pays conquis. Le souvenir des méfaits que commirent à leur passage les cavaliers Huns de
Litorius était encore très vivace lorsque l'évêque Perpetuus rédigea sa Charta de Martini miraculis. L'ouvrage, où le prélat avait consigné quelques-uns des miracles accomplis par Martin depuis son tombeau durant la période qui précéda son épiscopat et pendant les premières années de celui-ci, est malheureusement perdu. Mais la substance en est passée dans l'oeuvre de
Paulin de Périgueux que l'évêque tourangeau avait chargé d'habiller en vers sa relation et qui, à partir de ce témoignage, composa le sixième livre de son poème De vita sancti Martini episcopi. Deux épisodes s'y rapportent, sans le moindre doute, à la présence des mercenaires Huns dans la ville de Tours. Le poète a d'ailleurs pris soin, pour introduire ces récits, de les situer dans leur contexte historique :
"La peur soudaine d'un péril avait jeté la Gaule dans un péril plus grave : elle avait appelé les Huns à son aide, et ces auxiliaires lui étaient à charge. Le moyen en effet de supporter sans peine un allié qui se montre plus cruel que l'ennemi, et qui méconnaît, dans sa férocité, les traités convenus."
"Léon le Grand, Défier Attila", texte France Richemond, dessin Stefano Carloni; Glénat-Cerf 2019 + couverture + deux planches : 1 2.
Eglise contre Huns, le pape Léon Ier (390-461) contre le roi Attila (395-453) [dessin du XIXème siècle]
+ La même scène sur un vitrail" de l'église St Maurice de Bécon à Courbevoie en Ile de France [site Nhuan Doduc].
+ la même scène en une fresque monumentale du palais du Vatican, conçue par Raphaël et réalisée avec son disciple Giulio Romano [Wikipédia].
|
439 : les mercenaires Huns battus par les Wisigoths. 13 ans avant la mort d'Attila, 42 ans après celle de Martin, des mercenaires Huns de Litorius auraient semé la terreur dans la basilique d'Armence [dessin Mike Ratera, cf. ci-dessous]. Terrifié à leur approche, le roi Wisigoth Théodoric Ier demanda à l'évêque de Toulouse de négocier la paix. Trop confiant, Litorius donna imprudemment l'assaut sur Toulouse. Battu, blessé, fait prisonnier, ce lieutenant du général romain Aetius, futur vainqueur d'Attila (les mercenaires étant devenus ennemis), fut exécuté. A droite, vitrail de l'actuelle basilique montrant le soldat Hun frappé de cécité (par la main de Martin) pour la couronne volée qu'il a en main [Lobin, Verrière 2018].
451 : Attila et les bagaudes. Une dizaine d'années après leurs méfaits à Tours en tant que mercenaires des Romains, les Huns commandés par Attila ont tenté d'envahir la Gaule. Pour cela, Attila a cherché à s'allier les bagaudes, par l'intermédiaire d'un genre d'ambassadeur, médecin grec, nommé Eudoxe, connaissant bien les contrées bagaudées. Mais les ruraux révoltés contre l'oppression romaine craignaient davantage encore les Huns. De plus, la christianisation des campagnes entamée par Martin commençait à les rapprocher des citadins. Ce fut un échec, comme le montre la série BD "Le chant des Elfes" publié de 2008 à 2010 par Soleil Productions en trois volumes, sur scénario de Bruno Falba et dessin de Mike Ratera. Elle décrit la préparation de la bataille des Champs Catalauniques et la bataille elle-même (en 451), avec la présence d'elfes, de dragons et de monstres pour magnifier les combats, sur une solide trame historique. + deux planches sur la discussion houleuse entre Attila et Eudoxe (tome1) : 1 2 + une planche sur la mort d'Eudoxe, lynché par les siens (avant la bataille, tome 2) + des planches de la bataille (intro du tome 1) : 1 2
>>>En page voisine, on pourra lire le chapitre titré "449-451 Les Huns et la confiance trahie d'Attila en Eudoxe et les bagaudes".
451, harangués par la jeune Geneviève, les Parisiens ne cèdent pas aux Huns. A gauche image anonyme vers 1890, à droite gravure LTh&m 1855.
Après que quelques Huns soient passés par Tours, Attila, les Huns et leurs alliés voulurent piller Paris en 451. Une fervente chrétienne, Geneviève Severus, mobilisa les Parisiens contre eux. Le récit en est présenté sur cette page. Il se termine ainsi : "Paris reconnaissant plaça le cercueil de sainte Geneviève à côté de celui de Clovis, dans la basilique de Saint Pierre et Saint Paul, et choisit pour patronne dans le ciel celle qui deux fois l'avait gardé de la colère des barbares". Dans sa ville, Geneviève, qui est venu plusieurs fois à Tours, a dédié un baptistère à saint Martin.
Geneviève à Tours. A gauche, un miracle de Geneviève dans la basilique de Tours [atelier Lobin vers 1900], raconté par Bruno Judic dans le Collectif 2019 :
"Arrivée à Tours, Geneviève se rend dans la basilique de saint Martin, qu’il faut supposer toute neuve. Elle y guérit des possédés et surtout, de manière spectaculaire, l’un des chantres, pris d’une crise de folie, en pleine célébration des vigiles de saint Martin. Geneviève se trouvait donc à Tours soit pour le 4 juillet, soit pour le 11 novembre". Geneviève, décédée en 500 à 80 ans, fit plusieurs pélerinages à Tours.
A droite, "Le travail des Huns (les Allemands)"montre que quinze siècles après leur passage, les Huns gardent une terrible réputation...
+ sept pages Nhuan DoDuc de vitraux sur Geneviève :
1
2
3
4
5
6
7
(sachant qu'il est probable que l'aristocrate Geneviève n'a jamais gardé les moutons...).
+ vitrail de l'église Sainte Monégonde d' Orphin dans les Yvelines [Charles Lorin, de Chartres, lien].
451, guidés par leur évêque Aignan, les Orléanais repoussent les Huns, peu après le soulagement des Parisiens et peu avant la bataille des Champs Catalauniques. Aignan avait été proclamé évêque à Tours, devant le tombeau de Saint Martin, comme le montre, à gauche, un vitrail de l'église Saint Aignan de Chartres, réalisé par l'atelier Lorin 1893.
+ vitrail voisin présentant l'entrée triomphale d'Aignan dans Orléans [photos flickr Paco Barranco].
Au centre et à droite, dessin de Julien Fournier 1883, préparatoire à un vitrail, montrant Aignan encourageant les soldats assiégés à repousser les Huns, en une scène qui se reproduira plus tard avec les Tourangeaux et les Vikings [ Geneste 2018].
+ La même scène sur une fresque de l'Italien Giuseppe Cesari (1568-1640).
|
virtus qui peut encore faire des miracles par des reliques, que ce soient un morceau de son cadavre, un tissu de chape, de la poussière du tombeau, une sainte-ampoule... Et en plus, surtout, il faut y croire très fort...
Paulin de Périgueux, porte-parole de Perpet. Présentation en préface de E.-F. Corpet, 1848, de celui à qui Perpet fit appel pour écrire les louanges de Martin :
"Il paraît, d'après son propre témoignage, qu'il était Gaulois, et l'on suppose qu'il était fils d'un célèbre rhéteur de Périgueux, nommé Paulin, dont Sidoine Apollinaire rappelle la mémoire avec éloge. On pourrait croire qu'il avait, dans sa jeunesse, sacrifié aux muses profanes ; mais, comme beaucoup d'autres écrivains de cette époque, il se convertit dans un âge plus avancé. Ce fut alors, vers 463, qu'il entreprit de mettre en vers la Vie de saint Martin et les Dialogues de Sulpice Sévère. Pendant qu'il s'occupait de ce travail, Perpetuus, évêque de Tours, qui l'encourageait dans ses efforts, et lui avait peut-être conseillé cette pieuse entreprise, lui envoya, pour compléter son poème, une relation, signée de sa main, des miracles qui s'étaient accomplis sous ses yeux par l'influence toute-puissante encore du nom et des reliques de saint Martin. Sur ces entrefaites, le petit-fils de Paulin et une jeune fille qu'il était sur le point d'épouser tombèrent dangereusement malades. On leur appliqua sur l'estomac le précieux cahier signé de la main de Perpetuus, et ils furent sauvés. Cette guérison miraculeuse ranima la verve de l'aïeul, qui termina son grand poème, et raconta séparément dans une pièce de quatre-vingts vers le prodige opéré en faveur de son petit-fils. Quelques années plus tard, vers 470, Paulin écrivit encore, à la prière de Perpetuus, une inscription de vingt-cinq vers, que cet évêque fit graver sur les murs d'une église magnifique dédiée à saint Martin. Comme Paulin se plaignait déjà des infirmités de la vieillesse au moment de la guérison de son petit-fils, on suppose qu'il mourut quelque temps après avoir composé cette inscription, c'est-à-dire vers 476 ou 478."
Paulin de Périgueux. Ses écrits sont sur le site remacle.
Livres d'histoire illustrés souvent repris sur la présente page. Au XIXème siècle, à 10 ans d'intervalle, deux magnifiques livres ont été publiés sur la Touraine, traitant de son histoire avec de nombreuses illustrations gravées inédites, dont quelques-unes en couleurs. Leurs grandiloquents frontispices sont repris dans les deux illustrations de gauche.
Le premier ouvrage, codé LTa&m 1845 est titré "La Touraine ancienne et moderne" publié en 1845 par L. Mercier, rédigé par Stanislas Bellanger (1814-1859), 614 pages, comptant de nombreuses gravures, souvent de Lacoste Aîné. Le format est standard.
+ couvertures
+ double page de présentation
+ quelques autres pages.
Lecoy 1881.
Ajoutons
Oury - Pons 1977, "La Touraine au fil des siècles - La ville de Tours", 240 pages, éditions C.L.D., par Guy-Marie Oury, illustrations de Georges Pons ( couverture)
et Leveel 1994 "La Touraine disparue, aussi édité par C.L.D., par Pierre Leveel ( couverture avec le château de Véretz et extraits, 62 pages sur 320).
Historiens de Tours et de la Touraine. Chacun d'eux est cité à de multiples reprises sur cette page : Jean-Jacques Bourassé (1813-1872) (LTh&m 1855),
Eugène Giraudet (1827-1887) ("Histoire de la ville de Tours", 1873),
Pierre Leveel (1914-2017) (Leveel 1994),
Bernard Chevalier (1923-2019) ("Tours ville royale 1356-1520", CLD 1983, "Histoire de Tours", Privat 1985),
Pierre Audin (1944-) ("Histoire de la Touraine", Gestes Editions 2016...).
|
Jérôme de Stridon (347-420) est un des quatre pères de l'église latine. Traducteur de la bible en latin, sous le nom de
vulgate, il a mis en place des critères intellectuels communs aux évêques de Gaule et d'ailleurs.
Paule / Paula (347-404), très riche aristocrate née à Rome, patricienne, ardemment convertie au christianisme, subjuguée par Jérôme, donc baignant dans cette effervescence, le suit pour s'installer à Bethléem vers 385, avec sa fille
Eustochie / Eustochium (368-419). Elles fondent la communauté de moniales de l'
ordre de Saint-Jérôme.
Eustoche, petit-fils de Paule et neveu d'Eustochie, devient évêque de Tours en 442. Par sa famille et son éducation, il dispose, ainsi que son neveu et successeur Perpet, d'une culture chrétienne consistante, d'un réseau de connaissance étendu et aussi de solides moyens financiers. +
article de Marie Turcan "Saint Jérôme et les femmes" (1968).
Collectif 2019, estime que : "Il serait sans doute possible de parler d'une "avant-garde" de l'Eglise au tournant des IVème et Vème siècles, qui a insufflé au christianisme les moyens de dépasser les évidentes compromissions avec un empire devenu chrétien et donc une Eglise devenue instance "administrative et routinière".
Paule et Eustochie disciples de Jérôme de Stridon. A gauche, mosaïque réalisée à partir d'une page de la première bible de Charles le Chauve, réalisée par le scriptorium de l'abbaye Saint Martin de Tours en 846. Cette miniature est une planche en trois cases :
1) Jérôme quitte Rome puis il paye son professeur
2) il enseigne à Paule, Eustochie et autres
3) il distribue sa bible.
Au centre, mosaïque de la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome.
A droite tableau de Francisco de Zurbaran (1598-1664).
+ oeuvres de Jérôme sur le site remacle
+ remarques sur une lettre de Jérôme à Eustochie, âgée de 16 à 18 ans, qui fit scandale à Rome pour l'inviter à rester vierge
+ peinture sur bois de Sano di Pietro, 1444, montrant Jérôme apparaissant en songe à Sulpice Sévère.
+ deux vitraux de Paule [site de Nhuan DoDuc] :
1 [cathédrale de Sens]
2 [ cathédrale St Nicolas de Dalat au Viet-Nam].
+ page Nhuan DoDuc de vitraux sur Jérôme, souvent représenté avec une bible
+ étude sur la vie de Paule.
Paule et ses descendants évêques jusqu'à Grégoire de Tours. A gauche, l'abbesse Eustochie, fille de Paule et tante d'Eustoche, le cinquième évêque de Tours [tableau de Juan de Valdés Leal, Bowes Museum].
Puis Martin et Jérôme côte à côte sur le portail oriental de la cathédrale de Chartres [ Lorincz 2001] (sur le tympan, Martin partage son manteau, zoom arrière, lien)
+ gros-plan sur le visage de Martin [flickr joan yakkey].
La page Wikipédia anglaise désigne Eustoche comme oncle de Perpet, alors que la page française le désigne (en 2020) comme son grand-père. Chronologiquement, la première hypothèse est plus vraisemblable.
Sont présents sur les arbres généalogiques : Paule (1), sa fille Eustochie (2), son petit-fils Eustoche (3), et son arrière petit-fils Perpet (4). Celui-ci a un oncle Ommace / Ommatius (5) dont un petit-fils de même nom Ommatius / Ommat / Ommace est devenu le 12ème évêque de Tours de 522 à 526 (6) et dont une petite-fille Ruricia a épousé l'évêque Rustique de Lyon (7) (proche ami de Sidoine Apollinaire), lequel a eu deux fils devenus évêques de Lyon, Leontius (8) et Sacerdoce (9) et un neveu (aussi neveu d'Ommace 5) Rurice II évêque de Limoges (10) ayant pour grands-parents Avitus empereur romain d'Occident et saint Rurice évêque de Limoges. La descendance de Rustique de Lyon (7) montre qu'il a trois petits-fils évêques, Aurélien à Arles, Nizier à Lyon, Maurillon à Cahors, un arrière petit-fils (plutôt un de ses cousins proches) Eufronius / Euphrone évêque de Tours et un arrière-arrière petit-fils qui est le fameux historien Grégoire, évêque de Tours.
|
Mélanie l'ancienne (341-410) et sa petite-fille
Mélanie la jeune (383-439). Comme Jérôme, Paule et Eustochie, elles s'installent à Jérusalem, tout en restant en lien épistolaire avec Rome. Toutes deux ont créé un monastère à Jérusalem. Mélanie l'ancienne rencontra Jérôme, mais il y eut mésentente. Avant de partir en Palestine, Mélanie la jeune, qui était richissime, a vendu, avec son mari Pinien, tous ses biens en Italie et en Gaule et affranchi 8000 esclaves en leur laissant une petite somme d'argent. "En agissant ainsi, les deux héritiers d’une des plus grandes fortunes romaines ébranlaient dangereusement des piliers sur lesquels reposait la société : la puissance du sénat, dont les biens de Mélanie et son époux était le signe, et les esclaves, dont l’affranchissement était permis mais limité. Ils ne purent ainsi se délester de leur immense patrimoine sans l’aide de l’impératrice chrétienne
Serena, qui intercéda en leur faveur contre les sénateurs" (lien). +
article d'Emmanuel Amand de Mendieta, en 1963, sur "La vie de sainte Mélanie" par Denys Gorce.
Les arbres généalogiques ci-dessous montrent l'existence de liens familiaux entre Eustoche (et donc Paule, Eustochie, Perpet), Paulin de Nole et Mélanie la jeune. Géographiquement, cela se traduit par des liens entre Tours, Rome et Jérusalem, les trois villes qui allaient devenir au VIème siècle les principaux lieux de pèlerinage de la chrétienté.
Voir aussi,
ci-après, le financement de la basilique de Perpet.
Mélanie l'Ancienne et Mélanie la Jeune. A gauche l'Ancienne [ catacombe de Priscille] puis la Jeune. Le prénom Mélanie a pour dérivés Mélaine, Mélina, Melinda, Mélusine, Molly...
+ deux vitraux (site de Nhuan DoDuc) présentant Mélanie la Jeune :
1 [église St Pierre de Charenton le Pont en Ile de France]
2 [église St Nicolas St Martin de Valmont en Normandie].
La proximité familiale d'Eustoche (et son neveu Perpet) avec Mélanie la jeune et Paulin de Nole. L'arbre de gauche montre qu'Eustoche et Mélanie la jeune sont cousins issus de germains. L'arbre de droite montre que Mélanie l'ancienne, grand-mère de Mélanie la jeune, était cousine germaine avec Paulin de Nole. Les indications "SOSA" correspondent à des personnes ascendantes de nombreux généalogistes et au-delà... puisque les parents d'Eustoche sont des ascendants de Charlemagne ( arbre). Eustoche et Mélanie la jeune ne sont pas cousins pour autant, mais ils évoluent dans deux familles très proches. + arbre montrant que Paule (l'arrière grand-mère d'Eustoche) a une bru Laeta dont un cousin germain, Valérus, est le père de Mélanie la Jeune et le fils de Mélanie l'Ancienne ; c'est un autre rapprochement des familles d'Eustoche et Paulin de Nole. Cette proximité familiale entre Paule et les Mélanie est d'autant plus forte qu'elles se sont installées toutes les trois en Palestine, à Bethléem et à Jérusalem. Notons enfin que dans une étude de 1956 traitant de la "conversion d'une famille de l'aristocratie romaine du Bas-Empire", André Chastagnol propose un schéma généalogique estimant que Paule (n°22) et Mélanie la Jeune (n°16) sont cousins. Si le cousinage apparaît très plausible, il se présente probablement un peu différemment car une ou deux générations séparent Paule (née en 347) et Mélanie née en 383), or ce stemma les met au même niveau. En passant par Paule, il y a donc un second cousinage, plus lointain que le premier, entre Eustoche et Mélanie.
|
Collectif 2019, Bruno Judic fait part de découvertes archéologiques récentes qui tendent à prouver que le site Palazzo Pignano, un village à l'Est de Milan où se trouve une église Saint Martin, avait au Vème siècle une église déjà dédiée à Saint Martin. Or l'appellation Pignano amène à croire que c'était originellement le domaine de Pinien, le mari de Mélanie la jeune, "domaine dans lequel Pinien aurait fait aménager au début du Vème siècle une église sous le titre de Saint Martin, en tant que modèle de vie ascétique et monastique, la vie que finalement Pinien et Mélanie ont voulu vivre à la source même de leur foi, c'est à dire à Jérusalem". On sait d'ailleurs qu'ils avaient quitté Rome juste avant le sac de la ville par Alaric en août 410 pour se réfugier en Italie du nord", donc en leur domaine milanais. La venue d'Eustoche, familialement proche de Paulin de Nole, à Tours n'est donc pas un hasard, elle marque la volonté de vivre sur les lieux mêmes où avait vécu le saint vénéré par cette famille afin de l'honorer. Il apparaît probable qu'il ait connu l'église Saint Martin de Pinien et Mélanie la Jeune, à une époque où Martin, grâce à Sulpice Sévère et par la faute de Brice, était davantage célébré à Milan, Rome ou Jérusalem qu'à Tours.
Valentinien III. Luttant sans cesse contre le relâchement de la discipline ecclésiastique, Eustoche fit édifier dans le castrum une seconde église, au contact de l'enceinte, probablement entre la cathédrale et l'archevêché. Ce nouvel édifice fut dédié aux saints
Gervais et Protais, dont Martin avait, 50 ans auparavant, rapporté les reliques d'Italie sur la proposition de saint Ambroise. Cette église a disparu au cours du XVIIème siècle lorsque fut construit le nouvel archevêché. Mort en 461, Eustoche fut, comme son prédécesseur Brice, inhumé dans la basilique Saint Martin".
A gauche, le martyre de Gervais et Protais, l'un par flagellation, l'autre par décapitation [dessin pour vitrail de Noyant de Touraine, de Julien Fournier et Amand Clément 1875, Geneste 2016].
A droite, "L'Invention des reliques de saint Gervais et saint Protais" par Philippe de Champaigne vers 1659 [musée Beaux-Arts Lyon, Wikipédia]
+ tableau d' Eustache le Sueur 1655 [Musée des Beaux-Arts de Lyon].
+ quatre pages du site de Nhuan DoDuc présentant des vitraux de Gervais et Protais :
1
2
3
4.
|
Les conciles : une démocratie épiscopale ? Les évêques gaulois se sont réunis pour la première fois à Arles en 314. Qu'ils soient provinciaux, régionaux ou nationaux, les conciles se sont poursuivis durant toute l'époque troublée des invasions barbares. La liste non exhaustive est sur cette page de Wikipédia. Outre les affaires de l'Eglise, ces réunions traitaient en arrière plan des problèmes politiques du moment, apportaient une cohérence géographique à l'action épiscopale et permettaient de renforcer le réseau des évêques à travers la Gaule. A gauche le concile / synode de Séleucie (celui de 359 ou 410 ou 486 ?) [Semur en Brionnais, collégiale Saint Hilaire]. A droite, le concile de Marseille en 533 [église saint Trophime à Arles, peinture sur bois, fin XVIème siècle (lien)].
Les premiers évêques de Tours peints sur l'oratoire du musée des Beaux-Arts de Tours. Dans la tour de l'enceinte gauloise jouxtant le musées des Beaux-Arts, anciennement palais de l'Archevêché, à côté de la cathédrale [rappel : photo], un oratoire fut aménagé vers 1872, avec des voûtes peintes par
avant restauration ["La légende saint Martin au XIXème siècle" 1997] et après restauration [Livre Catalogue 2016]. A droite les fondations d'églises dans le diocèse de Tours du IVème eu VIème siècle ["La France avant la France", Belin 2010], montrant combien les successeurs de Martin ont poursuivi l'évangélisation de la Touraine.
|
Hilarion", il "défend énergiquement la notion d'une localisation géographique du sacré : Hilarion, de passage en Egypte, contemple avec enthousiasme le lieu de vie d'Antoine, qui fut son maître en ascétisme et qui vient de décéder ; le tombeau d'Hilarion lui-même devient un lieu saint" [Catherine Saliou, "de Pompée à Muhammad", Belin 2020, page 494]. Eustoche et Perpet, descendants de Paule, première des disciples de Jérôme, ont appliqué ce grand principe de leur maître pour faire de Tours un lieu saint. On peut même s'interroger sur le prénom prédestiné de Perpet : le futur bâtisseur de la prestigieuse basilique n'était-il pas destiné dès sa naissance à perpétrer la mémoire de Martin, selon le précepte de Jérôme ? De plus Jérôme est le premier à mettre en exergue les miracles post-mortem, ceux d'Hilarion, par les reliques et les onctions d'huile. Perpet s'en est inspiré... +
documentation sur le monastère de Saint Hilarion (avec son caveau) qui peut être mis en parallèle avec le monastère de Marmoutier (avec sa grotte du repos) [René Elter et Ayman Hassoune 2004].
à Angers par la consécration de l'évêque
Thalasius, pour tenir dans cette cité une réunion conciliaire. [...] En novembre 461, la célébration de la recepito Martini rassemblait
à Tours, auprès de Perpetuus, 9 évêques qui prirent part ensuite à une nouvelle session conciliaire. Bien que trois des prélats présents, Léon de Bourges, Germain de Rouen et Amandinus de Châlons fussent des étrangers à la province, il est bien difficile de dénier à cette réunion le caractère d'un concile provincial un peu élargi : il est probable que les métropolitains de Lyonnaise Seconde et d'Aquitaine Première ainsi que l'évêque suffragant de Belgique Seconde étaient venus pour assister à la fête célébrée en l'honneur de Martin et qu'ils furent conviés par courtoisie à siéger dans une assemblée à laquelle leur présence conférait plus de solennité. [...] le concile réuni quelques années plus tard [vers 465]
à Vannes, à l'occasion de la consécration de l'évêque de cette dernière cité,
Paternus, devait manifester avec éclat l'unanimité du corps épiscopal de la province.".
Agde en 506, la présence d'un "axe d'influence entre Tours et Arles" et le prestige de
Césaire, évêque d'Arles de 502 à 542, "le plus célèbre de son temps". Il conclut : "A peu près un siècle après le pontificat de saint Martin, le dessein de ce dernier d'être un évêque ayant en règle un vêtement et une vie de pauvre, qui, à l'époque, avait choqué gravement nombre d'évêques, est devenu, à l'expérience, par un retournement de cette opinion des évêques, un comportement désormais considéré comme digne d'être suivi par tout évêque. Il y a là une preuve spectaculaire du prestige moral dont saint Martin a été crédité dans le coeur des évêques des Gaules de la fin du Vème siècle". Olivier Guillot émet ensuite des doutes sur l'application générale de cette façon martinienne de mener la vie d'évêque, qui lui paraît éphémère et assurément abandonnée au VIIème siècle. Reste le prestige du saint que les Francs vont relancer à leur façon...
page Wikipédia, on pourra consulter la biographie en quatre pages du site orthodoxievco, sachant que quelques éléments sont contestables, notamment le testament de Perpet. Celui-ci, réédité à plusieurs reprises, est assurément un faux rédigé par un prêtre nommé Jérôme Vignier, né à Blois en 1606, décédé à Paris en 1661. C'est ce que montre Charles Lelong dans un
article de la
SAT en 1995. La référence sur la vie de Perpet, avec des bases historiques solides, semble être la thèse déjà citée
ci-avant de Luce Pietri en 1980 (pages 131 à 169).
Evolution de la ville de Tours 2/7 : Avec la nouvelle basilique de Perpet, Tours devient une capitale du tourisme pèlerin Tours devenu ainsi un lieu de pèlerinage, en quelque sorte le sanctuaire de Lourdes des Gaules ou le sanctuaire d'Esculape à Epidaure dans la Grêce ancienne transposée dans l'empire romain d'Occident... Si le miracle espéré ne se concrétisait pas à Tours, les pèlerins pouvaient aussi aller à Marmoutier ou à Candes, ou essayer, dans les environs, un autre saint moins connu ou plus spécialisé dans les maux à guérir... Bien sûr, à en croire les successeurs de Perpet, il y eut d'autres miracles posthumes de Martin. D'après Charles Lelong ["Vie et culte de Saint Martin", 1990], à en croire Nicolas Gervaise en 1699, "ce n'est que durant le second quart du XVIème siècle que les miracles devinrent plus rares et que ce lieu si vénérable à tout le monde perdit une partie de son éclat et de sa splendeur". Et il estime ["Vie et gloire posthume", 1996] que "c'est au VIème siècle et au début du VIIème que le culte atteignit son apogée, à moins que nous ne soyons abusés par l'abondance des informations."
|
Perpet / Perpetuus / Perpetue / Perpète a sa succession, si bien que celui-ci fut rapidement opérationnel pour donner un vigoureux essor au culte de Martin. Son épiscopat dura 31 ans, il a pu agir dans la durée. La construction d'une grande basilique était en soi insuffisante, il fallait une illumination supérieure : laisser croire que Martin serait encore opérationnel ! A son avènement en 459, Perpet savait que la basilica d'Armence n'était plus à la hauteur de ses ambitions, il en fallait une autre qui marque les esprits. Il en entreprit la construction, qui dura une dizaine d'années... Elle allait servir de lieu de propagande du culte régénéré de Martin.
ci-avant qu'Eustoche, l'oncle de Perpet, était cousin issu de germain de Mélanie la jeune, mariée à Pinien, dont la famille a probablement élevé une des premières églises nommées Saint Martin, près de Milan. Or la
page Wikipédia de Mélanie signale que : "Après avoir fait un rêve (le franchissement d'un mur élevé avant de passer la porte étroite pour parvenir au Royaume des Cieux), Mélanie et son mari vendent leurs biens. Ces immenses propriétés s'étendent de la Bretagne à l'Espagne. La vente se fait au profit de nombreux monastères et églises et Mélanie affranchit en plus ses nombreux esclaves (trois pièces d'or leur aurait été données à chacun). Cela se fait malgré les désaccords de nombreux membres de leur famille et de politiciens pour ne pas compromettre l'économie de l'État". Il y a lieu de croire qu'une partie de cette fortune colossale est entrée dans le financement de la basilique de Perpet.
Charles de Grandmaison (1824-1903), cette nouvelle basilique, terminée en 471, était "non seulement la plus célèbre et la plus fréquentée, mais encore la plus magnifique de l'ancienne Gaule". Elle faisait l'étonnement et l'admiration de tous ceux qui ont pu la voir. Une attraction pour les pèlerins ! Peu importe si elle n'était guère un reflet de l'humilité de Martin... C'était alors, avec Rome, le principal lieu de pèlerinage chrétien en occident.
Grégoire de Tours en parle "avec une sorte d'enthousiasme". Selon lui, la basilique avait 160 pieds de long (47 m selon le
pied romain), 60 de large (18 m) et 45 de haut (13 m), ces mesures ayant été corrigées en 53, 20 et 45 m, notamment par Charles Lelong ["Vie et culte de Saint Martin" 2000]; elle était percée de 52 fenêtres et de 8 portes, et l'on comptait dans l'intérieur 120 colonnes. Elle comprenait deux parties, la nef et le sanctuaire, ce dernier possédant à lui seul 32 fenêtres. Elle était ornée de mosaïques décoratives et figuratives.
On pourra consulter l'article de Noël Duval 1999 titré "Les descriptions d’architecture et de décor chez Grégoire de Tours et les auteurs gaulois : le cas de Saint-Martin de Tours" (sa
conclusion).
A gauche, Perpet dirigeant la construction, extrait d'un calendrier de Jacques Callot (1592-1635) (+ image de Martin dans ce célèbre calendrier).
Au centre Perpet procède à la mise en place, dite "translation", du tombeau en sa basilique [vitrail Lobin, basilique Laloux].
A droite, les infirmes au tombeau de Saint Martin [vitrail de la collégiale de Candes, F. Gaudin 1900].
+ planche de Joshua Peeters dans BD Utrecht 2016 montrant
cette translation qui fut datée du 4 juillet 471.
Consécration de la basilique par Perpet et prière en ses murs. A gauche vitrail de l'atelier Lobin 1870, situé dans un oculus de l'église de Saint Martin le Beau en Touraine ( descriptif dans "Le patrimoine des communes d'Indre et Loire" 2001)
+ vitrail dans la même église avec Martin dans le ciel surveillant le transfert du tombeau.
A droite, vitrail de Lux Fournier 1904 (+ photo), dans l'église voisine Saint Laurent de Montlouis sur Loire, avec pour légende "Un habitant de Montlouis vient prier au tombeau de saint Martin où il recouvre miraculeusement l'usage de la parole" [trois illustrations de Verrière 2018, avec la mise en évidence du tombeau].
ici) dans la
restitution de Jules Quicherat (1814-1882).
A droite, le tombeau dans la basilique de Perpet, restitution [ Lecoy 1881]
+ compléments sur cette restitution (sachant que certains restes attribués à la basilique de Perpet dans les fouilles se sont ensuite avérés rattachés à la basilique d'Hervé).
+ plan et coupe longitudinale dans cette restitution (repris ci-après).
+ article de Charles de Grandmaison sur la restitution de Quicherat, 1870 (et voir ci-après)
+ article de Francis Salet, 1973.
|
article de 2009 titré "Les origines du culte de saint Martin de Tours aux Vème et VIème siècles", présente d'autres atouts de la basilique de Perpet : "C’est sous l’épiscopat de Perpetuus à Tours entre 460 et 490 environ que le tombeau fait vraiment l’objet d’aménagement pour le culte. Perpetuus apparaît alors comme un “impresario” du culte de Martin pour reprendre une expression de Peter Brown. Certes il y avait un petit édifice au-dessus de Martin depuis le temps de Brice mais bien trop petit pour permettre la dévotion des fidèles. Perpetuus entreprend donc la construction d’une grande basilique dont l’abside abritait les restes de Martin. Il donna un grand faste à cette nouvelle construction, colonnes antiques, mosaïques, et inscriptions ornaient la nef et l’abside. Pour les inscriptions il s’adressa spécialement à deux écrivains,
Sidoine Apollinaire et
Paulin de Périgueux. Paulin de Périgueux, qu’il ne faut pas confondre avec Paulin de Nole, est mal connu. Il apparaît comme l’auteur d’une Vie de Martin en vers, reprenant la matière de la Vie composée par Sulpice mais en y ajoutant des récits de miracles plus récents communiqués à Paulin par Perpetuus. C’est donc un vrai poète qui composa aussi certaines des inscriptions de la basilique. Ce Paulin devait appartenir au même réseau lettré, aristocratique et religieux que Sidoine Apollinaire qui est en revanche bien connu."
Collectif 2019 titré "Le rayonnement de la figure martinienne" : "La basilique tourangelle fut la source de nombreuses images martiniennes. Elle devait en effet posséder un véritable cycle d’images. Au temps de Perpet, le décor devait en partie correspondre aux versus basilicae que nous a transmis le Martinellus. Ils permettent de supposer la présence de scènes évangéliques, la veuve indigente, Jésus marchant sur les eaux, le Cénacle, la colonne de la Flagellation ou encore le trône de l’apôtre Jacques ; à ce programme devaient faire pendant des scènes de miracles martiniens sans qu’on puisse être plus précis.". +
article de
Alain Erlande-Brandenburg, 1965, "Le décor préroman de Martin de Tours".
|
|
Autres décors. ["La basilique de Saint-Martin de Tours", Charles Lelong, 1986]. Ci-contre, Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996 (il y a hésitations entre 471 et 472, 471 est plus fréquemment employé). Outre la piété, la basilique a bénéficié de l'attirance vers les belles images, alors rares en cette époque.
|
|
Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996] serait à corriger en fonction de ce qui nous est parvenu :
Rappelons que nous avons vu ci-avant des probables reproductions du décor central de la basilique de Perpet : ces trois variantes du partage du manteau, miniatures de l'abbaye de Fulda, datées d'environ 975, cinq siècles après l'oeuvre originelle. On peut considérer qu'il s'agit là d'une bande dessinée à 3 cases non séparées :
1) Martin et le pauvre homme, le partage du manteau,
2) Dieu et ses anges qui en arrière-plan observent et manipulent,
3) Martin qui prend connaissance en son sommeil que c'est à Dieu qu'il a offert la moitié de son manteau. Cette scène en trois temps successifs et liés, racontant une histoire, était moderne et puissante, fascinante...
|
ligérien. En une étude de 2012 titrée "Aux sources du monachisme martinien, les Vies de Martin en prose et en vers", Sylvie Labarre analyse la réécriture en vers de Paulin de Périgueux : "Sa réécriture est aussi plus tourangelle, notamment parce qu’il seconde Perpetuus dans sa politique qui consacre Tours comme la ville de Martin. Il réinterprète le paysage tourangeau en fonction d’une topographie martinienne. Luce Pietri l’a bien noté : « A la cité christianisée a fait place une cité chrétienne : l’espace urbain, depuis l’épiscopat de Perpetuus, s’organise en fonction de la géographie que dessinent les loca sancta martiniens […]. A ses yeux (ceux de Paulin de Périgueux) le cours de la Loire, dont il célèbre la beauté à la traversée de Tours, est providentiellement adapté, dans son tracé, à la topographie des lieux saints de la cité qu’il côtoie et sépare. » Paulin exprime ainsi cette prédestination de la Loire à accueillir le saint : « Le fleuve nourricier atteste l’oeuvre de la vertu merveilleuse de Martin : il touche les murs contigus de la ville et lèche les rochers du flot. Situé au milieu, il sépare la cellule (cellam) et le tombeau (sepulcrum). » On songe à la valeur symbolique du Tibre chez Virgile et dans l’idéologie romaine.".
En l'église de
Saint Martin de la Place en Anjou, un
tableau va jusqu'à relocaliser le partage du manteau sur les bords de la Loire (lien) !
1) Mérowig au pied du tombeau de Martin [ Jean-Paul Laurens 1882, "La légende de Saint Martin au XIXème siècle" 1997]. Mérovée / Mérowig est le grand-père de Clovis, donnant son nom aux Mérovingiens. Il est très peu probable qu'il se soit préoccupé de Martin et de Tours, ce serait plutôt Mérovée, arrière petit-fils de Clovis. + autre dessin, dans la basilique de Perpet, du même auteur dans la même série "Récits des temps mérovingiens".
2) Au centre, fragment du tombeau de l'évêque Euphrone d'Autun (voir encadré ci-dessous).
3) A droite, prière devant le tombeau, tapisserie XVème siècle [musée des tissus à Lyon].
|
Entrelacs. Vision ornementale de l'actuelle basilique + autre motif de vitrail
+ cinq photos :
1
2
3
4
5.
L'art préroman, de la basilique de Perpet à celle de Laloux. Décor végétal et animal de Pierre Fritel (plafond ci-dessus et mosaïque de l'autel ci-dessous à gauche) dans l'actuelle basilique de Laloux. Très présent dans l'art paléochrétien, le paon est le symbole de l'immortalité et de la résurrection.
A droite : afin de préserver l'unité de l'ensemble malgré le morcellement du chantier, Pierre Boille veille à reproduire les formes et le vocabulaire décoratif utilisé par Laloux. Ici le bourgeonnement et les pointes de diamant repris de la balustrade de l'escalier conduisant au choeur ( photo). [illustrations et textes de "Victor Laloux, son oeuvre tourangelle", Hugo Massire, Sutton 2016, arch. départ. 37, fonds Boille].
Sur la basilique de Perpet et les recherches de Jules Quicherat et Casimir Chevalier, voir ce chapitre ci-après.
|
Martin soutient Maure dans sa lutte contre les Wisigoths ariens, tel est le sens de ces deux vitraux de Lux Fournier [église de Saint Branchs en Touraine, Verrière 2018]. Soeur jumelle de Brigitte de Touraine (ou Britte ou Britta), toutes deux soit-disant descendantes d'un roi d'Ecosse, Maure se serait rendue à Tours avec ses neuf enfants pour être baptisés par Martin. Mais un chef Wisigoth n"accepta pas cette conversion et envoya une armée de 50 hommes poursuivre chacun des enfants pour les faire abjurer. L'un d'entre eux, Epain, fut rattrapé et martyrisé. D'où le nom des communes de Sainte Maure (et ses fameux fromages de chèvre !) et Saint Epain. Les Wisigoths n'étant arrivés en Touraine que 80 ans après la mort de Martin, l'histoire est plus tardive, Maure et ses enfants n'auraient rencontré Martin que lors d'un pélerinage sur son tombeau... Ou alors il s'agit de la première incursion de Wisigoths vers 428, Maure et Epain étant alors âgés par exemple de 70 ans et 50 ans...
+ la verrière de St Branchs en entier (à lire de bas en haut)
+ vitrail représentant Epain en l'église St Epain de Saint Epain [site de Nhuan DoDuc] + couverture d'un livret sur Epain..
|
Francs de Clovis en 507. Voici les étapes les plus marquantes :
L'état gaulois de Soissons sous Egidius de 461 à 464, à gauche, puis, à droite, sous Syagrius de 464 à 486. Au centre un guerrier Wisigoth [dessin Pierre Joubert, "Au temps des royaumes barbares" 1984].
461, Chinon : les Wisigoths, les Gaulois de Soissons et Mexme, disciple de Martin. Comme le montre le vitrail de gauche, saint Mexme repoussa (provisoirement...) à la fois les soldats Wisigoths de Frédéric (fils de Théodoric) et les soldats Gaulois du général Egidius (dirigeant alors le royaume de Soissons s'étendant jusqu'en Touraine, dernière survivance de l'époque gallo-romaine) qui se disputaient la ville de Chinon. C'était en 461 et Mexme (Maxime), qui fut ordonné prêtre par Martin (donc avant 397) et qui reçut plusieurs fois sa visite à Chinon, était probablement décédé, même si Grégoire de Tours le fait mourir en 463. Formé à Marmoutier, Mexme fut un disciple exemplaire de Martin, à la fois moine et évangélisateur comme son maître. La cité de Chinon / Caino (dont l'église Saint Martin fut créée en 425 par Brice, Mexme étant son premier abbé) fut occupée par les Wisigoths vers 469 [Luce Pietri page 129] jusqu'à leur défaite en 507 à Vouillé. A droite, la collégiale Saint Mexme à Chinon. Liens : 1 2.
3
4
+ un épisode de l'affrontement Wisigoths / Egidius / Mexme par Couillard - Tanter 1986
+ sculpture de Mexme et Martin côte à côte [chapelle Saint Louans de Chinon, lien].
+ dessin de Bourgerie du début du XIXème siècle [ Level 1994].
+ gravure LTh&m 1855.
|
LTh&m 1855 : "L'esprit d'indépendance et la fierté gauloise n'avaient pas entièrement péri sous la domination romaine. Vraiment jamais domptés, les Gaulois habitants des campagnes voulurent secouer le joug. Les bagaudes se soulevèrent ; mais elles succombèrent sous les murs de Lutèce. Elles s'étaient montrées sur les rives de la Loire, et s'étaient emparées de la ville d'Amboise. La "ligue armoricaine", un siècle après, appela les Gaulois aux armes ; le cri de liberté retentit de nouveau. Le faible et perfide Honorius, désespérant de réduire les insurgés, livra leur pays aux Wisigoths. Le mouvement fut comprimé ; mais la Touraine méridionale resta au pouvoir d'Elric." Bref, pour les Romains, mieux valait un royaume Wisigoth considéré comme allié, que des Gaulois révoltés. Sur les insurgés bretons, voir sur la page voisine le royaume de Blois.
Charles Lelong dans "L'histoire religieuse de la Touraine" (CLD 1962) souligne que "L'Eglise de Tours doit sa vitalité d'abord à l'exceptionnelle qualité de ses évêques. Peu de cités peuvent se flatter d'une pareille lignée de grands pasteurs, issus presque tous de l'une des plus illustres familles épiscopales de la Gaule, les Gregorii, "riches" sénateurs arvernes. Formés selon les règles du cursus canonique , bâtisseurs d'églises, législateurs attentifs, animateurs des conciles, ils assument aussi toutes les tâches que rejettent les Mérovingiens : l'assistance aux pauvres et aux prisonniers, le rachat des esclaves, l'enseignement, la justice à l'occasion...". L'auteur va t-il trop loin en disant que "presque tous" les évêques étaient arvernes ? S'il n'en cite que quatre, il y en eut au moins 8 sur les 17 successeurs de Martin (le 2ème évêque) : Eustoche /Eustochius (le 4ème), son neveu Perpet / Perpetuus (5ème), Volusien / Volusianus (6ème, peut-être neveu de Perpet), Verus (8ème), Ommat / Ommace / Ommatius (12ème), Injuriosus (15ème), Euphrone / Euphronius (18ème, arrière petit-neveu de Ommatius), Grégoire de Tours (19ème, fils d'une cousine germaine d'Euphronius, décédé en 594).
Francille / Francillon / Francilio, 14ème évêque et montre qu'il y en eut davantage encore : "Grégoire de Tours devait affirmer plus tard « qu'à l'exception de cinq évêques, tous ceux qui avaient exercé l'épiscopat à Tours avaient eu des attaches avec la famille de ses parents » avec en note : "Le propos de Grégoire qui répond à des attaques personnelles — on lui reproche d'être un Auvergnat, étranger à Tours — ne peut être pris au pied de la lettre : parmi les prélats qui, depuis la mort de Martin, l'ont précédé sur le siège tourangeau (16 ou 18 selon que l'on recense ou non Justinianus et Armentius, les deux prélats élus contre Brice), six seulement reçoivent de l'historien le titre de sénateur (Eustochius, Perpetuus, Volusianus, Ommatius, Francilio, Eufronius). Le nombre des évêques qui, n'appartenant pas à l'ordre sénatorial (et parfois issus, au témoignage de l'historien, de milieux assez humbles), ne pouvaient guère être apparentés à sa famille est donc bien supérieur à cinq. Il est bien certain cependant que Grégoire n'aurait pas fait une telle déclaration, si des liens de parenté ne l'avaient pas réellement uni à tous ou presque tous les évêques tourangeaux de rang sénatorial."
Volusien, un évêque de Tours exilé par les Wisigoths. Les
Goths de l'Ouest s'emparent de la ville de Tours probablement en 471, sous le règne d'
Euric, fils de
Théodoric Ier. L'occupation, sous la religion arienne, persécutrice de la foi nicéenne, dura 36 années jusqu'en 507, sachant qu'il n'est pas impossible que la ville fut prise brièvement par les Francs entre 494 et 496 puis vers 498. C'est dans ce contexte que l'évêque Volusien, succédant à Perpet en 489, va être exilé.
501, Amboise : Alaric II et Clovis, les rois des Wisigoths et des Francs, signent la paix. "La conférence eut lien sur les confins des deux royaumes, dans la petite île Saint Jean [aujourd'hui île d'or], au milieu de la Loire. En s'abordant, les deux princes s'embrassèrent. [...] Alaric toucha la barbe de Clovis et Clovis celle d'Alaric, témoignage d'une amitié éternelle." [ LTa&m 1845]
507, Vouillé, près de Poitiers : la victoire de Clovis. Six ans plus tard, la guerre reprenait et, à la bataille de Vouillé, Alaric est tué, semble-il par Clovis lui-même [ L'Histoire de France en BD Larousse 1976, texte Christian Godard, dessin Julio Ribera]. + la planche. Les Francs envahissent l'Aquitaine, les Wisigoths sont repoussés à Narbonne et derrière les Pyrénées.
|
empereur Volusien mais sans preuves."
Sidoine Apollinaire (430-486), écrivain, sénateur romain, évêque de Clermont : "Nous pourrions dire avec plus de certitude qu'il était de la famille des Aniciens puisqu'il était parent d'Ommace et de Rurice, évêque de Limoges qui le qualifie comme tel dans la lettre qu'il lui écrivit étant évêque de Tours, ou assurer positivement avec l'auteur du livre intitulé "L'Eglise de Tours ornée des vertus de ses évêques" qu'il était de la maison des Sidoines Apolinaires dont le père et l'ayeul avaient commandé dans les Gaules comme préfets du Prétoire et alliés à la maison de l'empereur
Avitus par le mariage de
Papianille sa fille avec Sidoine qui qualifie en plus d'un endroit Volusien de son frère. [terme d'amitié ou de parenté ?] [...]Volusien avait encore une illustre parente à Tours, c'était Fidie Julie Perpétue [à rapprocher de Perpetuus...] à laquelle son frère qui en était évêque laissa par testament une croix d'or émaillée avec des reliques du Seigneur qu'on ignore. Nous ne rapportons ici toutes ces circonstances que pour faire remarquer au lecteur que Volusien tenant à tant de saints ne pouvait manquer de l'être lui-même. [...] Volusien ayant ainsi satisfait à la coutume des Romains qui voulait que les jeunes gens s'engageassent à l'âge de 17 ans à la milice ce que l exemple de saint Martin et de Sidoine justifie assez et ayant servi les dix ans prescrits aux fils des sénateurs pour pouvoir monter aux hautes charges, il se maria quelque temps après avec une fille de la maison des Ommaces citoyens et sénateurs d Auvergne qui étaient extrêmement riches. [...] Ce mariage ainsi fait fut comme nombre d'autres heureux dans les commencements et fort malheureux dans la suite."
470 : l'écrivain Sidoine Apollinaire, cousin d'évêques de Tours, devient évêque de Clermont. Issu de l'aristocratie gauloise, Sidonius Apollinaris fut l'un des plus grands lettrés de son époque, auteur d'une brillante correspondance, jouant aussi un rôle politique auprès de l'empereur gaulois Avitus qui régna sur l'empire romain d'Occident en 455 et 456. Cousin de Volusien, 6ème évêque de Tours, et d'Ommace, grand-père d' Ommace 12ème évêque de Tours (lequel était neveu de Rurice, évêque de Limoges), il fut nommé en 470 évêque de Clermont. Il est représenté ci-dessus sur un vitrail de la cathédrale de Clermont-Ferrand et dans une case de "Histoire de Lyon" texte A. Pelletier, F. Bayard, dessin Jean Prost, 1979. D'après Grégoire de Tours, le fils de Sidoine combattit avec les Wisigoths contre Clovis à la bataille de Vouillé (507). + ses écrits sur le site remacle.
|
Alaric II, fils d'Euric, le fait arrêté. Luce Pietri : "Volusianus, « soupçonné par les Goths de vouloir se soumettre à la domination des Francs », fut frappé d'une sentence d'exil, durant la septième année de son épiscopat. Le régime de détention auquel il fut soumis lui fut rapidement fatal." Il meurt en 498, peut-être à Toulouse ou dans la vallée de l'Ariège, sans doute de mort naturelle mais dans des circonstances obscures qui permirent de l'ériger en martyr. Sa légende riche en miracles rehaussera la célébrité des comtes de Foix, qui se considèrent comme ses protégés. A
Foix, une église
abbatiale Saint Volusien est érigée, classée monument historique en 1964.
A gauche, 498 : Martyre de Volusien, successeur de Perpet, selon un chapiteau roman du XIIe siècle (P.-S.) + autres scène [musée du château de Foix, Wikipédia]. Ce martyre n'est pas attesté par les textes d'époque, on pourra consulter l' étude de Florence Guillot "Saint-Volusien au Moyen-Age, une abbaye à l'ombre du château de Foix".
A droite, 511 : le clergé Wisigoth abandonne la religion arienne, à Orléans, quatre ans après que les Francs aient vaincu les Wisigoths à la bataille de Vouillé, pour adhérer à la sainte Trinité de l'église de Rome ["Au temps des royaumes barbares", album de la série "La vie privée des hommes", Hachette 1985, textes Patrick Périn et Pierre Forni, dessins Pierre Joubert]
|
Verus, soupçonné à son tour de zèle pour la cause de Clovis, fut lui aussi contraint de prendre le chemin de l'exil." L'angevin
Licinius lui succéda en 507, probablement après la victoire franque de Vouillé.
.
La foule des pélerins autour du tombeau de Martin ["La vie privée des hommes" 1985, idem au-dessus]. |
Auzouer en Touraine, lien inventaire patrimoine région Centre, photo Thierry Cantalupo]
Francs : "Lorsqu'ils sont attesté sur le territoire que l'on appelle les Gaules au VIème siècle, ils ne possèdent ni langue unique, ni culte unique, ni conscience historique unique. [...] Les Francs sont avant tout les hommes qui obéissent au roi des Francs. [...] Alors qui sont-ils, ces Barbares fondateurs ? Disons que les Francs du Vème siècle sont sans doute les descendants de quelques Francs de l'Antiquité (mais probablement bien peu nombreux), de déserteurs romains et de nombre de paysans gallo-romains réfractaires aux lourds prélèvements de l'Empire tardif. En forçant un peu le trait, on pourrait avancer que les Francs, ce sont simplement des Gallo-Romains transformés en Barbares pour payer moins d'impôts et pour suivre l'étoile d'un chef charismatique.". Seraient-ils des bagaudés du Nord-Est des Gaules ? Des troupes bagaudes auraient-elles connu une nouvelle vie en renforçant et régénérant des troupes barbares ? Transformant ainsi des tribus en un peuple conquérant ?
Bruno Dumézil énumère alors quatre facteurs d'attractivité des Francs :
1) "Toute personne reconnue comme Franque bénéficiait d'une exonération de taxes."
2) Un Franc avait plus de valeur qu'un Gallo-Romain, "de très nombreux Gallo-Romains devinrent sans doute Francs pour être mieux protégés par la Loi."
3) "L'appartenance d'un homme au même peuple que son souverain lui permettait de gravir plus facilement l'échelle des honneurs."
4) "Enfin les rois des Francs de cette fin du Vème siècle eurent une idée très moderne : lancer une mode vestimentaire identitaire." Clovis, conseillé par Clotilde, allait apporter un cinquième facteur : la chrétienté nicéenne, celle de Martin, celle de Tours et de la Touraine.
A gauche, une Franque au début VIème siècle [ Pierre Joubert, "Au temps des royaumes barbares" 1984].
Au centre, guerriers francs par Liliane et Fred Funcken [volume 1 de "Le costume et les armes de tous les temps", Casterman 1986].
A droite, Childéric Ier (436-481), père de Clovis, avec les habits trouvés dans sa tombe découverte en 1653 à Tournai [reconstitution Patrick Périn, article 2015].
|
Nizier de Lyon : "Quand
Clovis sut que les miracles [accomplis à Tours] étaient choses prouvées, il se fit humble, se prosterna au seuil [de la basilique] du seigneur Martin et permit qu'on le baptisa sans retard.". Ainsi, à croire Nizier, la cérémonie eut lieu à Reims, mais la décision ferme de respecter la promesse faite à Clotilde aurait été prise à Tours, grâce à Martin.
Grégoire de Tours raconte l'épisode où Clovis, près de Tours, frappa de son épée un soldat qui enlevait du pain sur le territoire de cette ville consacrée par le tombeau de saint Martin : "Où sera l'espérance de la victoire, si l'on offense le bienheureux Martin ?" ("Et ubi erit spes victoriae, si beatus Martinus offenditur ?").
Extrait de BD Utrecht 2016 + la planche.(par Joshua Peeters).
A gauche, en 496 semblait-il, la bataille de Tolbiac où les Francs battent les Alamans. Clovis fut-il aidé par le Dieu de Clotilde et Martin ? Il les en remercia.
+ sept images :
1
2
3
4
5
6
7
+ deux tableaux [Wikipédia] :
1 [ Paul Joseph Blanc 1881, le Panthéon de Paris]
2 [ Ary Scheffer 1836, Galerie des batailles, château de Versailles].
A droite, vers l'an 500, Clovis, dans la basilique de Perpet, se décide à se faire baptiser [ Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996].
Des datations récentes positionnent cette bataille en 506 et le baptème en 507, sans faire consensus.
| |
|
Le baptême de Clovis par l'évêque |
|
lien].
A droite, dessin reprenant une peinture murale de Désiré-François Laugée dans la chapelle Sainte Clotilde de l'église Sainte Clotilde de Paris (1870) ["La légende saint Martin au XIXème siècle" 1997].
Commentant cette fresque, Albert Lecoy de la Marche [ Lecoy 1881], va jusqu'à écrire : "Pas de Martin, pas de Clovis !".
Le baptème de Clovis fut suivi de celui de nombreux soldats et de leurs épouses, comme le montre ce tableau de Jules Rigo, 1860 environ [Musée des Beaux-Arts de Valenciennes]. | |
Extrait d'une page du site "Clovis Ier" + la même scène où Clovis entre dans la basilique pour y recevoir de la part de l'empereur Anasthase le titre (honorifique) et la couronne de consul, dans un vitrail de l'actuelle basilique [atelier Lobin].
"Entrée triomphale de Clovis à Tours en 508", Joseph Nicolas Robert-Fleury, 1837 [Châteaux de Versailles et de Trianon].
A gauche la basilique, au fond les murailles de la civitas Turonorum / Cité (anciennement Caesarodunum). |
Histoire de France en bandes dessinées, texte de Christian Godard, dessin de Julio Ribera, Larousse 1976
Couillard - Tanter 1986 + trois planches "Clovis - Wisigoths et Francs" : 1 2 3.
A droite, Clovis devant le tombeau de Martin ["La vie et miracles de Mgr saint Martin", 1516, BmT]
+ variante 1496..
|
Clotilde survivante d'une famille massacrée. En 486, à 12 ans, la princesse Clotilde a ses parents et ses quatre frères assassinés par son oncle Gondebaud, désormais seul à régner sur le royaume des Burgondes. Son mari Clovis n'eut pas le temps de conquérir son pays d'origine, ses enfants le firent. ["Clotilde première reine des Francs", textes Monique Amiel, dessins Alain d'Orange, 1980] + couverture édition 2014.
+ neuf planches sur la jeunesse de Clotilde jusqu'au baptême de son mari :
1
2
3
4
5
6
7
8
9.
|
Clotilde (474-545) s'installe à Tours pour plus d'une trentaine d'années : "“Elle y était au service de la basilique du bienheureux Martin et, pleine de modestie et de bonté, elle est demeurée dans ce lieu pendant tous les jours de sa vie, ne visitant que rarement Paris.". La reine-mère intervient alors avec autorité et diplomatie dans les conflits entre ses fils. Elle décède à Tours le 3 juin 545 à l'âge 70 ans et est enterrée à Paris, près de Clovis. L'Eglise l'a sanctifiée.
|
|
Jean Baptiste Jules Klagmann.
Puis Clotilde en prière dans la basilique devant le tombeau de saint Martin, à gauche en bas, gravure dans l'acier par T. Cregnault 1869 et, à droite,
tableau de Carle Van Loo + variante]
+ prière de Clotilde à Martin pour apaiser les querelles de ses enfants [reprise du dossier de la BD de Secher / Olivier / Tirado, 2019]
Clotilde devant le tombeau, cette fois-ci surmonté d'une représentation du partage du manteau. Miniature extraite des Grandes Chroniques de France de Charles V en deux versions différentes, vers 1375 et vers 1412 [ BnF].
| |
A droite, vitrail de l'église Saint Grégoire des Minimes à Tours [Van Guy 2005, atelier Fournier, photo Daniel Michenaud, lien)
Sancta Clotildis dans l'actuelle basilique, ateliers Lorin et Lobin [ Verrière 2018]
+ quatre pages du site de Nhuan DoDuc présentant des vitraux de Clotilde :
1
2
3
4 (sa jeunesse en sept scènes, sa mort ci-dessous dans la même collégiale des Andelys).
|
Guy-Marie Oury dans son tome 2 de "La Touraine au fil des siècles" (CLD 1977) : "On regrette que Grégoire de Tours n'ait pas fourni de détails concrets sur sa vie tourangelle, car la reine fut de tous les petits événements de l'Eglise de Tours, aidant à l'évangélisation des campagnes qui se poursuivait lentement, fournissant les ressources nécessaires à l'érection de nouvelles paroisses dans le diocèse, conversant avec les chefs des monastères ou les vierges consacrées de la ville, participant aux célébrations liturgiques et à la liturgie stationnale organisée minutieusement par saint Perpet quelques années avant son arrivée. Elle connut certainement sainte
Monégonde (décédée en 570) puisque c'est pour les compagnes de celle-ci qu'elle édifia le monastère de
Saint-Pierre le Puellier ; elle connut sans doute saint Leubais, le successeur de saint Ours, d'autres encore... Elle fit nommer trois évêques burgondes ; mais son influence joua également en faveur de leurs successeurs : Ommatius, membre d'une grande famille sénatoriale d'Auvergne, Léon, abbé de Saint Martin et habile charpentier, issu de milieu plus modeste ; Francilion, un patricien du Poitou ; Injuriosus enfin dont les parents étaient de pauvres plébéiens de Tours.
"
Verrière de Didion (1866) relatant la vie de Clotilde dans la collégiale Notre-Dame des Andelys, dans l'Eure, en 5 scènes. De gauche à droite, les scènes 2 (elle se retire dans la basilique St Martin), 3 (elle y fait de bonnes oeuvres), 4 (sa mort) se passent à Tours [Wikipédia]. Il y a, dans cette collégiale, deux autres verrières sur la vie de Clotilde, avant sa période tourangelle :
1
2
(lien).
A gauche, les dernières heures de Clotilde à Tours, d'après "Sainte Clotilde reine des Francs", texte Reynald Secher Jacques Olivier, dessins Alfonso Tirado (RSE Nuntiavit 2019), reprise colorisée d'une BD mexicaine de 1962 (lien) + la dernière planche.
+ bas-relief de la basilique Sainte Clotilde de Paris.
A droite, comme toute sainte, Clotilde s'en serait allé au paradis, entourée d'anges [église St Roch de Paris, lien].
|
Olivier Cabanel, sur cette page d'Agoravox : "Au décès de Clovis, Clotilde se retira à Tours, et pour mieux assoir le domaine Franc, envoya ses fils combattre
Gondebaud, le Burgonde roi de Vienne... elle n’avait pas oublié les crimes que ce dernier avait commis en tuant
Chilpéric, son père. L’esprit de vengeance qui animait Clotilde continua en effet après la mort de son époux, et s’exerça même après la mort de Gondebaud, en 516, contre les fils de celui-ci,
Sigismond et Gondemar [ou Godomar III]. Et c’est en réalité à
Vézeronce, un petit village du Nord-Isère, que la bataille eut lieu, entre Francs et Burgondes, un certain 25 juin 524, bataille finalement emportée par les fils de Clotilde, dont Clodomir, même si celui-ci y trouva la mort, permettant ainsi, 10 ans plus tard, la réalité du royaume de France..." Olivier Cabanel conclut : "C’est bien à Clotilde, animée par sa tenace vengeance, que la France a pris le contour que l’on connaît, pas si éloigné de celui d’aujourd’hui, grâce à la victoire de ses fils sur ceux de Gondebaud.". Donc, si Clovis est "un roi des Francs surévalué", comme l'écrit
Jean Boutier dans un article de Libération en 2011, Clotilde est une reine qui mérite d'être réévaluée. Celle qu'on peut considérer comme la mère de la France ? Ou, si ce titre revenait à Judith de Bavière, comme on le verra plus loin, comme sa grand-mère ?
Clotilde, reine des Francs, en l'exercice du pouvoir, avec son époux Clovis [tableau de Jean-Antoine Gros (1771-1835)], puis ses fils.
Sur ces trois images, Clotilde dirige les opérations, manipulant mari puis enfants (au centre le partage du royaume entre ses fils) (à droite l'anachronisme de la basilique d'Hervé). [Wikipédia, Grandes chroniques de saint Denis, Bibliothèque de Toulouse, et illustration de 1889]. Ci-dessous, gravure du XIXème siècle d' Edouard Zier titrée "Clotilde fait incendier le pays de Burgondie".
|
Esvres / Evena, elle rencontre saint
Médard et guérit une jeune fille. A Tours les guérisons se succédant, elle crée une fondation pour accueillir les malades et décède probablement avant 573. Sa fondation et son culte perdurent jusqu'au XIème siècle. Sa
page Wikipédia résume l'analyse qu'a fait Luce Pietri de ses dons de guérisseuse. Autre lien. Comme pour Martin, les guérisons sont souvent assimilées à des miracles. A Tours, l'église
Saint Pierre le Puellier d'une communauté de religieuses, a été bâtie par Clotilde en 512 sur l'emplacement de sa cellule monastique, proche de l'actuelle place Plumereau. Reconstruite à plusieurs reprises, il n'en reste que quelques ruines (lien).
+
plan
+
dessin 1755 [Martel de Rochemont,
SAT, lien].
Monégonde. A gauche, vitrail de la basilique Sainte Clotilde de Paris (à côté du vitrail de Saint Médard) (photo Robert Harding). Au centre, statuette de 1602 de l'église de Rosière la Petite dans la commune de Rosières en Belgique.
A droite, reste de l'église Saint Pierre le Puellier
+ autre photo.
+ vitrail de l'église Sainte Monégonde d' Orphin (Yvelines) (atelier Lorin)].
|
Hilaire. Dans son
étude "Le culte de saint Martin à l'époque franque" (1961),
Eugen Ewig insiste sur l'importance de
Rémi, l'évêque de Reims, et de ses liens avec Perpet, avec en conséquence la désignation de Tours comme ville sainte des Francs, sans oublier Poitiers où Martin fut ermite : "Serait-ce téméraire de prétendre que Clovis connut par saint Rémi la puissance miraculeuse de saint Martin ? C'est au tombeau de saint Martin, à ce qu'il semble, que le roi des Francs manifesta publiquement l'intention de se convertir, en 498, lors d'une première guerre contre les Wisigoths. Le Mérovingien obtint sa victoire décisive en 507 sous le signe de saint Martin et de saint Hilaire. Les deux grands évêques de la Gaule, liés durant leur vie par une amitié sincère, maîtres et précepteurs de l'épiscopat gallo-romain, devinrent les patrons du royaume des Francs. Ensemble, ils sont invoqués par les petits-fils de Clovis dans le traité de partage de 567 et par la reine Radegonde dans son testament. Ils gardaient des portes de Reims; ils représentaient les confesseurs dans la cathédrale de Nantes construite vers 567 par l'évêque
Félix.
Venance Fortunat et saint
Nizier de Trêves les citent ensemble. A Mayence, la cathédrale restaurée au second tiers du VIème siècle fut consacrée à saint Martin, la basilique cimétériale à saint Hilaire. En 591, saint
Yrieix de Limoges institua les deux saints évêques ses héritiers. Les témoignages cités permettent de dater du VIème siècle le culte jumelé de l'évêque-docteur et de l'évêque-ascète."
Radegonde de Poitiers , née vers 520, fille de
Berthaire, roi de
Thuringe (lieu d'origine des Turons...), devint la quatrième épouse du roi
Clotaire Ier, mariée en 539, à 19 ans. Clotilde, installée à Tours, vécut encore 7 ans après ce mariage de son fils. En 552, après un pèlerinage à Tours sur le tombeau de saint Martin, considérant son époux comme un meurtrier, Radegonde fonde l'
abbaye Sainte-Croix de Poitiers et s'y retire en tant qu'abbesse. Elle bénéficia du soutien de l'évêque de Paris
Germain de Paris qui vint la soutenir à Tours (
récit du chanoine Vaucelle, 1908). Venance Fortunat, futur évêque de Poitiers, la soutint et devint son biographe. A la mort de Clotaire, elle usa de sa réputation et de son autorité pour établir la paix entre ses fils. Elle eut ensuite une grande influence sur les grands de son époque, notamment
Sigebert Ier, fils et successeur de Clotaire. Elle est décédée en 587 à 67 ans environ.
Radegonde reine des Francs. 1) sa rencontre avec Clotaire Ier ; 2) en haut, en 538, son repas de noces mouvementé ( explication Wikipédia) puis en prière, en bas voir l'encadré ci-dessous ;
3) entrée dans les ordres, accompagnée du peuple.
["Scènes de la vie de sainte Radegonde ", XIème siècle, Bibliothèque municipale de Poitiers, Wikipédia]
+ image du mariage (lien).
Radegonde, deux vitraux de l'actuelle basilique Saint Martin à Tours : atelier Lobin de Tours (Radegonde déposant sa couronne de reine sur le tombeau) et atelier Lorin de Chartres. Puis vitrail de l'église Sainte Radegonde de Poitiers. A droite, la mort de Radegonde, esquisse de vitrail par l'atelier Fournier de Tours [ Geneste 2018].
+ vitrail de la mise en bière [ Gustave Pierre Dagrant de Bordeaux 1906, chapelle Ste Radegonde à Yversay dans le Poitou, lien].
+ trois vitraux :
1 [église de Tournon Saint Martin dans l'Indre]
2 [église St André de Châteauroux, aussi dans l'Indre]
3 [Lucien-léopold Lobin 1862, église de Vouneuil sous Biard, près de Poitiers].
+ tableau "La vocation de sainte Radegonde" par Urbain Viguier, 1851, église Saint Martin de Couhé, Poitou, avant (lien) et après (photo La NR) restauration.
+ vitrail "St Grégoire bénit le tombeau de SteRadegonde " [église Ste Radegonde d' Athies en Picardie]
+ sur le site de Nhuan DoDuc, une page montrant la vie de Radegonde en 32 scènes [église Ste Radegonde de Poitiers]
et deux pages de vitraux de Radegonde :
1
2.
Sainte Radegonde en Touraine. A Tours, en rive droite de la Loire près de Marmoutier, existe une église semi-troglodytique à son nom, bâtie au XIIème siècle, agrandie au XVIème et restaurée au XIXème. Martin aurait vécu et officié dans la partie troglodytique [photo de gauche, lien]. La commune de Sainte Radegonde, sur laquelle se trouvait cette église et l'abbaye de Marmoutier, a été rattachée à Tours en 1964. Près de Chinon, une chapelle troglodytique, restaurée à la fin du XIXème, classée monument historique en 1967, lui est dédiée [au centre photo Wikipédia].
+ statue de Radegonde dans l'église d"Epuisay voisinant avec celle de sa belle-mère Clotilde [extrait de l' ouvrage de 130 pages illustrées "Radegonde entre Loir et Cher" par Jean-Jacques Loisel 2012, société archéologique du Vendômois].
|
Médard, ni saint
Marcel ou saint
Maurice n'égalèrent la gloire de saint Martin, qui resta jusqu'à
Dagobert Ier le patron principal des Mérovingiens. C'est alors seulement qu'émergea un rival autrement puissant : le martyr parisien saint
Denis, patron de la lignée royale neustro-burgonde, qui depuis 680 devait régner nominalement sur le royaume entier. [...] De nos sources se dégage l'impression que le culte de saint Martin atteignit son apogée dans la seconde moitié du VIème siècle. Certains renseignements sur les évêques nous permettent d'étendre cette limite encore au premier tiers du VIIème siècle."
Clotaire Ier, fils de Clovis et Clotilde, exempte Tours de l'impôt. Pour bien fonctionner, l'état mérovingien a bien sûr besoin de percevoir l'impôt. Clotaire Ier ordonna à ses officiers de "dresser des rôles de contributions" dans tout le pays. Les habitants de Tours obtinrent d'en être exemptés et le roi fit brûler ces rôles en sa présence [ LTh&m 1855].
A droite, miniature sur la fin de vie agitée, vers 560, de Chramme (ou Chramn), fils de Clotaire ier et donc petit-fils de Clovis et Clotilde. Trois scènes y sont représentées : au second plan à droite, Chramme et l'incendie de la basilique Saint-Martin de Tours (ici zoomé), au second plan à gauche, la bataille entre Clotaire Ier et les Bretons avec Chramme et au premier plan la mort de Chramme [ Guillaume Crétin, "Chroniques françaises", BnF].
|
Chilperic Ier, fils de Clotaire et demi-frère de Chramme, baptisé à Tours, est acerbe (
extraits, lien, avec cet
arbre généalogique des premiers descendants de Clovis). Chilpéric régna sur la partie nord-ouest du royaume franc, il épousa en troisième noce Frédégonde, la terrible adversaire de sa belle-soeur, la reine Brunehaut, épouse d'un autre demi-frère de Chramme,
Sigebert ier. Sachant qu'avant d'épouser
Frédégonde, Chilpéric était marié à
Galswinthe, soeur de Brunehaut, laquelle, après la mort de Sigebert, épousa Mérovée, fils de Chilpéric et de sa première épouse, vous suivez ? On poursuit avec les meurtres de Frédégonde et la vie de Brunehaut...
Trois meurtres impliquant Frédégonde en 568, 575 et 586. A gauche, miniature "Chilpéric étranglant Galswinthe devant Frédégonde" [Grandes chroniques de France, 1412, BnF]. Au centre, tableau "Frédégonde armant les meurtriers de Sigebert" [Emmanuel Herman Joseph Wallet, Musée de la Chartreuse de Douai]. A droite, Prétextat, évêque de Rouen, accuse Frédégonde de l'avoir fait assassiner [ Lawrence Alma-Tadema, Musée Pouchkine de Moscou]. Grégoire de Tours, qui raconte ces meurtres, a-t-il noirci l'attitude de Frédégonde ?
|
Brunehaut, autre reine mérovingienne adepte du culte de Martin. Pour ne s'en tenir qu'aux reines franques ayant soutenu le culte de Martin, après, Clotilde d'origine burgonde (génération 1), après, Radegonde venant du royaume de Thuringe en Allemagne (génération 2), voici Brunehaut / Brunehilde (547-613) (génération 3) d'origine wisigothe espagnole, ayant abjuré l'arianisme en 566. La même année, elle épouse Sigebert Ier (535-565), petit-fils de Clovis. En son
étude "Le culte de saint Martin à l'époque franque" (1961), Eugen Ewig la présente ainsi : " Parmi les fervents du culte, nous comptons la reine Brunehaut. Les églises favorisées par elle à l'
abbaye d'Autun et Lyon (
Ainay) adoptèrent le vocable de saint Martin. A Trêves, nous constatons un fait analogue. La basilique Sainte-Croix construite par le sénateur Tétradius lors d'un miracle de saint Martin dans la métropole mosellane, fut transformée en
abbatiale martinienne par l'évêque
Magnéric, le parrain de l'aîné des petits-fils de Brunehaut.". A cause de sa belle-soeur Frédégonde, Brunehaut, aussi nommée Brunehilde, eut une vie très mouvementée, l'amenant à épouser
Mérovée, un arrière petit-fils de Clovis et un de ses neveux.
576, Mérovée se réfugie dans la basilique pour échapper à Frédégonde. En épousant sa tante Brunehaut, avec l'assentiment de l'évêque Prétextat, Mérovée provoque la colère de sa belle-mère Frédégonde, amenant son père à l'enfermer, puis à le tonsurer et ordonner prêtre à Metz. Mérovée s'évade et se réfugie dans la basilique Saint-Martin de Tours. Son père assiège la ville, il s'échappe de nouveau, mais est trahi et assassiné par un de ses familiers à Thérouanne, en 577.
Un an plus tôt, avant son mariage fatal, à la tête d'une armée chargée d'envahir le Poitou, il s'était arrête à Tours qu'il avait dévasté
[dans la série "Les reines tragiques", "Frédégonde la sanguinaire" texte de Virginie Greiner, dessin de Alessia de Vincenzi, Delcourt 2016] + deux planches : 1 2
Brunehaut aussi méchante que Frédégonde ? Alors que Grégoire de Tours avait qualifié Brunehaut de "jeune fille de manières élégantes, belle de figure, honnête et décente dans ses moeurs, de bon conseil et d’agréable conversation", Frédégaire, dans ses Chroniques estime qu'elle a mal vieilli et serait devenue "femme plus cruelle que nulle beste sauvage". C'est cette vision, la mettant sur le même plan que Frédégonde, que présentent l'écrivain Sirius dans la neuvième album "Le cachot sous la Seine" de leur héros Timour, publié en 1960, prépublié dans Spirou.
+ les trois planches de la rencontre de Timour et Brunehaut :
1
2
3
+ planche de présentation.
La tendance actuelle réhabilite en partie Brunehaut et noircit Frédégonde, comme cette page qui la considère comme une tueuse en série. + autre page sur Frédégonde, titrée "Quand une servante devint reine des Francs".
|
Austrasie et fait face à une rébellion, elle est livrée à
Clotaire II, roi de
Neustrie, fils de Frédégonde. Il la fait supplicier durant trois jours. Finalement, elle est attachée par les cheveux, un bras et une jambe à la queue d’un cheval indompté. Son corps brisé est ensuite brûlé. Ses restes sont apportés et enterrés à l’abbaye
Saint-Martin d'Autun qu’elle avait fondée. Sur sa
page Wikipédia, elle est considérée comme "une personnalité maltraitée par l’historiographie traditionnelle" : "Dans un monde où s’imposait la coutume des Francs, Brunehaut a constamment cherché à préserver les restes d’une conception romaine de l’Etat et de la justice. [...] Abhorrée par certains chroniqueurs, elle est décrite comme très autoritaire, énergique, altière, souvent rusée, belliqueuse, manipulatrice. [...] Elle était pourtant très cultivée, fait plutôt rare pour l’époque même parmi les rois et la noblesse, et avait une très haute conscience de sa qualité de reine, fille de roi. Elle eut des partisans parmi la noblesse franque austrasienne et bourguignonne."
A gauche, le mariage de Brunehaut et Sigebert. Au centre, Brunehaut en deux illustrations de fin du XIXème siècle.
L'abbaye de Brunehaut à Autun. Fondée au VIème siècle par Brunehaut, ayant recueilli ses restes, l' abbaye Saint Martin d'Autun fut longtemps une riche et rayonnante abbaye. Il ne reste que le portail d'entrée...
De gauche à droite : gravure de Bardelet, 1741, dessin fin XVIIIème de Jean-Baptiste Lallemand, le tombeau de Brunehaut avant sa destruction à la Révolution par Alexandre Lenoir (lien), photo XXIème siècle.
+ sculpture du portail
+ plan de l'abbaye.
Cette abbaye aurait pu être élevée sur une ancienne église créée par Martin lui-même ( récit, lien).
|
Venance Fortunat le poète-évêque de Poitiers, de Brunehaut à Radegonde. Né vers 530 près de
Trévise, en Italie, Venantius Honorius Clementianus Fortunatus étudie les arts littéraires à Ravenne. En 565, il vient à Tours visiter le tombeau de Saint Martin auquel il attribue sa guérison d'une maladie des yeux (
ophtalmie) (quel prestige que s'être fait guérir par Martin !...). Devenu proche de la reine Brunehaut et célèbre par ses poèmes, il évolue dans la haute société mérovingienne, jusqu'à s'attacher à la reine Radegonde, ce qui l'amène à se fixer à Poitiers, où il devient évêque en 600 jusqu'à son décès en 609. Ami de Grégoire de Tours, il a écrit un poème en quatre chants sur la vie de saint Martin.
+ son livre "La vie de saint Martin" sur le site remacle. +
document de Bruno Judic "L’itinéraire martinien de Venance Fortunat" (2013). +
article de Marc Reydellet "Tours et Poitiers : les relations entre Grégoire de Tours et Fortunat".
A gauche une miniature du livre "Vie de Sainte Radegonde par Venance Fortunat" vers 1100 [Bibliothèque municipale de Poitiers]. Puis un vitrail de l'église de Sainte Radegonde des Noyers en Vendée.
+ page du site de Nhuan DoDuc présentant quelques vitraux de Fortunat.
Venance récitant ses poèmes à Radegonde par Lawrence Alma-Tadema (1836-1912) [musée de Dordrechts aux Pays-Bas, Wikipédia].
+ vitrail de l'église Sainte Odile à Paris représentant Radegonde, ses nonnes et Fortunat.
|
Basine fille du roi
Chilpéric Ier, soeur de Mérovée qui épousa Brunehaut, et Chlodielde / Clothilde / Chrodielde fille du roi
Caribert Ier. Frédégonde veut se débarrasser de sa belle-fille Basine. Après, dit-on, l'avoir fait violer par ses soldats, elle l'enferme dans l'
abbaye Sainte-Croix de Poitiers, créée par Radegonde (épouse de son grand-père). Elle y rejoint sa cousine Chlodielde et la soutient dans sa rébellion contre l'abbesse Lubovère, accusée de rigueur excessive et d'immoralité. Récit mélangé de Jean-Jacques Bourassé dans
LTh&m 1855 et Jacob Nicolas Moreau en ses "Principes de morales..." 1777 (lien) : "Elles résolurent de se défaire de Lubovère. "On nous traite, disaient-elles, non en filles de rois, mais en filles d'esclaves". Elles s'adjoignent plusieurs de leurs compagnes, se révoltent, brisent les portes du couvent partent à la tête de quarante religieuses et arrivent à Tours. L'évêque Grégoire, témoin oculaire de tout ce qu il nous raconte, obtient d'elles qu'elles y attendront la fin de l'hiver. Au bout de deux mois Chlodielde et Basine laissent dans cette ville leurs compagnes et viennent trouver
Gontran qui les accueille. Ce Prince ordonne que les évêques s'assembleront à Poitiers pour se prononcer sur leurs plaintes. Pendant ce temps là les Religieuses fugitives restées à Tours se livrent au libertinage le plus scandaleux. Quelques-unes même se marient et les Princesses viennent les rejoindre en attendant l'assemblée qui leur a été promise. Bientôt elles ramènent leurs compagnes à Poitiers, une foule de jeunes débauchés se joignent à elles. Grégoire fait de vains efforts pour les rappeler à leur devoir ; elles méprisent ses avis et oublient leurs engagements. Une assemblée d'évêques essaie de leur faire entendre la voix de la religion ; les évêques sont insultés et maltraités. Les deux princesses font enlever Lubovère, livrent le monastère au pillage, et donnent les biens à régir à leurs affidés. Enfin l'excommunication vint frapper ces religieuses indociles. Basine consent à rentrer dans le monastère ; mais l'altière Chlodielde se retire dans une terre dont
Childebert lui accorde la jouissance."
La prostitution en pays chrétien à travers les siècles. Certaines des nonnes révoltées de 589 sont probablement devenues prostituées... Saint Augustin au Vème siècle : "Supprimez les prostituées, vous troublerez la société par le libertinage". La tradition chrétienne considère la prostitution comme un moindre mal nécessaire. Quelle place trouver entre les nonnes restées vierges, les femmes mariées devenant mal mariées, les célibataires pouvant être considérées comme déshonnêtes ou sorcières, et les prostituées ? Veuves joyeuses ?... [tableau d'origine indéterminée sur une scène médiévale de défoulement, page "Histoire de la prostitution en France"] + miniature commentée représentant "une scène de bordel ou d'étuve" à la fin du Moyen-âge ["Les renaissances", Belin 2013, BnF]
+ trois autres illustrations :
1
2
3 [XVème siècle, BnF]
Au milieu du XVème siècle, les parents incitent leurs fils à forniquer au prostibulum (lien). C'est alors considéré comme un péché véniel, alors que la luxure est un des sept péchés capitaux.
|
Auzouer en Touraine, lien inventaire patrimoine région Centre, photo Th. Cantalupo]
Grégoire de Tours (538-594), l'historien des Francs, l'a relancé, comme le montre Bruno Judic dans un
article de 2009 titré "Les origines du culte de saint Martin de Tours aux Vème et VIème siècles". "L’épiscopat de Grégoire, évêque de Tours de 573 à 594, marque une étape essentielle dans l’essor du culte martinien. Grégoire était né en 538 en Auvergne et avait une grande dévotion pour saint
Julien de Brioude. Mais il était apparenté aussi à l’évêque de Tours Euphronius auquel il succéda. L’oeuvre de Grégoire est considérable. Il est certes bien connu pour son “
Histoire des Francs” ou plutôt “Dix livres d’Histoires” selon le titre d’origine. Grâce à Grégoire nous avons la relation du passage de Clovis à Tours, en 507, avant et après la bataille de Vouillé."
Pithiviers : l'évêque Grégoire prêche.
étude 1997 sur la diffusion des écrits de Grégoire par
Pascale Bourgain et
Martin Heinzelmann.
Couillard - Tanter 1986 + article de Elisabeth Lorans "Les édifice chrétiens de Grégoire de Tours" [ Ta&m 2007]
+ article "Grégoire, historien et chantre de Martin", illustré d'un manuscrit du VIème siècle [ Fasc. NR 2012].
A gauche, un vitrail regroupant Grégoire, Martin et Clotilde dans l'église Saint Grégoire des Minimes à Tours [Van Guy 2005, atelier Fournier, photo Daniel Michenaud, lien) (la basilique dans la version Hervé, gros-plan).
Au centre-gauche, gravure de François Dequevauviller (1745-1817) colorisée d’après Louis Boulanger (1806-1867).
Au centre-droit, Grégoire tenant entre ses mains le tombeau de Martin [crayonné de vitrail, aux côtés de St Seine, atelier Dagrand, Bordeaux, lien].
A droite, sanctus Gregorius dans l'actuelle basilique [atelier Lorin].
|
Sigebert, roi d’
Austrasie de 561 à 575, de son frère
Gontran, roi de Bourgogne de 561 à 592, de
Brunehaut épouse de Sigebert et de
Childebert II, fils de Sigebert et de Brunehaut, roi d’Austrasie (575-596) et de Bourgogne (592-596). Grégoire fut en mesure d’étendre le culte de saint Martin, de favoriser le pèlerinage à Tours et d’encourager la diffusion du patronage martinien dans tout le monde franc et au-delà. [...] C’est une actualisation de Martin qui donne une image nouvelle du culte et qui suppose un enracinement et un approfondissement considérables de cette dévotion". Cela dépasse les frontières franques puisque
Cararic, roi des
Suèves en Galice, de 550 à 558, abjure l'arianisme lorsque son fils est guéri d'une maladie par l'intercession de Martin (+
broderie XVème siècle [Musée des Tissus de Lyon,
Maupoix 2018].
Couillard - Tanter 1986 + les deux planches sur Grégoire : 1 2. A droite statue de Jean Marcellin, vers 1852, au Louvre [Wikipédia].
+ deux pages d'un hommage d'Evelyne Bellanger titré "Grégoire de Tours, père de l'histoire de France", dans Mag. Touraine n°59 d'octobre 1994 : 1 2 (pour le quatorzième centenaire de son décès, 594-1994)
A gauche, Grégoire de Tours dans le sacramentaire de Marmoutier à l'usage d'Autun, vers 850 [bibliothèque d'Autun, Wikipédia].
+ étude de Cécile Voyer , en 2013, sur ce sacramentaire.
A droite, Grégoire raconte... ["Histoire de la Bretagne" tome 1, textes Reynald Secher, dessins René le Honzec, 1991]
+ la planche
|
article de Henri Galinié "Tours, des archives du sol".
introduction de ce colloque, Luce Pietri concluait de façon assez grandiloquente : "Dans ce territoire gaulois qui est au coeur du mystère de l'histoire providentielle, Tours n'est pas seulement la ville dont Grégoire est l'évêque et l'historiographe. Ainsi que le notait déjà Michelet, elle apparaît dans le récit de Grégoire comme l'équivalent chrétien dans la Gaule du VIe siècle " de ce que Delphes était pour la Grèce antique " : la cité où se révèlent les décisions de la providence divine. Elle est celle où, dans la basilique Saint-Martin, a été promise à Clovis la domination de la Gaule ; celle où, à l'époque de ses descendants qui s'entre-déchirent, peut encore se réaliser la concordia, gage de l'alliance nouvelle : ainsi en 574, le jour même où Chilpéric, Sigebert et Gontran font la paix en renonçant à s'affronter, trois paralytiques envoyés à la basilique martinienne y ont été redressés. Ainsi à Tours, Dieu, par l'intermédiaire de Martin, révèle le sens des événements, dont la Gaule est le théâtre et l'enjeu, pour le salut de l'univers tout entier."
article "La Touraine au temps de Grégoire" de Charles Lelong dans "Tours Informations" de décembre 1994.
Les pèlerinages de saint Martin au VIème siècle (à l'époque de Grégoire) et en 1985 ["Vie et culte de Saint Martin", C. Lelong 1990]. Charles Lelong en son livre de 2000 : "Il s'agit d'un phénomène avant tout régional et, pour une part importante, diocésain : 27% de pèlerins sont de Touraine, 12% viennent des pays de l'étranger, Espagne, Italie ou même de l'Orient. A gauche poteau cornier sculpté du XVème siècle, 26 rue de la Monnaie à Tours, représentant un pèlerin [ Catalogue 2016]. A droite et ci-dessous, images de la page du site Rome chrétienne sur les pèlerins.
+ article de Bruno Judic 2005 "Le pèlerinage à Saint-Martin de Tours du VIIème au Xème siècle".
|
Eugen Ewig en son
étude "Le culte de saint Martin à l'époque franque" (1961) : "C'est une actualisation de Martin qui donne une image nouvelle du culte et qui suppose un enracinement et un approfondissement considérables de cette dévotion. Dans ces quatre livres, Grégoire a recueilli les témoignages de 267 cas de miracles ou de dévotions accomplis sur la tombe de Saint Martin. Chaque cas a donné lieu à la rédaction d'une sorte de "fiche" probablement par les clercs au service de la basilique : on a relevé ainsi les noms des personnages concernés, les origines géographiques et sociales, les motivations de la visite au sanctuaire. [...] La dévotion conduisait aussi à emporter des reliques du saint : un tissu posé sur la tombe, de la poussière, mais surtout de l'huile contenue dans des ampoules, de petites fioles, qu'on déposait auprès du tombeau pour que le liquide se charge de la "virtus" du saint et qu'on emportait ensuite comme relique.". Olivier Guillot, en son livre "Saint Martin apôtre des pauvres" (2008) y voit "la possibilité de disposer d'une quantité infinie de ces reliques et, par là, une plus grande facilité pour multiplier les églises dédiées à saint Martin", avec " un pullulement progressif tout à fait exceptionnel dès le cours du VIème siècle". La
virtus / vertu du saint reste aussi vivante, au-delà de sa mort, pour attribuer les victoires militaires. C'est Paulin de Périgueux, probablement sous l'influence de Perpet, qui a inauguré ce nouveau genre de miracle par la sortie victorieuse d'
Egidius à Arles face aux Wisigoths en 461 ou 462. Grégoire lui donna un plus grand prestige avec la victoire de Clovis à Vouillé. Charles Martel suivra, et de nombreuses têtes couronnées, notamment Louis XI, si désireux de bénéficier de la virtus. Jusqu'à Foch pour certains...
|
Cette fiole a contenu la virtus de Martin ! De l'huile dans de petites fioles déposées près du tombeau, pour que le liquide se charge de la virtus du saint, emportées comme reliques. En 1865, cette fiole fut découverte avec des monnaies des empereurs Honorius et Majorien. Une inscription indique qu'elle provient du tombeau de Martin. + deux pages d'explications : 1
2
[ Lecoy 1881].
+ article Historia spécial n°112 (2008, lien).
|
veau d'or triomphant ! On n'ose imaginer ce qu'aurait pu être sa réaction devant cette osmose bien douteuse entre lucre et dévotion, ferveur et affairisme." [
Verrière 2018]. Evoquant aussi la mainmise des monarques mérovingiens, puis carolingiens et capétiens, sur l'abbaye Saint Martin de Tours : "Non seulement le nom de Martin était-il attaché à des institutions dont la richesse n'était rien moins qu'évangéliques, mais, en plus,le pouvoir séculier en détenait désormais la haute directoin. De ce point de vue encore, les "héritiers" de Martin étaient à contre-courant de l'un de ses principes majeurs, lui qui n'avait cessé de défendre pied à pied, singulièrement auprès des empereurs Valentinien Ier et Maxime, l'indépendance de l'Eglise face au pouvoir politique. Il n'est pas excessif de parler d'imposture, d'une double imposture."
LTa&m 1845 par Stanislas Bélanger, 1845, d'où sont extraites les deux premières illustrations ci-dessous, cette appréciation est désormais soumise à une forte critique, notamment en cette phrase de sa
page Wikipédia : "Hagiographe crédule, il n'hésite pas à colporter des légendes chrétiennes, en amalgamant des récits d'origines, de dates et de valeurs différentes, si bien que son Histoire des Francs est « objectivement fausse »". Derrière ce qui ressemble à des éloges, pour l'époque, Luce Pietri, en son
article de 1994 "Grégoire de Tours et la géographie du sacré" est finalement la plus accablante par cette dernière phrase : "Avec ces ouvrages, Grégoire donne de l'essor, dans la littérature de la sainteté, à un genre particulier, l'
hagiographie."
Avec Grégoire, quoiqu'en disent l'association de ces deux premières illustrations [ LTa&m 1845], on est loin d'une "Histoire s'appuyant sur la Vérité" ! Même s'il en ressort des éléments de vérité qu'on ne connaîtrait pas sans lui... L'illustration de gauche est inspirée par celle de droite, gravure d'André Thevet dans "Portraits et vies des hommes illustres", 1584 [Gallica].
+ deux gravures LTh&m 1855 :
1
2.
|
Euric [fils de Théodoric] mena dans ce secteur que la ville de Tours tomba entre ses mains. Aucune chronique n'a conservé la date précise de cet épisode, sur lequel Grégoire lui-même fait le silence : manquant d'information ou plutôt désireux de faire l'oubli sur un événement qui navrait son coeur, l'historien n'avoue la présence de l'occupant wisigoth à Tours que, lorsque, plusieurs années après la chute de la ville, la résistance opposée par les évêques tourangeaux lui offre l'occasion d'un récit plus glorieux pour sa cité." Si rares sont les Tourangeaux qui aujourd'hui savent que leur ville a été occupée pendant plus de vingt ans par les Goths de l'ouest, c'est de la faute à Grégoire... Ou plutôt parce qu'il fut le seul historien de cette époque pauvre en écrits.
1
2
3.
Caribert de Paris, puis, à la mort de celui-ci (567), elle fut rattachée à l'
Austrasie (
Sigebert [l'époux de Brunehaut]) ;
Chilpéric [roi de
Neustrie] la lui disputa et les deux rois personnellement, où
Mummole, Roccolène,
Mérovée, en leur nom, s'emparèrent, à plusieurs reprises de la capitale qui, malgré la présence sur son trône épiscopal de Grégoire de Tours, ne put éviter de nombreux pillages. L'évêque même courut grand risque lorsque le comte
Leudaste le dénonça à Chilpéric. En 587, lors du traité d'Andelot, la Touraine dépendait de nouveau du royaume d'Austrasie; en 596, elle obéissait à
Thierry III, [roi de Neustrie, c'est-à-dire] roi d'Orléans et de Bourgogne.
Dagobert Ier régna sur toute la Gaule, mais, en 630, il en abandonna la partie méridionale, l'Aquitaine, à son frère
Caribert II ; il garda toutefois la Touraine. Celle-ci, sauf Loches, qui était occupée en 742 par les Aquitains, suivit les destinées des royaumes francs, en particulier de celui de Neustrie." +
carte de la Neustrie en 752 [Wikipédia].
Chilpéric, bien peu de clercs parvinrent à l'épiscopat. Bientôt Tours aura pour évêque Sigélaïcus (619-620), parent de
Dagobert : il était comte de Bourges, marié et père d'un enfant, Sigiran, dont il fit son archidiacre. A la tête de la vénérable abbaye de Saint-Martin, on trouvera un Teusinde, en outre abbé de Saint Wandrille, qui dissipa en quatre ans les biens de ce couvent... La dégradation du recrutement entraîna un affaissement des institutions et l'avilissement de la foi. Le temps de Charlemagne sera long à venir."
Jean-Paul II en 1996, comme l'avaient fait auparavant, dans la basilique précédente d'Hervé, cinq autres papes. Il ouvrait "l'année martinienne" commémorant le seizième centenaire de la mort du
thaumaturge.
LTa&m 1845, à propos de la basilique de Perpet : "Un des premiers privilèges dont l'ait dotée nos souverains, fut le droit d'asile. Quiconque en avait franchi le seuil était à l'abri de toute poursuite. Les princes et les grands y eurent souvent recours. Willacaire, duc d'Aquitaine,
Gontran-Boson,
Mérovée, fils du roi
Chilpéric, et beaucoup d'autres, y trouvèrent successivement un refuge, que la superstition, encore plus que la piété, empêcha de violer.". Au-delà,
Mark Mersiowsky, dans un
article de 2004 titré "saint Martin de Tours et les chancelleries carolingiennes", souligne que : "Sous les règnes de Charlemagne et de Louis le Pieux, la rédaction des actes par le destinataire était exceptionnelle. Ce fut cependant le cas pour une partie des diplômes de Louis le Pieux pour Saint-Martin. Des relations personnelles très étroites existaient alors entre cet établissement et la chancellerie impériale".
Vitraux de l'actuelle basilique traitant d'évènements de la basilique de Perpet [Lobin vers 1900, lien]. 1) Ultrogothe, reine franque, épouse de Childebert Ier (quatrième fils de Clovis), condamnée à l'exil en 558, après la mort de son mari.
2) Eloi (588-660), évêque de Noyon, ministre et proche conseiller du roi Dagobert Ier.
3) Baud, d'origine franque, 16ème évêque de Tours de 546 à 552 et référendaire du roi Clotaire Ier, autre fils de Clovis (sa vie ici).
+ autre vitrail : en 559, Williachaire, un noble franc, se réfugia dans la basilique, le spectre de Martin brisa ses liens.
Gravure de Karl Girardet [ LTh&m 1855]
|
Charles Martel sauve la basilique de Perpet du pillage. La
bataille de Poitiers s'est déroulée en plusieurs lieux jusqu'au sud de Tours. Les
Sarrasins ne sont pas venus pour envahir le royaume franc mais pour piller la très riche abbaye Saint Martin de Tours et les églises environnantes. "C'est par le pillage de ce sanctuaire que le roi Abd el Rahman pense abattre le mieux la puissance de celui que, de son bord, on qualifie de consul, à la romain; et, de ce côté arabe, on reconnaît qu'aussitôt manifesté ce dessein, Charles Martel est entré en action pour y faire obstacle. Et du côté franc, c'est bien l'existence de ce même dessein, manifesté à partir de la mise à mal de Poitiers, qui est indiquée juste avant la décision de Charles Martel de passer à l'attaque." [Olivier Guillot, "Saint Martin apôtre des pauvres", Fayard 2008, + lien]. Charles Martel, grand-père de Charlemagne, est un de ceux qui a relancé le culte de Martin, qui avait baissé au VIIème siècle. Il "diffuse le culte dans les territoires passés sous sa domination, tandis que les métropolitains de Germanie, archevêques de Mayence, font de l'évêque de Tours le patron de leur cathédrale" (Michel Laurencin dans les conférences martiniennes de 1996/1997). Le premier des Carolingiens s'est-il cru inspiré par Martin dans son combat contre les Sarrasins ?
Extrait de Histoire de France en bandes dessinées, fascicule 3, texte de Jacques Bastian, dessin de Milo Manara, Larousse 1976
+ les trois planches racontant cette bataille : 1 2 3
Abd ar-Rahman quitte l'abbaye de Poitiers en flammes et part vers Tours où l'attend l'armée Charles Martel [Graham Turner 2008, lien]. Il apparaît que la bataille se déroula en plusieurs lieux entre ces deux villes.
Ici la bataille de Poitiers s'appelle la bataille de Tours (aussi sur la page Wikipédia anglaise et dans un récent jeu vidéo, couverture, lien). [ LTa&m 1845] + autre gravure [ Karl Girardet, LTh&m 1855]
+ tableau de Charles de Steuben 1837 [château de Versailles, lien]
+ treize autres illustrations de la bataille :
1 (miniature)
2
3 [H. Grobet]
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
|
leudes de Charles, investis en même temps des propriétés attachées à ces dignités. Cette spoliation valut à Charles Martel une haine implacable de la part du clergé, qui le poursuivit de ses invectives, même après sa mort, survenue peu de temps après, en 741." Ces exactions à l'encontre du clergé furent généralisées dans tout le royaume; comme le montre cette page.
Pépin le Bref succéda à son père Charles Martel et le clergé fut soulagé.
Giraudet : "Dès son avènement au trône, Pépin, comme tous les nouveaux chefs de dynastie, chercha à se concilier le clergé de Tours, en octroyant des chartres d'immunités au Chapitre de St Gatien [à l'époque St Maurice] et aux moines de St Martin et de Marmoutier ; de plus il leur permit de résister aux prétentions épiscopales, en leur restituant la plus grande partie des biens dont son père avait disposé en faveur des leudes.
Le règne de Pépin ne fut qu'une suite de luttes, d'abord contre les Saxons, puis contre les Aquitains. Tours, placé sur les limites du duché d'Aquitaine, eût à souffrir tous les ravages des armées franques et des tribus du midi ; cette guerre d'extermination dura huit années (700-708). Le comte de Poitou, allié de Vaïfre, duc d'Aquitaine, profita, en 765, de l'éloignement momentané de Pépin, et tenta une irruption sur le territoire de notre ville ; les hommes d'armes, vassaux de l'abbaye de saint Martin ayant à leur tête Wulfard, abbé, marchèrent à leur rencontre et, après un combat à outrance, parvinrent à repousser ces envahisseurs et les mettre en déroute."
abbaye de Saint-Martin : "Ses origines restent enveloppées d'obscurité. Au temps de Grégoire de Tours, la basilique qui s'élève sur le tombeau du saint est desservie par une communauté de
clercs dirigée par un
abbé ; alentour ont surgi plusieurs petits
monastères. Au début de l'ère carolingienne, Saint-Martin apparaît comme une grande communauté unifiée, obéissant à un seul chef". Charles Lelong dans "L'histoire religieuse de la Touraine" (CLD 1962) : "Le statut du clergé de Saint-Martin à l'époque reste incertain. Ce n'est que vers 674 que la
règle bénédictine fut adoptée, il est vrai avec de tels accommodements que Charlemagne les accusera de se dire tantôt
moines et tantôt
chanoines". L'enrichissement procuré par les pèlerinages donna de plus en plus d'importance à ces abbés du
chapitre de l'abbaye de Saint Martin. Jusqu'en 898, on en connaît plus d'une vingtaine, dont Wikipédia dresse la
liste.
étude "Le culte de saint Martin à l'époque franque" (1961),
Eugen Ewig apporte des précisions : "Il semble que
Pépin d'Herstal, en tant que duc des Austrasiens, propagea le culte de saint
Géréon de Cologne, La situation changea, lorsque Pépin et son fils
Grimoald mirent la main sur le trésor royal et sa précieuse relique, la chape de saint Martin. Deux fondations de Pépin d'Herstal semblent témoigner de l'adoption du culte martinien :
Saint-Martin d'Utrecht et
Saint-Martin de Cologne, C'est sans doute à cette époque que le nom de la relique martinienne passa à l'oratoire carolingien, la chapelle, et à ses desservants, les chapelains. Les premiers témoignages datent de l'époque de Charles Martel. Sous la direction de
Fulrad, homme de confiance du roi
Pépin le Bref, la chapelle devint l'institution -centrale la plus importante du royaume."
A Aix la Chapelle, capitale de l' empire carolingien, la chapelle palatine avec au centre le trône de l'empereur [illustrations Wikipédia]
+ restitution du palais [Nathan 2009].
|
Collectif 2019,
Lucien-Jean Bord cite cette formule d'un "diplôme" de
Thierry III, roi mérovingien, en 679 : "Ils devront prêter serment en notre oratoire, sur la cape du seigneur Martin où se déroulaient les autres serments". L'emploi de l'imparfait en fin de phrase montre que cette pratique était déjà ancienne". Olivier Guillot ("saint Martin apôtre des pauvres" 2008) explique : "Le procédé a été véritablement compris comme le moyen de faire prêter les serments à la cour en faisant craindre que Martin, en sa "vertu" ne punisse durement les parjures". Précieusement conservée, cette chape serait donc passée aux mains des Carolingiens. La
page Wikipédia traitant le mot "Chapelle" apporte des précisions : "D'un point de vue hagiographique, la chape saint Martin ou capa sancto Martino désigne initialement la relique du manteau d'officier de Saint-Martin. Il a donné son nom au trésor des reliques rassemblées par le puissant abbé de Tours, sous l'autorité régalienne. La
chapelle palatine d'
Aix-la-Chapelle construite dans un lieu-dit de repos équipé de sources thermales, appelé pour cette raison Aquae ou Aix, a été surnommée à partir du diminutif latin capella, en référence à la petite fraction de reliques importée de la chape de saint Martin de Tours qui se trouvait sous l'oratoire de cet édifice. Il peut être supposé, que, grâce au rayonnement international d'Aix-la-Chapelle, le mot capella (puis « chapelle » en français) ait été utilisé, dès le IXème siècle, pour désigner d'autres édifices religieux et lieux de culte chrétien n'ayant pas les pleins droits paroissiaux, c'est-à-dire sans statut d'église officielle selon l'autorité épiscopale."
Carloman à l'évêché nouvellement créé de Wurzbourg étaient dédiées à l'évêque de Tours. L'abbatiale de Tours reçut des donations importantes jusqu'en Alémanie et en Italie. Son école attira l'élite de l'Europe carolingienne. Les archevêques de Mayence, métropolitains de Germanie en tant que successeurs de saint
Boniface, contribuèrent également à répandre la gloire du saint tourangeau, patron de leur cathédrale."
La collégiale Saint Martin d'Angers est un bel exemple de la renaissance architecturale carolingienne. A droite, évolution aux Vème, IXème et XVIIIème siècles. Liens : 1 (Wikipédia) 2 (Balades.Patrimoine) 3 (site officiel). "Dès le Vème siècle, un premier édifice est fondé sur le site. Il fut agrandi au VIe et VIIe siècles à l’époque mérovingienne. Le projet devient alors plus ambitieux que les précédents par la création d’un vaste transept dont chaque bras se prolonge par une abside ce qui apporte à l’ensemble une grande ampleur."
+ documentation [Département 49].
|
Charlemagne, petit-fils du vainqueur des Sarrasins en 732, fut un grand pourfendeur de Saxons païens, commettant des massacres pour les évangéliser. Leur soumission fut longue, de 772 à 804, et très difficile. Wikipédia : "Charlemagne fait sa première expédition en Saxe en 772, détruisant en particulier le principal sanctuaire, l'
Irminsul, symbole de la résistance du
paganisme saxon et lieu de réunion des païens qui lui apportaient une offrande après chaque victoire ; puis, à partir de 776, après l'intermède italien, commence une guerre acharnée contre les Saxons, qui, commandés par
Widukind, un chef westphalien, lui opposent une vigoureuse résistance. Suivent plusieurs campagnes marquées par la dévastation de différentes parties de la Saxe et la soumission provisoire de chefs, mais aussi par un revers grave des Francs (de) en 782 au Süntel, près de la Weser. Cette défaite entraîne une opération de représailles qui s'achève par le massacre de 4 500 Saxons à Verden. Widukind finit par se soumettre en 785 et se fait baptiser. " L’Église catholique, après avoir canonisé Charlemagne, a retiré de son calendrier "l’empereur qui convertit les Saxons par l’épée plutôt que par la prédication pacifique de l’Évangile". On était en effet très loin de la "méthode Martin" !
L' arbre-monde Irminsul fut abattu en 772 sur l'ordre de Charlemagne. Dans le 1er tome de la bande dessinée Durandal, publié chez Soleil Productions en 2010, dessin de Gwendal Lemercier, texte de Nicolas Jarry, c'est Charlemagne lui-même qui manie la hache.
+ quatre planches :
1
2
3
4.
+ deux gravures du XIXème siècle :
1 [Wilhelm Wagner 1882]
2
+ trois représentations du symbole Irminsul :
1
2
3.
Un peu auparavant, non loin, en Hesse, saint Boniface de Mayence, surnommé l'apôtre des Germains comme Martin était l'apôtre des Gaules, avait abattu en 724 le chêne de Thor
( vitrail de la cathédrale de Truro en Cornouilles
+ dessin de Bernhard Rode 1781 + autre image).
Boniface est aussi le créateur en 742 de l'abbaye de Fulda, déjà évoquée, si inspirée par Martin, lequel est patron de la cathédrale de Mayence, ce qui est attesté dès 752 d'après Götz Pfeiffer [ Collectif 2019].
|
Alcuin, né en Angleterre vers 735, décédé à Tours en 804 était un poète, savant et théologien de langue latine. Il est devenu un des principaux amis et conseillers de Charlemagne, en quelque sorte son ministre de la Culture, dirigeant l'école palatine à Aix-la-Chapelle. En 796, il a 61 ans, Charlemagne le nomme abbé de Saint Martin. En son
étude de 2004, titrée "Alcuin et la gestion matérielle de Saint-Martin de Tours ", Martina Hartmann écrit : "En 796, Alcuin obtint de Charlemagne l’abbaye de Saint-Martin de Tours ; ce monastère se distinguait non seulement parce qu’il contenait le tombeau de l’un des saints les plus prestigieux du royaume franc, mais également parce qu’il était une abbaye particulièrement riche. Il est vraisemblable que par ce geste, le roi voulait récompenser son conseiller pour les services rendus".
Nikto - Kline 1987 + les deux planches du récit "Les dernières années d'Alcuin" :
1
2.
| |
Couillard - Tanter 1986
|
Alcwinus dans l'actuelle basilique
+ vidéo Arte 25 février 2020 (7 mn) sur Alcuin, la tour Charlemagne et la basilique Saint Martin |
renaissance carolingienne. Son
scriptorium acquiert une renommée européenne, produisant des manuscrits remarquables d'une grande rigueur d'écriture, notamment pour la calligraphie (écriture
minuscule caroline) et la ponctuation. Il fonde à Tours une académie de philosophie et de théologie qui fut surnommée "mère de l'Université". Il élève en 800 une fondation monastique créée par
Ithier, son prédécesseur à Saint Martin, en une abbaye qui connaîtra un vaste essor, l'
abbaye de Cormery, en un lieu situé à une vingtaine de kilomètres de Tours (voir
ci-après).
SAT), écrit : "Sulpice Sévère rapporte qu'à Marmoutier, les disciples de l'évêque de Tours n'exerçaient aucun travail artisanal, excepté celui de copiste. [...] Il est aussi vraisemblable que Grégoire de Tours entretenait auprès de lui des copistes pour diffuser les différents livres dont il est l'auteur. Aucun des livres copiés ainsi en Touraine entre le IVème et le VIème siècle n'est parvenu jusqu'à nous. On possède néanmoins quelques manuscrits fort anciens dont la présence est attestée à Tours dès l'époque mérovingienne. [...] Enfin il est assuré qu'un atelier d'écriture fonctionna au sein de l'abbaye dès la première moitié du VIIème siècle, donc bien avant Alcuin qui n'en devint abbé qu'en 796."
Catalogue 2016 "Le rayonnement de la cité", Christine Bousquet-Labouérie et Bruno Judic citent une mise en garde révélatrice du concile de Chalon en Bourgogne en 813 : "La plus grande tromperie vient de certaines gens qui voyagent inconsidérément à Rome ou à Tours et en d'autres lieux sous prétexte de prière. [...] Il y a certains puissants qui, pour augmenter leur fortune, obtiennent beaucoup de richesses sous le prétexte du voyage à Rome ou à Tours." Les deux auteurs notent ensuite que ce concile demande aux évêques de prêcher en "langue romaine rustique" ou en langue "theotisca" (ancien allemand). Cette "langue romaine rustique" est-elle à l'origine de la langue française ? En complément, on peut consulter l'
étude de
Jean Chélini, en 1961, "Alcuin, Charlemagne et Saint-Martin de Tours".
Frédegis, lui succède comme abbé de Saint-Martin, de 804 à 835. Il sera aussi chancelier de l'empereur Louis le Pieux de 819 à 832. Erudit, il a laissé une vaste oeuvre philosophique et théologique.
BnF]. Alcuin et Charlemagne [XIXème siècle].
|
"Ecole d'Alcuin à Tours" [ LTa&m 1845]
+ 2 pages : 1 2
+ image 1920
|
Histoire de France en bandes dessinées, texte Jacques Bastian, dessin Milo Manara, Larousse 1976
+ trois planches :
1
2
3
+ miniature de Jean Fouquet montrant le pape Léon III couronnant Charlemagne empereur le 25 décembre 800 ["Grandes chroniques de France" vers 1460, BnF, commentaire "Codices illustrés" 2001].
Charlemagne a fait de la saint Martin d'hiver, le 11 novembre, un jour chômé dans tout l'empire d'Occident.
Alcuin présente à Charlemagne un manuscrit du scriptorium de Tours [ Jean-Victor Schnetz 1830, musée du Louvre, Wikipédia]
+ vitrail Lobin de l'actuelle basilique où Alcuin se prosterne devant le tombeau de Martin pour que s'arrête l'incendie de la basilique.
| |
|
|
| |
BmT ["Histoire de la Touraine", Pierre Audin, Geste Editions 2016].
Au centre en haut, poème d'Alcuin pour l’abbaye de Saint-Martin de Tours.
Au centre en bas, Alcuin et son disciple Rabanus Maurus / Raban Maur (aussi ci-dessous à gauche) [ André Thevet 1584, lien Gallica]. On a vu ci-avant que c'est Raban Maur qui amena l'abbaye de Fulda à reproduire en miniatures le décor central de la basilique de Perpet. A droite un scribe, Cathédrale d'Amiens [page "Scriptorium"du site Encyclopédie Universelle]
| |||
Vivien, décédé en 851, comte de Tours, commandant des troupes de
Neustrie entre Seine et Loire, est abbé laïc de Saint-Martin à partir de 844, aussi abbé laïc de Marmoutier. Le scriptorium de Tours est alors au sommet de son art et la bible que Vivien fait réaliser, apparemment de sa propre initiative, et offre vers 845 au roi
Charles le Chauve est devenu un chef-d'oeuvre du genre, connu sous le nom de
première Bible de Charles le Chauve ou bible de Vivien. Elle se présente comme un
codex de grand format (495 × 345 mm) de 423 folios de parchemin. Outre la bible complète en latin, écrite en minuscule caroline sur deux colonnes, elle présente huit enluminures en pleine-page (
ici celle consacrée à Saint
Jérôme, le traducteur en latin de la bible, et ci-dessus au centre la dédicace du manuscrit), quatre retables et 87 lettrines enluminées.
+ L'
ouvrage en intégralité, 860 pages, 242 Mo [Gallica].
+ Long article du Républicain Lorrain (2017,
début) sur un transfert de la bible à Metz en 1989. Réalisée un peu plus tôt, vers 835, la
bible de Moutier-Grandval est aussi renommée, notamment la
planche racontant la vie d'Adam et Eve et la
planche de l'
exode.
A gauche, une miniature extraite d'un manuscrit romain de 840 environ montre Alcuin, en arrière-plan, présentant son élève Raban Maur, déjà vu ci-dessus, à Martin, qui vivait quatre siècles plus tôt, en une allégorie de la succession des relations de disciple à maître [flickr Peter] + variante. Au centre, la première bible de Charles le Chauve, réalisée à Tours, est offerte par Vivien au roi des Francs vers 845. Trois moines présentent le manuscrit, enveloppé dans un linge. A droite gros plan sur Vivien qui offre le livre (P.-S.). + deux planches dessinées de cet ouvrage :
1 (vie de saint Jérôme)
2 ( Adam et Eve).
|
étude "Saint-Martin de Tours et les chancelleries carolingiennes" par Mark Mersiowsky, 2004]
évangéliaire de Lothaire. Les miniatures sont du même artiste que la bible de Vivien, appelé "Maître C". Le livre est écrit en minuscule caroline avec des
incipits écrits en or, argent et rouge, encadrés ou sur bandeau pourpré. Les débuts des évangiles et les préfaces sont en
onciales d'or.
+ L'
ouvrage en intégralité, 460 pages, 91 Mo [Gallica], avec ce
portrait de Lothaire. "C'est l'époque parfaite, l'ornementation atteint son sommet" [
article "Le scriptorium de Tours" de Félix Peeters commentant une étude de
Léopold Delisle].
Jean Fouquet."
+ deux manuscrits tourangeaux illustrés du partage du manteau (lien,
BmT) :
1 [bréviaire de Marmoutier, XIIIème siècle]
2 [bréviaire de St Martin de Tours, XIVème].
Carolus Magnus dans l'actuelle basilique [atelier Lobin]. Au centre, restitution de la basilique de Tours à l'époque carolingienne dans le livre de Kenneth Conant "Chilperic Ier" (lien).
+ deux pages du site de Nhuan DoDuc présentant des vitraux de Charlemagne :
1
2.
Extrait de la mallette pédagogique "Martin de Tours, le rayonnement de la cité" (2016) présentant "L'école de Tours à l'époque carolingienne", expliquant par exemple ce qu'est un codex. Mais il ne faudrait pas confondre une bande dessinée avec une succession de scènes légendées, sans continuité d'action...
+ dossier pédagogique
+ questionnaire éducatif.
|
Avant d'épouser Luitgarde d'Alémanie, Charlemagne avait eu quatre épouses. La plus célèbre est la troisème, Hidegarde de Vintzgau, mariée à 13 ans en 771, morte en couches à 25 ans en 783, après avoir donné naissance à 9 enfants, dont 3 n'ayant pas vécu. Un seul de ses fils survit à Charlemagne et lui succède, Louis Ier le Pieux dont Judith de Bavière fut la seconde et dernière épouse.
[Charles et Hildegarde, fresque baroque des salles d’apparat de la Résidence des Princes-Abbés de Kempten / Campidoine en Souabe, lien]
|
Luitgarde d'Alémanie (ou Liutgarde) a 18 ans quand elle épouse
Charlemagne, probablement âgé de 52 ans, en 794. Alcuin, qui devient abbé de Saint Martin en 796, écrit : "La reine, aime à converser avec les hommes savants et doctes ; après ses exercices de dévotion, c'est son plus cher passe-temps. Elle est pleine de complaisance pour le roi, pieuse, irréprochable et digne de tout l'amour d'un tel mari. Elle est à la cour honorée même des enfants de Charlemagne." Elle aime aussi chasser avec son mari dans les forêts d'Ardennes. Tous deux sont de passage à Tours quand Luitgarde tombe brusquement malade et décède rapidement le 4 juin 800, vivement regrettée par le roi, qui sera empereur d'Occident à la fin de la même année, sa famille et sa cour. Elle avait 24 ans et serait devenue impératrice si...
+
article romancé du passage de Luitgarde à Tours [
Mag. Touraine n°68 de 1998].
Luitgarde. 1) gravure XIXème siècle 2) figurine de Gustave Vertunni, entre 1938 et 1946. 3) illustration XXème siècle 4) statue en cire de l'ancien historial de Touraine vers 1990, à côté de Charlemagne et Alcuin dans le décor de la basilique / Collégiale Saint Martin
5) Case Couillard - Tanter, 1986
+ deux planches sur "Les Carolingiens et la Touraine" : 1 2.
|
Benoît d'Aniane, 22 de ses moines pour y implanter la nouvelle règle de saint Benoît. Après la mort de Luitgarde, Charlemagne ne se remariera plus. En cela, on peut considérer que Luitgarde restait pour lui son impératrice... L'emplacement exact de l'inhumation, dans le bras nord du transept de la basilique, n'a jamais été identifié, il pourrait se situer sous la future
Tour Charlemagne, qui devrait s'appeler tour Luitgarde, construite environ deux siècles après le décès de la souveraine. Nous reviendrons sur cette tour, à moitié effondrée en 1928 er reconstruite de 1962 à 1964.
814, Louis Ier succède à son père Charlemagne. Né à Chasseneuil du Poitou, fils de Charles Ier le Grand et Hildegarde, Louis est couronné roi d'Aquitaine à 3 ans. Il joue un rôle dans le gouvernement du royaume et prend part à des expéditions militaires dès 12 ans. A 22 ans, en 800, il est à Tours avec son père (+ miniature de l'abbaye de Fulda en 826 le représentant jeune). A 36 ans, en 814, ses frères aînés étant décédés, il succède à son père en 814, en tant que roi des Francs.Il devient Louis Ier le Pieux, couronné empereur d'Occident deux ans plus tard. A gauche, Louis et son père, enluminure issue des Grandes Chroniques de France, XIVème siècle [ BnF].A droite les mêmes quand Charles le désigne comme son successeur, gravure du XIXème siècle (lien).
|
denier associant les noms Carolus et Martinus, pièce exceptionnelle pour collectionneurs avertis (lien).
Raoul qui vint rendre grâces à saint Martin de ses victoires sur les Normands. Pendant ce séjour, ayant été reçu chanoine de Saint Martin, il confirma à ses nouveaux collègues le droit de battre monnaie, droit qu'ils possédaient déjà depuis les successeurs de Clovis. La ville de Tours avait à cette époque des monnaies de deux espèces ; 1° les deniers de la cité ; 2° les deniers de Saint Martin, tous les deux marqués également "Turonis" ; après la mort de
Charles le Simple, les habitants de Tours se servirent exclusivement de la monnaie de Saint Martin. Par la suite, cette monnaie désignée sous le nom de "tournois" subit diverses modifications, dans sa valeur et dans ses types."
Judith de Bavière (793-843) devint impératrice en 819 quand elle épousa avec faste à Aix-la-Chapelle
Louis Ier le Pieux, dit aussi le débonnaire, fils de Charlemagne, devenu empereur d'Occident cinq ans plus tôt et veuf un an auparavant. Il avait choisi son épouse après avoir rassemblé les plus belles femmes de sa cour. L'élue, de 24 ans, est aussi ambitieuse...
Raban Maur et
Walafrid Strabon, Judith a exercé une forte influence sur la politique de Louis. Jeune épouse d'un vieil empereur, toutefois, elle s'abandonne de plus en plus à une vie frivole voire licencieuse tandis que les trois fils issus du premier mariage de l'empereur se demandent avec circonspection quel avenir leur père réserve à leur demi-frère.". Elle obtient pour sa mère l'
abbaye de Chelles, pour son frère Rodolphe, l'
abbaye de Saint-Riquier et l'
abbaye de Jumièges et pour son frère Conrad, l'
abbaye de Saint-Gall, ce sont là de très prestigieux établissements.
Judith, la belle ambitieuse. Au centre Louis et Judith "Généalogie de Charlemagne" dans " Les chroniques de Nuremberg" par Hartmann Schedel (1440-1510).
A droite auteur anonyme vers 1510. [au centre et à droite illustrations Wikipédia]
+ deux autres représentations :
1
2.
|
Lothaire lui succède, puis Louis revient au pouvoir, Judith aussi. Il meurt en 840, Judith trois ans plus tard, le 19 avril 843, à 50 ans, d'une tuberculose, après s'être retirée à Tours, apprenant le futur
traité de Verdun. Ce partage en quatre de l'empire, finalisé et signé en août 843, fait de son fils
Charles II Chauve, le roi de Francie occidentale et divise l'empire carolingien définitivement. Judith est inhumée dans la basilique Saint Martin de Tours et peu après, comme on l'a vu, l'abbé se Saint Martin Vivien offre à son fils Charles une superbe bible réalisée par le scriptorium de Tours, créé par Alcuin du temps de Luitgarde.
843, le traité de Verdun. La signature de l'acte de naissance de la France selon la volonté de Judith de Bavière [ Histoire de France en bandes dessinées, Larousse 1979, texte Jean Ollivier, dessin Eduardo Coelho]
+ deux autres illustrations :
1
2.
|
Jean Boutier, en un article de "Libération" en 2011, le royaume de Clovis s'est rapidement transformé en sous-royaumes avant de disparaître quand Charlemagne a rebattu les cartes avec un vaste empire ; le royaume de Charles le Chauve, lui, n'a jamais vraiment disparu et, sous des configurations changeantes, s'est maintenu en ce qui est devenu la France. Or Judith a eu un rôle déterminant dans la création du royaume de son fils unique Charles. Alors que le partage de l'empire de Charlemagne devait s'effectuer entre les fils du premier lit de Louis le Pieux, Judith a tout fait pour détruire cet accord ("
ordinatio") jusqu'à obtenir de son époux une part pour Charles. En cela, Judith peut être considérée comme la génitrice de la France. Sous le patronage de son saint préféré, Martin... qui était aussi celui de Clotilde. A croire que Martin sanctifié aurait de la suite dans les idées ?
Judith longtemps haïe par ses beaux-fils et leurs enfants. Publié en 1999, le troisième album de la série "Moi Svein, compagnon d'Hasting", du scénariste Eriamel et du dessinateur Jean-Marie Woehrel, est titré " Pépin II d'Aquitaine". A la mort de son père Pépin Ier d'Aquitaine, Pépin II est reconnu roi d'Aquitaine par ses oncles mais pas par son grand-père Louis le Pieux qui accorde l'Aquitaine au fils de Judith. Cette solide reconstitution montre à quel point Charles le Chauve dut combattre pour réaliser le projet de sa mère.
+ :les trois planches du récit de Pépin II :
1
2
3.
Charles II, roi de Francie. Deux portraits de Charles II le Chauve (843-877), fils de Judith et Louis Ier le Pieux, premier souverain d'un royaume qui deviendra la France [illustrations Wikipédia]. A gauche, enluminure du "Psautier de Charles le Chauve" d'avant 869 ( BnF) A droite, enluminure du Codex Aureus de Saint-Emmeran, vers 870 (bibliothèque de Munich).
+ quatre images de Charles II :
1
2
3
4 (lien).
|
Adrien II, comme le fondateur de Tours, et la reconnaissance devra faire nommer, à l'avenir, cette ville Carlodunum et non plus Caesarodunum"."
Louis II, dit le bègue, succède à son père Charles II comme roi des Francs de 877 à 879. Le royaume est ensuite gouverné brièvement (3 ans) par ses deux fils
Louis III et
Carloman II, puis ce dernier seul. Puis son fils
Charles III, dit le Gros, de 885 à 887, dernier des Carolingiens, puis les Robertiens, Capétiens...
| Vers 471 | (peut-être le 11 novembre 471) Inauguration de la basilique par l'évêque Perpet. |
| En 558 |
Un incendie détruit la toiture qui est rétablie par le roi Clotaire ; l'évêque Grégoire restaure ensuite les peintures murales. [ou 560 ?]
|
| En 630 |
Saint Eloi grâce au concours du roi Dagobert décore de somptueux ouvrages d'orfèvrerie le tombeau de saint Martin, son ancien sarcophage et celui de saint Brice.
|
| Vers 800 |
Nouvel incendie, qu' Alcuin arrête miraculeusement ; certains débris de sculptures sur pierre peuvent relever de travaux de restauration.
|
| En 853 | (le 8 novembre) Les Normands pillent et incendient la basilique ; elle est réparée peu après, mais sommairement : "elle paraissait inférieure à celle des temps anciens". |
| En 903 | (ou 904) Dernière incursion des Normands, on restaure la basilique "avec beaucoup de travail et à grands frais ; son apparence était beaucoup plus brillante que la précédente". |
| En 994 | (994 ou 997 pour certains) Un formidable incendie "détruit la basilique ainsi que 22 églises du voisinage". Une reconstruction totale s'impose. |
SAT, titré "Les basiliques successives de Saint-Martin à Tours")
Marmoutier. On visitait les lieux sanctifiés par la vie du bienheureux ; on puisait de l'eau au
puits qu'il avait creusé de ses mains. On se rendait aussi à
Candes, où l'on conservait le lit de bois sur lequel il était mort. Au milieu de cette foule anonyme, si empressée autour du tombeau de saint Martin, se détachent quelques figures plus illustres de saints évêques, de saints moines, de pieuses femmes. Sainte
Geneviève est la première en date. On voit saint
Germain de Paris aux solennités martiniennes ; viennent aussi à Tours, saint
Bertrand, évêque du Mans, saint Laurien, évêque de Séville, saint Doriat, évêque d'Orléans. Parmi ces pieux pèlerins, il faut rappeler des personnages qui établirent des monastères et sont restés l'objet d'un culte spécial en Touraine : saint Venant, saint Senoch, sainte
Monégonde, sainte
Maure, saint Epain son fils et les frères de ce dernier".
Dagobert, qui régna de 629 à 639, pour sa part, commanda de ses propres deniers à saint Eloi une châsse précieuse.
règle de Saint Benoït. Les moines devenaient chanoines regroupés en un
chapitre très hiérarchisé comportant jusqu'à 200 membres. A lire un
tableau (établi par Hélène Noizet, lien) comparant les modes de vie des chanoines et moines, il est évident que l'on s'éloigne des règles prônées par Martin. Le chapitre va prendre un rôle politique et gérer la Martinopole, réduisant le rôle de l'archevêque. Hélène Noizet, en son livre "La fabrique de la ville, Espace et sociétés à Tours (IXème-XIIIème siècle)" (OpenEditions Books 2019, lien) estime que ce passage de la vie monastique à la vie canoniale a structure ce qu'on appelle aujourd'hui le centre historique ou le "vieux Tours", qui est celui de Châteauneuf et non celui de la cathédrale (
extrait).
Gravure de 1869 montrant les drakkars d'une expédition de vikings.
|
|
|
article de 1961 titré "Le tombeau de saint Martin et les invasions normandes dans
l'histoire et dans la légende" conclut en tirant deux conséquences du pillage de l'abbaye de Saint Martin par les Normands. La première, on l'a vu, est la création de l'enceinte entourant ce qui deviendra "Châteauneuf". "L'autre conséquence des invasions normandes est de portée plus générale et touche de près à l'histoire de notre pays. En 866, à un des moments les plus critiques des invasions normandes, le roi Charles le Chauve avait donné l'abbaye de Saint-Martin de Tours au comte
Robert le Fort qui venait de s'illustrer en infligeant une défaite cuisante aux Normands de la Loire. Mais cette donation ne produisit pas les effets immédiats souhaités par le roi, car Robert le Fort périt quelques mois plus tard à Brissarthe au cours d'une nouvelle rencontre. L'abbaye de Saint-Martin fut alors attribuée à
Hugues l'Abbé, qui devait garder pendant vingt ans cet important bénéfice. Quelques mois après sa mort survenue le 12 mai 886, Charles le Gros la restitua au comte
Eudes, l'un des fils de Robert le Fort, et désormais et pour plus de neuf siècles le titre d'abbé de Saint-Martin devait être porté par les descendants de Robert le Fort. Le comte Eudes, en effet, au moment de ceindre la couronne royale en février 888, après la déposition de Charles le Gros, céda l'abbaye de Saint-Martin à son frère
Robert Ier. A Robert, devenu à son tour roi en 922, mais mort en 923, succédèrent comme abbés de Saint-Martin son fils
Hugues le Grand, puis son petit-fils Hugues Capet. Lorsque celui-ci eut été sacré roi le 1er juillet 987, il conserva cette dignité qui fut désormais unie à la personne royale. C'est ainsi que d'Hugues Capet à Louis XVI tous les rois qui se succédèrent sur le trône de France furent en même temps abbés de Saint-Martin de Tours."
+ le
serment prononcé par quinze rois, de Louis VII à Louis XIV, quand ils recevaient ce titre [
Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996]
+
page commentée par Michèle Prévost de l'
évangéliaire sur lequel ce serment était prononcé [
Catalogue 2016]. Cet ouvrage est considéré comme le trésor de la bibliothèque municipal de Tours, à en croire un
article de "Tours Informations" de février 1987.
866, la mort de Robert le Fort, noble franc, comte de Tours et d'Anjou, comte de Poitou, abbé laïc de Marmoutier et de Saint Martin de Tours, marquis de Neustrie, arrière grand-père de Hugues Capet, à la bataille de Brissarthe contre les Vikings et les Bretons (lien). Auparavant la ville du Mans avait été saccagée. Ensuite Charles le Chauve reconnut au roi Salomon l'indépendance de la Bretagne, mais les Danois du roi Hasting ravagèrent Bourges en 867, Orléans en 868 et Angers en 872.
A droite, en 881, à la bataille de Saucourt en Vimeu, les troupes carolingiennes l'emportent sur les Vikings [ Jean-Joseph Dassy, château de Versailles]. La menace Viking commence à s'estomper, elle échoue en 904 dans son dernier assaut sur Tours, 50 ans après l'épouvantable premier raid de 853.
|
Robert, comte de Paris, devient abbé laïc l'abbaye de Saint Martin à la suite de son père Robert le Fort. Il est élu roi des Francs en 922, sous le nom de Robert Ier, premier des Robertiens. Ce titre d'abbé se transmet ensuite de père en fils chez les rois des Francs puis rois de France, d'abord les
Robertiens, puis les
Capétiens, de Hugues Capet (petit-fils de Robert Ier) à Louis XVI.
Couillard - Tanter 1986 + deux planches sur le passage des Vikings à Tours et aux alentours : 1 2 + article de Christian Theureau "La place de la monnaie de Tours" [ Ta&m 2007] + article de Guillaume Sarah et Philippe Schiesser sur les deniers mérovingiens (vers 700) de Tours (2013).
|
Evolution de la ville de Tours 3/7 : la ville de Martin, Martinopole, devient le château puis Châteauneuf. L'évolution fut lente, du Vème au XIème siècle. A côté de la cité / civitas de l'ancienne Caesarodunum naît une seconde ville, autour de la basilique, appelée couramment le vicus, parfois Martinopolis / la ville de Martin / la Martinopole. Entre 903 et 908, pour se protéger des Vikings, une enceinte fortifiée est construite, le vicus devient alors le castrum, le château. Au cours du Xème siècle, d'épaisses murailles de pierre remplacent progressivement fossés, talus de terre et palissades. A partir du XIème siècle, la ville enserrée par cette enceinte neuve est appelée castrum novum, le château neuf de Saint Martin [Pierre Leveel dans Level 1994]. Châteauneuf allait vivre presque quatre siècles. Autour de la collégiale, sur environ 6 hectares, des espaces libres permettaient aux habitants des faubourgs de trouver refuge lors des alertes. Hélène Noizet a étudié plus précisément la désignation de la ville de Martin du Xème au XIIIème siècle, en un article "De castrum sancti Martini à Châteauneuf [ Ta&m 2007].
| |
|
traité de Verdun en 843 signe l'effondrement de l'unité carolingienne et le début d'un important déclin. Les incursions normandes et de terribles famines (868, 873, 875, 892) aggravent la situation matérielle des populations. De nombreux petits monastères disparaissent. Guy-Marie Oury dans "Histoire religieuse de la Touraine" (1962) : "Cependant les structures ont tenu bon. [...] Les premiers signes du renouveau religieux se manifestent aux alentours de l'année 940 ; ils sont encore timides et lents et ne touchent d'abord que les milieux monastiques, mais saint-Martin et son école ont maintenu un certain niveau culturel dont l'oeuvre littéraire de saint Odon [
Odon de Cluny, formé à Saint-Martin, où il revient mourir en 942] est une preuve incontestable."
Sanctus Odo / Odon, d'abord chanoine de St Martin et archicantor (premier chanteur), puis second abbé de Cluny, premier abbé de Saint Julien de Tours, en l'actuelle basilique, avec aussi son portrait peint (+ image début du XXème siècle). + planche de la BD Chevaliers, moines et paysans, scénario de Florian Mazel, dessin de Vincent Sorel, [La revue dessinée 2019, lien].
|
Léon VII, en 938, écrit "qu'aucun autre lieu, à l'exception de Saint Pierre de Rome n'attire un aussi grand nombre de suppliants de pays si divers et lointains". Et Odon de Cluny : "le monde entier leur enseigne (aux Tourangeaux) le cas qu'ils doivent faire d'un pareil trésor. Toutes les nations l'entourent d'un amour particulier, à tel point que de nos jours où la piété se refroidit pourtant, nous voyons affluer autour de lui des multitudes de gens dont nous ne connaissons même pas la langue. C'est de Martin que l'on peut bien dire : Toute la terre désire contempler son visage. Combien l'empressement de ces étrangers n'accuse-t-il pas notre inertie, à nous, ses voisins ? [...] Enfin, diverses fondations attestent de la permanence de son prestige : Saint Martin la Bataille, par Guillaume le Conquérant, après sa victoire à Hastings en 1066 (et l'abbaye fut peuplée de moines venus de Marmoutier), Saint Martin du Canigou en 1001, l'abbaye du Martinsberg par le roi Etienne, Saint Martin de Liège (titre adopté aux environs de l'an mil par l'évêque Notger)... Dans le
ménologe de Basile II, le Nulgaroctone, avant l'an mil, saint Martin figure parmi les saints de l'église grecque : il est figuré ressuscitant un mort avec la légende : Martinou episkopou Fraggias (= évêque de la France)."
Foulques Nerra (970-1040), à en croire Stanislas Bellanger, dans son ouvrage
LTa&m 1845 : "Chassé de Tours par Eudes, Foulques Nerra y rentra le 25 juillet 994, mit le feu au bourg de Châteauneuf, et l'église de Saint-Martin fut encore victime du désastre.". En une
double page de son livre "La basilique Saint-Martin de Tours" (1986),
Charles Lelong montre que dans les cinquante dernières années du millénaire, la basilique a eu des apparences plus ou moins luxueuses, entre désastres et restaurations coûteuses.
Foulques Nerra ravage la basilique. En 990, le terrible Foulques Nerra s'empare de la ville de Tours et commet un outrage dans la basilique... Chassé par Eudes, comte de Blois, il y revient en 994, mettant le feu au bourg de Châteauneuf et à la basilique de Perpet qui ne s'en releva pas et fut remplacée par celle du trésorier Hervé de Buzençay [ Guignolet 1984] + la planche..
+ sur Foulques le Noir, son sceau et la couverture illustrée d'un livre de 2009.
Foulques Nerra, de Jérusalem à Loches. Après avoir commis des atrocités en Touraine et alentours, Foulques partait faire pénitence à Jérusalem et en revenait revigoré. Il le fit trois fois, en 1003-1005, 1009-1011 et 1036-1039. Le dernier épisode fut le plus mémorable, comme le montrent ces illustrations. A gauche, il se fait flageller (lien) (autre lien sur sa vie). A droite, à quatre pattes, il arrache (arracherait...), de ses propres dents, un éclat de marbre du tombeau du Christ. Cette relique, disparue à la Révolution, a fait la gloire de l' abbaye de Beaulieu lès Loches, à côté de Loches [détail d'un vitrail sur la transfiguration du Christ dans l'église abbatiale de Beaulieu lès Loches, atelier Lobin].
|
comtes et
ducs sont maîtres en leurs territoires.
Tours est la capitale du
comté de Touraine qui va être âprement disputée entre la
maison blèsoise et la
maison d'Anjou. Après plusieurs revirements, ce n'est qu'à partir de 1044 et la
bataille de Nouy / Saint Martin le Beau (
commentaire illustré, lien) que le comté de Tours deviendra pour longtemps un
fief du comté d'Anjou, jusqu'à son rattachement au domaine royal sous Philippe Auguste. On est alors en plein coeur du
Moyen-âge. La population augmente fortement grâce à des innovations techniques, la société se réorganise selon les systèmes de la
seigneurie, les paysans en communautés cultivant la terre pour le compte des
nobles. La
féodalité s'installe, les
chevaliers servent leur
suzerain. Martin est alors considéré comme un chevalier exemplaire, au service de son dieu suzerain...
A gauche, Tours en 976 est possession du comte de Blois, Thibaud Ier, dit le Tricheur, premier comte héréditaire de Blois [lien sur le site des Portes du Temps]. A droite en 987, Tours est possession du comté d'Anjou [Atlas Grataloup 2019], situation encore provisoire...
Voici les plus belles ruines des donjons de Foulques Nerra :
1) Langeais
+ deux gravures :
1 [ LTh&m 1855]
2 [Robida 1892]
+ photo ["Visages de la Touraine" 1948]
+ restitution expliquée par Florian Mazel ["Féodalités", Belin 2010] ;
2) Loches
+ deux vues générales de la ville et de son donjon :
1 en 1699 ["Visages de la Touraine" 1948]
2 ( LTa&m 1845]
+ deux gravures LTh&m 1855 de la ville :
1
2,
+ deux gravures Robida 1892 :
1
2,
+ timbre postal ;
3) Montbazon à 10 km au sud de Tours
+ trois gravures :
1 [ LTh&m 1855]
2 [Robida 1892]
3 ["Visages de la Touraine" 1948]
+ carte postale ;
4) Montrichard, en Touraine avant d'être en Loir et Cher (Foulques Nerra n'avait édifié qu'un donjon probablement en bois, repris en pierres par Thibaud Ier de Blois dit "le tricheur", d"où Montricheur / Montrichard)
+ deux gravures Robida 1892 :
1
2,
;
5) A droite, non loin de la Touraine, la tour carrée de Loudun [photos Wikipédia]
+ gravure [Robida 1892]
+ carte postale.
Signalons aussi le donjon du château de Semblançay, aussi construit par Foulques Nerra. + article 2014 d'Elisabeth Lorans "Les tours maîtresses des 11ème et 12ème siècle".
|
ci-avant), la cape nommera
Hugues Capet, roi élu, (940-996) et les Capétiens, ses descendants. Mérovingiens, Carolingiens, Robertiens et Capétiens se sont servis de l'image et de la popularité de Martin à leur avantage. En son article de 2019, Lucien-Jean Bord rappelle ce propos de
Jean Favier : "Les Capétiens n'oublient pas que leur ancêtre était surnommé Capet parce que, maître de Tours, il avait la garde de la chape de saint Martin. Le centre spirituel du royaume ce n'est pas
Saint-Denis, c'est Saint-Martin de Tours". Châteauneuf est alors "L'enclave royale de Saint-Martin de Tours", comme le titre un
article de Jacques Boussard en 1959. Il y eut toutefois, suite à la mainmise de Foulques Nerra en 996 et davantage à partir de 1044 une "courte durée du pouvoir angevin, qui s'effrite rapidement à partir de la mort de
Geoffroy Martel [fils de Foulques Nerra] en 1060" d'après l'
article de John Ottaway en 1990 titré "La collégiale Saint-Martin de Tours est-elle demeurée une véritable enclave royale au XIème siècle ??".
Chape-bannière. A gauche, images du début du XXème siècle présentant Clovis avec la chape de saint Martin brandie comme étendard + quatre autres images : 1
2
3
4 (lien).
+ une illustration moderne de la cape ["Lettre martinienne" 2007-1].
A droite, extrait d'un document pédagogique de Roselyne Lebourgeois. Hugues Capet est décédé en 996, deux ans après la fin de la basilique de Perpet.
A gauche gravure de Lacoste Aîné, texte de Stanislas Bellanger [ LTa&m 1845], à droite tableau de Jean-Paul Laurens [musée d'Orsay, 1875, Wikipédia]
+ esquisse
+ fiche (lien) de Robert II qui, bien que pieux, reste maudit par le malheur de son excommunication, alors qu'elle n'a, en fait, été qu'une menace assortie de sept années de pénitence..
|
basilique - en fait il s'agit d'une
collégiale - romane de 1014 est attribuée à Hervé de Tours (seul son prénom est sûr), habituellement considéré comme étant Hervé de Buzançais (
présentation du site orthodoxievco.net par Michel Laurencin), trésorier de la basilique qui venait d'être détruite par un incendie. Pierre Leveel dans "Histoire de la Touraine" [CLD 1988] : "Le personnage d'Hervé de Tours (965 ? - 1022) domine le clergé de son temps, et par sa vie spirituelle et par ses réalisations pratiques. La seule certitude sur ses origines est qu'il appartenant, selon
Raoul Glaber, à une noble famille franque : "Comme le lys et la rose naissent au milieu des épines, il naquit dans la famille la plus orgueilleuse du pays". Sur la foi du Chronicon Turonense Magnum, Hervé fut considéré comme le fils de Sulpice de Buzançais, seigneur de Châtillon sur Indre. Une étude plus approfondie (Dom G. Oury, 1961) donne à penser qu'il appartenait plutôt à l'entourage des comtes de Blois, et qu'il fut peut-être l'oncle de Gilduin le "diable" de Saumur [alors probablement frère d'Aénor de Doué]. Hervé fit de solides études sous Abbon, écolâtre de Fleury (Saint Benoït sur Loire) ; attiré par le cloître, ses proches qui avaient pour lui d'autres ambitions, l'établirent chanoine de saint Martin de Tours. [...] Hervé fit reconstruire la collégiale à partir du sol ; l'Europe entière vint l'admirer."
A gauche, en 1014 Hervé de Buzançais fait reconstruire en style roman la basilique incendiée [esquisse et vitrail Lobin de la basilique]. La croix du croisée sur l'armure du chevalier est anachronique, les croisades n'ont pas commencé... Au centre droit, restitution de la basilique romane d'Hervé ["La basilique Saint-Martin de Tours", Charles lelong 1986]. On retrouve cette scène sur un vitrail de l'église de Saint Martin le Beau. L'atelier Lobin a repris d'autres scènes de ses vitraux de la basilique pour les reprendre sur les vitraux de cette église.
A droite, vue axonométrique d'une partie du chevet du XIème siècle ( Ta&m 2007]
+ plan et coupes (schémas de coupe) et décor sculpté ["La basilique Saint-Martin de Tours", Charles Lelong 1986]
+ modillons de corniche de la basilique romane (exposés au musée Saint Martin)
|
cathédrale Saint-Jacques de Compostelle (travaux de 1075 à 1211) ou à la
basilique Saint Sernin de Toulouse (travaux de 1076 à 1096) : longueur totale 102 mètres, nef à doubles bas-côtés, large de 29 mètres, transept de 55 mètres, doté de deux absidioles sur chaque bras ; déambulatoire desservant cinq chapelles rayonnantes ; façade encadrée de deux tours, la tour du trésor (de l'horloge) et le tour Saint Nicolas, avec en élévation deux étages" ["Les basiliques successives de Saint-Martin à Tours", expo
SAT 1984]. On a cru que c'était le premier édifice à avoir un
choeur entouré d'un
déambulatoire à chapelles rayonnantes, mais Charles Lelong l'a contesté en un
article de 1973, repoussant la date du déambulatoire à une reconstruction après l'incendie de 1096. Avec aussi l'édification décalée des tours du transept, la basilique romane a beaucoup évolué durant ses presque deux siècles d'existence.
|
|
|
article de Frédéric Lesueur, 1949, titré "Saint-Martin de Tours et les origines de l'art roman".
A gauche en haut, coupe de la basilique romane au début du XIème siècle, avec sur trait grisé une compraison avec la future basilique gothique, plus grande + comparaison avec les plans des cathédrales d'Orléans, Reims et Toulouse.
A gauche en bas, coupe de la tour Charlemagne dont la construction a été étagée du milieu du XIème siècle (les deux premiers étages en style roman) au XIIIème (le haut gothique).
Au centre, restitution par Cossu-Delaunay 2020.
A droite, le transept roman.
+ deux autres croquis :
1 élévation du XIème siècle, comparée avec celles des cathédrales de Reims, Caen, Toulouse
2 coupe des fondations de l'absidiole d'axe (encore visible en partie dans le sous-sol de l'actuelle basilique).
| ||
Tours et l'eau 1/6 : construction du pont d'Eudes vers 1035. Avant que ce pont soit construit, Tours avait connu des périodes avec et sans pont. Dans une étude titrée "Les ponts antiques sur la Loire" [ Ta&m 2007], Jacques Seigne et Patrick Neury présentent trois ponts en bois, deux sur Tours, un dit de l'île St Jacques au Ier siècle ( restitution), l'autre dit de l'île Aucard, au IVème siècle, le troisième étant 2km en en aval à Fondettes, du Ier siècle. Celui du IVème siècle (qu'a connu Martin, la ville étant alors fermée dans son enceinte) avait remplacé les deux autres (quand la ville était ouverte). Mais depuis la fin du Vème siècle, il n'y avait plus de pont... La construction d'un nouvel ouvrage par Eudes II de Blois, comte de Tours, fut donc un évènement, marquée par une charte solennelle ["Féodalités", Belin 2010].
+ étude titrée " Le pont construit par le comte Eudes II de Blois en 1034-1037" par Henri Galinié [ Ta&m 2007]. Nous ne disposons d'illustrations du pont qu'à partir du XVIème siècle et il est probable qu'il y ait eu plusieurs reconstructions suite aux terribles crues de la Loire. A cette époque il est en pierres et partiellement habité.
+ dossier 2004 "La Loire et Tours du XIIème au XVème siècle" par Hélène Noizet, Nathalie Carcaud, Manuel Garcin.
|
roman au
gothique. Dans son livre "La basilique Saint-Martin de Tours" (C. L. D. 1986) , Charles Lelong souligne la ressemblance avec la
cathédrale de Bourges construite une quinzaine d'années plus tard : "Depuis longtemps, on a relevé des parentés frappantes avec le chevet de la cathédrale de Bourges (1195-2014), avec la différence aisément explicable de chapelles plus grandes à Tours. Outre le plan d'ensemble, les piliers sont très révélateurs de cette filiation". +
page "La reprise du XIIème siècle ["Les basiliques successives de Saint-Martin à Tours", expo 1984]. + deux schémas :
1 (plan géométral)
2 (comparaison avec les églises dites de pèlerinage) ["La basilique Saint-Martin de Tours", Charles Lelong 1986].
Jean-Louis Chalmel s'en souvient ainsi en 1807 : "Elle avait cinq nefs, un transept terminé par deux tours et un double déambulatoire autour de l'abside, avec cinq chapelles. On comptait à l'intérieur 110 mètres... du couchant au levant... 55 mètres d'une extrémité du transept à l'autre... le choeur, depuis le jubé jusqu'au sanctuaire, avait 22 mètres de longueur..." [
SAT 1907]. +
coupe dans la configuration actuelle des rues + quatre articles illustrés de Charles Lelong, 1973-1975 :
1 (le transept)
2 (la nef)
3 (le déambulatoire)
4 (la tour Saint Nicolas). On trouvera de la documentation complémentaire sur ces basiliques romane et gothique dans le chapitre sur les fouilles
ci-après.
1997 et 2015-2020, deux restitutions 3D de la basilique gothique. Depuis 2015, un projet de maquette 3D de la collégiale dans son environnement se développe, Renaissance Virtuelle Saint Martin, ReViSMartin (liens : 1 2 3) ). Le but à terme est, avec un casque de réalité virtuelle, de "se promener dans le passé du XVème siècle". Les deux illustrations ci-dessus et d'autres ci-dessous sont extraites de la vidéo 2020 (9 mn 18 s) + sept autres : 1.
2
3
4
5
6
7.
La présence du cloître terminé en 1519 et celle de l'enceinte de 1360 remplacée vers 1600, ainsi que le bon état montrant que l'on est avant les dommages de 1562, datent cette maquette entre 1520 et 1562, disons 1550. On verra ci-après d'autres images de cette restitution.
Une première reconstitution en trois dimensions avait été réalisée vers 1997 par l'atelier J.I.I.S.S.A. (Jonglerie Informatique, Images de Synthèse, Services en Architecture) : double page dans le colloque 1997 SAT, présentation de Sylvie Pinon.
+ autre restitution ci-après.
coupe Jacquemin complétée ReViSMartin).
Les autres illustrations proviennent du projet ReViSMartin. En bas à droite, les tapisseries de la collégiales, présentes de 1460 à 1790, sont prises en compte dans la reconstitution du choeur + autre vue commentée.
Au centre, le trésorier Hervé dans l'actuelle basilique Laloux. A gauche et à droite, deux vitraux de la baie n°8 de la cathédrale de Tours (sur le transport du corps de Martin de Candes à Tours), en provenance probable de la basilique gothique d'Hervé [photos flickr Philippe_28]. |
|
Raoul Glaber [985-1047], quand le trésorier Hervé "pria le seigneur d'accomplir quelque miracle par l'intermédiaire de saint Martin, le saint confesseur lui apparut et lui dit que les miracles que l'on a vus autrefois devront suffire. Encore au milieu du XIIème siècle, les chanoines se plaignent : "Il arrive rarement, dans nos temps qui deviennent de plus en plus mauvais que Dieu montre sa puissance et opère des miracles...". Ils en sont réduits à célébrer ceux qu'opèrent les reliques de saintes Fare et Agnès transportées à Tours."
écolâtre du chapitre Saint Martin en 1030,
Bérenger de Tours (998-1088) est un théologien, élève du prestigieux
Fulbert de Chartres (960-1028). A la différence de son maître, il eut un enseignement très contesté par les évêques au point d'être considéré comme hérétique par plusieurs conciles. Son esprit d'indépendance faisait la part belle à la raison, comme en témoigne cette citation : "Sans doute, il faut se servir des autorités sacrées quand il y a lieu, quoiqu'on ne puisse nier, sans absurdité, ce fait évident, qu'il est infiniment supérieur de se servir de la raison pour découvrir la vérité". En cela, il est un précurseur de
Pierre Abélard (1079-1142), qui défraya la chronique un demi-siècle plus tard. Il était un intellectuel de haut vol à une époque qui en compte peu, témoignage du rôle culturel de Châteauneuf. Ses propos sur la raison le placent même en précurseur de
René Descartes (1596-1650), né et élevé dans le sud de la Touraine. A propos de Bérenger, on pourra aussi lire cette page du site Cosmovisions.
+
extrait du livre d'Hélène Noizet 2007 "La fabrique de la ville" (lien), sur Bérenger et sa fin de vie au prieuré Saint Cosme.
Trois intellectuels ayant marqué leur époque : Fulbert de Chartres, Bérenger de Tours et Abélard de Paris, chacun avec un livre sous la main ou sous le coude [gravure du XIXème siècle, gravure de Hendrik Hondius l'Ancien 1602, Bibliothèque Sainte Geneviève Paris, Gravure de 1846 de Oleszezinski d'après un dessin de Guilleminot]. A droite, vitrail de la cathédrale de Chartres montrant Fulbert sur son lit de mort, qui désigne du doigt un démon, représentant l’hérésie, qui pousse Bérenger de sa fourche [lien]. Pierre Abélard, poussé par un autre démon, s'était épris d' Héloïse (1092-1164), orpheline étudiante puis abbesse du Paraclet (voir ci-avant).
|
simonie réelle et d'un autre crime plus honteux encore. Le pape
Alexandre II condamna l'évêque élu, sans même l'entendre, et lui interdit toute fonction de son ministère. Bientôt l'archevêque de Tours se rendit à Rome, vers le nouveau pontife,
Grégoire VII [élu en 1073], qui l'accueillit avec bienveillance, leva l'interdit lancé contre lui par son prédécesseur et l'engagea à retourner dans sa ville épiscopale. Raoul reprit ses fonctions, à la grande joie des habitants ; seuls, les chanoines de Saint Martin renièrent son pouvoir, en l'accablant d'injures grossières."
Foulques le Réchin, les Moines de Marmoutier et les évêques suffrageants appuyèrent de leur autorité la rébellion du Chapitre. De son côté,
Amat,
primat d'Aquitaine, excommunia l'Archevêque ; mais ayant vu les soins et l'affection dont le clergé séculier et le peuple l'entouraient, il changea de sentiment à son égard et finit par amener les suffrageants à partager sa manière de voir. Les chanoines de Saint Martin, plus tenaces, refusèrent de rendre les honneurs au primat d'Aquitaine ; il en porta plainte au concile d'Issoudun et obtint que l'anathème fût lancé contre eux. Vers le même temps une autre excommunication atteignit les Moines de Marmoutier qui avaient refusé d'admettre, dans leur église, l'Archevêque de Tours et son clergé."
Urbain II succède au trône pontifical aux Italiens Grégoire VII et
Victor III. A Tours l'Archevêque Raoul II a succédé à Raoul Ier dans le même état d'esprit que sont prédécesseur. Début mars 1096, Urbain II vient à Tours. Il prêche alors, depuis trois mois (
appel de Clermont, 27 novembre 1095) la
première croisade et vient consacrer le grand autel et l'abbatiale de Marmoutier (
article de René Crozet "Le voyage d'Urbain II en France (1095-1096)" 1937). Eugène Giraudet montre qu'il traite aussi des affaires internes de l'archevêché de Tours : "Le 3 mars 1096, le pape Urbain II vint à Marmoutier pour terminer ces différends qui semblaient devoir se perpétuer entre les chanoines de la cathédrale et les moines de Marmoutier ; à cet effet, dit le moine anonyme, le dimanche 9 mars, Urbain, accompagné d'un grand nombre de cardinaux, d'archevêques et d'évêques, se rendit à une estrade préparée sur le rivage de la Loire et là, prononçant un discours en présence d'une foule immense, accourue de toutes parts, il mit en relief les vertus et la conduite des religieux, et condamna les procédés détestables de leurs adversaires, les chanoines de Saint Maurice [cathédrale de Tours]. Enfin, le pape, après avoir proclamé l'innocence des moines et
anathématisé leurs ennemis, déclara que nul ne pourrait les excommunier. Quelques jours après, Urbain II décida par une
bulle datée du 14 mars, qu'à l'avenir l'église Saint Martin ne reconnaîtrait pour chef direct que le souverain pontife, et le roi par son juge ordinaire ; il déclara, de plus, que les religieux ne devaient recevoir personne
processionnellement, à l'exception du pape et du roi ; l'archevêque de Tours ne pouvant prétendre à ce droit qu'une seule fois dans sa vie. Cet ordre formel n'empêcha pas les archevêques de Tours de continuer à revendiquer leurs droits, pendant les siècles suivants, sur le chapitre Saint Martin." ... Nous verrons qu'ils finirent par obtenir satisfaction au XVIème siècle.
+ Lien vers le chapitre "Martinopolis" du livre d'Hélène Noizet 2007 "La fabrique de la ville" traitant des rapports entre le Chapitre et l'Archevêché, avant, pendant et après l'intervention d'Urbain II. Ajoutons qu'après le grand discours du pape à Marmoutier, plusieurs seigneurs s'engagèrent dans la Croisade en prenant la croix des mains du Pontife. Un concile se tint à Tours du 16 au 23 mars 1096. Le comte d'Anjou,
Foulques le Réchin, malgré son ancienne excommunication, y reçut la
rose d'or.
Urbanus II voyageant et prêchant, miniature du "Roman de Godefroid de Bouillon" [XIVème siècle, BnF, Wikipédia] et vitrail Lobin de l'actuelle basilique.
Mars 1096, Urbain II prêche la première croisade à Marmoutier [ LTh&m 1855]. Il n'est pas venu à Tours pour régler des problèmes de chanoines mais dans le cadre de sa grande tournée médiatique pour déclencher une guerre sainte (notion initiée par saint Augustin, qui voulait la mort de Priscillien...). A droite, les grands du royaume, cessant leurs guerres intestines, s'inclinent. Les pauvres, las des famines et des épidémies, s'enflammeront aussi pour cette terre promise. Case de Milo Manara
+ deux planches [ Histoire de France en bandes dessinées, Larousse 1977, textes de Jacques Bastian] :
1
2.
+ carte du voyage d'Urbain II en 1095-1096 mobilisant la chrétienté contre l'occupation des lieux saints par les Musulmans, disciples de Mahomet (570-632) ["Féodalités", Belin 2010].
A propos de croisades, remarquons qu'un comte d'Anjou et de Touraine, Foulques V, devint roi de Jérusalem en 1129/1131, ce qui n'eut guère d'effets sur la vie tourangelle.
|
article de 1990 titré "La collégiale Saint-Martin de Tours est-elle demeurée une véritable enclave royale au XIème siècle ?", John Ottaway conclut en ces termes : "S'il n'existe aucun document pour prouver formellement qu'entre 987 et 1118 le roi n'est plus vraiment abbé dans le sens où il n'exerce aucun pouvoir, il n'existe pas plus de document attestant que le comte d'Anjou se considère comme détenteur légitime ou seulement reconnu de l'abbatiat... Toutefois, tout semble indiquer qu'il y a eu un glissement des pouvoirs abbatiaux aux mains des comtes d'Anjou à partir de 1044. On peut l'expliquer, non seulement par l'emprise de Tours, mais aussi par les relations entre le comte
Geoffroy Martel et le roi
Henri Ier. Le roi, soutenu par les Angevins lors de sa lutte contre les comtes de Blois, aurait récompensé Geoffroy en lui abandonnant l'ensemble des investitures à Tours, et en facilitant le mariage de sa belle-fille
Agnès avec l'empereur
Henri III. Mais la monnaie angevine de Tours reste le témoignage le plus parlant de la courte durée du pouvoir angevin, qui s'effrite assez rapidement à partir de la mort de Geoffroy Martel (1060) ; et c'est précisément dans la décennie suivante que la montée de la classe bourgeoise s'effectue à Châteauneuf. Ce serait seulement vers 1092 au plus tôt et 1118 au plus tard que, soit
Philippe Ier (date de son mariage avec
Bertrade), soit
Louis VI, aurait tenté de récupérer les anciens droits de leur lignée, qui avaient été aliénés. Tandis que la mainmise des Angevins est, en quelque sorte, annoncée par la violation du cloître de Saint-Martin par le comte Foulques Nerra en 996, la récupération capétienne n'entre pas moins dans la catégorie d'une auto-restitution de droits. L'exemple de Saint-Martin de Tours souligne ainsi une des caractéristiques du premier âge féodal : la possibilité d'un décalage important entre un état de droit et un état de fait."
ordres mendiants n'eurent pas de peine à y loger leurs couvents entourés de très beaux enclos.".
Catalogue 2016].
Le tombeau au centre de Châteauneuf. De 1014 à 1360, la basilique d'Hervé se trouve au centre de l'enceinte de Châteauneuf / Martinopole [ Ta&m 2007].
A gauche le tombeau de Martin, premier lieu d'attraction de la basilique, selon une gravure de 1516 ["La vie et miracles de Mgr saint Martin", BmT].
A droite, miracle de "la jeune fille de Lisieux" devant le tombeau [broderie du Musée de Cluny à Paris, d'après un tableau de Barthélémy d'Eyck du XVème siècle, lien].
|
Suger, peu avant sa mort, le cardinal de Pavie,
Adalbert de Prague, chassé de son diocèse et qui vient à pied depuis Mayence. A l'occasion, les papes se rendent à la basilique et à Marmoutier :
Urbain II en 1096,
Pascal II en 1107
[
vitrail Lobin de la basilique],
Calixte II en 1119,
Innocent II en 1130
[
vitrail Lobin de la basilique],,
Alexandre III en 1163
[
vitrail Lobin de la basilique],.
Le roi de France Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion prennent à Saint Martin le bâton de pèlerin avant de partir pour la croisade. Saint Louis y sera reçu en 1227, 1261, 1270 et, à sa mort, recommandera à son fils le culte de saint Martin" Lelong cite aussi des recueils de miracles, des poèmes, des récits légendaires, une généalogie fantastique. "C'est l'époque de nombreuses figurations martiniennes dans la miniature, le vitrail, la sculpture : qu'il suffise de citer le portail de la façade sud de Chartres vers 1220, celui de l'abbaye de Marmoutier peu après ou le cénotaphe de Dagobert à Saint-Denis vers 1263."
Alexandre III, persécuté par
Frédéric Barberousse, chercha un refuge à Tours ; il y fit une entrée solennelle, le jour de la saint Michel. Pendant son séjour, qui dura plusieurs mois, un concile général, tenu dans l'église cathédrale, amena une affluence considérable d'ecclésiastiques. 17 cardinaux, 124 évêques, 414 abbés et un plus grand nombre encore de prêtres, accoururent de tous les pays ; ce qui valut à Tours le surnom de "seconde Rome"." (il s'agit de la réutilisation d'un surnom, déjà signalé, utilisé plusieurs siècles auparavant en quelques autres circonstances). "La cherté des vivres et des loyers devint si grande que le roi
Louis VII, informé du prix excessif de toutes choses, rendit une ordonnance afin que les loyers les plus chers ne s'élevassent pas à plus de 6 livres ; cette somme devait en même temps servir de base pour fixer approximativement les prix des autres objets.".
A gauche, une tête sculptée de la basilique romane de Saint Martin, datée de 1035-1040 (+ article de Charles Lelong 1988). A droite, trois sculptures de la façade de l'abbaye de Marmoutier vers 1220-1230 retrouvées à l'occasion les fouilles archéologiques effectuées par Charles Lelong. Le personnage de gauche pourrait être un élu, celui de droite un diacre. Il y en avait probablement de semblables dans la basilique gothique de Saint Martin élevée quelques années plus tôt [illustrations Catalogue 2016].
+ autres photos de têtes sculptées trouvées à Marmoutier [Lelong 1989] :
1 (un évêque)
2 (un élu, un diacre, un moine et une élue)
3 (deux clercs)
4 (un démon, une damnée, un moine damné)
+ dessins de têtes du XIIIème siècle dans la cathédrale de Tours [ LTh&m 1855].
A gauche le concile de Tours en septembre 1162 [ LTa&m 1845]. A droite, en 1177, le pape Alexandre III et l'empereur romain germanique Barberousse se rencontrent à Ancône pour signer la paix de Venise [ Girolamo Gamberato (1550-1628), Palais ducal de Venise]. On peut imaginer un apparat semblable autour d'Alexandre III à Tours.
|
SAT : "A la ville de Tours, la proximité de Châteauneuf apporte beaucoup. Ses citoyens sont illustres et s'avancent vêtus de pourpre et parés d'or, d'argent, de vair et de petit-gris et de toutes la richesse de la gloire du monde... Leurs maisons, presque toutes pourvues de tours, munies de défenses s'élèvent vers le ciel. La richesse de mets variés orne continuellement leur table... Joyeux et magnificents, hospitaliers, ils rendent honneur à Dieu et aux pauvres. Ils ont construit pour leur patron, le bienheureux Martin, et pour les autres saints des églises avec un magnifique appareil et des voûtes... Nous tenons les Tourangeaux pour des hommes d'une fidélité à toute épreuve, modestes, affables, érudits dans les lettres, sûrs de parole, persévérants dans le travail, bienveillants mais très durs envers leurs ennemis, forts aux armes, réputés pour leur ardeur au combat et aux travaux guerriers, sans jactance dans la prospérité ni abattement dans l'adversité... Quant aux femmes, il me faut avouer la vérité, leur beauté est si grande et si grand le nombre de belles que cela paraît à peine croyable. En vérité, comparées à elles, toutes les autres paraissent laides. Leur beauté est ornée et en quelque sorte rehaussée par leurs vêtements précieux. En les regardant, les yeux sont ravis et la chair frémit, agitée par la passion." On est rassuré par la conclusion de ce brave moine Jean, qui paraît si éloigné de Martin : "Mais pour que tant de biens de la nature, une oeuvre aussi parfaite, ne soient pas gâtés par le vice, elles enferment le trésor de leur beauté dans l'amour de la chasteté, comme une rose revêtue d'un lis."
|
fête des Fous, des Innocents et des Anes. [...] Oubliant les principes du Christianisme, les moines de St Martin, de St Venant, de Marmoutier, de St Julien etc. se prêtaient aux moeurs de leur temps ; ils avaient des
serfs comme des laïques, achetaient des propriétés foncières ou des rentes et recevaient en donation des hommes ou des femmes au même titre que des bestiaux. L'abbaye de Marmoutier et celle de Saint Martin possédaient plus de terres que les hauts barons du royaume et avaient plus de richesses en or et en pierreries que ne valaient les terres du roi. Il est curieux de remarquer que ce sont les abbayes qui ont maintenu en servitude les derniers serfs de la Touraine (1294)."
Fête des fous, gravure de Pieter Van der Heyden, en 1559, d'après Peter Brueghel.
+ miniature représentant deux scènes de charivari [début XIVème siècle, Maître du Roman de Fauvel].
|
Le majestueux prélat que Martin n'a jamais été. On a déjà vu qu'à son époque la mitre et la crosse n'existaient pas ( ci-avant), on a surtout vu que Martin vivait comme un moine ascétique (cf ci-avant l' image de l'acteur du téléfilm d'Arte 2016) , critiqué par ses collègues évêques pour ses tenues misérables indignes d'un évêque. Alors comment se fait-il qu'il soit souvent représenté dans des habits luxueux, avec des pierres précieuses et des insignes dorés ? Dans son livre Verrière 2018, Jacques Verrière tente une explication. Serait-ce à partir des révoltes albigeoises (1209-1229) pour lutter contre la simplicité et l'ascétisme des hérétiques trop proches de Martin ? La première illustration qui suit, montrerait que cette tendance très généralisée serait antérieure.
1) Pontifical à l'usage de Mayence, avant l'an mille, l'archevêque de Mayence en prière devant Martin [ BnF, Maupoix 2018]
+ miniature d'un sacramentaire du Mont Saint Michel vers 1065 [New York, The Pierpont Morgan Library, lien].
2) Vitrail de la cathédrale de Chartres, XIIIème siècle (Martin ressuscite un enfant).
3) statue de l'église de Marmagne en Saône et Loire [flickr Odile Cognard]
4) Vitrail de l'église de Thilouze, atelier Lobin 1872 [ Verrière 2018]
5) tableau d'origine tourangelle de la cathédrale de Tours, chapelle Saint Michel (Martin prêchant à Marmoutier) [ Maupoix 2018].
6) Statue de l'église de Saint Martin d' Aoste en Italie [ Semur 2015].
vitrail de Paul Monnier [1946, église de Vollèges en Suisse [flickr Jean-Louis Pitteloud]. Et sur ce tableau de Giosuè Carducci un ange évoque le devenir du soldat partageur (lien).
Inversement, l'évêque est reconnu comme étant Martin lorsqu'il est associé aux armes d'un soldat, comme sur ce tableau de Giuseppe Menegoni [1814, lien].
|
Henri II Plantagenêt hérite du comté d'Anjou auquel est rattaché la Touraine. Un an plus tard, à Poitiers, il se marie avec
Aliénor d'Aquitaine, duchesse d'Aquitaine, ancienne reine de France séparée de son époux
Louis VII. En 1154, Henri II devient roi d'Angleterre. La Touraine n'est désormais plus directement dépendante du royaume de France, elle est anglaise, dans un vaste royaume qui s'étend de l'Ecosse au Pays Basque. Jusqu'en 1205, durant 54 ans. Chinon fut une de leur résidence favorite. Pierre Leveel dans "Histoire de la Touraine" [CLD 1988] : "Les grands travaux d'Henri Plantagenêt en Touraine furent ordonnés dans la première moitié de son règne, période pendant laquelle il fit preuve de pondération, malgré des sautes d'humeur et quelques terribles colères. A Chinon, il fit terminer le pont sur la Vienne [...] A Tours, Henri se montra prudent, parce que le sanctuaire martinien était sous la protection directe, et assez vigilante, du roi de France [Philippe Auguste s'y rendit en 1180] Par contre, il est sûr qu'en tant que comte de Touraine, il voulut renforcer son emprise sur le
château de Tours". Il élargit aussi, après 1150, les limites de la Cité, en élevant des remparts plus à l'ouest (zone 1 sur ce
plan de
Guignolet 1984).
L' empire plantagenêt vers 1190. et le royaume de France à l'avènement de Philippe Auguste en 1180 et à sa mort en 1223 (lien).
|
A Chinon, la chapelle de la reine martinienne Radegonde, bru de Clovis, recèle une fresque exceptionnelle, découverte en 1964, montrant la famille royale Plantagenêt à la chasse. Elle date de la fin du XIIème ou début du XIIIème siècle. Henri II est certainement en tête, suivi possiblement de sa fille Jeanne, de son épouse Aliénor et de ses fils Richard Coeur de Lyon, tenant un faucon, et Jean sans terre [lien vers une étude du site "Les portes du temps" avec cette remarque de Michel Garcia : "la peinture murale décrit délibérément l'instant dramatique où la reine prend congé de ses terres et de ses enfants, et souligne l'affection et l'admiration que ces derniers lui vouent"]. + analyse de Florian Mazel ["Féodalités", Belin 2010].
Henri et Alienor, de la tendre danse des amoureux, sous la galanterie de l' amour courtois (très prisé à la cour d'Aliénor, liens :1, 2), à la violente scène de ménage [illustration de Maurice Pouzet, dans le livre "Henri II Plantagenêt" (1976) et case du volume 6 de la bande dessinée "Aliénor, la légende noire", présentée ci-dessous] + la demi-planche
Aliénor et Poitiers Vitrail d'Auguste Steinhel 1879 dans l'hôtel de ville de Poitiers (liens : 1 2 3). Aliénor d'Aquitaine s'est mariée avec Henri en 1152 à Poitiers et, là, en 1199, elle confirme devant les échevins la charte de la commune.
+ zoom arrière du vitrail [ph. Augustin Audouin].
|
Thomas Becket, l'arrivée d'une maîtresse,
Rosemonde Clifford, et les dissensions entre leurs enfants, les époux se déchirèrent. Soutenus par la mère, les enfants se rebellent contre le père, qui se réconcilie avec eux et emprisonne Aliénor. Tout cela affaiblit le royaume anglais et permet au jeune roi de France Philippe Auguste d'entreprendre une reconquête qui sera victorieuse. Henri II, finalement vaincu par ses fils, meurt à Chinon en 1189,
Richard Ier Coeur de Lion lui succède jusqu'en 1199, puis
Jean sans Terre, alors qu'Aliénor, ayant retrouvé un rôle politique important, meurt en 1204.
Thomas Becket, archevêque de Canterbury, béni par Martin, première version en une enluminure de psautier allemand vers 1225 [New York, The Pierpont Morgan Library, lien], deuxième version en un tableau du Pérugin vers 1498 [lien].
L'entrevue de Fréteval. Le 22 juillet 1170, près du château de Fréteval dans le Vendômois, se tient la rencontre des deux époux d'Aliénor d'Aquitaine, Henri II roi d'Angleterre et Louis VII roi de France, en présence de Thomas Becket, archevêque représentant le pape, alors fâché avec Henri et exilé en France [atelier Louis Gouffault d'Orléans 1933, église de Fréteval]. Cette entrevue, en un lieu ensuite nommé "le pré aux traitres", se termine sans le "baiser de la paix", engagement suprême à l'époque.Thomas Becket sera assassiné quelques mois plus tard, le 29 décembre 1170. + article 2013 La NR.
+ page Nhuan DoDuc de vitraux sur Thomas sanctifié.
1189 : la Touraine dernier champ de bataille d'Henri II Plantagenêt. Ci-dessus, juste après la prise de Tours, près de Ballan (à 15 km au sud-ouest de Tours) + planche [sixième et dernier tome de "Aliénor, la légende noire" dans la série "Les reines de sang", scénario de Arnaud Delalande et Simona Mogavino, dessin de Carlos Gomez, Delcourt 2017].
Peu après, suite à leur victoire à la bataille d'Azay le Rideau, entre Tours et Chinon, résidence royale, Richard Coeur de Lion, fils du vaincu, et Philippe Auguste se congratulent devant, probablement, le clergé de Tours + planche [ Histoire de France en bande dessinée, texte Pierre Castex, dessin Raphaël Marcello, Larousse 1979]
1190 : dans la cathédrale de Tours, Richard Coeur de Lion prend le bourdon et l'écharpe avant de partir en croisade [ LTa&m 1845]. A la même époque, un chevalier pèlerin, parmi d'autres, a pris le bourdon dans la basilique avant de partir en Palestine, Jean de Brienne. Il devint roi de Jérusalem puis empereur latin de Constantinople. + gravure LTh&m 1855.
|
Philippe Auguste, fils de Louis VII, roi de France depuis 1179, et son vassal le nouveau roi d'Angleterre Richard Ier Coeur de Lion s'entendent pour un statu-quo en Touraine, la prise de Tours par le roi de France perd son effet, Tours et sa basilique retournent du côté anglais. Pour treize années durant lesquelles tous deux partent en croisade, Richard se décidant en la cathédrale de Tours. Pierre Leveel : "L'archevêque lui impose le
bourdon et l'écharpe, insignes de son pèlerinage vers Jérusalem ; ce prélat, Barthélemy de Vendôme, avait présidé aux obsèques d'Henri de Plantagenêt en l'
abbatiale de Fontevraud [à côté de Candes] ; il était conseiller de la famille royale anglo-angevine". Richard part alors trois ans dans la
troisième croisade puis passe deux années en captivité, sa mère Aliénor d'Aquitaine rassemblant péniblement une forte rançon. A son retour, Richard reprend les choses en main, bat Philippe Auguste à la
bataille de Fréteval dans le Perche (aujourd'hui Loir et Cher) et lui reprend Loches. Il le bat à nouveau en 1198 et meurt soudainement en 1199, atteint par une flèche d'arbalète au
siège de Châlus dans le Limousin. Son frère Jean sans Terre lui succède.
Fontevraud à deux pas de Candes. L' abbaye de Fontevraud, est située sur la commune de Fontevraud l'abbaye, limitrophe de celle de Candes Saint Martin. En venant de Candes à pied, en traversant les bois, on débouche sur le côté nord de l'abbaye avec un point de vue parfait (photo de gauche).
En 1154 Henri et Aliénor confièrent leurs enfants Jeanne et Jean à cette abbaye, qui régulièrement bénéficia de leurs largesses. En 1189, Henri y est enterré pour être décédé non loin, à Chinon. Aliénor en fait ensuite la nécropole familiale. On y trouve les gisants de Henri et Aliénor (photo de droite), de leur fils Richard Coeur de Lion et de leur bru Isabelle d'Angoulême (épouse de Jean sans Terre) + photo des quatre gisants.
+ vue du sud de l'abbaye par Louis Boudan 1699
+ vue du nord un peu postérieure (lien).
|
Arthur [neveu de Henri II] qui est en conflit avec Jean sans Terre. Arthur va faire le siège de Mirebeau en Poitou, mais il est surpris, le 30 juillet, par une armée conduite par Jean sans Terre et Guillaume des Roches et il est fait prisonnier. Arthur est assassiné à Rouen en avril 1203. Jean sans Terre est condamné par la Cour des Pairs du royaume de France qui prononce la confiscation de ses biens. Dès mars 1203
Guillaume des Roches a rallié le roi de France Philippe II Auguste avec la plupart des seigneurs Angevins et Poitevins. Le Lieutenant de Jean sans Terre à Tours, Hamelin de Roorte, s'enfuit de la ville. Pendant l'été et l'automne 1203, la ville change de mains à plusieurs reprises, contrôlée par les partisans de Jean sans Terre ou ceux de Philippe Auguste, Guillaume des Roches et
Sulpice III d'Amboise. Les deux parties de la ville, la Cité et Châteauneuf subissent incendies et déprédations.
Pendant ce temps Philippe II Auguste s'empare de Saumur et de Loudun puis il établit une solide garnison à Tours."
Château-Gaillard en mars 1204 décante la situation, la Normandie est désormais contrôlée par le roi de France qui peut alors se consacrer à la Touraine, l'Anjou et le Poitou. L'armée de Philippe II Auguste est conduite par Guillaume des Roches et
Aimery VII de Thouars. Philippe Auguste et ces deux chefs doivent mettre le siège des places de Loches et Chinon qui sont défendues respectivement par
Girard d'Athée et
Robert de Turneham. Seul le fort avancé du château de Chinon est conquis à la fin de 1204. Pendant l'hiver Guillaume des Roches reste devant le château de Chinon tandis que
Dreux de Mello poursuit le siège de Loches. Philippe Auguste revient en Touraine au printemps de 1205 pour assister à la prise de Loches puis à celle du château de Chinon qui est alors défendu par
Hubert du Bourg. La conquête de la Touraine entière est alors consommée. Jean sans Terre renonce à cette province lors de la trêve du 26 octobre 1206, il renonce également à la Normandie, la Bretagne, l'Anjou et le Maine". C'est progressivement de 1190 à 1204 que Philippe Auguste est passé du statut de roi des Francs (rex Francorum) à celui de roi de France (rex Franciae), ce que l'on peut considérer comme la naissance de la France.
1203 : la prise de Tours par Philippe Auguste (porte sud-ouest, la garnison anglaise est vaincue "Saint Simple"), miniature de 1460 du Tourangeau Jean Fouquet. C'est la plus ancienne représentation connue de la basilique + analyse par Henri Galinié dans Ta&m 2007 ["Grandes chroniques de France" 1460, BnF]. Remarque : on ne sait pas si cette scène est celle de la prise de la ville en 1189 ou en 1203. Pour Pierre Leveel, dans son "Histoire de la Touraine" de 1988, "il s'agit plutôt de l'entrée du dauphin Charles, futur Charles VII, après la reddition de 1418". L'escalade des remparts avec des échelles montre que la prise n'a pas été facile, ce qui correspondrait à 1203...
|
Girard d'Athée, probablement seigneur d'
Athée sur Cher. Celui-ci confia la garde du château de Tours à Guillaume le Batillé son meilleur lieutenant, qui fit remettre en état l'appareil défensif. La conquête des places tourangelles par Philippe-Auguste demanda encore deux ans d'efforts." Tours retourna dans le royaume de France sans nouveau combat en 1205, après les prises de Loches et Chinon. Girard d'Athée fut le dernier seigneur tourangeau à défendre la cause des Plantagenêts. Fait prisonnier au siège de Loches, il obtint sa libération par paiement d'une rançon, gagna l'Angleterre avec sa famille et fut le gouverneur des châteaux de Gloucester et de Bristol. Selon Pierre Leveel, il apparaît qu'à Tours les batailles se concentrèrent sur le château de Tours, au centre, davantage que sur les remparts de Châteauneuf, à l'Ouest, et de la Cité, à l'Est. [
LTh&m 1855]
Solides soutiens du roi : les chevaliers bannerets de Touraine. Les chevaliers bannerets apparaissent sous Philippe Auguste. Ce titre permettait aux chefs d'armées de regrouper leurs troupes sous leurs bannières et armoiries. Dans la première promotion des "bannerets" nommés par Philippe Auguste en 1213, les seigneurs de Touraine sont nombreux :
Sulpice III d'Amboise,
Pierre II Savary (seigneur de Montbazon et Colombiers (Villandry)),
Guillaume III de Pressigny [de Sainte-Maure],
Barthélemy de Bossay [de Grillemont],
Barthélemy II de l'Isle Bouchard,
Josselin de Champigny [de Blou],
Jean d'Alluyes (seigneur de Chateau la Vallière),
Robert de Pernay,
Robert de RocheCorbon [de Brenne],
Hugues de La Haye,
Hugues de Fontaines (seigneur de Rouziers),
Eschivard II Baron de Preuilly ("premier baron de Touraine"),
Guillaume et Herbert Turpin de Semblancay,
Pierre Achard de Pommiers (près Chinon),
Le seigneur de Saint Michel sur Loire,
Hugues Ridel seigneur d'Azay (le Rideau),
Guillaume seigneur d'Azay sur Cher,
Dreux de Mello, Gouverneur de Loches,
Josselin II de Champchevrier.
+ combat lors d'un tournoi entre chevaliers
+ armoiries des chevaliers bannerets [ LTh&m 1855].
+ cinq images de chevaliers bannerets :
1 (lien,
variante)
2 [ Félix Emmanuel Philippoteaux]
3
4
5.
|
Pierre Charlot comme trésorier (1217-1231) ; lui succédèrent Archambaud, peut-être de la famille des Bourbons, puis
Philippe de Castille, fils de
Ferdinand III, roi de Castille et de Léon ; en 1215, la collégiale se fit octroyer certains des biens confisqués aux fidèles des Plantagenêts. Donc de grands personnages, de puissantes relations et des ressources renouvelées."
|
|
| |
| |||
Saint Louis et saint Martin réunis, symboles de la relation étroite entre la monarchie française et l'abbaye Saint Martin (lien). A gauche, Louis et Martin en armures, vitrail dans la chapelle du collège Radley en Angleterre [flickr Rex Harris].
Au centre, Louis en 1227, avec sa mère Blanche de Castille, en la basilique (Louis IX y est revenu en 1261 et 1270)
A droite, Martin évêque et Louis roi, vitrail de l'église de Thilouze, en Touraine, aussi de l'atelier Lobin.
Ci-dessous, Louis IX roi et saint / sanctus Ludovicus Rex dans l'actuelle basilique.
|
article de 1961 dans la "Revue d'histoire de l'Église de France" présente la fonction de trésorier, rappelons-nous qu'Hervé bâtit la basilique en 1014 : "Il est de plus en plus évident que le trésorier est un grand personnage et que cette charge conduit ses titulaires à des honneurs plus considérables, c'est-à-dire à l'épiscopat :
Henri de France [futur évêque de Beauvais puis de Reims], Renaud de Mouzon,
Rotrou du Perche [futur évêque de Châlons en Champagne], sans doute
Robert de Mehun [futur évêque du Puy], enfin
Pierre Charlot [futur évêque de Noyon], deviennent évêques après un bref passage à Saint-Martin. Surtout, il est visible que, pendant le long règne de Philippe Auguste, le roi considère la charge de trésorier comme un bien de famille qu'il réserve à ses proches parents. C'est certainement un office lucratif et honorifique dont on dote les cadets de la famille royale ou ses alliés, en attendant qu'ils puissent être promus à des sièges épiscopaux, toujours situés d'ailleurs dans le domaine royal et réservés depuis un temps immémorial à la collation du roi. Malheureusement, l'état de la documentation ne nous permet pas toujours de saisir les rapports qui existent sûrement entre le roi et le trésorier, mais chaque fois que nous pouvons avoir une certitude, nous constatons que ce rapport est étroit. Après Pierre Charlot, se succèdent Archambaud, qui ne nous est pas connu par ailleurs, mais qui porte un nom fréquent dans la famille de Bourbon,
Philippe de Castille et Raoul. [...] Simon de Brion, ou de Brie, ou de Brienne, successeur de Raoul, nous est mieux connu. Il devint chancelier de France, cardinal et pape sous le nom de Martin IV, en 1281; le nom de Martin qu'il prit pour exercer le souverain pontificat, fut choisi par lui en souvenir de son passage dans l'abbaye tourangelle. Il eut pour successeur dans la charge de trésorier,
Simon de Nesle [futur évêque de Noyon puis de Beauvais], qui devait devenir évêque de Beauvais. A la fin du XIIIème siècle, la dignité de trésorier est tellement appréciée que
Philippe le Bel le confère à son cousin
Philippe, fils du roi de Majorque, âgé seulement de seize ou dix-sept ans, qui va la conserver jusqu'à sa mort, en 1341."
+ Lien vers le chapitre "Le trésorier de Saint-Martin au XIIème siècle, l’interface entre le comte, le roi et les bourgeois" du livre d'Hélène Noizet 2007 "La fabrique de la ville".
Commune de Tours 2/5 : révoltes bourgeoises contre l'autorité du chapitre.
Cossu-Delaunay 2020 : "Maître de la cité, Philippe Auguste exerce sa châtellenie à travers l'action d'un prévot plus tard remplacé par un bailli. Secondé par des sergents, il exerce au nom du roi les rôles de juge, d'enquêteur, de receveur fiscal et d'inspecteur des marchés. Mais cette autorité est fortements contestée par les autres châtelains qui s'appuient sur la tradition et les textes anciens pour revendiquer des droits féodaux sur telle ou telle partie de l'espace public. Aussi le roi doit-il composer avec l'évêque, le trésorier de Saint Martin et l'abbé de Saint Julien. Il réussit cependant à étendre sa domination sur les espaces ruraux, renforçant le rôle directeur du centre urbain où sont regroupés ses hommes de confiance. Via l'autorité d'un capitaine, les Capétiens assurent la défense de la ville."
Et c'est alors que les bourgeois de Châteauneuf veulent une part du pouvoir.
Guy-Marie Oury, dans son article "L'église de Tours au XIIIème siècle" ("Histoire religieuse de la Touraine", 1975) : "Après une succession d'efforts infructueux, de révoltes, de conflits, le bourg de Châteauneuf se retrouve dans la seconde partie du XIIIème siècle complètement soumis au chapitre et administré par les officiers de celui-ci ; les insurrections de 1212 et de 1231 n'ont abouti qu'à réduire à néant l'indépendance de la ville ; elles ont eu pour résultat effectif un véritable asservissement des bourgeois ; les nouveaux différends surgis en 1247 et 1260 ne modifient pas la situation ; la longue lutte pour les franchises municipales et le contrôle des revenus du pèlerinage a illustré de manière péremproire la puissance du chapitre dont le roi porte le titre d'Abbé. Privés des organismes qui ont servi à préparer leurs tentatives d'émancipation, les bourgeois songent à tirer parti de la Confrérie Saint-Eloi, une association pieuse dont les buts avoués sont d'ordre religieux ; en 1305 les conjurés proclament le rétablissement de la commune et s'insurgent à main armée ; Philippe le Bel les condamne à une forte amende dont ils ne semblent pas avoir pu s'acquitter tant elle était lourde ; l'histoire municipale de Tours ne reprendra qu'en 1356 à la faveur de la guerre avec l'Angleterre, et d'un projet d'enceinte commune pour les deux villes soeurs"
1267, apparition des bourgeois de Tours. Environ un siècle avant cette réunion, vers 1360, sous des remparts communs des deux villes jumelles de la Cité épiscopale et de Châteauneuf, c'est en 1267 qu'un écrit mentionne les "bourgeois de Tours" réunissant sous un même vocable les bourgeois citéens (de la cité) et les bourgeois de Châteauneuf. Bernard Chevalier en son "Histoire de Tours" (1985) le signale en estimant que désormais "il existe déjà un seul patriciat tourangeau".
Début en Commune 1/5,
suites en 3/5
4/5
5/5.
|
Martin IV, pape tourangeau dans la tourmente de la fin du XIIIème siècle Né vers 1215 à
Andrezel, dans la Brie, Simon de Brion de Chapteuil (ou Simon de Brie), de petite noblesse, fait de solides études à Tours et entame une brillante carrière qui le conduit à être archidiacre et trésorier à Rouen, de 1248 à 1255. Il revient à Tours en 1256 et devient trésorier du chapitre de St Martin, lointain successeur d'Hervé de Buzançais. En 1260, le roi de France
Louis IX (saint Louis) le nomme
chancelier de France et en décembre 1261, le pape
Urbain IV, français originaire de Troyes, le nomme cardinal. Il devient ambassadeur papal dans diverses affaires, jusqu'à son élection à la magistrature catholique suprême en 1281. Inspiré par Martin de Tours, il prend le nom de Martin IV. La période est troublée, son élection a été difficile, obtenue par le soutien appuyé de
Charles Ier d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, dont il se fera le partisan, attirant l'adversité du clergé italien. Il fut un pape n'ayant jamais mis les pieds à Rome durant son pontificat. Après les déboires de Charles d'Anjou avec les
Vêpres siciliennes en mars 1282, la situation se tend, il est considéré comme un pape partisan abusant des excommunications, essayant en vain de prêcher une croisade contre le roi
Pierre III d'Aragon, adversaire de Charles d'Anjou. Il meurt en 1285, trois mois après l'angevin. Martin IV lança la canonisation de saint Louis. Anecdote : les papes Martin II et Martin III s'appelaient en réalité
Marin Ier et
Marin II ; il y eut un
Martin Ier (pape de 649 à 653) et un
Martin V (de 1417 à 1431), eux aussi en l'honneur de Martin de Tours.
Martin IV. Illustration en 2ème position : alors cardinal de Brion, il prêche la croisade devant saint Louis qui y trouvera la mort en 1270 [Chroniques de saint Denis, Wikipédia]. A droite, case de Couillard - Tanter 1986 + la planche.
+ gravure LTh&m 1855.
|
page de Wikipédia. Reflets de l'importance cultuelle de la ville, ils eurent lieu en 461, 567, 813, 1050, 1096, 1163, 1236, 1282, 1510 et 1583. Eugène Giraudet a des dates différentes, les 5ème, 6ème et 7ème étant datés de 1233, 1239 et 1282. Celui de 1233 (ou 1236 ?) voyait l'Eglise s'immiscer dans la vie de chaque foyer [Eugène Giraudet] : "Dans le but de faciliter l'exécution de la volonté des mourants, les testaments seront remis dans les dix jours suivant le décès entre les mains de l'évêque ou de l'archidiacre des lieux" et "Les bigames sont infâmes, morts civilement, et condamnés à être fouettés publiquement, puis exposés au
pilori". Cela devait être pire pour les trigames... Nous ne sommes pas sortis de ces interdictions, la
polygamie et la
polyandrie sont toujours interdites dans la plupart des pays. +
double-page où Eugène Giraudet énonce d'autres interdictions, notamment à l'encontre des Juifs.
chantre, l'
écolâtre, le sous-doyen et l'
aumônier, constituant le groupe des six prieurs. "Suivent le
chambrier, l'abbé de Cormery, le prieur de Saint Côme et, à un moindre degré de dignité, le
sénéchal, le sous-écôlatre, le
Chévecier, le soupletier, le sous-chantre et quelques autres. Rangeons aussi dans cette élite les prévôts, gérants ou plutôt fermiers des biens du chapitre. [...] Au total, on peut estimer que le chapitre de Saint Martin compte au moins cent soixante clercs [...] auxquels s'ajoute tout le personnel de service. C'est donc véritablement un peuple qui se concentre dans le "cloître", ce quartier qui forme une petite ville close au coeur de Châteauneuf de Saint Martin." [Bernard Chevalier, colloque 1997]. Cette organisation du chapitre ne varia guère du XIIIème siècle jusqu'en 1790. Hélène Noizet en fait une analyse en son livre "La fabrique de la ville" (2007, page)
+ trois extraits :
1 (le doyen, avec liste)
2 (le trésorier, avec liste)
3 (leurs rapports)
4 (l'écolâtre).
états généraux de Tours de 1308 sont convoqués par le roi de France
Philippe IV le Bel. Dans l'affaire des
Templiers, il obtient des délégués une déclaration lui donnant raison contre le pape
Clément V, pour le cas où celui-ci tenterait de défendre ces religieux-soldats qui dépendent de son autorité.
Pour éliminer les Templiers, Philippe le Bel mit en place une intense opération de propagande. Peu après les états généraux de Tours en mai 1308, les dignitaires templiers parmi les plus importants furent emprisonnés à Chinon, dans le tour du Coudray, où ils laissèrent des graffitis [illustration de gauche + relevé par Raymond Mauny 1973, lien].
Trois ans plus tard, en 1311, se tint le concile de Vienne, où Clément V ( tiare), Philippe le Bel (couronne) et les accusés (croix rouge des Templiers) se confrontèrent [illustration de droite, miniature du Maître de Boucicaut, BnF].
|
|
article 2020
La NR] : "En mai 1321, le roi de France,
Philippe V le Long, fait étape à Chinon. L’époque, celle des rois maudits, est trouble. A son arrivée, la rumeur monte : les lépreux, avec la complicité des Juifs, empoisonneraient les puits. Le roi prend la fuite ; c’est le début de massacres antijudaïques à travers le pays. Le 27 août, 160 Juifs de Touraine, du Poitou et d’Anjou sont amenés à Chinon pour y être brûlés vifs. Parmi eux, huit habitants de la ville. Le bûcher est dressé sur une île de la Vienne, loin des maisons de bois. Les habitants du quartier juif sont expulsés."
Cette hostilité des Catholiques envers les Juifs est ancienne et plus ou moins agressive, selon les époques. Ainsi, Grégoire de Tours raconte qu'un archidiacre, Léonaste, perdit sa guérison obtenue devant le tombeau de Saint Martin à cause d'un guérisseur juif,
récit,
vitrail Lobin de la basilique).
A gauche deux lépreux se voient refuser l'entrée dans une ville [ Vincent de Beauvais, XIVème siècle]. A droite illustration d' Emile Schweitzer 1894 représentant le massacre des habitants Juifs de la ville de Strasbourg en 1349. Ce sont des illustrations de la page "Peur des lépreux de 1321" et de la page "Accusation d'empoisonnement des puits contre les Juifs".
+ sur Strasbourg 1349, deux tableaux :
1 [ Eugène Beyer, Musée historqiue de Strasbourg, lien]
2 [ Frédéric Théodore Lix, vers 1870, Musée alsacien]
|
peste noire de 1347-1352.
Eugène Giraudet traite le sujet dans le 1er tome de son "Histoire de la ville de Tours" (1873, lien), avec une disette en préambule : "Il tomba une si grande abondance de pluie, en 1346, que la Loire et le Cher débordés, ruinèrent toutes les récoltes. Les magistrats de la cité, malgré le prix si élevé du grain, se virent dans la nécessité d'en ordonner des achats considérables ; ils contraignirent en outre les couvents de Marmoutier, de Grandmont, etc., à venir en aide aux habitants en donnant du blé et autres comestibles. Cette disette ne tarda pas à dégénérer en une épouvantable famine ; puis comme si le ciel et la terre, disent les chroniques, eussent conjuré contre la France pour la ruiner de fond en comble, une pestilence horrible (peste noire) affligea étrangement la population (1348). L'épidémie atteignit Tours, alors que de longues processions, quittant le Poitou envahi par la maladie, arrivaient en pèlerinage se mettre sous la protection du tombeau de saint Martin."
Le fléau de la peste. A gauche, la peste à Tours ; au fond la cathédrale avec ses deux tours non terminées [ LTa&m 1845].
A droite, tableau de Louis Duveau, 1849, "La peste d'Elliant" [Musée des Beaux-Arts de Quimper]. Elliant, commune bretonne, a été ravagée par une épidémie de peste en 1349 ou au XVème siècle. Une mère emporte au cimetière les corps de ses neuf enfants, le père devenu fou la suit (d'après chanson traditionnelle).
+ tableau dit la peste d'Asdod sur la peste de Justinien à Constantinope en 541 [ Nicolas Poussin 1631, Le Louvre]
+ miniature sur la peste de noire de Tournai en 1349.
|
page Wikipédia] ; nous savons cependant, par une charte de 1357, que la Touraine fut moins éprouvée que les autres contrées en général. Le calme et l'abondance revinrent en 1352. [...] Mais le fléau pestilentiel reparut quelques années plus tard (1362)". Ces propos de Giraudet sont transcrits en mars 2020, lors du confinement du covid-19, 672 ans plus tard...
inquisition créés par la Papauté, pour arrêter le progrès de l'hérésie et livrer aux flammes ceux qui en étaient convaincus, depuis le puissant évêque jusqu'au plus humble moine de couvent. Les Dominicains ou Jacobins après avoir commencé par brûler les écrits condamnés, brûlèrent leurs auteurs. [...] On voyait encore, il y a quelques années, dans les immenses caveaux des Dominicains ou Jacobins, situés près de la place Foire le Roi, de nombreux débris d'appareils de torture, destinés au supplice de ceux qui avaient encouru le terrible justice de ce tribunal. Ces instruments affreux étaient réservés aux hommes ; quant aux femmes, on se contentait de les enterrer vivantes.". J.-M. Vidal, dans un
article de 1902 traite le cas du procès de Hervé de Trevalloet (la Bretagne étant rattachée à l'archevêché de Tours) dans une "affaire d'envoûtement au tribunal d'inquisition de Tours" en 1335-1337.
Evolution de la ville de Tours 4/7 : l'unification des deux cités en une seule commune.
Au sortir de cette période sombre, la Cité et Châteauneuf purent enfin être réunies sous une même enceinte, ce qui fut logiquement précédé par la création d'un gouvernement commun.
|
Commune de Tours 3/5 : 1355, une ordonnance royale réunit les deux cités tourangelles. L'ordonnance promulguée à Beauvais par le roi Jean II le Bon, le 30 mars, rendit définitive la réunion de la ville de Châteauneuf à l'antique cité de Tours, aussi appelée métropole (par ses fonctions organisationnelles épiscopales). Outre l'édification d'une enceinte commune, l'ordonnance définit les règles de gouvernance de la nouvelle cité, avec un gouvernement municipal, composé de six bourgeois élus, chargés de gérer une force armée municipale, la voirie, la Justice, les divertissements publics... et bien sûr de percevoir les impôts autorisant ces charges. Il faudra attendre un siècle de plus pour qu'un maire soit désigné.
Débuts en Commune 1/5,
2/5,
suites en 4/5,
5/5.
|
|
guerre de cent ans est un conflit entrecoupé de trêves plus ou moins longues, opposant, de 1337 à 1453, la France à l'Angleterre. Le sud de la Touraine fut occupée par les Anglais, alors qu'en 1369 des Gascons ne réussissaient pas à s'emparer de Tours grâce à la protection de compagnons d'armes de
Bertrand Du Guesclin. Puis le pays turon fut ravagé, notamment par des bandes armée liées aux troupes anglaise. Pierre Audin, en son livre "La Touraine durant la guerre de cent ans" (2019, lien) : " C’est de Touraine que tout partait, que les troupes se rassemblaient pour lutter contre les bandes de mercenaires à la solde des anglais... Le roi de France Charles VII se trouvait entre Berry et Touraine, dernier carré de sa puissance. Il voulait tout abandonner, découragé de lutter contre les Plantagenêt… Imaginez les seigneurs tourangeaux, ballottés et vassaux des deux. Ils changeaient de camp, se faisaient confisquer leurs biens par le roi qui les leur rendait quand ils se rapprochaient de lui....".
Bertrand Du Guesclin contre les Anglais et les Grandes Compagnies. A gauche, il remporte la bataille de Cocherel, en Normandie, en mai 1364, permettant au roi Charles V, fils de Jean II le Bon mort en captivité à Londres, de se faire sacrer à Reims [" Jean de Grailly se rend à Bertrand Du Guesclin", Charles-Philippe Larivière, Galerie des batailles à Versailles]. Charles V fut duc de Touraine (titre succédant à celui de comte) de septembre 1363 à avril 1364.
A droite, quelques années plus tard, il délivre Preuilly sur Claise, dans le sud de la Touraine [Jean Galland XIXème siècle, Hôtel de ville de Preuilly sur Claise].
Miniatures des Chroniques de Jehan Froissart. : la bataille d'Auray, près de Nantes, en septembre 1364, et un pillage par des Grandes Compagnies.
+ trois planches sur la bataille de Cocherel le 16 mai 1634 :
1
2 (dessin ci-dessous)
3
et une planche sur les Grandes Compagnies
[ L'histoire de France en BD, texte Jean Castex, dessin Julio Ribera, Larousse 1977].
|
Prince Noir arriva en Touraine qui devint la proie des troupes ennemies. La défaite du roi de France,
près de Poitiers, engendra le désarroi des Français. Les soldats ennemis pillèrent, ravagèrent le pays et prirent possession des forteresses et abbayes. Ces dernières furent des proies faciles. Au moins cinq abbayes importantes de Touraine, après avoir été pillées et ses occupants massacrés, servirent de repères aux bandes ennemies. Ces dernières firent régner la terreur dans toute la contrée. La population se terra. Les villages et les villes tentèrent de se protéger en édifiant en hâte des remparts. Cependant, l'insécurité persista avec les ravages des "routiers" anglais, bretons, gascons et français [c'est ce que l'on a appelé les
Grandes Compagnies] qui ne songèrent qu'à la "rapine". Un climat d'anarchie et d'insécurité, associé à la misère, se manifesta au quotidien par de nombreuses violences jusqu'à la fin du XIVème siècle. La première moitié du XVème siècle sera encore plus terrifiante pour la Touraine. En effet, les troupes mal payées, se "payèrent" sur l'habitant, volèrent, pillèrent, violèrent, capturèrent et réclamèrent des rançons substantielles.". L'abbaye Saint Paul de Cormery fut ainsi pillée et servit de repère aux routiers +
récit de Bernard Briais ["Anecdotes historiques de Touraine" 2015].
Charles VI, surnommé d'abord "le bien-aimé" puis "le fol" ou "le fou", à cause de ses états de démence intermittents, pouvant durer plusieurs semaines, régna sur la France en guerre de 1380 à 1422. Eugène Giraudet ("Histoire de la ville de Tours" 1873) : "Charles VI, retombé dans son état de démence, fut enlevé de son palais par les ordres de la reine
Isabeau de Bavière, à l'insu même des officiers de sa maison et des bourgeois de Paris, puis conduit à Tours, où Isabeau et quelques seigneurs le tinrent enfermé pendant le mois de novembre 1408. Durant son séjour dans nos murs, la reine présida un conseil royal dans le but d'obliger le duc de Bourgogne
Jean sans Peur à faire amende honorable de son crime et le bannit de la cour. Informé des conditions qui lui étaient imposées, Jean sans Peur députa à Tours le comte de Hainaut intercéder en sa faveur auprès du roi ; cette négociation n'ayant pas réussi,
Jean de Montaigu, grand maître de la Maison du roi, s'entremit alors avec tant d'habileté, qu'il obtint une nouvelle décision plus favorable au duc. Les Parisiens affligés de se voir privés depuis si longtemps de leur souverain, chargèrent le
prévôt des marchands de Paris
Jean Jouvenel des Ursins et plusieurs notables bourgeois de se rendre à Tours, afin de supplier le roi de revenir dans sa capitale. Charles VI accueillit fort bien ces envoyés et leur promit de se rendre prochainement à leur désir. Le retour du monarque n'eut lieu cependant qu'au mois de mai suivant, mais ne ramena pas la tranquillité , car les deux factions rivales d'Orléans et de Bourgogne recommencèrent une lutte plus passionnée et plus violente que jamais..
Charles VI le fou et Isabeau de Bavière en 1420 au traité de Troyes, avec à droite leur fils, futur roi de France, Charles VII alors âgé de 17 ans [ Chroniques de Jean Froissard 1472, British Library, Wikipédia]. Ce traité prévoyait que, devenu son gendre, le roi d'Angleterre Henri V succéderait à Charles VI... On peut imaginer une scène un peu semblable à Tours quand Charles et Isabeau ont accueilli le prévôt des marchands de Paris.
|
Henri V reprend la conquête méthodique de la Normandie. Le poids des
tailles, l'insécurité généralisée font douter de la sagesse de cette politique d'abstention et de confiance au gouvernement royal. Voici que le 2 novembre 1417, le duc de Bourgogne [
Jean sans Peur] se présente aux portes de la ville ; un fort parti lui ouvre les portes et Tours se trouve alors en rébellion contre son maître légitime, le dauphin Charles [futur
Charles VII], duc de Touraine, qui la reprend après un mois de siège du 26 novembre au 28 décembre 1418.". Les Tourangeaux se sont rendus sans effusion de sang. Sur la guerre de cent ans à Tours, on pourra consulter l'article en deux parties de Bernard Chevalier en 1974 :
1
2 ; l'auteur estime que la ville a été une "place forte redoutable".
+ le
livre "La domination bourguignonne à Tours", 1877, par Joseph Delaville le Roulx, 71 pages [Gallica].
[ Couillard - Tanter 1986 + la planche]
|
Jean V de Bueil] qui guerroie sur la frontière du Loir. répondant à l'appel de sa voisine assiégée, elle donne à Orléans secours moral et aide matérielle, accueille avec faveur
Jeanne d'Arc, qui pourtant ne séjourne pas plus de quelques jours dans ses murs et se réjouit hautement à l'annonce de son succès. La confiance et l'audace reviennent." +
article de Mikerynos en 2017 "Jeanne d'Arc à Tours (lien) (l'emplacement désigné du lieu de résidence de Jeanne correspond à l'
étude de
Louis de Grandmaison en 1929).
+ Le
livre "Jeanne d'Arc à Tours", 1909, par le chanoine H. Boissonnot, 83 pages [Gallica]. Cet ouvrage estime que Jeanne est restée à Tours du 30 mars au 25 avril 1429, il semble que ce fut un peu plus court (arrivée le 5 avril ?). Avant d'y revenir du 12 au 25 mai.
statue de Jeanne à Chinon [ Jules Roulleau 1893, article La NR 2016].
La pucelle de Domrémy se recueille devant le tombeau de Martin [ Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996].
Jeanne en son armure tourangelle sur les bords de la Loire [église St Pierre de Saint Avertin en Touraine, Julien Fournier 1894, Geneste 2018]. + photo (lien). Les armuriers de Tours étaient réputés et Colas de Montbazon, l'un d'entre eux ayant pignon sur la "grande rue", fut chargé de confectionner l'armure de la protégée du roi, tandis qu'un nommé Heuves Polnoir préparait sa bannière (lien). + photos d'une page du site "Un regard sur Tours".
+ deux pages illustrées du livre de Bernard Briais "Anecdotes historiques de Touraine" 2015 sur les deux étapes tourangelles de Jehanne :
1 (l'armure)
2 (l'étendard).
+ plaque commémorative au 15 rue Paul-Louis Courier et autre plaque au 39 rue Colbert
+ chapitre Wikipédia "Jehanne à Tours".
A gauche, Jeanne essaye sa tenue de combat dans une armurerie de Tours [ Nikto - Kline 1987]
+ les deux planches :
1
2.
Au centre, après avoir délivré Orléans, elle revient à Tours, acclamée par la population [ Guignolet 1984].
+ la planche.
A droite, Jeanne accueille Charles VII, venant de Chinon, dans les murs de la Cité, par Reuillois [1er tableau du triptyque sur Jeanne dans la salle du Conseil municipal, hôtel de ville de Tours] + les 2 autres tableaux [Wikimedia] :
1
2.
A Tours en 1929, les fêtes des 500 ans de sa mort eurent un éclat particulier, comme le montrent ces trois pages et 5 photos ["Mémoire en images, Tours", Brigitte Lucas 1993] :
1
2
3
+ affiche [P. Roque 1929].
+ Vitrail vers 1860 de l'atelier Lobin dans l'église Ste Madeleine de Montargis, montrant l'entrée de Jeanne dans cette ville [flickr Sokleine].
|
trève de Tours signé au château de Montils lès Tours, devenu Plessis lès Tours. C'est alors que le roi Charles VII vint souvent en ce château et à Tours. Giraudet signale aussi le 21 février 1444 une réception à Tours "pleine d'enthousiasme" de
Charles Ier d'Orléans, après 25 ans de captivité en Angleterre. "Le corps de ville fit représenter, en son honneur, un
mystère intitulé : "Les miracles de Monseigneur saint Martin" et lui donna 6 grands brochets, 12 grosses carpes et 3 lamproies."
Grand Schisme d'Occident [avec deux papes en concurrence], à partir de 1378, marque une date, en effet dans leur recrutement. Fini le temps trop bref des universitaires d'origine plutôt modeste ; voici venir celui de grands serviteurs de la curie d'Avignon ou de la cour du roi de France. [...] Les chanoines des deux grands chapitres, bien que toujours recrutés hors de la ville dans leur grande majorité, tiennent à participer à une gestion qui implique pour eux participation aux charges militaires et pécuniaires. Mais ils sont atteints par la chute vertigineuse de leurs revenus fonciers laminés par la guerre. [...] Marmoutier, qui a été pillée par les routiers en 1360, est une communauté réduite à une vingtaine de moines au lieu de 80 et dont l'abbé à tout moment quitte les rangs pour venir se réfugier dans l'hôtel qu'il possède à Tours. L'
abbaye de Saint Julien n'est pas mieux lotie et ne prend aucune part à la vie commune, si ce n'est en prêtant son cloître aux assemblées municipales."
+ une
image de tapisserie vers 1520 montrant deux femmes très distraites durant la messe célébrée par... saint Martin [église Saint Martin de Montpezat de Quercy, "Renaissances", Belin 2013].
Après les victoires de Jeanne d'Arc et son couronnement à Reims en 1429, Charles VII devient "le victorieux [ Couillard - Tanter 1986 + la planche]. La dernier case, présentant Agnès Sorel, est inspirée d'un célèbre tableau de Jean Fouquet [Musée royal des Beaux-Arts à Anvers] (lequel Fouquet a aussi réalisé un célèbre portrait de Charles VII, musée du Louvre).
+ vitrail de l'atelier Lobin 1881 représentant Agnès Sorel [ Château de Fontenailles]
+ page de Roland Narboux sur la "dame de Beauté".
Charles VII installa sa maîtresse en Touraine, à Loches. Le dauphin Louis, futur Louis XI, ne supportait pas cette relation. Pour d'autres raisons aussi, il vivait en conflit permanent avec son père.
1436, Charles VII et sa cour assistent, à Orléans, à la répétition d'un mystère (pièce de théâtre) + deux planches : 1
2 [série " Jhen", tome 6 "Le lys et l'ogre", scénario de Jacques Martin, dessin de Jean Pleyers]. Ces deux planches mettent en scène le roi Charles VII, sa concubine d'à peine 15 ans, Agnès Sorel (leur première nuit d'amour), la reine Marie d'Anjou et sa mère Yolande d'Aragon, le Dauphin, futur Louis XI, âgé de 13 ans (déjà avec des chiens lévriers), le maréchal et connétable Gilles de Rais et le héros Jhen.
|
jubé est reconstruit. En 1420, fut achetée une tapisserie illustrant la vie de saint Martin. Le pèlerinage est encouragé par les indulgences accordées par les papes
Nicolas IV en 1289,
Boniface VIII en 1299,
Jean XXII en 1323.
Francesco Florio (1477) et Jérôme Muntzer (1495) nous ont laissé de précieux récits de leur passage. En 1495, Martin Briçonnet [chanoine, fils de Jean premier maire de Tours en 1462] offre de la part de sa mère Jeanne Berthelot un manuscrit sur parchemin contenant le récit des miracles, destiné à être placé près de la châsse pour être consulté par les fidèles et les pèlerins. [...] Mais leur générosité fut surpassée par celle de Louis XI qui considérait que saint Martin était le patron spécial du royaume : "lequel avons toujours et très souvent réclamé en toutes nos affaires"."
1448, Charles VII crée les francs-archers. Par une ordonnance rédigée au château de Montils (devenu Plessis) lès (à côté de) Tours, le roi Charles VII crée des milices de soldats archers (arc, arbalète...) pour l'auto-défense locale et pour multiplier à travers le royaume de France des hommes armés pouvant le servir. Leur efficacité fut critiquée. [enluminure du livre "Les vigiles de Charles VII" de Martial d'Auvergne, 1484, BnF]
|
1436, les Tourangeaux fêtent le mariage du dauphin Louis et de la princesse Marguerite d'Ecosse. Tous deux enfants de rois, ils avaient 6 et 5 ans quand leur mariage est prononcé en 1428, puis 14 et 13 ans le 24 juin 1436 quand le mariage est célébré dans le château de Tours et dans la ville.
A gauche l'arrivée à Tours de la mariée. A droite les nouveaux époux dans les rues de Tours, devant un spectacle de rue [ LTh&m 1855]
+ gravure de Claude Chastillon, 1645, du château et l'emplacement (incertain) de la chapelle attenante (notée A) où a été célébré le mariage (lien).
Louis XI en son château des Montils, renommé Plessis lès Tours [ Couillard - Tanter 1986 + deux planches : 1 2] [image de "Histoire de France pour le cours élémentaire" S.U.D.E.L.].
+ deux portraits de Louis XI par Jean Fouquet (lien) :
1
2.
A gauche une des trois aquarelles de François-Roger de Gaignières 1699 représentant le château quand il était demeure royale [ BnF]
+ les deux autres :
1 façade nord aujourd'hui disparue
2 [ Leveel 1994]
+ gravure Oury - Pons 1977
+ quatre gravures de LTa&m 1845 :
1
2
3
4
+ deux gravures de LTh&m 1855 :
1
2
+ deux autres gravures :
1
2 [ SAT]
+ aquarelle de Picart le Doux 1941.
Au centre, photo 2017 [Wikipédia].
En 2016, la mairie de Tours, propriétaire du château du Plessis et peu consciente de sa valeur patrimoniale, a voulu le vendre, sans succès ( article La NR 2016).
|
Louis XI, qui régna sur la France de 1461 à 1483, fit de Tours la capitale de son royaume, se considérant comme un citoyen de Tours, habitant le château voisin du
Plessis. Il dynamisa l'activité économique de la ville, en particulier en y introduisant l'industrie de la soie (
récit, lien,
article
Fasc. NR 2011).
Louis XI, malgré des excès mégalos (
récit d'une page voisine sur les mégalos tourangeaux), était très attaché à sa capitale et avait pour elle de grandes ambitions. Il lui a donné un grand élan économique, industriel, culturel, urbanistique à tel point que Bernard Chevalier s'interroge : Louis XI a-t-il créé Tours ? Voici sa réponse : ""La formule lapidaire est trop abrupte pour être tout à fait exacte et néglige ce qui avait été commencé par Charles VII. Rares, en effet, sont les progrès encouragés par le fils qui n'ont pas eu leur point de départ dans les initiatives du père. Le roi du Plessis a créé Tours seulement dans la mesure où cette ville, médiocre encore à son avènement, est devenue, mais non point subitement, un centre urbain bien équipé, un foyer d'art et d'industrie, une agglomération digne de tenir son rang, auprès de Paris dont l'étoile a momentanément pâli, de Lyon qui grandit, de Toulouse, de Rouen et de Montpellier.
Le roi voyait mieux encore. Il imaginait sa capitale sur le modèle de ces cités italiennes dont l'éclat le séduisait tant, productrices d'armes et de soieries prestigieuses, maîtresses du grand commerce. Forte ambition qui l'opposait souvent aux notables du cru incapables de concevoir pour elle une autre fortune que celle des villes drapantes du temps passé. Rêverie peut-être, mais partagée par quelques bourgeois moins entravés que les autres et sensibles à l'attrait de grandes affaires, prêts à jouer le gros jeu sur mer ou dans les officines de banque. Pouvaient-ils être les Borromée ou les Médicis d'une Florence ou d'un Milan des bords de Loire ? Non sans doute ; ils échouèrent et ne pouvaient réussir. Du moins, grâce à eux, le règne de Louis XI fut à Tours celui des grandes entreprises et des espoirs démesurés."
+
dossier Louis XI d'une dizaine de pages (12 Mo) du bulletin municipal "Tours Informations" d'avril 1983, avec des articles de Pierre Leveel, Bernard Chevalier et Véronique Moreau-Mitgen
+
passage du livre
Cossu-Delaunay 2020 "Des bouleversements urbanistiques majeurs".
Collectif 2019], avait exprimé l'espoir que saint Martin aiderait au "recouvrement du royaume et à ses autres affaires". Louis XI fit de saint Martin "le spécial tuteur de notre royaume qui a tant aidé nos prédécesseurs" et, en 1481, il accorda de nouvelles faveurs pour que ce saint contribue "à l'entreténement et préservation du royaume... à son accord, paix et union". Bernard Chevalier en une étude de 1997 titrée "Saint-Martin aux XIVème et XVème siècle et le culte du saint" raconte : "A partir de 1468, sa dévotion personnelle va croissant... Il vient entendre la messe à Saint-Martin et prier longuement avant chacun de ses départs. De toute manière il est toujours présent devant son protecteur grâce à la statue d'argent massif placée en 1466 devant la châsse et qui le représente en
orant revêtu de l'
aumusse de chanoines. Il fit au saint des dons considérables presque toujours en ex-voto pour une victoire : l'image d'une ville toute en argent offerte en 1472, celle du château du Plessis enrichie de pierreries, une lampe somptueuse donnée en 1480, enfin et surtout la fameuse grille d'argent massif placée autour de la châsse en 1478. Il s'agit là de l'exécution d'un voeu fait à l'occasion d'une victoire sur les flamands pendant la guerre de conquête menée en Artois. Dépense fastueuse : il en coûta aux finances publiques 72 846 livres tournois, soit approximativement 2% du montant annuel de la
taille." Qu'en aurait pensé Martin ?
1468, Charles le Téméraire contraint Louis XI à signer le traité de Péronne [ Job1905, Wikipédia]
+ dix autres illustrations :
1
2
3
4 (lien)
5
6 (1969)
7
8
9 (1875)
10 [livre de cours élémentaire vers 1970, lien].
1470, Louis XI préside une assemblée des notables à Tours qui dénonce le traité de Péronne, ce qui exacerbe le conflit avec le duc de Bourgogne. Les états généraux de 1468 s'étaient auparavant tenus à Tours, refusant notamment le démembrement de la Normandie.
Sans guerre, avec des traités, Louis XI réunit onze provinces à la France : présentation (lien), carte.
1477 dans la basilique, Louis XI apprend la mort de Charles le Téméraire. "Agenouillé, dans l'attitude d'un profond recueillement, le roi donne tous les signes de la piété la plus fervente. Tout à coup un des seigneurs de la cour s'approche et lui adresse à voix basse quelques paroles ; son visage, habituellement sévère, tout à l'heure plein de componction, s'illumine et devient radieux ; il se redresse avec fierté, il ne peut contenir sa joie et la laisse éclater. Louis XI vient d'apprendre que le plus intraitable de ses ennemis n'est plus : Charles le Téméraire est mort !" [ LTh&m 1855].
+ miniature commentée de Louis XI et ses ennemis, les Grands du royaume ["Les renaissances", Philippe Hamon, Belin 2013].
Au centre, Louis XI jeune en famille au Plessis, sortant de la messe, avec sa seconde épouse, Charlotte de Savoie, et leur fils, futur Charles VIII [collection H. J. Vinkhuizen].
A droite, Louis XI âgé, à la fois prudent (lien) et à la bien triste mine (lien)
+ autre portrait.
|
François de Paule (1416-1507). Il venait de
Calabre, avait traversé Italie et France, rencontrant à Rome le pape
Sixte IV (+
dessin de
Charles Mellin,
MBAT] et obtenant son appui pour son ordre des Minimes. Il avait été accueilli chaleureusement au château du Plessis. C'était de façon beaucoup plus égoïste, pour aider sa Majesté à vaincre la maladie. A défaut d'un miracle, Louis XI reçut un apaisement pour les quelques mois qu'il lui restait à vivre. François de Paule restera ensuite 24 ans à Tours, jusqu'à sa mort, vénéré par la cour et les Tourangeaux qui le surnommèrent affectueusement "le bonhomme". Il conseilla la régente
Anne de Beaujeu puis les rois Charles VIII et Louis XII et développa, avec le soutien royal, son
ordre des Minimes, multipliant les
couvents des Minimes, notamment le couvent de La Riche, à côté du Plessis (illustration ci-dessous), qui abritera le tombeau du saint. Alors que leur installation à Tours présente une indéniable convergence, François de Paule ne semble avoir eu aucune attention particulière envers Martin de Tours.
Arrivée de François de Paule au Plessis [ Jacques Dumont, dit le Romain, 1730, MBAT, lien]
A gauche, autre arrivée au Plessis [ Nicolas Gosse, 1843, Château de Loches]. + quatre autres illustrations de la rencontre de Louis et François :
1
2 [Emile Keller, 1880]
3
4
+ vitrail de l'église de Mettray en Touraine [Julien Fournier 1878]
+ image du saint au chevet du roi.
ci-après.
[Légendes du "Magazine de la Touraine" n°41 (1992), gravures de LTa&m 1845].
+ miniature "Louis XI exposé sur son lit de mort".
|
Catalogue 2016, Emeline Marot estime que la collégiale atteint sa pleine maturité avec aussi "la construction par Louis XI d'une chapelle au nord de la nef" et la splendeur du tombeau : "A la fin du XVème siècle, au moment où Jean de Ockeghem accède à la fonction de trésorier, la collégiale présente donc un plan et une organisation quasiment définitifs, une composition complexe de maçonneries appartenant à des siècles différents."
A gauche, Louis XI priant son saint favori, Martin [tombeau de Louis XI dans la nef de Notre Dame de Cléry, Michel Bourdin (1565-1645), Wikipédia].
+ une photo de Louis XI (oui, une photo...) (lien).
Au centre "Tours au temps de Louis XI" de Sylvain Livernet 1983 (dessins Alain Ferchaud). + quatre extraits : 1 (portes et tours de Tours 2 (monuments religieux). 3 (le château du roi à Plessis lès Tours, à l'ouest de la ville) 4 (l'entrée du château, dessin Alain Ferchaud). A droite inscription dans le sous-sol de l'actuelle basilique de Laloux.
|
Commune de Tours 4/5 : 1462, la bonne ville de Tours a son premier maire, Jean Briçonnet. Progressivement un pouvoir laïc se constitue à Tours qui devient une bonne ville bénéficiant de privilèges et de protections octroyées par le roi de France, assorties en contreparties d'obligations notamment fiscales. Bernard Chevalier ["Histoire de Tours" 1985] : "En 1356, en même temps que la ville avait reçu du roi Jean l'autorisation de se fortifier, elle avait obtenu de lui le droit de s'imposer et de tenir des assemblées générales d'habitants chargées d'élire les responsables de la défense commune. Point de départ de la conquête de l'autonomie administrative." Puis : "A partir de 1389 l'usage se fixe de n'élire que deux élus, tous les deux laïcs, et dès lors s'instaure une coûtume qui tiendra lieu de statut [...] Le dernier pas restait à franchir, celui qui conduisait de la communauté d'habitants organisée au corps de ville constitué. il fut franchi en 1462, mais sous la pression de Louis XI, qui contraignit les Tourangeaux, qui n'en demandaient pas tant, à adopter les statuts de la Rochelle, c'est-à-dire un régime proche des "établissements de Rouen" : à la tête de la ville un maire nommé tous les ans par le roi sur une liste de trois candidats et un collège élu à titre viager de 24 échevins et 75 pairs et conseillers, soit cent membres avec le maire. En exécution de ces nouveaux statuts, le 8 octobre 1462, Jean Briçonnet l'aîné, élu des aides à Tours, fut investi pour la première fois de la charge du maire". Trois pouvoirs s'organisent et se disputent alors : l'Archevêché, le chapitre Saint Martin et le corps de ville (un exemple de conflit en 1603 est raconté par Eugène Giraudet dans son "Histoire de la ville de Tours", lien). + article de Bernard Chevalier 1995 "La religion civique dans les bonnes villes : sa portée et ses limites. Le cas de Tours", présentant le rôle du "corps de ville"
+ article de trois pages sur les maires et mairies de Tours ["Tours Informations" février 1988] :
1
2
3
+ la liste des maires.
Débuts en Commune 1/5,
2/5,
3/5,
suite en 5/5.
|
Photos extraites de quatre cartes postales commentées par Donat Gilbert ["Tours à la belle époque" 1973]. 1) L' hôtel de Jean Briçonnet, 11 rue de Châteauneuf (+ photo].
2) L'auberge de la Croix Blanche, place de Châteauneuf, accueillant les pélerins de Saint Martin (+ photo, lien).
3) La maison de Tristan l'Hermite, rue Briçonnet (+ photo).
Louis XI s'adressant à des bourgeois, ici ceux d'Angers, en 1474, lors de la remise de la charte communale [tableau de Jules Dauban 1901, en l'hôtel de ville d'Angers].
Il désigne Guillaume de Cerisay comme premier maire de la ville.
+ récit de la façon dont Louis XI s'est appuyé sur les bourgeois d'Angers pour s'emparer de l'Anjou ( lien).
|
ordonnance de Villers-Cotterêts d'août 1539 a imposé aux curés une tenue des
registres de baptêmes qui ne fut vraiment mise en oeuvre à travers toute la France que vers 1600, certaines paroisses étant plus promptes. Les plus anciens registres de Touraine, devançant même l'ordonnance, sont ceux de
Saint Jean Saint Germain (1506) et
Thilouze (1516) [
atelier de 59 pages sur la généalogie en Touraine]. Il est toutefois possible de remonter à une période plus ancienne en étudiant les registres notariaux conservés de la ville de Tours, ce qui permet de remonter jusqu'à 1462. Près de 17.700 actes du XVème au XVIIème siècle sont ainsi présentés (lien avec moteur de recherche). Cela concerne les bourgeois et artisans qui passaient par notaires. Des recherches généalogiques permettent donc de remonter dans ce monde de la bourgeoisie tourangelle. A titre d'exemples, voici les percées que j'ai effectuées dans mon ascendance, partagées par de nombreux Tourangeaux ou pas, le sachant ou pas :
(P.-S. : aussi Jean de Beaune, maire de Tours en 1472, de la
famille de Beaune, père de Jacques)
Jean Briçonnet l'Ainé, premier maire de Tours en 1462.
Guillaume Regnault et vers son beau-père l'enlumineur
Jean Colombe, frère du sculpteur
Michel Colombe.
Un cousin Moreau, Jean (2) Moreau était, en sa jeunesse, valet de chambre du roi Louis XI, ayant introduit près de lui
François de Paule, à la canonisation duquel il a témoigné. Le père de celui-ci, Jean (1) Moreau, alternativement apothicaire, valet de chambre du roi et marchand parvenu ayant eu des démêlées avec
Philippe de Commynes,
chambellan et ami de Louis XI, qui raconte en ses écrits ses mésaventures à propos d'une galère marchande (
galéasse) dans le port de Marseille. Le père de ce Jean (1), Guyon Moreau, décédé vers 1480, était, à un âge avancé,
apothicaire du roi Louis XI, s'occupant notamment de la santé de ses chiens lévriers.
Louis XI, considéré comme une universelle aragne, avec deux de ses lévriers et Philippe de Commynes. [ Histoire de France en bandes dessinées, Larousse 1979, texte Jean Ollivier, dessin Eduardo Coelho] + trois planches sur la fin de règne :
1
2
3.
|
Jean-Louis Chalmel (1756-1829) (cité par Sylvain Livernet en "Tours au temps de Louis XI" 1983) : "L'église de Saint-Martin célébrait chaque année quatre fêtes en l'honneur de son patron : la première, celle de la mort du saint, le 11 novembre, était commune à toute l'Eglise romaine. Il était d'usage que les rois et les grands seigneurs présentassent à l'offrande des monnaies de Saint-Martin ou des vases d'or ou d'argent marqués à son coin particulier. La seconde fête avait pour objet la commémoration de la délivrance de Tours lorsqu'elle fut assiégée la première fois en 841 [correction : la dernière fois, le 12 mai 903] par les Normands (fête de la Subvention [chaque 12 mai]). La fête de la Reversion perpétuait le souvenir de l'époque où la châsse de Saint-Martin fut rapportée d'Auxerre en 887. Enfin, la fête de l'Ordination de Saint-Martin était célébrée le 4 juillet.". Sylvain Livernet poursuit : "Tout en respectant la présence du sanctuaire de Saint-Martin, tout en continuant à l'aider et à le fréquenter, Louis XI chercha à provoquer un développement harmonieux de la cité. Ses successeurs achevèrent son oeuvre en édifiant un tissu urbain entre les deux pôles de la piété tourangelle, basilique et cathédrale."
Charles VIII, encore dauphin, fut reçu abbé en 1484 puis en 1493 c'est dans la basilique qu'il fit inhumer ses enfants morts en bas-âge dans un tombeau célèbre, conservé aujourd'hui à la cathédrale. Il fit adresser des prières solennelles à saint Martin lors des guerres d'Italie comme le feront
Louis XII et
François Ier". Cette période royale amène une prospérité marquée de la cité de Martin. Dans "Tours, ville royale" (1983), Bernard Chevalier estime que, de 1450 à 1520, sa population "serait passée de 9.000 à 12.000 âmes et celle de l'agglomération de 10.500 à 16.000. [...] C'est en somme avec une sage lenteur que la nouvelle capitale s'est hissée à ce rang honorable qui la place dans le royaume aussitôt après Paris, Rouen, Lyon et Toulouse par le nombre de ses habitants."
1) A gauche, jadis dans la basilique Saint Martin, à présent dans la cathédrale, le tombeau de Charles Orland (influence italienne : Orlando, Roland) et Charles, petits-fils de Louis XI, enfants de Charles VIII et Anne de Bretagne, décédés à 3 ans (rougeole) et à 1 mois (lien). Commandé par Anne en 1499, il est le fruit d'une collaboration entre Français (atelier Michel Colombe, probablement Guillaume Regnault) et Italiens (Giròlamo Paciarotto dit Jérôme Pacherot).
+ deux gravures :
1 [ LTh&m 1855]
2 [Robida 1892]
+ oage Wikimédia
+ autre page dédiée
+ portrait de Charles-Orland par Jean Hey [1494, Musée du Louvre, Wikipédia].
2) Au centre, dans la basilique disparue, le tombeau de Jean II le Meingre (1364-1421), dit Boucicaut, maréchal de France, gouverneur de Gênes, mort captif en Angleterre, après avoir été fait prisonnier en 1415 à la bataille d'Azincourt
+ vitrail Lobin de l'actuelle basilique montrant son enterrement en 1421. + aussi dans la basilique, dans la chapelle de sa famille, le tombeau de son père Jean Ier le Meingre (1310-1367), maréchal de France ayant combattu les Grandes compagnies de brigands durant la guerre de cent ans. Jean Ier avait un frère Geoffroy évêque de Laon de 1363 à 1370.
A gauche, le livre enluminé par Jean Poyer "Les heures Briçonnet" commandité par Guillaume Briçonnet en 1485 (fac-similé 2020, lien).
Au centre, Thomas Bohier (1460-1524), maire de Tours en 1497, financier des rois Charles VIII à François Ier, avait épousé Katherine Briçonnet (1494-1526) [G. Mercier & Ch. Sylvain, 1878], fille de Guillaume. C'est elle qui supervisa la construction du château de Chenonceau de 1513 à 1521. A droite, Diane de Poitiers, favorite du roi Henri II, ajouta le pont à galerie en 1547 (photo Marc Jauneaud).
|
Michel Colombe (1430-1515) pour la sculpture,
Jean Fouquet (1420-1481) et
Jean Bourdichon (1457-1521) pour la peinture et l'enluminure et Jean de Ockeghem pour la musique, on y revient au paragraphe suivant. En 2012, l'exposition "Tours 1500, capitale des arts"
(
couverture du catalogue, de Jean Bourdichon
+
dossier de presse) a voulu "restituer l'importance de Tours au moment de la pré-Renaissance française", quand la ville "concentrait tous les facteurs d'une éclosion artistique sans précédent".
Charles VIII, encore sous la régence de sa grande soeur
Anne de Beaujeu, est marié avec
Anne, duchesse de Bretagne au
château de Langeais, près de Tours en 1491. Il fit ensuite une entrée triomphale dans Tours. Devenu adulte, il quitte la résidence de son père pour s'installer dans le
château d'Amboise. Sauf de passage, les rois de France ne viendront plus à Tours, qui entame un lent et long déclin. Il en est de même pour la basilique Saint Martin, son chapitre et ses moines, même s'ils conservent un important patrimoine. Le culte de Martin perd aussi de son prestige, le pèlerins sont moins nombreux. Charles VIII permet aux habitants de moins dépendre des religieux : "La rédaction de la
coutume de Touraine produisit un si grand changement dans l'état des moeurs et des usages, en affranchissant le peuple du despotisme et de l'arbitraire des juges, a été un des plus grands bienfaits apportés à notre pays, par Charles VIII" [Eugène Giraudet, 1873].
Le mariage de Charles VIII et Anne de Bretagne le 6 décembre 1491 à Langeais fut encouragé par François de Paule. Photo de la reconstitution dans une pièce du château avec des personnages en cire. Les époux, âgés de 21 et 14 ans sont de petite taille, sur la gauche. Ci-dessous, à Tours, on trinque à la santé des jeunes mariés ! [ Couillard - Tanter 1986] + la planche.
|
|
1
2 [ Gillot Saint-Evre]
3
4 [vitrail de la mairie de Vannes, 1885, lien]
5 [flickr Yannewvision 2003]
+ gravure du château de Langeais dans LTa&m 1845.
|
Catalogue 2016.
Parmi les 50 oeuvres qui nous sont parvenues de
Jean de Ockeghem / Johannes Ockeghem (1420-1497), on trouve 14 messes à teneur (d'origine sacrée ou profane), 10 motets et 20 chansons.
Ce natif des environs de Mons en Belgique est trésorier de l'abbaye Saint-Martin entre 1456 et 1459 et, de 1465 jusqu'à sa mort, il porte le titre de "maistre de la chapelle de chant du roy". +
article "Les répertoires liturgiques latins pour saint Martin (VIe-Xe siècle)" de Jean-François Goudenne, 2012, avec des extraits de sacramentaires du XIIème au XVème siècle. Signalons que le
numéro 2007-3 de la "Lettre Martinienne" présente en ses pages 12 à 18 les "Vêpres de la Saint Martin" de Claudio Monteverdi et en ses pages 19 à 21 l'oratorio "Le manteau du partage" créé en 1999 par Gérard Venant (et
présentation dans
LM 2007-1).
+ La page "Musique et musiciens d’Église dans le département d'Indre et Loire autour de 1790
".
A gauche une partition, les premières sont apparues au XIème siècle. Au centre , portrait présumé de Jean de Ockeghem. A droite, enluminure d'Etienne Collaut, "Chantres au lutrin" 1537, Ockeghem pouvant être le personnage central avec cheveux gris et lunettes [ BnF, lien] + autre vue (lien) + image d'un bréviaire de Saint Martin de Tours, XIIIème siècle
+ double-page du Maupoix 2018 avec analyse de prières chantées et illustrées d'un manuscrit du début du XVème siècle de l'abbaye St Martin des Champs de Paris [bibliothèque Mazarine de Paris]
+ dossier de presse "Cubiculum musicae Ockeghem" 2015.
+ illustration issue de la vidéo du projet ReViSMartin 2020 présenté ci-avant (voir aussi le "making of").
+ deux manuscrits tourangeaux avec des notes de musique (lien) :
1 [bréviaire Marmoutier, 2ème moitié XIème siècle, Arch. Dép. 37]
2 [graduel festif de Notre Dame la Riche, XVIème, B. M. Amiens].
["Visages e la Touraine", Pierre Leveel, Jacques-Marie Rougé, Emile Dacier, Jacques Guignard 1948]
L' assemblée de Tours, réunie en 1506, proclame Louis XII "père du peuple" [ Michel Martin Drolling, peinture au plafond d'une salle de la galerie Campana du musée du Louvre + tableau (P.-S.)]
+ deux gravures de cette réunion :
1 [ LTh&m 1855]
2.
Les états généraux de 1484 avaient été convoqués par la régente Anne de Beaujeu à Tours après la mort de Louis XI le 30 août 1483 et pendant la minorité de Charles VIII. Seize ans auparavant, Louis XI avait réuni à Tours les Etats Généraux de 1468. Ce furent les deux seules fois où cette assemblée s'est réunie en la ville de Martin.
|
Louis XII, successeur de Charles VIII sur le trône de France et dans le lit d'Anne de Bretagne, décide en secret de marier sa fille Claude à François d'Angoulême, un cousin (au 4ème degré) devenu duc de Valois et son futur successeur
François Ier, contre l’avis d’Anne de Bretagne qui projette de l’unir à
Charles de Habsbourg. Sa maladie, en 1505, précipite les choses. L'assemblée des notables se réunit à Tours pour annuler le traité de Blois qui avait promis Claude de France à Charles d’Autriche et "supplier" le roi de marier Claude à François. A l'occasion des fiançailles, toutes les notabilités de France sont réunies à Tours pour assister à la bénédiction du puissant
cardinal d'Amboise. "Des processions générales eurent lieu pendant huit jours consécutifs et des réjouissances de toutes sortes (tournois, feux de joie etc.) célébrèrent dignement cet événement qui assura l'intégrité et l'indépendance du territoire de la France" [Giraudet, 1873].
La double reine Anne de Bretagne d'abord épouse du roi Charles VIII puis épouse du roi Louis XII, en application de l'accord signé lors de son premier mariage. A gauche, son portrait, devant un livre enluminé, par Jean Bourdichon [" Les grandes heures d'Anne de Bretagne", BnF]
+ du même Bourdichon miniature de Louis XII et ses saints patrons (sans Martin...).
A droite, elle assiste aux fiançailles de François d'Angoulême, futur François Ier, 12 ans, et Claude de France, 7 ans, fille de Louis XII, le 21 mars 1506 au château de Plessis lès Tours [ Jean d'Auton, Chroniques de Louis XII enluminées par Guillaume Leroy, Lyon, vers 1507. BnF]. Sont présents trois cardinaux et les mères, Anne de Bretagne à gauche (hostile à cette union...), avec sa couronne, et Louise de Savoie à droite ; au-dessus, couronné, Louis XII. Dix ans plus tard, le 21 août 1516, Tours accueillit François Ier de façon somptueuse : double-page de Hervé Chirault et Aude Lévrier ["Guide secret de Tours et de ses environs", 2019]
François Ier à 5 ans et à 20 ans et la mort de François de Paule [ Nikto -Kline 1987] + les trois planches sur la vie du saint en Touraine :
1
2
3.
Sur Francois de Paule, voir ci-avant et ci-après.
|
La basilique Saint Martin d'Hervé, reconstruite en 1180, au Moyen-âge. A droite, extrait de la vue ci-dessous.
Gravure de Claes Jansz Visscher 1625, anotée, le pont d'Eudes à gauche [ Ta&m 2007]
+ deux compléments de cette carte :
1
2
+ une vue analogue réalisée par Jean Yves Barrier en 1970.
La bonne ville. Après 1360, une même enceinte réunit la cathédrale Saint Gatien (au centre gauche) (sur sa droite le château de Tours, lien) et la basilique Saint Martin (au centre droit) (sur sa gauche l' église St Pierre le Puellier et haut clocher) [gravure de Joris Hoefnagel, "Tours, le jardin de la France", 1561]
+ variante [Jacques Chereau le jeune, 1688, MBAT]
+ reprise dans un dessin de Joël Tanter, 1986
+ article de Henri Galinié sur la fusion des deux villes en une seule [ Ta&m 2007].
|
hôtel Gouin exécutée vers 1520 pour
René Gardette et sauvée de justesse en 1940, celle de l'
hôtel Babou sont là encore heureusement pour nous en donner une idée." Et aussi la porte du trésorier du chapitre et le cloître Saint Martin. "Après tout ce n'est pas sans raison que la première
Renaissance en France peut être donnée comme tourangelle". Tours n'en reste pas mois une ville moyenne du royaume (environ 24.000 habitants d'après Bernard Chevalier, vers 1520), comme le montre cette
carte de l'armature urbaine en 1538 ["Les renaissances", Belin 2013]. A Tours des édifices portent la marque de la Renaissance (ci-dessous +
planche de
Guignolet 1984) et en Touraine, des châteaux renommés ont éré édifiés (+
planche de
Guignolet 1984).
Edifices de la Renaissance à Tours. A gauche, l' hôtel Gouin, construit par le maire de Tours Nicolas Gaudin et son épouse Louise Briçonnet, en son état actuel [Wikipedia].
+ présentation ["Tours, guide de l'étranger", 1844]
+ trois gravures :
1 [Clarey-Martineau 1841]
2 [ LTh&m 1855]
3 [Robida 1892]
+ en son état déplorable de 1940 après le grand incendie ["La Touraine dans la guerre" C.L.D. La NR 1985].
+ restitution, avec les statues disparues, dans le projet ReViSMartin 2020.
P.-S. : aussi l' hôtel de Guillaume Cottereau, maire, et son épouse Marie Quétier, nièce, petite-fille et petite-nièce de maires (cour intérieur : dessin de Gatian de Clérambault 1912 et carte postale).
1 édifices civils et religieux
2 hôtels et lotissements à la Renaissance 1445-1550.
photo et sa légende parlant de "chef-d'oeuvre" ["Centre d'études supérieures de la renaissance" à Tours, 1982, site].
Au sujet du cloître, voir ci-après.
|
défaite à Pavie et le long emprisonnement qui suivit, François Ier accomplit à Tours une espèce d'amende honorable.
Louise de Savoie], ce qui amena la perte du surintendant des finances,
Jacques de Beaune-Semblançay, celui que François Ier appelait son père en signe d'affection particulière, Tourangeau illustre [maire de Tours en 1498] dont il reste comme souvenir dans la ville de Tours une portion de son hôtel rue Saint-François, et une charmante fontaine place du Grand-Marché [présentée en fin de chapitre précédent]. Semblançay périt victime de Louise de Savoie ; accusé de concussions, ne pouvant présenter les reçus justificatifs que la reine mère lui avait fait voler, il fut condamné et impitoyablement conduit au
Martin de Beaune-Semblançay, avait été, en 1519, le premier archevêque de Tours nommé par le roi (François Ier) en vertu du
concordat de Bologne signé avec le pape
Léon X.
A gauche, François Ier, roi de 1515 à 1547, se repentant (?) d'avoir pris la grille d'argent [vitrail Lobin de l'actuelle basilique].
Buttes-Chaumont) [gravure Firmin Maillard, lien]
+ le même gibet sur une miniature de Jean Fouquet ["Grandes chroniques de France" 1460, BnF, lien].
|
Saint Epain et le château de Montgoger [+
gravure de
LTa&m 1845], tombés en leur pouvoir, sollicitèrent secrètement l'intervention du corps de ville de Tours ; cet appel leur réussit ; deux compagnies d'arquebusiers et d'artilleurs se portèrent en toute hâte à la poursuite de ces "gens mal vivants" et les repoussèrent dans le Poitou, après une lutte de peu d'importance. A leur retour de cette expédition, ces compagnies reçurent les félicitations des
échevins ; une récompense de 30 sols fut accordée au sergent Martin Bresche et une somme de 10 livres au trésorier de Saint Martin (Claude de Longvy), qui avait bien voulu prêter l'artillerie des chanoines."
Frank Ferrand pose la question dans un livre puis article de L'Express en 2015 et y répond plutôt positivement. Localement pour la ville de Tours et la Touraine, il n'y a aucun doute, son règne fut très mauvais, nous venons d'en voir les raisons. Mais la période suivante, bien que mettant moins en cause ses successeurs, fut plus tragique encore... Avant de l'aborder, faisons une pause pour évaluer l'important patrimoine ecclésiastique tourangeau, de l'an mille à la Révolution, et ce qu'il en reste.
étude "Les chanoines de Saint-Martin de Tours et les Vikings"), Hélène Noizet estime que le corps de Martin a quitté la basilique de 871 à 877 et non 885 comme communément admis. Elle montre que les chanoines ont su habilement profiter de la situation pour acquérir d'importantes propriétés dans l'Est de la France afin de pouvoir y protéger la châsse en cas de nouvelles invasions. Cela représentait environ un quart des terres de l'abbaye. Ils gardèrent ces biens jusqu'à la Révolution. Depuis Charlemagne, le chapitre possédait aussi d'importants biens immobiliers en Allemagne, en Belgique et en Italie. A la fin du XIIIème siècle, ils étaient encore nombreux en Italie. Il y en eut jusqu'en Egypte, à Alexandrie. A cela s'ajoutaient des liens de confraternité entre les communautés religieuses martiniennes.
villae dans le système hydrographique ligérien est particulièrement frappante : nous avons essayé de comprendre le fonctionnement du système foncier de Saint-Martin en relation avec le système ligérien, ce qui nous a amené à nous poser la question de l’approvisionnement du chapitre. Ainsi, il nous semble que les chanoines avaient conservé un contact direct, et non pas indirect, avec leurs possessions", contrairement à d'autres grandes abbayes comme
Saint Germain des Prés. "Les chanoines tourangeaux restaient donc proches de l'idéal de l'autarcie".
Quatre articles d'Hélène Noizet, de 2001 et 2008 :
1
2
3
4
+ lien. On pourra aussi consulter l'article de
Philippe Depreux 2005 titré "La prébende de l’écolâtre et la gestion des biens de Saint-Martin de Tours au IXème siècle" ; extrait : "Saint-Martin de Tours offre l’exemple magnifique d’une seigneurie éclatée sur de larges parties de l’empire carolingien (ainsi, l’une des premières faveurs accordées par Charlemagne après la conquête du royaume lombard fut, en juillet 774, la donation à Saint-Martin de Tours de biens fiscaux sur le lac de Garde)". +
article d'Hélène Noizet "L'approvisionnement du monastère Saint Martin" [
Ta&m 2007].
Cartes extraites d'étude d'Hélène Noizet citées ci-dessus, montrant les possessions du chapitre Saint Martin en Touraine et dans l'Est de la France. Il y avait aussi Saint Yrieix dans le Limousin, Moutier-Roseille dans la Marche ( article)... Et à Tours même Saint Venant, Saint Pierre le Puellier, Saint Eloi.
+ carte élargie des "possessions de Saint-Martin dans le bassin-versant de la Loire au xe siècle".
|
cartulaires, recueils de chartes, titres, actes, nommés pancartes noire (avant 1132), rouge et blanche. Des érudits tentèrent de les reconstituer, au mieux. Ainsi, Emile Mabille, en 1866, écrivit-il le
livre "La pancarte noire de Saint Martin de Tours, brûlée en 1793, restituée d'après les textes imprimés et manuscrits", 238 pages dans la numérisation Gallica. Exemple (page 150) : "30 mars 1096. Bulle du pape Urbain II, qui apaise le différent existant entre les chanoines de Saint-Martin et les religieux de Cormery. Il ordonne que, selon les décrets canoniques, les abbés
de Cormery viendront prendre le bâton pastoral an tombeau de Saint-Martin, du consentement et par permission expresse du doyen et des chanoines."
1 ses trésoriers,
2 ses doyens,
3 son opulence. Celle-ci connut plusieurs fortes contrariétés, jusqu'à la dernière, lors de la révolution. Si une nouvelle basilique revint presque un siècle plus tard, l'abbaye et son chapitre terminèrent là leur longue histoire.
L'abbaye de Marmoutier 2/3, créée par Martin en 372 (voir
Marmoutier 1/3), fut d'abord un monastère, annexe de l'abbaye Saint Martin de Tours jusqu'en 982, géographiquement localisée sur les grottes où avait vécu Martin. L'histoire de ces grottes est complexe à la fois par le manque de descriptions anciennes, par de multiples remaniements dus aux éboulements et aux reconstructions et par des ajouts de légendes plus ou moins véridiques. Si l'on peut porter crédit à justesse de la désignation de la grotte du repos de saint Martin, comme on l'a vu,
on ne peut pas croire à celles de la grotte de Saint Gatien (cf. premier chapitre) et à celle des sept dormants (encadré ci-dessous) et on doute que saint Brice et saint Patrick aient passé de nombreuses nuits dans les grottes à leur nom.
L'habitat troglodytique de Martin et ses disciples. A gauche, coupe au IVème siècle [Lelong 1989]. Au centre, dessin des grottes en 1749 [Honoré Cassas, MBAT]
+ (P.-S.) dessin XIXème siècle [archives dép. 37].
A droite, la "fontaine miraculeuse creusée par saint Martin", ensevelie par un éboulement en 1985 [explications Pierre Audin 1997]
+ deux cartes postales :
1
2.
Grotte de saint Patrick / Patrice, photo.
et explications de LM 2006-1.
Grotte de saint Brice à côté de celle de Martin, photo [ Collectif 2019].
Des grottes aménagées. A gauche, le baptistère en 1911 dessiné par Sabine Baring-Gould (lien)
+ case de BD Utrecht 2016 s'inspirant de ce dessin
+ photo [" Saint Martin de Tours, XVIème centenaire" 1996]. Au centre les grottes sur une carte postale du début du XXème siècle (à droite la tour des cloches)
+ deux autres cartes :
1
2.
A droite, sur une autre carte postale, l'entrée de la grotte-chapelle des sept dormants (au fond la tour des cloches)
+ photo 2014 de la terrasse.
Marmoutier actuellement. A gauche, le portail de la crosse, avec une sculpture en son fronton (+ gravure Lecoy 1881
+ descriptif par Charles Lelong 1989
+ trois cartes postales :
1
2
3)
+ (P.-S.) carte postale de l'ancienne porte du XIIIème siècle.
Au centre, les grottes et la tour des cloches (photos de 2016)
(+ photo du même endroit)
A droite, vue du ciel avec en avant-plan le portail de la crosse et l'école privée Institution Marmoutier, en arrière plan, les grottes, la tour des cloches et le hangar des fouilles de l'église abbatiale.
+ autre vue du ciel [carte postale fin XXème siècle].
plaquette municipale 2014 présentant une randonnée entre la basilique et Marmoutier.
|
ici en Gaule et
là hors de Gaule.
Lothaire fit don du monastère de Marmoutier au comte de Blois Eudes Ier. Adoptant l'
ordre clunisien vers l'an mil, soutenue par les Capétiens et les Plantagenêts, elle prend son indépendance par rapport à l'abbaye Saint Martin de Tours et essaime, créant monastères et prieurés au nord de la Loire, de la Bretagne à la Champagne, aussi en Angleterre et en Irlande. Au Moyen-âge central, elle est prospère et considérée comme le "
Cluny de l'Ouest", selon une expression reprise en 2019 par Bruno Judic. 21 prieurés étaient sous sa dépendance dans le diocèse de Tours. On peut prendre en exemple l'abbaye de
Saint Savin sur Gartempe, dans le Poitou proche de la Touraine, créée vers l'an 800 par Baidilus, clerc palatin à la cour de Charlemagne, abbé de Marmoutier. S'appuyant sur la découverte de deux cadavres, il prétend que ce sont les restes de deux martyrs du Vème siècle,
Savin et Cyprien, dont aucun écrit n'avait parlé auparavant. Et leur vie de saint est inventée pour provoquer un culte artificiel [
extrait du livret sur cet abbaye, rédigé par Emmanuelle Jeannin, 2017]. Dans le livre "La fabrique de la ville" d'Hélène Noizet 2007, on pourra consulter la page titrée "Marmoutier et Châteauneuf de la fin du xe siècle au milieu du XIIème siècle".
A gauche, la femme-Loire imaginée sur le coteau de Rougemont : ses genoux, sa tête, une épaule et deux seins dépassent... A droite une maquette reconstituant, vue du Sud, l'abbaye en sa plus belle expansion,ou presque (voir ci-dessous le plan Gaignières).
|
ordre de Saint-Maur par Richelieu en 1637 et la dévotion à saint Martin connut un regain éclatant."...
comme en témoigne
Martin Marteau en 1661 :
"Si nous considérons l'ample et superbe abbaye de Marmoutier, nous serons contraints de confesser avec vérité que c'est une des plus grandes merveilles du monde. Aussi est-elle tant renommée pour sa splendeur, magnifiques batiments, belle situation et grandes richesses, qu'elle porte le nom du plus grand monastère de France."
Charles Lelong : "A la veille de la révolution, l'abbaye avait grande allure, au point qu'on y venait autant par curiosité que par piété. [...] Tous s'extasiaient devant la magnificence des lieux." Un voyageur estimait que "l'ensemble général offrait plutôt l'aspect d'un palais que d'un monastère". La
liste des prieurés et dépendances de l'abbaye est impressionnante (lien).
Collectif 2019 nous montre l'envers du décor : "Au moment de la Révolution, pour la population tourangelle, l'abbaye fait partie de cette infinité de couvents d'hommes de différents ordres qui sont très riches
[voir par exemple la
page de présentation de Jules-Paul de Lionne, nommé abbé de Marmoutier en 1665].
Leurs revenus sont même employés à des usages bien contraires à ceux à quoi ils étaient destinés. Des récits, souvent anticléricaux, évoquent le train de vie excentrique des moines de Marmoutier, leurs tables sont somptueusement servies, ils jouent aux cartes et au billard. Ainsi les bénédictins de Marmoutier se placent, aux yeux de la Révolution, comme l'ensemble du clergé français, et au même titre que l'Etat absolu, dans le champ des ordres fastueux et privilégiés. Les crises de subsistance de la fin des années 1780 amplifient cette vision négative." Arrive la Révolution, la communauté disparaît (
photo d'une pierre tombale), les batiments sont en grande partie détruits...
|
| ||
François-Alexandre Pernot, 1852 [rectorat St Martin], le portail de la crosse est devant, l'église abbatiale est au fond juste à droite de la haute tour des cloches, toujours existante avec un clocher moins haut.
A droite en haut, aquarelle de Louis Boudan du début du XVIIIème siècle, vue de l'Est montrant l'importance de l'abbaye [collection Gaignières, BnF].
A droite en bas, vue de l'Ouest / devant, esquisse de A. D. Morillon Aîné en 1802 quand l'abbaye a encore de belles ruines [ SAT]
+ autre esquisse de Morillon, vue de l'Est / derrière (à droite la grotte du repos) [Illustrations du Catalogue 2016].
+ (P.-S.) : cinq illustrations des ruines [archives dép. 37] :
1
2
3 [ Constant Bourgeois]
4
5
+ page de photos récentes de Lionel Francès.
A gauche, vue du ciel, de l'Ouest, en 2018, avec au fond au centre l'imposante tour des cloches. A droite, photo de La NR 2011 avec un panneau reprenant le tableau ci-dessus en bas à droite, de l'endroit où l'artiste l'a peint. Derrière le panneau, à gauche du hangar où s'élevait l'église abbatiale, se dresse la grotte du "repos de saint Martin" déjà présentée.
+ plans du site à la fin du Xème siècle, à la fin du XIIème et au début du XIVème, montrant notamment l'intégration de la grotte du Repos à la collégiale [ Collectif 2019].
+ courte vidéo INA de présentation des ruines.
A gauche, dessin de l'entrée de l'église abbatiale de Marmoutier en 1781 (dont les ruines sont sous le hangar de la photo d'avant), avec à gauche la tour des cloches toujours existante (avec un toit moins haut) [Thomas Pringot, SAT, Catalogue 2016].
Au centre, la même vue reprise par Charles Lelong en son livre "L'abbaye de Marmoutier" (C.L.D. 1989).
A droite, issue du même livre, photo d'un reste de la crypte du XIème siècle de cette abbatiale
+ vue générale de la crypte sous le hangar [ Catalogue 2016]
A gauche, extrait de la reconstitution déjà montrée à comparer avec un extrait de la vue du ciel déjà montrée : au fond à gauche, la haute tour des cloches est le seul bâtiment rescapé, mais raccourci. La grande église abbatiale est remplacée par le hangard couvrant les vestiges. Sur le devant les dortoirs, infirmerie et autres structures de logement des religieux et accueil des pélerins ont disparu pour laisser place à de la verdure. Au centre et à droite, deux restitutions 3D (lien) : 1 la crypte de l'église
2 le rez-de-chaussé de l'hôtellerie (logis des hôtes).
Cinq pages du livre de Charles Lelong 1989 "L'abbaye de Marmoutier" :
1 tour des Cloches
2 réfectoire et dortoir
3 maison du grand prieur
4 dortoirs et sacristie (notée "salle commune", code Z, dans le monasticon)
5 logis des hôtes et sacristie.
Voir aussi Marmoutier 1/3 et 3/3..
| |||
ci-avant), le couvent des Minimes (
ci-avant), la chapelle du Petit Saint Martin (
ci-après), et,
ci-après, l'église Saint Saturnin, le couvent des feuillants et l'église Saint Clément.
L'abbaye Saint Paul de Cormery, située à une vingtaine de kms au sud-est de Tours, sur la rive droite de l'Indre, est créée en 791 par
Ithier, abbé de Saint Martin, prédécesseur d'Alcuin. Estimant qu'il y avait un relâchement dans la façon de vivre à Saint Martin et qu'il ne pouvait pas y remédier, il partit avec un petit nombre de moines s'installer en ce lieu de pénitence nommé "coeur mary" puis Cormery. Alcuin obtint ensuite des privilèges pour la nouvelle abbaye qui, tout en restant attachée à sa maison mère de Saint Martin, se développe par elle-même. Elle prospère malgré des destructions par les Normands et par des bandes armées durant la guerre de cent ans. Elle acquiert des biens immobiliers importants en Touraine (17 prieurés) et ailleurs. A partir de 1519, l'abbaye est dirigée par un abbé séculier, voire laïc, le premier est
Denis Briçonnet, évêque de Saint Malo, fils du cardinal Guillaume Briçonnet. Pillée lors de la guerre de Cent ans [
récit de Bernard Briais dans "Anecdotes historiques de Touraine" 2015], détruite lors de la Révolution, il reste de belles ruines.
+
Extrait du livre d'Hélène Noizet 2007 "La fabrique de la ville" (lien) sur les rapports tendus de l'abbaye de Cormery et le chapitre Saint Martin à la fin du XIème siècle. +
livre "Cartulaire de Cormery précédé de l'histoire de l'abbaye et de la ville de Cormery" par
Jean-Jacques Bourassé [
SAT 1861, 450 pages]
+
étude 2015 "Mise en valeur de l'architecture et du patrimoine" [58 pages illustrées].
De gauche à droite : maquette de l'abbaye de Cormery, Denis Briçonnet, Saint Martin de Tours (en vert) et possessions de l'abbaye (en rouge), sa tour Saint Paul, qui a de fortes ressemblance avec la tour Charlemagne à Tours. + liste des abbés
+ trois gravures :
1 [1819, "Visages de la Touraine" 1948]
2 [ LTa&m 1845]
3 [ LTh&m 1855]
+ carte postale
+ plan en 1674
+ vue dans le Monasticon Gallicanum
+ autre photo.
+ page sur l'histoire de Cormery et son abbaye.
+ site de restauration, animation et visites "Les amis d'Alcuin" (avec maquette 3D).
+ extraits de l' article "Les églises de Cormery" 1908 d'Octave Bobeau, quatre illustrations :
1 salle du premier étage de la tour
2 idem, vue d'angle
3 restitution de la façade carolingienne
4 état ancien de la tour.
L'abbaye de Cormery dans la collection Gaignières 1699
Les fameux macarons des moines ! A gauche, lithographie de A. Noël 1819 ["Visages de la Touraine" 1948]. A droite, photo du cloître et du réfectoire. Au centre un macaron de Cormery, à ne pas manquer si vous venez voir les ruines. Comme l'indique la page du site de la mairie cormerienne (lien), "On admet souvent que ce macaron, « nombril du monde », fut créé en 781 dans notre abbaye à Cormery"
+ affichette de vente
+ présentation [ Mag. Touraine 1988 n°26] (ces macarons sont disponibles à Tours, à l'épicerie Dejault, 74 rue Giraudeau).
|
L'abbaye de religieuses Beaumont est située à environ 1 km au sud de Châteauneuf depuis sa création en 1002 par le trésorier Hervé, qui 12 ans plus tard termina la basilique romane Saint Martin. Un texte d'accompagnement de l'exposition organisée du 1er au 31 juillet 1995 au Quartier Beaumont (lien) montre des origines beaucoup plus anciennes en un lieu très proche du tombeau de Martin : " Vers 550 Ingeltrude, petite-fille de Clovis, fit construire une chapelle à proximité du tombeau de saint Martin, alors l'un des sites spirituels les plus importants de la Chrétienté : Notre-Dame de l'Ecrignole ('la meilleure' ou 'la principale'). Elle abrita sa retraite en compagnie de quelques pieuses femmes dans un bâtiment voisin. La communauté ainsi créée ne fit que s'accroître au fil du temps, se consacrant à la prière et au chant de l'office divin selon la règle de saint Benoît. A la fin du Xe siècle cependant, un immense incendie ravagea la basilique Saint-Martin et l'Ecrignole. A la nouvelle de ce désastre les dons, provenant de toute la Chrétienté, affluèrent pour la restauration du lieu saint. Hervé de Buzançais, chargé de la reconstruction, apporta un soin particulier à Notre-Dame de l'Ecrignole et se rendit vite compte que le nouveau monastère était désormais trop petit pour les moniales. Il obtint donc du roi Robert le Pieux la création sur une de ses terres, à l'emplacement de la chapelle de Notre-Dame des Miracles, d'une abbaye destinée à accueillir les religieuses, qui ne s'y installèrent véritablement qu'en 1007. Par lettres patentes, le roi avait donné l'ordre que, en échange de prières pour le royaume, Sainte-Marie de Beaumont fût bâtie de ses deniers, la dotant plus tard de biens et de privilèges, dont celui de ne relever que du roi et des chanoines de Saint-Martin. La première abbesse, Hersende, reçut d'ailleurs sa crosse, la bénédiction et les saintes huiles des chanoines de la basilique. A la mort de celle-ci, la crosse fut déposée sur le tombeau de saint Martin, signe d'allégeance de l'abbaye envers la basilique. Aux dons et privilèges considérables accordés par le roi s'ajoutent encore de nombreuses donations de la part de toute la noblesse de l'époque. La générosité des grands du royaume permet ainsi à l'abbaye de vivre de ses propres ressources dès le XIème siècle." +
extrait du livre "La fabrique de la ville", Hélène Noizet 2007 (lien), expliquant la création de l'abbaye par la volonté du trésorier Hervé de faire de la place pour la nouvelle basilique et déménager des voisines encombrantes...
Gravure de 1699 dans la collection de François-Roger de Gaignières (le dessinateur a situé le Cher au nord alors qu'il est au sud), dessin de R. Parfait et ce qu'il reste de l'abbaye, le logis de l'abbesse, bâtiment tardif de 1786, aussi appelé "pavillon de Condé"avec en modillon une tête féminine (photo Michel Sigrist)
+ gravure [ Oury - Pons 1977].
|
Clément VI décide que Beaumont ne relèvait plus de Saint Martin mais de l'archevêché. "La prospérité de l'abbaye ne souffre cependant pas de ces querelles. Une fois ces intrigues réglées, Sainte-Marie de Beaumont se trouve du même coup libérée. Ses jardins peuplés d'oiseaux exotiques, son ensemble architectural en font l'un des joyaux de la région. [...] la densité des biens qu'elle y possède, permet à l'abbaye d'exercer une influence économique directe sur la Touraine et le centre du royaume. [...] En août 1784, l'abbaye est en grande partie détruite par un incendie. Sa reconstruction est financée par la cassette royale (54 0000 livres) et l'économat des abbayes (20 000 livres). Les travaux, exécutés selon les plans des architectes Bourgeois et Prudent, sont terminés deux ans plus tard. [...] Les religieuses sont dispersées en 1791 et Madame de Virieu se retire avec quelques moniales dans la maison de Tristan à Tours. L'abbaye, découpée en cinq lots, est adjugée 65 000 livres à des marchands de pierre ; les bâtiments, à l'exception du logis abbatial, sont rasés ; les jardins ne sont bientôt plus qu'un vaste terrain vague : la Révolution a eu raison de près de 800 ans de prospérité. Il s'écoulera désormais 123 ans avant que, rachetée par l'état pour y construire une caserne, Beaumont ne reprenne vie et ne trouve enfin sa place au coeur de la cité.". Seul subsiste le logis abbatial. L'abbaye possédait 12 prieurés. Une de ses dernières abbesses, de 1733 à 1772,
Henriette-Louise de Bourbon-Condé (1703-1772), dite "Mademoiselle de Vermandois" petite-fille de Louis XIV et de Mme de Montespan, soeur du premier ministre
duc de Bourbon-Condé, avait refusé d"épouser son cousin Louis XV (
récit par Guy-Marie Oury,
Oury - Pons 1977). Des fouilles archéologiques sont en cours (
article de France-Bleu Touraine en 2019). Dans le diocèse de Tours, six prieurés dépendaient de l'abbaye de Beaumont (Avon, Ballan, Chezelles, Le Liège, Saché et Theneuil).
Le prieuré Saint Cosme objet de dispute entre les chanoines de Saint Martin et ceux de Marmoutier. François-Christian Semur en son
Semur 2015 : "Situés dans les faubourg de Tours, à La Riche, les vestiges du prestigieux prieuré Saint-Cosme sont lovés dans un cadre à la fois verdoyant et fleuri. A l'origine, les reliques de deux saints de Syrie, saint
Cosme et saint Damien [deux frères], avaient été rapportées d'Auvergne, sans doute par saint Grégoire, évêque de Tours. Ces reliques furent tout d'abord placées près de la basilique Saint-Martin où leur culte eut un tel succès que l'on décida de construire un oratoire à quelques kilomètres en aval de Tours. Aussi, c'est au tout début de l'an Mil que le trésorier de Saint-Martin, Hervé, fit édifier le premier sanctuaire [
plan avant et après,
Catalogue 2016]. A la fin de ce même XIème siècle, probablement en 1092, l'oratoire fut remplacé par une belle chapelle romane. Puis, au XIIème siècle, sera bâti le réfectoire des chanoines. [...] En fait, le bon trésorier Hervé avait établi une convention avec les bénédictins de la puissante abbaye voisine de Marmoutier. La "donation sous condition" du prieuré prévoyait que le monastère de Marmoutier devait entretenir douze moines pour y faire le service divin sans interruption, tout en reconnaissant la suprématie du chapitre de Saint-Martin sur ce prieuré pour lequel le cens serait payé au cellerier. Cette convention ressemblait bien plus à un contrat de bail qu'à une donation. Or, après quelques années de présence à Saint-Cosme, cette dernière obligation contractuelle cessa d'être respectée. [...] Les nobles du pays arbitrèrent le conflit fratricide en faveur des chanoines de Saint-Martin, qui prirent la place des moines de Marmoutier.". Ils en firent une maison de retraite "quasiment comme le paradis terrestre lui-même", d'après Bruno Dufay dans le un article du
Catalogue 2016.
plan de superposition, que, de façon étonnante, le prieuré est une réduction de la collégiale gothique Saint-Martin. Le déambulatoire de St Cosme est désormais daté de 1130/1140, antérieur à celui de la basilique gothique, vers 1180. Cela conforte une hypothèse émise par Robert Ranjard en 1955, en un
article traitant des deux déambulatoires (qu'il imaginait à tort très antérieurs) : "l'église de Saint-Cosme fut, sinon comme une ébauche, du moins comme un essai du plan nouveau projeté pour la collégiale". C'était une façon de maîtriser une figure architecturale encore peu répandue.
+
extrait du livre d'Hélène Noizet 2007 "La fabrique de la ville" (lien), sur l'occupatoin de Saint Cosme en 1092 par des chanoines réguliers.
+
gravure d'un chanoine de Saint Cosme.
La célébrité de ce prieuré est beaucoup plus tardive, elle tient à ce que, de 1565 à sa mort en 1585, le poète
Pierre de Ronsard en a été le prieur.
+
inventaire 2020 [DRAC]
+
dossier de presse 2015 [Département 37] (extrait Ronsard ci-dessous).
Le prieuré Saint Cosme à La Riche : un modèle réduit de la basilique Saint Martin gothique. A gauche extrait du plan de superposition montrant deux chapelles (sur trois) accessibles par un déambulatoire [ Catalogue 2016 "Martin de Tours, la cité rayonnante", texte de Bruno Dufay], photos de la page dédiée du site Patrimoine Histoire]. Au centre ce qui reste des deux chapelles (avec la chapelle centrale au premier plan, comme sur le plan) et à droite ce qui reste du déambulatoire.
+ trois photos de la chapelle centrale :
1
2 [photo Danièle Wauquier]
3
+ gravure [ Oury - Pons 1977].
Autour de l'an 1500, deux statues du prieuré et d'autres sculptures de Tours et de Touraine à la même époque. A gauche Cosme et son frère Damien, oeuvres du XVème siècle (voire du XVIème), en provenance du prieuré, acquises par la SAT en 1876. Elles sont revenues au prieuré en 2009. Les deux saints sont vêtus de leur longue robe de médecins-physiciens.
Puis une tête de jeune homme trouvée en 1862 dans les démolitions de la rue Banchereau à Tours, gardée par la SAT et déposée au MBAT en 2009.
Ensuite (probablement) une sainte Madeleine en pierre et albâtre de l'église St Saturnin de Limeray, en Touraine, pouvant initialement provenir d'une église ou abbaye voisine.
En avant-dernière position, une statue de saint Jean provenant de Loché sur Indrois, est entreposée au musée du Louvre.
A droite, la vierge à l'enfant, attribuée au Tourangeau Michel Colombe provient du château de la Carte à Ballan-Miré, près de Tours et est détenue dans une collection particulière à Paris.
A gauche, modélisation du prieuré en 1220 (on y retrouve le déambulatoire et les chapelles ci-dessus) + image en 1580, quand Ronsard y habitait [lien site Cent millions de pixels]
+ étude "Les restitutions 3D du prieuré Saint-Cosme " par Bruno Dufay et Pascal Mora 2013
+ complément 2017
+ maquette d'Arnaud de Saint-Jouan et Jean-Baptiste Bellon [ Level 1994].
Au centre, chapiteau de l'ancien réfectoire (photo Michel Sigrist)
A droite, Ronsard à St Cosme [ Guignolet 1984]
+ la planche
+ restitution de Cossu-Delaunay 2020 au temps de Ronsard
+ deux gravures :
1 [ LTa&m 1845]
2 [ LTh&m 1855]
+ aquarelle de Picart le Doux 1941
+ photo récente avec en avant-plan des célèbres roses Pierre de Ronsard (page du site Balades et patrimoine) (+ page du site Patrimoine-Histoire).
+ extrait d'un dépliant présentant le prieuré
+ le site du prieuré.
|
L'abbaye Saint Julien a été créée par le roi des Francs Clovis en 508 lors de son triomphe dans la ville de Tours. Ce n'est au début qu'un oratoire à mi-chemin entre la basilique Saint Martin et la cathédrale. Ce lieu d'accueil grossit juqu'à ce que Grégoire de Tours le transforme en abbaye bénédictine vers 575. Après les dégâts subits lors des raids normands, l'archevêque de Tours
Théotolon, ancien doyen de Saint Martin, y construit en 931 le première église abbatiale et
Odon, alors abbé de Cluny, devient le premier abbé de Saint Julien. Le clocher-porche en style roman, encore existant, date de la fin du XIème siècle. Après destruction par une tempête en 1224, une nouvelle église, en style gothique, est érigée en 1243, complétée vers 1300. L'abbaye est alors prospère ; derrière l'enceinte de son mur fortifié elle ressemble à une petite ville. 22 prieurés du diocèse de Tours sont sous son autorité, ainsi que la belle église Saint Saturnin à Tours (illustration plus loin). La salle capitulaire (
photo) sert au Moyen-âge à des fins laïques. Deux chapelles sont ajoutées au XVIème siècle, dont une dédiée à saint Martin. Après le pillage huguenot de 1562, c'est la lente décadence. De 1589 à 1594, à la fin du règne de Henri III et au début de celui de Henri IV, le parlement de Paris y siège (+
texte avec photo quand la salle capitulaire était une sorte d'atelier et de débarras, "Tours Pittoresque" 1899]. En 1790, les quatre moines restants sont dispersés et l’abbaye désaffectée. En 1840, elle est inscrite sur la première
liste nationale des Monuments Historiques par
Prosper Mérimée, alors inspecteur des Monuments Historiques. Rachetée par la ville de Tours, puis par l'Etat, elle est sauvée et devient église paroissiale en 1859. En 1940 et 1944, elle est gravement endommagée, perdant notamment tous ses vitraux. L'Etat propriétaire s'est chargé des réparations. +
article de Henri Guerlin en 1921 sur l'église +
article de Charles Lelong en 1974 "Le clocher-porche de Saint-Julien de Tours et les vestiges romans de l'abbaye".
Ta&m 2007 page 411] attribue une grande importance à cette abbaye dans le développement de la ville de Tours : "Enfin et surtout, la rénovation du monastère de Saint-Julien entouré d’un vaste domaine foncier, entre Cité et Saint-Martin, apparaît comme une décision lourde de conséquences pour des siècles. Nous ignorons sur quel héritage des siècles précédents ce foncier fut établi, ceci reste une question, mais nous constatons que fut alors créée, sur des valeurs traditionnelles, une situation nouvelle laissée en héritage pour les siècles suivants, un obstacle séparant pour longtemps Cité et Châteauneuf. Aujourd’hui encore, la faible desserte de ce secteur central découle de décisions vieilles d’un millénaire, portées pendant des siècles par une puissante institution au sein de la société locale, le monastère de Saint-Julien." +
article de Henri Galinié "Téotolon doyen de Saint-Martin puis évêque ".
+
carte des "Fiefs, paroisse et enclos de Saint-Julien à Tours au XVIIIème siècle" ["La fabrique de la ville" Hélène Noizet 2007 + page titrée "Moines et laïcs de Saint-Julien (940-1114)"]
L'abbaye au XVIIème siècle, vue par la nord, dans le Monasticon Gallicanum
+ restitution par Cossu-Delaunay 2020.
Au centre, le clocher-porche roman qui présente des ressemblances avec la tour Charlemagne et la tour Saint Paul de Cormery [flickr Tomoyoshi].
A droite, vue du nord [extrait d'une vidéo (5'50") avec drône] (à gauche la salle capitulaire)
+ vue sud-est
+ plan 1761
+ coupe 1849 (quand l'église était entourée de maisons)
+ gravure LTa&m 1845
+ deux gravures LTh&m 1855 :
1
2.
+ dessin de William Turner représentant l'abbaye en 1833, transformée en dépôt de diligences.
+ plaquette municipale présentant l'église + texte sur l'église et Prosper Mérimée (P.-S.).
Martin et François de Paule à l'honneur. Les deux saints tourangeaux d'adoption occupent les deux chapelles, chacune éclairée par une verrière moderne de Jacques le Chevalier, surplombant trois tableaux anciens, plus ou moins restaurés. A gauche le vitrail Martin et un extrait des trois tableaux [lien et flickr Logan Isaac].
Puis, sur la droite, le vitrail François de Paule et un extrait de deux des trois tableaux, le deuxième, avec Louis XI, marqué F. Wachsmut ( état avant restauration, lien)
+ vue de l'autel avec un aperçu des deux derniers tableaux réstaurés.
Pendant un temps, l’église fut dédiée à ces deux saints conjointement à Julien ( de Brioude, l'hospitalier ou du Mans, ou les trois à la fois ?).
Une église à vocation culturelle. A gauche, un des chapiteaux du porche. Ils ont été sculptés et dessinés au XIXème siècle par Gustave Guérin, inspiré par l'art médiéval, installés lors de la restauration des années 1960. Au centre la nef, vue extraite d'un ensemble de 12 photos présentées sur cette page de la paroisse de la cathédrale, à laquelle l'église est rattachée. Elle est toutefois l'une des rares églises de France à être propriété de l'Etat. Elle est un lieu de diverses manifestations culturelles, comme, à droite, les 7 et 8 décembre 2019 quand l'ensemble vocal Jacques Ibert a, pour son 40ème anniversaire, interprété le Messie de Haendel avec, en rappel, la participation du public aux choeurs.
+ page très illustrée sur l'église, avec notamment une revue des vitraux, tous créés vers 1960, suite à la destruction complète des verrières en 1940.
|
ci-avant. L'abbaye de Ligugé : voir
ci-avant.
Démons martiniens moyenâgeux. 1) peinture ouvragée sur bois, XIIIème siècle [musée de Barcelone + panneau en entier, flickr santiago lopez-pastor + gros-plan du partage du manteau, flickr balavenise].
2) cathédrale de Chartres.
3) Derick Baegert, fin XVème siècle [musée Westphalie].
4) après 1102, Richer de Metz [Biblothèque de Trèves, [ Catalogue 2016].
8) BmT
9) cathédrale de Tours, baie 4, XIIIème siècle.
10) Maître François [Miroir Historial, parchemin Poitiers 1460, BnF].
11) gravure sur cuivre d'un anonyme dans le style de Jérôme Bosch, entre 1540 et 1570, édité à Anvers [univ. de Liège] ( lien)
[la plupart de ces images viennent du Maupoix 2018, avec un chapitre "Saint Martin et le diable"].
+ Martin résistant au diable sur ces trois vitraux :
1 [chapelle St Nicolas de la cathédrale d' Evreux, flickr Philippe_28]
2 [St Florentin dans l'Yonne]
3 [ église St Martin le Grand d'York en Grande Bretagne, 1437, flickr Lawrence OP].
Autres illustrations sur Martin et ses démons : ci-avant.
|
Rues commerçantes au début du XVIème siècle. A gauche échoppes de tailleur, fourreur, barbier, vendeur d' hypocras, à droite un magasin d'orfèvrerie-joaillerie, comme il y en avait à Tours ["Les renaissances", Belin 2013].
|
|
A gauche, à l'endroit de l'actuelle place Plumereau (la maison de droite ayant disparu), rue de Tours [ LTa&m 1845]
+ trois gravures du même lieu :
1 [Clarey-Martineau 1841]
2 [ LTh&m 1855]
3 [Robida 1892]
+ carte postale
+ photo 1927
+ comparaison de deux photos début XXème et 1982 ["Tours informations" sept. 1982]
+ photo 1970 ["Tours" P. Leveel 1971]
+ photo récente avec au premier plan la maison du milieu).
A droite, entrée solennelle d'un nouvel évêque dans la ville + gravure "Premier dîner d'un archevêque de Tours" [ LTa&m 1845].
Léonard de Vinci en Touraine. La célèbre fresque L'école d'Athènes du peintre italien Raphaël, créée en 1508, est représentative du retour aux sources de l'antiquité, caractéristique de l'humanisme de la Renaissance [Musée du Vatican]. Au centre, debout, se trouve Platon sous les traits de Léonard de Vinci. L'auteur de la Joconde s'installera à Amboise en 1516 et y mourra trois ans plus tard à 64 ans. Ce bouillonnement culturel, dont Guillaume Budé est un symbole en France, concernera très peu l'Eglise et le chapitre de Saint Martin. Bérenger de Tours (voir ci-avant) n'a pas eu de successeur.
|
humanisme, qui resta cantonné au domaine culturel, et le
protestantisme, qui déborda dans le domaine politique. Le second allait faire précocement des ravages à Tours avec la
première guerre de religion. Tours devient en effet un foyer important des nouvelles idées de
Luther puis de
Calvin. Elles sont accueillies avec ferveur, entraînant un déclin rapide de la dévotion envers saint Martin ; la basilique perd de son éclat.
Eugène Giraudet date de 1525 les premières traces de protestantisme à Tours ("des commissaires tançaient vivement quelques habitués de leur église qui paraissaient imbus des sentiments hérétiques"), de 1542 "une consistance et une régularité qui firent présager de grandes calamités publiques" et de 1544 "les premières persécutions exercées à Tours contre les gens de la nouvelle religion".
Bernard Chevalier ["Histoire de Tours" 1985] : "C'est en 1556, au témoignage de
Théodore de Bèze, que fut instituée l'Eglise réformée de Tours, un an après celles de Paris, Poitiers, Angers et Loudun, un an avant celles d'Orléans, Sens et Rouen. Instituer l'Eglise, cela voulait dire mettre en place un consistoire d'anciens et de
diacres laïcs, rassembler autour d'eux une communauté et placer à sa tête un ministre dûment formé à la théologie de Calvin pour assurer la prédication et célébrer la Cène. Cela signifiait aussi une double rupture, avec l'idolâtrie romaine certes, mais aussi avec la libre inspiration des congrégations
luthériennes. Mais les rescapés de la première réformation ne s'inclinent pas de bon coeur devant la discipline
calviniste."
conjuration d'Amboise A 25 kms de Tours, ce fut un formidable coup de tonnerre annonçant une longue période de guerres civiles. Des
gentilshommes protestants fomentèrent un complot pour s'emparer du roi
François II, âgé de 15 ans, ou pour le moins le séparer des Guise qui assuraient la régence. 500 conspirateurs issus de toutes les régions de France (y compris des bourgeois de Tours) convergèrent d'abord vers Nantes, puis, plus nombreux vers la résidence royale. Les rebelles, rapidement matés (il y eut des fuites...), furent punis avec une extrême sévérité. La répression aurait fait 1200 à 1500 morts. Le prince de Condé, qui serait sur cette image un des spectateurs du balcon, avait refusé de participer à la conjuration. Celui qui était désigné par les conjurés comme "le capitaine muet", avait attendu à Orléans de recueillir les fruits du complot.
La conjuration d'Amboise : préparation et dénouement. Au-dessus et à gauche, extraits du deuxième tome de la bande dessinée Catherine de Médicis - La reine Maudite dans la série "Les reines de sang", scénario de Arnaud Delalande et Simona Mogavino, dessin de Carlos Gomez, Delcourt 2019
+ cinq planches :
1
2
3
4
5.
A droite, estampe de Jean Perissin et Jacques Tortorel, protestants lyonnais
+ lien
+ la même image avec les légendes
+ autre estampe légendée des mêmes auteurs
+ autre gravure de la conjuration, avec vue d'Amboise 1775 ["Visages de la Touraine" 1948
+ deux vues d' Amboise [ LTh&m 1855] :
1
2.
|
Huguenot qui allait désigner les protestants du royaume de France et de Navarre provienne de la
Tour Feu-Hugon, tour des remparts Est de Tours près de laquelle se rencontraient les protestants. Bernard Chevalier, alors que
Catherine de Médicis assure la régence depuis la mort en 1559 de son mari
Henri II et celle en 1560 de son fils aîné
François II, son autre fils
Charles IX n'ayant alors que 10 ans : "Ce qui se passa à Tours en avril 1562 n'est sans doute qu'un épisode de la première guerre de religion ouverte en mars 1562 par le
massacre de Vassy, mais l'on en perdrait le sens, si l'on voulait n'y voir que la suite de manoeuvres montées ailleurs. Le plan général consistait bien dans le soulèvement de toutes les bonnes villes, qui se ralliant au prince de Condé [
Louis Ier de Bourbon-Condé (1530-1569), oncle du futur Henri IV] insurgé, devaient assurer le retournement de la régente et le succès de la Réforme, mais son exécution dépendait de chacune d'elles.". La prise d’Orléans par le prince de Condé s’accompagne de la conquête de plusieurs villes voisines, dont Tours, mais aussi Blois, Loches, Chinon, Amboise, par ses partisans. Les trésors des églises et abbayes, tout particulièrement celui de Saint-Martin de Tours, sont saisis et pillés, les statues et tombeaux brisés.
article de
Robert Sauzet 1989 "Le milieu dévot tourangeau et les débuts de la réforme catholique (1560-1620".
crucifix d'argent, la statue de Louis XI, les croix, les ornements des autels et les habits sacerdotaux, tous les reliquaires, qui furent fondus le 25 mai. [...] Les fourneaux avaient été installés dans le grand
revestiaire et le 25 mai on y brûla aussi les reliques dont les cendres furent dispersées derrière la porte du Cadran.". Le patrimoine de Saint Martin était détruit, rappelant les temps anciens, 1200 ans plus tôt, où Martin détruisait le patrimoine gaulois...
+ le
livre de
Charles de Grandmaison "Procès-verbal du pillage par les Huguenots des reliques et joyaux de Saint-Martin de Tours en mai et juin 1562", 1863, 100 pages.
Verrière 2018]
Destruction délibérée d'images, l'iconoclasme protestant à travers l'Europe. Au XVIème siècle, plusieurs chefs religieux protestants (principalement Ulrich Zwingli à Zurich et Jean Calvin à Genève) incitèrent à la destruction des images religieuses, dont la vénération était assimilée par eux à une adoration idolâtrique et relevait donc du paganisme. A gauche illustration de la vie de Martin Luther (1483-1546) (un Martin...). Au centre, Zurich été 1524.
A droite, en avril 1562, les Huguenots saccagent et profanent dans la cathédrale Saint Gatien [ LTa&m 1845].
+ photo d'un bas-relief saccagé dans la cathédrale Saint Martin d'Utrecht.
+ deux autres illustrations : 1 (Hambourg, Frans Hogenberg 1566) 2 ("Complainte des idoles persécutées", gravure de Erhard Schön 1530).
|
maréchal de Saint-André commença un siège qui releva l'espoir de la majorité catholique. Les Huguenots, désespérant d'être secourus, négocièrent leur capitulation, moyennant le droit de sortir de la ville. Fausse promesse ; tout de suite commença le lynchage des rescapés qui purent être pris. Bientôt ceux qui avaient pu faire retraite furent ramenés à Tours pour y être mis à mort et leurs corps jetés dans la Loire par centaines. Aux cent jours huguenots succédait la terreur catholique. A la violence non-sanglante des purificateurs de temple répondait celles des purificateurs du peuple par le massacre.".
Tours, juillet 1562, le massacre des protestants à l'ouest de Tours dans les faubourgs La Riche, des centaines de morts. "Le peuple égorge un si grand nombre de ces hommes éperdus que la rivière de Loire est colorée de leur sang" (propos d'époque de Jean de Serres). A gauche, estampe de Jacques Tortorel et Jean Perrissin graveurs [dimensions 36,5 cm x 49,2 cm, Musée Carnavalet].
Il n'y avait pas de pont sur la Loire à ce niveau, c'est en fait un pont sur le ruau Sainte Anne, qui se jette dans la Loire, sur la gauche.
+ la même estampe avec onze éléments légendés
+ la même estampe coloriée, parties gauche et droite inversées [gravure de Frans Hoggenberg, Wikipédia]
+ la même copie inversée, cette fois non coloriée + (P.-S.) encore une autre [archives dép. 37]
et un commentaire de quatre pages par Auguste Molinier 1886.
+ lien.
A droite gravure de LTa&m 1845
+ deux portraits :
1 le Prince de Condé, protestant oncle de Henri IV, probablement au coeur de la conjuration d'Amboise
2 le maréchal de Saint-André, catholique, qui ne sut pas empêcher le massacre.
+ page présentant d'autres gravures de massacres de protestants à travers le royaume de France (avec une autre copie de Tortorel et Perrissin par Hoggenberg).
Paris, 24 août 1572, le massacre de la Saint Barthélemy A gauche, case de la bande dessinée Saint-Barthélémy, texte d'Eric Stalner et Pierre Boisserie, dessin d' Eric Stalner, 3 tomes en 2016-2017
+ quatre planches (22 et 29 du tome 1, 7 et 8 du tome 2) :
1
2
3
4.
A droite, dessin d'époque de François Dubois, un protestant rescapé de la tuerie, ensuite réfugié à Genève. Le sang est partout. Ici une partie du tableau, l'ensemble est étudié sur cette page du site "Histoire et secrets [Musée de Lausanne, Wikipedia].
+ reprise de ce tableau dans une planche de l' Histoire de France en BD, Larousse 1976, texte de Christian Godard, dessin de Julio Ribera.
+ carte des autres tueries et batailles de la quatrième guerre de religion ["Les guerres de religion", Belin 2013]. En 1572, Tours et la Touraine font partie des zones de violences catholiques, mais il n'y eut pas de tueries de masse, contrairement à Orléans, Angers et Saumur, aux abords de la Touraine. En cette dernière ville, il y eut au moins 26 victimes (lien).
|
massacre de la saint Barthélémy date de 1572), se terminant par la signature de l'
édit de Nantes. Bernard Chevalier montre que les Tourangeaux se sont calmés, malgré de nouveaux meurtres : "Ce qui aida à maintenir à peu près le calme et à limiter à quelques dizaines le nombre des victimes protestantes, ce fut l'éloignement du théâtre des opérations. Au cours des guerres civiles qui se succédèrent, après le terrible coup de 1562, les forces protestantes rassemblées dans le sud-ouest cherchaient en général à rejoindre par le Poitou et le Berry leurs alliés allemands qui arrivaient en Champagne. L'alerte n'était vive à Tours que lorsque leurs coureurs atteignaient Ligueil ou Montrichard elle fut chaude en 1568 quand Blois fut emporté après Orléans et Beaugency. Jamais pourtant on ne redouta de revanche militaire des Huguenots, mais il fallut bien prendre les mesures militaires propres à en écarter le risque". Eugène Giraudet a une vision plus noire que Bernard Chevalier, égrainant des meurtres fréquents, ne dépassant pas toutefois une dizaine de personnes à chaque fois, jusqu'à la Saint Barthélemy le 24 août 1572, qui provoqua le départ de Tours de nombreux calvinistes, dont les maisons furent pillées par les catholiques.
double page du "Guide secret de Tours" (Ed. Ouest-France 2019) "Frayeur tellurique à Tours".
La chasse aux sorcières. Les démons de Martin sévisssaient encore... Pratiquant la magie noire et la sorcellerie, des femmes (surtout, quelques hommes aussi) se seraient réunies la nuit dans des réunions appelées sabbats pour rencontrer le diable en personne. Les sorcières du Berry, en pays limitrophe de la Touraine, étaient particulièrement nombreuses et renommées. [tableau de Francisco de Goya 1822, Musée du Prado à Madrid, Wikipédia]. + page titrée "Sorcellerie et possession en Touraine aux XVIème-XVIIème siècles". Extrait : " Au XVème et au XVIème siècles, c'est un crime de ne pas croire la magie et de soutenir qu'il ne faut pas poursuivre et punir les sorciers et sorcières. Quand un habitant de Loches dénonce sa femme, comme l'ayant entraîné au Sabbat, on fait le procès cette sorcière qui est brûlée et le mari n’est pas inquiété...". Certains religieux ont un rôle aggravant, comme en 1474 les moines de la Chartreuse du Liget, près de Loches, qui envoient deux femmes au bucher, récit de Bernard Briais dans "Anecdotes historiques de Touraine" 2015.
|
23 mars 1589, séance du parlement de Tours dans la grande salle capitulaire de l'abbaye Saint Julien [ LTh&m 1855].
|
Henri Ier de Guise pour barrer la route au prétendant huguenot, Henri de Navarre [futur
Henri IV]. Celui-ci avance avec ses troupes jusqu'à Loudun et l'Ile-Bouchard pour suivre le déroulement de la situation. A Blois, le 23 décembre 1588, Guise est assassiné et
la Ligue entre alors en rébellion ; elle s'impose vite à Orléans, à Angers et en Berry. Tours hésite. Mais le roi
Henri III prend les devants. Il y fait son entrée le 6 mars ; quelques jours après le parlement de Paris le suit, du moins ceux de ses membres qui ne sont restés au service de la ligue. L'abbaye Saint-Julien abrite ses séances. Bientôt arrivent aussi la chambre des comptes et la Cour des Aides ; le château sert de prison au jeune duc de Guise, l'héritier de la Maison, qu'Henri III traîne après lui. Si le roi choisit Tours comme capitale provisoire, c'est parce qu'il s'y juge en sûreté, pas trop loin de Paris à reprendre, pas loin surtout des forces d'Henri de Navarre. Entre les deux princes, l'entrevue de réconciliation a lieu au Plessis, le 30 avril 1589, et tous les deux font un entrée remarquée dans la ville.". Le 8 mai 1589 a lieu la bataille du pont de Tours, les ligueurs échouent à s'emparer de Tours (lien).
+ article de François Caillou 2008 "L’essor et l’échec de la Ligue à Tours (1576-1589)"
+
article de Michel de Waele 1998 "De Paris à Tours : la crise identitaire des magistrats parisiens de 1589 à 1594"
+ article de Sylvie Daubresse 2007 "Les parlementaires parisiens à Tours face à la rébellion (fin 1590-début 1591)"
+
article de Marco Penzi 2009 "Tours contre Rome au début du règne d'Henri IV".
LTh&m 1855, Jean-Jacques Bourassé rappelle qu'il y eut une autre raison de choisir Tours comme capitale, citant le discours d'ouverture du procureur général De Faye lors de la première session du nouveau parlement de Tours : "Quant à cette ville, en laquelle le roi transfère maintenant son parlement, c'est le premier siège du christianisme, où saint Martin l'a établi et enraciné d'une piété très grande, même auparavant que nos rois ne fussent chrétiens, et où chacun venait en pèlerinage, comme en Jérusalem. Ce saint Père y fut tellement révéré du temps qu'il vivait, que, après sa mort, en recommandation de sa mémoire, on commença à compter le premier jour de l'année du jour de son décès [Ah ? Nous ne serions donc pas en 2020 mais en 1649...]. Le lieu même où on lui porta sa chape pour y dire la messe fut appelé chapelle, et de là est venu ce saint mot. Maintenant Dieu a fait surgir au même lieu, comme en une autre
arche de Noé, les bons sujets du roi qui n'ont jamais fléchi le genou devant
Baal et sont toujours restés fermes en son obéissance."
Ces quatre événements se sont déroulés alors que Tours était capitale de la France : 1) Le 30 avril 1589, accord entre Henri III et le futur Henri IV, ici probablement au château de Plessis lès Tours [tapisserie anonyme]. 2) Le 1er août 1589 à Saint-Cloud, meurtre du roi Henri III par le Dominicain Jacques Clément [ Frans Hogenberg, BnF, Wikipédia].
3) Le 15 août 1591, après le meurtre de son père Henri Ier de Guise, Charles de Guise, 15 ans, emprisonné dans le château de Tours, s'évade de façon spectaculaire [gravure de François Pannemaker]
+ gravure de Lacoste Aîné "Fuite du duc de Guise" dans LTa&m 1845.
4) Le 22 mars 1594, entrée d'Henri IV à Paris [ François Gérard, 1817, galerie des batailles du château de Versailles].
L'instigateur de l'assassinat du roi Henri III, célébré par les catholiques ligueurs, est exécuté en place publique à Tours A gauche l'image de l'assassinat de Henri III diffère de celle plus connue présentée au-dessus. Elle apparaît plus conforme à la réalité. + autre image de l'assassinat.
"L'assassin fut massacré sur le champ, ce qui donna lieu à bien des suppositions". "La ligue et le duc de Mayenne, Rome et l'Espagne, provocateurs et complices, témoignèrent une joie indécente. L'assassin fut canonisé [en fait, ce ne fut qu'envisagé par le pape Sixte V] et son image placée sur l'autel !!!". Qu'en ont pensé les chanoines de Saint Martin ? "Le père François Bourgoing était le supérieur du couvent des Jacobins d'où Clément était sorti pour accomplir son acte régicide. Partisan affirmé de la Ligue, il fut transféré à Tours sur ordre de Henri IV. Procès lui fut fait par le Parlement. Les magistrats de Tours furent convaincus (non sans raisons) que Bourgoing avait inspiré le geste du moine fanatique". Il fut condamné à mort et exécuté après avoir subi un terrible supplice. [Commentaires du n°41 du "Magazine de la Touraine" (1992), gravures de LTa&m 1845]
15 août 1591, l'évasion du jeune duc de Guise (déjà illustrée au dessus par Pannemaker) sortant du château de Tours [ Guignolet 1984].
+ quatre planches sur cet épisode :
1
2
3
4
Les successifs châteaux de Tours : au XIème siècle (château comtal), au XIIIème siècle (château royal non fortifié), en 1795 (château royal fortifié construit vers 1280) (avant la construction au XVIIIème siècle de l'aile actuelle reliant les tours de Guise et du cachot) et au XVIIIème siècle (le même château royal, transformé, avant la suppression des tours et murs situés à droite / Ouest). Illustrations provenant du mémoire 2011 de Vassy Malatra, présenté ci-dessous.
|
Charles de Mayenne. Le 1er août 1589, Henri III est assassiné par
Jacques Clément, le protestant Henri de Navarre lui succède sous le nom de Henri IV. Tours l'accueille solennellement le 21 novembre 1589. Il se recueille devant le tombeau de Martin.
La ville est encore divisée, surtout que le pape
Grégoire XIV confirme l'excommunication lancée par son prédécesseur contre celui qui n'était alors que le roi de Navarre. Les troubles menés par des catholiques ligueurs poussent le parlement national de Tours à déclarer (le 5 août 1591) le pape "ennemi de l'église et fauteur des rebelles".
Au bout de plus de cinq années, devenu catholique, Henri IV réussit à rétablir la paix. Tours se retrouve avec un parti catholique renforcé, "zélé, avec un esprit de lutte contre l'hérétique et de croisade contre l'infidèle", comme l'écrit
Robert Sauzet en son
article 1989 "Le milieu dévot tourangeau et les débuts de la réforme catholique".
ci-avant), est encore aux mains de ses adversaires. Il faudrait trouver une solution de secours... Eugène Giraudet : "Informé qu'il existait à Marmoutier une seconde sainte ampoule, Henri IV vint à Tours, le 15 janvier 1594 afin de négocier auprès des moines l'obtention de la petite fiole (ampulla) qu'un ange avait, dit-on, apporté jadis à saint Martin. Après de laborieuses négociations, les moines finirent par céder et passèrent en acte devant notaire, dans lequel le gouverneur de la ville, le maire, les échevins et quelques notables se portèrent caution. Dès le 29 janvier, la relique précieuse, déposée d'abord à St Gatien puis à St Martin, quitta processionnellement notre ville et fut portée par le sacristain de Marmoutier, assisté de deux moines. Une escorte de cavalerie l'accompagna jusqu'à Chartres, où le sacre eut lieu le 27 février suivant. Henri IV témoigna sa reconnaissance aux moines en offrant au prieur un anneau d'or enrichi d'une magnifique
émeraude. Le roi témoigna également son contentement au maire et ses échevins et leur accorda, à titre de gratification perpétuelle et de récompense de leur fidélité deux
muids de sel à prendre au grenier de Tours pour leur provision commune. Il reconnut l'attachement des habitants en les autorisant à établir une université à Tours". "L'université de Tours fut mise en oubli par suite de la négligence que mirent les habitants à poursuivre l'exécution de la promesse qui leur avait été faite" [Stanislas Bellanger 1845]. La bague avec émeraude fut offerte à Louis XVI en 1791, la sainte-ampoule fut brisée par les révolutionnaires en 1795, après avoir été dégarnie de ses pierres précieuses. Deux ans plus tôt, la sainte ampoule de Reims, considérée comme un "hochet sacré des sots", avait aussi été détruite en 1793 (quelques débris onté été récupérés,
article, lien)...
+
article de Pierre Gasnault 1982 "La Sainte Ampoule de Marmoutier".
(quelques débris onté été récupérés, article, lien)... + article de Pierre Gasnault 1982 "La Sainte Ampoule de Marmoutier".
P.-S. :
abjuration du protestantisme par Henri IV en 1593 devant le prélat
Renaud de Beaune (petit-fils de Jacques) (lien).
27 février 1594, le sacre de Henri IV à Chartres, avec la Sainte Ampoule de Martin ; mais la colombe, présente pour Clovis, n'est pas de retour... [Desmarets, BnF]
+ la même illustration avec quatorze personnes ou groupes légendés.
|
Clément VIII et se fit recevoir publiquement abbé et chanoine honoraire de la collégiale Saint Martin. On peut dresser un parallèle entre Clovis et Henri IV : tous deux ont amené une ère de paix par leur conversion et cette conversion s'est faite chaque fois sous le patronage de Martin. Il était temps qu'arrive ce redressement car le bilan du XVIème siècle est mauvais, les finances sont au plus bas. Ces évènements ont fortement affaibli l'économie locale (et nationale). Les notables tourangeaux protestants restant en vie ont souvent préféré émigrer à Genève ou en Allemagne. S'y ajoutent les méfaits de la peste, en 1583, 1587, 1589, 1595, 1597, et des récoltes catastrophiques en 1583, 1589 et de 1595 à 1597. Bernard Chevalier estime que la population de la ville est passée de 24.000 habitants à 8.000... ce qui semble exagéré (disons 16.000 pour 1600) et très provisoire, puisque Wikipédia 2020 indique que "la ville connut un apogée démographique vers le XVIème siècle, avec une population estimée entre 30.000 et 65.000 habitants vers 1600", population descendante ensuite, jusque 20.240 en 1800, avant une longue montée. On verra plus loin une estimation à 40.000 habitants en 1722. Wikipédia semble faire une erreur d'un siècle, le nombre de 60.000 étant fourni par Eugène Giraudet sans date précise. Le maximum serait plutôt atteint vers 1700 pour une population d'environ 45.000 personne, les guerres de Louis XIV, on le verra, ayant provoqué une baisse démographique.
article "Le tombeau de saint Martin et les Guerres de religion" (1961), André Stegman, après avoir décrit les tourmentes du règne de Charles IX, montre l'apaisement apporté par les règnes de Henri IV et son fils
Louis XIII : "Le temps de l'intolérance est passé. Il faut compter parmi les « bons gestes » du règne de Louis XIII la forte indemnité (18.000 livres) donnée aux calvinistes à l'issue d'un juste procès, en réparation de la destruction de leur temple brûlé par malveillance. Une émeute à l'occasion d'un enterrement avait soulevé des désordres plus graves. Le roi fait procéder à l'arrestation de trente coupables; comme les troubles se prolongent, il vient en personne à Tours. Le temple ne fut rebâti qu'en 1631, à la Ville-aux-Dames (la Vallée-Bouju), bien que
les Réformés eussent souhaité un lieu plus proche de Tours."
poule au pot : "Une délibération du corps de ville, de 1604, nous apprend que Tours et Langeais étaient à jamais redevables à Henri IV de leurs melons, dont ce prince faisait ses délices."
page Wikipédia des capitales de la France :
| Période | Souverain ou dirigeant représentatif |
| 1444 à 1524 | Charles VII, Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François Ier |
| 1589 à 1594 | Henri III, Henri IV |
| 9 octobre au 8 décembre 1870 | Léon Gambetta |
| 10 au 13 juin 1940 | Albert Lebrun et Paul Reynaud |
Dans la scène du partage du manteau, si les habits du pauvre ne varient guère au fil des siècles, il n'en est pas de même pour Martin qui, du XVème au XVIIème, s'habille suivant la dernière mode vestimentaire, pour actualiser le message de Martin. De gauche à droite : 1) Anonyme XVème (avec Saint Nicolas) [Musée national d'Australie méridionale à Adélaïde] 2) Jean Fouquet vers 1460 ["Heures d'Etienne Chevalier", BnF]
(+ reprise commentée dans Lecoy 1881
+ commentaire Wikipédia),
3) Louis Bréa 1475 [volet gauche de la Pieta de Cimiez, monastère franciscain]
4) Jan Polack (ou son atelier), vers 1500 [Maastricht museum]
5) Jean Bourdichon vers 1505 [Grandes heures d'Anne de Bretagne]
6) Le Greco 1598, voir encadré ci-dessous
7) Anonyme XVIème [Basilique du Saint Sauveur, Pavie en Italie]
8) Anonyme XVIIème [église Saint Martin de Saint Martin le Beau en Touraine]
9) Antoine Van Dyck 1618, voir encadré ci-dessous
10) Georges Lallemant vers 1630 [Musée du Petit Palais, Paris]
11) Jacques Van Oost le Vieux 1656 [Groeninge museum à Bruges].
Verrière 2018] :
1 à Semblançay [anonyme XVIème siècle]
2 à Faye la Vineuse [fabrique du Carmel du Mans, Rathouis et Hucher 1878].
De facture plus tardive, Martin est habillé en Romain prestigieux sur ces deux vitraux anglais [flickr johnevigar] :
1 [église Ste Mary d' Edwardstone]
2 [East Woodhay].
|
|
Variantes ou plan d'origine des deux mêmes cartes d'Arnoullet en 1553/1572 et de Siette en 1619. A gauche, un gros plan sur la basilique de la "nobilissimae urbis Turonensis" + la carte en entier.
A droite, en 1619 [ MBAT], la première vue d'ensemble de la ville depuis le sud en plan large (la couleur bleue est ajoutée) ; à droite Saint Pierre des Corps, à gauche La Riche, en haut (Nord) la Loire, en bas le Cher, relié à la Loire par le ruau Sainte Anne, au centre, horizontal, le ruisseau de l'Archevêché (ou de l'Archevêque) ; on distingue en haut à droite Rougemont et Marmoutier, à gauche au centre le prieuré de Saint Cosme, dessous Le Plessis, château de Louis XI, juste dessous le couvent des Minimes, en bas plus à droite l'abbaye de religieuses Beaumont et des noms de quartiers comme (de gauche à droite) Sanitas, Beaujardin, La Fuye, Rabatterie dans ce qui était alors la varenne de Tours, aujourd'hui remblayée et urbanisée.
Ci-dessous gros-plan sur le Plessis, Beaumont et Marmoutier.
|
Louis XIV procède en 1685 à la
révocation de l'édit de Nantes provoquant un important exil de protestants, notamment en Touraine. Dans son
étude de 1983 "Religion et démographie : Les Protestants de Tours au XVIIème siècle", Brigitte Maillard estime que cette émigration pour cause de persécution religieuse a été aggravée par la crise écoonomique (+ autre
étude par Didier Boisson en 2006). Eugène Giraudet dans son "Histoire de la ville de Tours" (1873) dresse un état des lieux un peu avant la fin du règne guerrier du roi Louis XIV : "La ville de Tours diminue de jour en jour, dit l'enquête, la généralité est dépeuplée du quart de ses habitants depuis trente ans ; l'industrie de la soie est presque entièrement ruinée ; l'industrie du drap a baissé des trois quarts ; la tannerie n'est pas plus heureuse, de 400 maîtres tanneurs il n'y en a plus que 54. Un fait plus lamentable encore atteste de cette décadence, c'est le peu de consommation du gros bétail ; autrefois la ville consommait 90 boeufs par semaine et à présent, on a peine à y en débiter 25". Une certaine prospérité revint heureusement par la suite, modeste prospérité... Giraudet : "Toutes les branches du commerce et de l'industrie reprirent une certaine activité vers le milieu du XVIIème siècle, malgré les épidémies, les disettes et les lourdes charges imposées aux habitants". Et c'était pareil dans toute la France, d'après
Joël Cornette, dans un article du n°447 de "L'Histoire" 2018 : "Les révoltes des "années de glace" du Roi-Soleil vieillissant (années 1690-1710) sont particulièrement importantes, avec une pointe acérée en 1693-1694 (les "années de misère" marquées par une crise de subsistances de grande ampleur) et un pic en 1709 (le "
grand hyver")."
Le grand hyver de 1709 vu par Guignolet 1984
+ la planche.
Louis XIV, roi de 1643 à 1715, vitrail de l'actuelle basilique (atelier Lobin, de Tours). Au centre, l'arc de triomphe dédié à Louis XIV, construit en 1693 à l'entrée nord de la ville [Gallica] + dessin de l'arc dans son environnement ["Tours informations" février 1985].
Il a été repris en (petite) partie repris dans le portail de l'archevêché
(deux cartes postales :
1
2).
La sculpture surmontant l'édifice, représentant les armoiries épiscopales et une croix chrétienne, fut enlevée peu avant 1910, quand la ville devint propriétaire des lieux.
A droite, le portrait en grand costume royal du roi Soleil en 1701 par Hyacinthe Rigaud, conservé au musée du Louvres, eut plusieurs répliques. Celle détenue par le MBAT, provenant d'un médecin du roi, est particulièrement soignée, réalisée par l'atelier de l'artiste (lien).
|
Martin Marteau (1660), Monsnyer (1663),
Nicolas Gervaise (1699),
dom Martène (vers 1700)". Toutefois, comme le dit Eugène Giraudet qu'après l'arrivée au trône d'Henri IV, premier des Bourbons : "la cour s'éloignant de moins en moins de Paris, l'importance historique de notre ville commença à décliner".
Tours et l'eau 3/6 : une ville inondable, la basilique sous l'eau en 1733. La carte de 1619 ci-dessus met en évidence, en bleu, les cours d'eau : Loire, Cher, au milieu le ruau / ruisseau de l'Archevêque ou de l'archevêché ( photo Prosper Suzanne 1899, photo archives municipales 1934), les reliant à gauche (Ouest) le ruau Sainte Anne et, servant alors de douves, la boire Saint Venant ou ruisseau de la Dolve ( carte Hélène Noizet 2007)
+ schéma des ponts, ports et îles en 1619 [H. Noizet 2004].
+ carte des "Aménagements et courants dans la Loire au début du XVIIème siècle" ["La fabrique de la ville" H. Noizet 2007].
+ article de Pierre Audin 2013 "La varenne de Tours et ses ruisseaux"
+ article de Bernard le Sueur "le statut de la rivière Cher".
Hormis l'antique lieu Caesarodunum autour de la cathédrale, l'espace entre Loire et Cher fut trop souvent inondé, formant un immense lac. L'histoire de Tours est ainsi ponctuée d'inondations au fil des siècles, notamment en 585, 820, 853, 1003, 1037, 1231, 1309, 1346, 1426, 1474, 1527, 1586, 1608, 1628, 1707, 1711, 1733, 1755, 1757, 1846, 1856, 1866. En 1733 : "La ville de Tours se vit sur le point d'être totalement submergée ; il y avait dans l'église de Saint-Martin 8 pieds d'eau ; elle était dans la cathédrale à la hauteur du principal autel ; les habitants furent trois jours sans vivres, et la Loire, qui était déjà par-dessus les ponts, menaçait la ville d'une ruine entière, si pour la préserver on n'en avait point détourné le cours, en faisant ouvrir la levée entre Montlouis et la Ville-aux-Dames, ce qui submergea aussitôt ce dernier bourg, sans pouvoir sauver ni habitants, ni bestiaux, ni effets." [lien].
|
Jean-Aimar Piganiol de la Force, dans sa description des villes de France (1722), dépeint ainsi la ville de Tours : "Cette ville est grande, belle, riche et l'une des plus considérables de France on y compte 138 rues, 4 chapitres, 16 paroisses, 9 couvents, 8 communautés de filles, 3 hôpitaux et environ 40.000 habitants. On entre dans Tours par 12 grandes portes et cette ville a 5 faubourgs [...] les maisons de la ville sont bâties d'une pierre extrêmement blanche, ce qui leur donne une belle apparence, et elles sont toutes couvertes d'ardoises ; les rues sont, en général, assez belles et 6 fontaines publiques construites dans les différents quartiers de la ville contribuent à y entretenir la propreté. Le chapitre de Saint Gatien est composé de 193 bénéficiers [...] L'église collégiale de Saint Martin est une des plus vastes de France, elle est flanquée par une grande tour appelée tour Charlemagne et du côté du midi par celle de l'Horloge ; on les voit de dix lieues à la ronde. Le tombeau de saint Martin est le grand autel ; il est de marbre noir, blanc et jaspé, et n'est élevé de terre que d'environ trois pieds. Le chapitre de Saint Martin a près de 400 bénéficiers [...] il y a deux autres chapitres à Tours, celui de Saint Venant et celui de Saint Pierre le Puellier, qui sont tous deux sous la discipline du chapitre de Saint Martin. Les chapitres de ces deux églises collégiales, qui sont en même temps paroissiales, ont chacun 10 chanoines."
La mémoire dessinée des rues de Tours en 1912. Edouard Gatian de Clérambault a publié en 1912 un recueil d'illustrations "Tours qui disparaît"
+ le livre en intégralité, environ 260 pages dont, à la fin, 100 planches [Gallica] (un livre de photos de 1899, "Tours pittoresque", est présenté ci-après)
+ article Ta&m 2007 de Patrick Bourdeaux présentant Edouard Gatian de Clérambault. Les trois dessins ci-dessus traitent la rue du Petit Saint Martin, située entre Châteauneuf et la Loire. A gauche au N°2 deux maisons, de fin XVIème et milieu XVIème, avec entre elles une cave voutée de fin du XVème. Comme de nombreuses autres maisons à Tours, elles dépendaient du fief du trésorier de Saint Martin. Elles n'existent plus. Ensuite, au n°7, une maison du XVIème. Puis, au n°22, la chapelle du Petit Saint Martin (dessin et photo de droite).
|
Collectif 2019 traite de "L'identité du chapitre Saint Martin de Tours au XVIIIème siècle" : "Au tout début du XVIIIème siècle, les chanoines de Saint Martin se flattent de se gouverner eux-mêmes, ne dépendant immédiatement, selon la formule, que du Saint-Siège, autorité forcément lointaine et passive". La collégiale dispose alors d'une puissance financière
à la mesure de ses immenses biens fonciers s'étendant sur une quinzaine de nos départements, dans le prolongement des acquis de la période carolingienne. Le chapitre
séculier est composé d'environ 230 bénéficiers dont 43 chanoines contre 145 bénéficiers pour la cathédrale Saint Gatien. Sous la volonté des archevêques, par voie judiciaire, le chapitre Saint Martin va progressivement tomber sous la coupe du chapitre Saint Gatien, opération finalisée en 1535, comme l'indique Eugène Giraudet : "Les annales ecclésiastiques rapportent à cette même année un grave événement religieux, provoqué à la suite d'une bulle du Pape et d'un arrêt du Parlement. L'antique Chapitre de Saint Martin, si célèbre jusqu'à cette date par ses immunités, ses privilèges, ses franchises, accordés ou confirmés par la papauté et tous les souverains de France, devint dépendant et soumis à la juridiction de l'Archevêque. L'abbaye de Marmoutier subit, trois ans plus tard, la même destinée ; l'abbé commanditaire, le prince de Clermont
Louis de Bourbon-Condé, 123ème abbé, ayant donné sa démission, le titre d'abbé finit avec lui et, dés lors, de grands prieurs obtinrent la juridiction spirituelle et temporelle de l'abbaye.". L'ancien abbé devint ensuite lieutenant général de l'armée, gouverneur de Champagne, eut une vie libertine variée et finit grand maître de la franc-maçonnerie. La virtus de Martin avait disparu...
Le 3 juin 1724, le roi Louis XV remet le cordon de l' ordre du Saint-Esprit à Louis de Bourbon-Condé, dernier abbé de Marmoutier, dans la chapelle de Versailles [ Jean-Baptiste Van Loo, château de Versailles, Wikipédia].
A droite, Tours est capitale d'une des 37 généralités du royaume de France. Créée dès 1452, sur un territoire plus étendu, cette division territoriale prend de l'importance sous Louis XIV, devenant aussi une intendance dirigée par un intendant ["Les rois absolus", Belin 2011]. Le division par provinces subsistait ( carte).
|
LTh&m 1855 : "Depuis la promulgation de l'édit de 1692, supprimant le régime électoral, nous ne trouvons plus qu'indécision, désordre, inconséquence ou abus de pouvoir dans la législation du gouvernement municipal. Louis XIV, environné de tout l'éclat de sa grandeur, ne tint pas assez compte du profond attachement des villes pour leurs franchises immémoriales. Le levier populaire à l'aide duquel ses prédécesseurs s'étaient affranchis du joug de la haute aristocratie avait fait son temps et le pouvoir royal, s'exerçant sans contrôle, pouvait délaisser maintenant l'élément démocratique dont il avait usé à son profit la puissante énergie. Mais l'avenir doit expier ces erreurs de la politique ; et nous avons vu jusqu'où peuvent aller les vengeances populaires.". A s'appuyant sur les dénombrements d'époque, Eugène Giraudet indique qu'après avoir compté 60.000 âmes (ce qui apparaît trop fort, peut-être 45.000 ?), la population passe à 26.000 en 1766, 20.210 en 1781, 19.660 en 1786, 21.800 en 1790.
Collectif 2019 : "Les chanoines sont comparés à "des rats dans le fromage" qui profitent des biens qui leur ont été accordés jadis "grâce aux folies de nos ayeux". Par extension, ils deviennent les ennemis du progrès et des Lumières. [...] Ils sont accusés de parasitisme et d'obscurantisme". Il est symptomatique que, en 1777, la visite de Monsieur, le frère du roi (futur
Louis XVIII, alors âgé de 22 ans), avec passage dans la basilique, est effectuée discrètement. Bien accueilli par les édiles, il évite la foule [
récit, lien). Dans un tel climat, la ferveur décroît, Christine Bousquet-Labouérie et Bruno Judic soulignent, dans le
Catalogue 2016, ce net affaiblissement du culte, qui expliquera le manque de résistance aux dégradations des révoltés : "Au XVIIIème siècle, le pèlerinage sur le tombeau semble être limité aux campagnes tourangelles. Ce déclin radical du pèlerinage est aussi l'arrière-plan des difficultés financières des chanoines qui ne pouvaient plus entretenir l'immense basilique héritée du Moyen-âge. Il reste que la destruction de ce monument répondait à un dessein politique : éliminer les symboles de la monarchie et de la tyrannie".
La basilique Saint Martin avant la Révolution. A gauche vue du Sud, au XVème siècle, maquette de Florent Pey (le cloître en avant-plan, la tour Charlemagne en arrière-plan à droite). A droite vue du nord, gravure du XVIIIème siècle [ BmT]
+ :autres restitutions 3D ci-avant
et ci-après.
Au premier plan les tours Charlemagne à gauche et St Nicolas à droite. En arrière plan, la tour du cadran à gauche et la tour du trésor (maintenant de l'horloge) à droite. + variantes.
|
Tours et l'eau 4/6 : 1764, l'évacuation manu militari de l'île Saint Jacques pour construire le pont de pierre. A cette époque, la population de Tours n'habite pas que sur la rive gauche de la Loire, derrière les remparts. Sur la rive droite, le faubourg Saint Symphorien
s'est développé et une île, appelée Saint Jacques, abrite 700 à 900 personnes, avec maisons et rues. Cette population, avec mariniers, haleurs, débardeurs, lavandières, vit de la présence de la Loire et de son trafic fluvial. La construction du pont de pierre va tout bouleverser. Pour le prestige de la ville, c'est un des premiers ponts plats. La rive droite étant plus haute que la rive gauche, il faut rehausser cette dernière (au niveau de l'actuelle place Anatole France) en arasant l'île Saint Jacques. Des indemnités sont calculées et proposées en 1758 aux propriétaires mais, attachés à leurs biens et à leur île, un grand nombre refuse d'évacuer. Après plus de cinq ans d'atermoiement les pouvoirs publics doivent employer la force et en 1764, l'armée intervient à la baïonnette [lien]. Il ne restera qu'un îlot que les hommes et l'apport naturel de sable agrandiront au fil du temps. Son dernier propriétaire, M, Simon, y bâtit une maison, c'est ainsi qu'est née l'île Simon (+ présentation, photo prise du pont Napoléon avec l'île à gauche), plus petite et plus en aval que l'île Saint Jacques. Quant au nouveau pont de pierre, ainsi nommé aujourd'hui encore, il est baptisé en 1918 pont Wilson en honneur de Woodrow Wilson alors président des Etats-Unis.
|
Tours en 1787, avec l'ancien pont d'Eudes et le nouveau pont de pierre. Tableau de Charles-Antoine Rougeot offert par Charles Henri d'Estaing, gouverneur de Touraine de 1785 au 1er janvier 1791, au maire de Tours de 1780 à 1790 Etienne Benoist de La Grandière (sa page Wikipédia est dithyrambique...) [ MBAT].
+ deux vues de Tours et ses clochers :
1 vers 1750 [C. Stanfield]
2 vers 1760.
1789, Tours juste avant la Révolution. Illustrations et commentaires extraits du n°30 du "Magazine de la Touraine" (avril 1989), dossier "La Touraine avant la révolution".
A droite, après les cahiers de doléance, les Etats généraux se préparent...
|
Commune de Tours 5/5 : une tension croissante entre la municipalité et le chapitre. Durant les années 1780, les conflits se multiplient entre la commune de Tours et les chanoines de Saint Martin. En janvier 1785, il leur est signifié que "
Si les cloîtres il est vray ont pu jouir anciennement de privilèges particulliers lorsqu’ils étoient totallement séquestrés de la société des laïcs, habités par les chanoines seuls et par les personnes que leur permettoient d’avoir chez eux les saints canons, les chapitres ne peuvent plus réclamer ces privilèges depuis qu’ils admettent indistinctement les laïcs de tout état et tout sexe dans leurs maisons. Il est notoire que le cloître de Saint-Martin contient peut-être six fois plus de laïcs que de membres de leur Église, il est donc maintenant livré aux usages de la vie civile et doit contribuer en tout aux charges de la municipalité" (lien). La Ville finit par baisser les bras et, pour avoir la paix, accepta avec l’intendant de retirer les cloîtres du projet général, non sans critiquer l’attitude des chanoines.
Débuts en Commune 1/5,
2/5,
en 3/5,
4/5.
|
L'ecclésiastique Martin face aux nouvelles bagaudes. Ce tableau de l'Allemand Matthäus Günther (1705-1788) [en l'église de Garmisch-Partenkirchen, Lorincz 2001] a été réalisé peu avant la Révolution française alors que la révolte grondait déjà dans les campagnes. L'épisode de Martin agressé dans les Alpes par des brigands est actualisé par un Martin transformé en curé et les brigands de bagaude (voir ci-avant) devenus des paysans émeutiers (la journée des tuiles à Grenoble précède de quelques mois la mort du peintre). Martin avait réussi à s'entendre avec les bagaudes, certains prélats tentèrent de pactiser avec les sans-culottes, rares furent ceux, comme l'abbé Grégoire, qui y parvinrent.
|
assignat, qui fut cependant une ressource précieuse tant que la bonne foi présida à son émission.. Charles Lelong note une dernière marque de respect à l'égard du clergé en 1790 quand "la municipalité s'associe au chapitre pour demander une dérogation lors de la suppression des ordres religieux : "Saint Martin est le patron de la Nation. L'apôtre des Gaules ne doit pas être indifférent aux représentants de la Nation". Mais la roue tourne...
ci-avant la belle bague avec émeraude offerte par Henri IV à l'abbaye de Marmoutier en remerciement des services rendus pour son sacre. Eugène Giraudet revient sur ce précieux anneau : en juillet 1790, devant le roi
Louis XVI, "Un député de Tours, M.
Bruley, ayant mis un genou en terre, prononça une courte allocution en offrant "ce gage précieux de l'attachement inviolable que la ville de Tours a pour sa personne sacrée". Le roi témoigna sa satisfaction et remercia, en termes bienveillants, les députés de Tours, mit l'anneau à son doigt et dit en se tournant vers les personnes qui l'entouraient : "Je n'ai jamais porté de bagues, mais je porterai celle-ci avec grand plaisir"."
assemblée constituante enjoignit tout le clergé du royaume de prêter serment de fidélité à la constitution, sous peine d'être déchu des fonctions qui lui étaient dévolues. Tous les prêtres qui se refusèrent à cet ordre furent mis hors la loi et qualifiés du nom de "prètres réfractaires", tandis que l'on flétrit ceux qui s'y soumirent du nom de "prêtres sermentaires" ou jureurs. La pape
Pie VI les mit au ban de l'Eglise et déclara nuls les mariages bénis par eux et païens les enfants qu'il sauraient baptisés. A dater de cet instant, le plus grand nombre des prêtres qui s'étaient contentés jusque là de se tenir sur la défensive, conspirèrent ouvertement contre la Révolution. Bien que l'archevêque de Tours
François de Conzié, ex-député à l'Assemblée nationale, eut quitté la France pour donner à son diocèse l'exemple de la résistance, 44 prêtres et religieuses se soumirent à la loi". C'est ainsi que fut élu en 1791 l'évêque constitutionnel
Pierre Suzor
(
portrait
SAT,
courte
biographie du
Mag. Touraine HS novembre 2000)
qui exerça jusqu'en 1794, puis en 1797 de façon amoindrie sans disposer de la cathédrale. Les prêtres refusant de se plier sont persécutés (courte
description dans
Nikto - Kline 1987).
guerre de Vendée, une plaque porte l'inscription suivante : "En mémoire des 271 prisonniers vendéens massacrés à Chinon le 4 décembre 1793". Alors que Stanislas Bellanger écrit en 1845 que l'exécution a été "ordonnée, dit-on, par les membres de l'administration municipale de la ville", il apparaît, à la lumière de courriers échangés entre les autorités de Chinon et de Tours (lien), que la surprise a été totale, le début du passage des prisonniers à Chinon s'étant déroulé correctement. Brusquement le responsable de la garde armée, un Saumurois ultra-révolutionnaire, Urbain Lepetit (lien), ordonna la tuerie. Il se justifia en écrivant qu'il n'avait pu "contenir plus longtemps l'indignation des soldats. Leur juste fureur s'est satisfaite. Citoyens, cette opération s'est faite aux cris réitérés de Vive la République ! D'une multitude de citoyens de votre ville, qui nous avaient suivis. Répétons aussi : Vive la République ! ". Les responsables chinonais et tourangeaux, horrifiés, en référèrent à Paris. En ces temps troublés, Lepetit, réfugié en Normandie fut long à être retrouvé. Une fois emprisonné, il bénéficia d'une amnistie générale...
La massacre de Chinon. La ville de Tours fut épargnée par de tels drames, mais leurs échos y firent impression... + trois vues de Chinon dans LTh&m 1855 :
1
2
3
+ deux autres vues de Chinon :
1 [Edouard et Théodore Frère, LTa&m 1845]
2 [Robida 1892].
+ le livre "La révolution en Touraine" par Charles d'Angers, 1889, 86 pages [Gallica].
[ Nikto - Kline 1987] + les trois planches de l'épisode titré "Les déportés aux cheveux blancs" racontant la déportation de prêtres âgés partis de Tours pour la Guyanne et terminant leur périple à Provins :
1
2
3.
+ du même album, le récit "Le laboureur guillotiné" montrant le terrible impact de la révolution sur un village de Touraine, Cussay.
|
Un sans-culottes, un curé nouveau style, une carmagnole autour d'un arbre de la liberté, une guillotine ambulante + la liste des 22 guillotinés de Touraine, province transformée en département d'Indre et Loire [illustrations du "Magazine de la Touraine" n°49 (1994) dossier "La Touraine sous la terreur, sauf la guillotine [Wikipédia] sauvegardée par Maurice Dufresne et exposée en son musée d'Azay le Rideau]. Comme indiqué en cette page de René, il s'agit de la guillotine livrée en 1794 au département d'Indre et Loire, utilisée jusqu'en 1853.
+ une planche de Guignolet 1984 sur la révolution en Touraine, avec engagement de volontaires et brigandage.
|
Terreur, un pouvoir d'exception s'étend sur la France. En octobre 1793, un Comité général de surveillance révolutionnaire se met en place à Tours, avec notamment la participation d'Allain Dupré, ancien organiste de Saint Martin. Les prisons se multiplient (souvent dans les couvents...) et se remplissent. Le culte catholique est interdit, la cathédrale est transformée en temple du
culte de la raison. Il s'agit "d'abattre pour jamais la dernière tête de l'hydre de la superstition et de l'erreur pour faire triompher rapidement la cause de la philosophie, de la raison et de la liberté". Les païens tant combattus par Martin ont repris le pouvoir après quatorze siècles d'énergique domination du christianisme. Ils plantent des
arbres de la liberté et dansent autour de façon impie. Le culte de la raison fut remplacé dès mai 1794 par le
culte de l'être suprème. La nouvelle devise est "Liberté, égalité ou la mort" (
affiche). Les procès se multiplièrent. La fin de la Terreur permit de relâcher la plus grande partie des prisonniers en août 1794. Les modérés reprennent le pouvoir, le christianisme est à nouveau toléré et Tours sort de cette période avec une utilisation modérée de la
guillotine. Le sang a beaucoup moins coulé en Touraine que lors des guerres de religion. En 1795, Allain Dupré, l'ex-organiste de Saint Martin, considéré comme terroriste, est désarmé avec ses compagnons. En juin 1795, l'évêque constitutionnel Suzor demanda à reprendre possession de la cathédrale Saint Gatien. En vain, elle fut rebaptisée "temple de l'Eternel".
sans-culottes. Le 2 novembre 1797, les voûtes du choeur s'effondrent, le 5 novembre, la municipalité ordonne la démolition. D'après l'ingénieur Vallée, "Cet édifice ne présente dans son ensemble qu'une masse informe, tout à fait en opposition aux règles de l'art et du bon goût". Ce qui reste du bâtiment est détruit pour l'essentiel le 10 novembre 1798, le préfet Pommereul, nommé en 1800, enlevant les derniers vestiges en 1802 avant de tracer en l'ancienne nef une artère commerciale, la rue Pommereul devenue rue Saint Martin en 1808 et rue des Halles en 1886.
Ce préfet
François René Jean Pommereul fut un administrateur autoritaire et combatif à l'égard du clergé et, sur ce point, il comptait sur un allié fidèle, aussi anticlérical que lui, le père de Balzac ; ses querelles répétées avec l'épiscopat de Tours entraînèrent sa mutation en 1806 (lien).
De la basilique détruite, seules subsistent, encore aujourd'hui, la
tour Charlemagne et la
tour de l'horloge (anciennement nommée tour du trésor), classées "monument historique" en 1840.
A gauche, tableau de 1853, souvenir crépusculaire de la basilique Saint Martin gothique [ François Alexandre Pernot, rectorat de la basilique] + trois dessins : 1 (Merian 1650), 2 (Dejolu 1822), 3 (A. Borrel 1833). + un plan d'ensemble de la basilique à la fin du XVIIIème siècle, réalisé au début du XIXème [Gallica].
A droite, La collégiale d'Hervé avant la grande destruction en novembre 1798. On reconnaît aisément la tour de l'horloge, à gauche, et la tour Charlemagne, à droite, seuls vestiges encore existants ; on aperçoit aussi la tour Saint Nicolas, au clocher pointu [d'après Pinguet]
+ commentaire du Catalogue 2016.
+ dessin de Pinguet, 1798, commenté par Charles Lelong [ La NR 1975]
+ autre gravure des ruines avant démolition en 1798,
aussi en variante LTh&m 1855.
|
| ||
dossier pédagogique "Les hauts lieux martiniens et le renouveau du culte martinien au XIXème siècle" contenant d'autres dessins préparatoires de l'atelier Lobin
.
|
article de 2004 sur l'abbaye Saint Martin et les Carolingiens. Ce déferlement de violence se comprend aussi par la place très importante des édifices religieux en centre-ville alors que la religion est en perte de vitesse durant tout le XVIIIème siècle. C'est ainsi que de nombreuses paroisses de Tours ont été supprimées bien avant la révolution, avec des églises qui, sans être détruites, sont utilisées à des fins non religieuses et ont pu vivre au-delà de la Révolution. Nous avons déjà vu
ci-avant le cas de abbayes Saint Paul de Cormery, Saint Julien, Beaumont et Marmoutier, nous allons voir ci-dessous, avec illustrations, le cas des églises St Saturnin et St Clément et le couvent des Feuillants. Toutes ont beaucoup souffert. Pierre Leveel dans
Level 1994 signale d'autres édifices partiellement ou totalement détruits sur Tours et ses proches environs : le prieuré Sainte Anne lès Tours, le couvent des Jacobins, le couvent des Cordeliers, le couvent Des Carmes, le couvent des Grands Minimes, la chapelle Saint Jean des Coups (à l'emplacement de l'actuel parc Mirabeau), l'église des Jésuites. Et ce n'est pas exhaustif (cf. notamment l'
article de Claire Mabire La Caille en 1981 "Evolution des enclos conventuels des mendiants à Tours")...
Révolution et suppression d'édifices religieux à Tours, trois exemples emblématiques.
|
article "Le chapitre de Saint Martin aux XVIIème et XVIIIème siècle" (1961). L'auteur considère que l'ancienne basilique n'était plus qu'"une sorte de survivance archaïque" méritant "un peu de nostalgie, comme on en a pour les belles choses qui finissent par s'étioler".
serment civique" furent enfermés. Eugène Giraudet : "Les électeurs du district convoqués à l'église Saint Saturnin nommèrent des remplaçants aux curés et vicaires réfractaires. L'ancien président du club de la Constitution,
Ysabeau, fut élu curé de la paroisse Saint Martin et installé en présence des autorités, de l'évêque et du clergé constitutionnel". Ysabeau fut ensuite élu député à la Convention nationale et fut l'un des cinq députés tourangeaux, contre trois, qui votèrent la mort de Louis XVI. Fin 1792, la basilique sert à deux commissaires de l'assemblée nationale pour réunir fonctionnaires et corps administratifs.
chouans. Le
Directoire du département, informé de l'envahissement de plusieurs communes (Neuvy, Sonzay, etc.), fit appel à la
garde nationale de Tours qui s'empressa d'y répondre et repoussa les Chouans avec succès."
calendrier républicain ne se terminant qu'en 1806), l'archevêque
Jean de Dieu Raymond de Boisgelin prit ses fonctions après une vacance officielle de 11 années. Le culte catholique était restauré dans l'archevêché de Tours, indépendamment du fait que l'évêque constitutionnel Pierre Suzor soit décédé le 13 avril 1801. Lors de la cérémonie d'accueil, le général-préfet remit les clefs de la cathédrale à l'archevêque en lui adressant une allocution patriotique sur le
concordat conclu le 15 juillet 1801 par le premier consul
Napoléon Bonaparte et le pape
Pie VII.
Lecoy 1881, page 514, en indique confirmation "par des habitants de Tours qui le tenaient de leurs parents, témoins oculaires").
Les
guerres napoléoniennes appauvrirent durablement la ville et ses habitants.
En 1814, Tours devient "dépôt général des blessés de la Grande Armée" (page).
Avant, pendant et après les
Cent Jours, Tours garda le même maire, de 1802 à 1815, le baron
Paul Deslandes [+ son
discours lors de l'inauguration d'un portrait de l'empereur en 1809), ces retournements de veste étant la marque d'une lassitude de la population. Il s'ensuivit, sous la royauté de
Louis XVIII de 1814 à 1824 puis de
Charles X de 1824 à 1830, une critique sévère des menées politiques
Paul-Louis Courier (1772-1825) sut traduire ce mécontentement en
pamphlets dont certains sont datés de Tours. Extrait de l'article 2015 de Shenandoah Davis :
"Vint la Restauration de 1814. Tout en déplorant la manière dont elle s'opéra, Courier ne put s'empêcher de s'en réjouir. Ainsi firent bien d'autres amis sincères de la liberté, qui depuis ... Il s'apprêtait à savourer les douceurs d'un régime franchement constitutionnel, lorsque les cent jours rappelèrent les étrangers en France, et à leur suite la réaction royaliste de 1815. Cette réaction ne fut nulle part plus violente que dans le département d'Indre-et-Loire où Courier avait ses propriétés. M. Bacot, préfet de Tours, fit arrêter, dans l'espace d'un mois, plus de cinq cents personnes, dont plusieurs moururent en prison. Courier, indigné de ces mesures tyranniques, adressa aux deux Chambres une Pétition, au nom des habitants de Luynes, petit village situé sur le bord de la Loire. Le ministre Decazes, qui cherchait à fonder sa puissance sur les ruines des deux partis extrêmes, se servit de cette pétition contre les ultra-royalistes. Les persécutions cessèrent : Courier se tut."
Probablement la dernière représentation sur le vif de la basilique d'Hervé. Après 1794 et avant la démolition de 1798, un peintre voyageur, peut-être Louis-François Cassas, a réalisé cette vue de Tours. Da gauche à droite : la cathédrale Saint Gatien, l'église Saint Julien, l'église Saint Saturnin, la collégiale Saint Martin [ MBAT] + analyse par Annie Gilet ["Dessins XVe-XXe siècle La collection du musée de Tours", 2001].
Ci-dessous, peut-être la première représentation de Tours sans les clochers de la basilique (ou à moitié cachés à droite ? Volontairement ?), tableau de Charles-Antoine Rougeot de 1797 [ MBAT, lien].
|
Le souvenir de la basilique disparue. Ces deux gravures de Lacoste Aîné sont extraites du livre LTa&m 1845.
A gauche, seules subsistent la tour Charlemagne, et en arrière-plan la tour de l'Horloge, le reste de la basilqiue a disparu.
A droite la basilique / collégiale Saint Martin, est reconstituée 48 années après sa démolition, avec en premier plan la tour Saint Nicolas à gauche et la tour de l'horloge à droite. La ressemblance est approximative, le souvenir s'estompe, une nostalgie se développe...
+ présentation des monuments catholiques dans "Tours, guide de l'étranger" 1844 (avec notamment la cathédrale, la tour Charlemagne, la table des matières lien).
La restitution 3D de 2020. Nostalgie suite, avec le désir d'une reconstitution fidèle. Le projet ReViSMartin, présenté ci-avant, permet sur ce lien d'avoir une vue tournante en trois dimensions de la collégiale du XVIème siècle en surimpression de la ville de 2015 (quand le dôme de l'actuelle basilique était en réparation et encapuchoné).
+ deux autres vues :
1
2.
+ les traces actuelles des piliers de la basilique Hervé sur la rue des Halles : photo La NR 2017.
Voici les deux principaux vestiges de la basilique d'Hervé, auxquels on peut ajouter le cloître, ci-dessous.
A gauche et au centre le cloître, à droite la chapelle Saint Jean.
|
ci-avant), et terminée en 1828, comme on va le voir.
Texte de François Coulaud, dessin d'Alain Duchêne + les deux planches titrées "Le Haussmann tourangeau" : 1
2
["Tours Informations" décembre 1985].
document de 73 pages sur les "Déplacements et moyens de transport en Indre et Loire" (2017).
|
Evolution de la ville de Tours 5/7 : 1778, abandon de l'axe Est-Ouest pour adopter l'axe Nord-Sud. Jusqu'alors, la ville s'était construite sur l'axe Est-Ouest reliant la cathédrale à la basilique Saint Martin en passant par l'église Saint Julien au centre. L'idée de percer un nouvel axe perpendiculaire remonte à 1750 et est acceptée en 1760 par le conseil municipal. Elle a été concrétisée en 1756 par le plan présenté ci-dessous à gauche, réalisé par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Mathieu Bayeux. Du haut (Nord) vers le bas (Sud), en suivant ce plan :
L'ancien axe et le nouveau se croisent au niveau de l'église Saint Julien. Face à la Loire, l'entrée Nord de la rue Nationale s'ouvrait sur deux imposants monuments, le musée (derrière lequel se trouve l'église Saint Julien) et l'hôtel de ville, prévus dès 1766 sur le plan ci-dessous à droite, de Mathieu Bayeux et Jean Cadet de Limay.
François Pierre du Cluzel, intendant de la généralité de Tours de 1766 à 1783 a activement participé à la mise en place de cette nouvelle structure.
Le voyageur anglais Arthur Young estima dans son ouvrage paru en 1792 que la nouvelle entrée de Tours était magnifique, alors que le Musée ne fut terminé qu'en 1828, l'hôtel de ville étant terminé en 1786.
Honoré de Balzac est né rue Royale / Nationale en 1799 et l'a considéré comme la "reine des rues" [le parcours Balzac montrant dans Tours les lieux fréquentés par l'écrivain).
Beaucoup plus tard, la nouvelle basilique Saint Martin, construite par Laloux, adoptera le nouvel axe, abandonnant l'ancien que suivaient les basiliques d'Armence, de Perpet et d'Hervé.
|
octrois pour filtrer les entrées et sorties de marchandises. Brigitte Lucas ["Mémoire en images, Tours" 1993,
page] : "L'octroi représentait en 1880 les deux-tiers des recettes municipales. Il y avait douze barrières douanières, donc celles de La Tranchée, de Grammont, de La Riche, etc., ainsi qu'à la gare de marchandises et à l'entrée de l'abattoir. [...] Les barrières d'octroi tombèrent définitivement en 1943". Ainsi, depuis le IIIème siècle pour le noyau Caesarodunum jusqu'à 1943, Tours fut une ville fermée. Sur 20 siècles et demi d'histoire, elle ne fut ville ouverte que durant les deux premiers et le dernier...
Tours, une image qui mélange les époques, de 1793 à 1828. Comme expliqué en cette analyse (lien), ce tableau [ MBAT] réalisé par Pierre-Antoine Demachy avant sa mort en 1807 représente Tours à la fois en 1793, avec à droite la basilique Saint Martin encore intacte, et en 1828, date de fin de construction du musée situé devant l'église Saint Julien, au centre. On distingue entre St Julien et St Martin l'imposant clocher de l'église St Saturnin et, à droite de Saint Martin, le fin clocher de l'église Saint Clément. L'ancien pont, d'Eudes, sur la Loire est à moitié détruit, à gauche, remplacé par le pont de pierre au centre, sur l'axe Paris-Bordeaux. + autre vue de Tours, par le sud, vers 1785, par Charles-Antoine Rougeot [ MBAT].
La disparition des clochers. Tours en 1810 par Antoine Ignace Melling, avec le pont de pierre, derrière à gauche quelques arches restantes du pont d'Eudes, à droite les deux tours Charlemagne et de l'horloge, sans basilique [ MBAT, "La collection du Musée" 2001]. Par rapport à la vue précédente, on note la disparition des cinq clochers de la basilique (ne restent que deux tours au toit retréci) et l'absence des clochers de St Julien (raccourci), St Saturnin (église détruite), et hors-champ St Clément (raccourci avant destruction). Une tornade nommée Révolution avait sévi, n'épargnant que la cathédrale...
+ deux plans de Tours :
1 1818 [Jacquemin - Bellisle, arch. dép. 37]
2 1833 [ BmT].
|
Tours et l'eau 5/6 : 1840, l'âge d'or du transport fluvial, et 1856, la grande inondation. Sur la Loire en 1840, les bateaux à vapeur cotoyaient les grands et petits bateaux à voile, un canal reliant la Loire au Cher venait d'être inauguré, étendant le trafic, tout allait pour le mieux, avec une importante population de mariniers et débardeurs qui vivait de ce trafic... L'arrêt allait être brutal avec l'arrivée du chemin de fer.
Et trois grandes inondations allaient frapper la ville. La surélévation de la rive gauche du canal évita le pire en 1846, elle fut insuffisante en 1856, ce fut la catastrophe, seule la colline de César (emplacement de Caesarodunum) échappa aux eaux : "Seule la cité ancienne surnage, en bordure du fleuve en furie. La Loire et le Cher
couchés dans le même lit, forment un lac de 30 km de long et 10 de large !" [Léon Cazeaux, "La Loire déchirée", Alexis Boddaert 1990]. Solidement rehaussée et renforcée en 1860, la rive gauche devenue digue du canal permit d'éviter une seconde catastrophe en 1866. Ce que les Tourangeaux du XXIème siècle ont oublié...
|
Tours en 1826, deux aquarelles de William Turner, précurseur de l' impressionisme.
A gauche vue du port de jonction du canal Cher-Loire (à gauche) à la Loire (à droite) (lien)
+ reprise en gravure par T. Jeavons 1832 (lien)
+ autre gravure d'après Turner.
A droite, vue de la ville du haut de la Tranchée (lien).
|
Tours. Elle marque l'arrivée, le 26 mars, avec la bénédiction de l'archevêque
François Morlot, du chemin de fer par l'inauguration de la première gare, appelée embarcadère (aussi débarcadère). Paris-Tours en six heures seulement ! Les
remparts bastionnés de 1600 sont éclatés et vont disparaître. Les voies fluviales sont délaissées au profit des voies ferroviaires et routières. La
révolution industrielle arrive, vidant les campagnes au profit des villes. Le centre de la ville se déporte vers le sud, auprès du nouveau palais de Justice, proche de l'embarcadère. La démographie qui stagnait depuis longtemps va désormais croître de façon forte :
27.000 habitants en 1789,
21.000 en 1793,
21.000 environ en 1822 (dont 226 électeurs en 1820) et 1826,
26.600 en 1837 (dont 560 électeurs en 1844),
30.700 en 1846 (ajout en 1845 de la commune de
Saint Etienne Extra),
42.400 en 1866 (ajout en 1855 de la partie de la commune de
Saint Pierre des Corps située à l'Ouest du canal),
63.200 en 1896,
77.100 en 1926,
92.900 en 1962,
128.100 en 1968 (ajout en 1964 des communes de
Saint Symphorien et
Sainte Radegonde
Joué lès Tours), 140.600 en 1975, population jamais dépassée depuis (135.700 en 2017 pour une
métropole de 293.100 habitants en 2016) [données Giraudet, Chevalier et Wikipédia].
A gauche, le Palais de Justice, premier édifice de la place du Palais, terminé en 1843. L' hôtel de ville en symétrie sur cette place, sera inauguré soixante ans plus tard, en 1904 [ LTa&m 1845].
Tours sans basilique Saint Martin. Vue de l'Ouest en 1847, en ballon [lithographie 1852, Robert Malnoury, SAT + version coloriée]. Dans le coin bas-gauche, les tours Charlemagne et de l'horloge. En haut, de gauche à droite, la rue Royale (devenue rue Nationale) en prolongement du Pont de Pierre. Dans le coin haut-droite, la place du Palais.
A droite, le grand mail ou habita de 1838 à 1840 le chansonnier Pierre-Jean de Béranger (1780-1857). Surnommé "L'ami du peuple", il était si connu que cette portion du mail fut baptisée "boulevard Béranger" de son vivant (lien)
+ plan vers 1860
+ carte postale du marché aux fleurs sur le bd Béranger
+ page avec deux autres cartes postales [Brigitte Lucas 1993].
|
Evolution de la ville de Tours 6/7 : une forte extension géographique et démographique. Tours, après s'être modestement étendu vers l'Est en 1824, mordant sur la commune de Saint Pierre des Corps, a multiplié sa superficie en 1845 (avec correction en 1855) en englobant au sud la commune de Saint-Etienne Extra, au-delà même du Cher. La place du Palais, dont on vient de voir ci-dessus en 1843 la création, n'est plus à l'extrême sud de la ville et pourra devenir plus tard, en 1904, son nouveau centre. Cette extension méridionale s'est étendue en 1961 en prenant le coteau de Grandmont à Saint Avertin. Une large étendue était alors soumise aux inondations du Cher, mais dans la deuxième moitié du XXème siècle, de nouveaux quartiers seront remblayés et habités :
Rives du Cher (vues :
1
2),
Fontaines ( vue),
Deux Lions ( vue).
En 1964, la ville s'étendra largement sur le Nord de la Loire avec le rattachement de Saint Symphorien et Saint Radegonde.
|
establishment) Wikipédia / Wikimédia, reconnaissables par la pastille jaune , sont multiples.
Sur Martin de Tours, outre sa page Wikipédia, on dispose de la page générique Martin avec ses diverses références, la page Saint Martin, avec notamment les autres saints nommés Martin, les fêtes et les communes
et la page sur la basilique saint Martin, avec notamment la liste de ses abbés et sa page Wikimédia avec photos et documents.
Deux pages sur les fêtes de la Saint Martin :
1 en Flandres
2 en Allemagne.
| ||||||||
page Wikipédia et outre son histoire et sa liste des monuments historiques, on note
après Caesarodunum,
les enceintes 1 gallo-romaine,
2 médiévale
et 3 bastionnée),
les ponts d'Eudes, Wilson (de pierre)
et de fil,
les quartiers du vieux Tours,
les quartiers de Tours
( carte),
les jardins Prébendes d'Oé et botanique,
la liste des maires,
la liste des évêques et archevêques,
l' archidiocèse de Tours.
Elargissement géographique :
Tours Métropole Val de Loire,
la Touraine,
la liste des comtes de Tours
gouvernant du VIème au XIVème siècle le comté de Touraine,
le conseil départemental d'Indre et Loire,
la liste des communes d'Indre et Loire,
la liste des députés d'Indre et Loire,
Et pour finir : la Touraine,
et la Loire.
| ||||||||
ci-avant, le blason de la Touraine puis les blasons et logos de la ville de Tours, sous la royauté, sous Napoléon 1er, de 1987 à 2015 et depuis 2015 :
1 (Martin)
2 (Louis XI)
3 (château de Tours)
+ dossier éducatif "Tours aux temps modernes" (environ 2000).
|
ci-avant, de la généralité de Tours au XVIIIème siècle) que les départements du Maine et Loire et de la Sarthe ne se joignent pas à ceux de la région Centre Val de Loire pour former une région Val de Loire (Nantes étant enfin rattachée à la Bretagne). L'historien Michel Laurencin l'avait pareillement regretté dans un article de La NR 2017 (il parle aussi de Martin).
|
Le compagnonnage et son attachant musée. A gauche, illustration extraite d'un livret municipal de 1978 montrant un défilé dans Tours de compagnons couvreurs en 1838. Installé dans le dortoir et l'hôtellerie des moines de l'abbaye Saint Julien, le musée du compagnonnage présente des collections de chefs d'oeuvres des compagnons du devoir ainsi que des attributs compagnoniques et des archives. Le compagnonnage désigne un système traditionnel de transmission de connaissances et de formation à un métier, qui s'ancre dans des communautés de compagnons, principalement celles qui effectuent un tour de France. Dans le monde ouvrier, ce système était très développé, jusqu'à la naissance des syndicats au XIXème siècle. A droite, statue du temple des démophiles à Tours. + le site du musée.
+ article Fasc. NR 2011.
|
Commune de Paris va bientôt installer un gouvernement insurrectionnel, du 18 mars au 28 mais 1871. Un peu avant, début octobre 1870, le gouvernement se retire à Tours et désigne une personnalité forte pour y diriger la nation,
Léon Gambetta, alors ministre de l'intérieur. Il quitte Paris en ballon pour organiser la défense nationale. Devenu ministre de la guerre, Gambetta, partisan d’une "guerre à outrance" essaie d’organiser les armées de secours pour libérer Paris. Cependant, la contre-attaque peine à être efficace face aux Prussiens. Après avoir quitté Tours le 8 décembre, Gambetta ayant démissionné, le gouvernement de Défense nationale se résoudra, le 20 janvier 1871, à demander l’armistice aux Prussiens, signée le 28 janvier, l'Alsace et la Lorraine deviennent allemandes.
Gambetta quitte Paris pour rejoindre Tours en ballon. Le blocus verrouille la capitale, et il est devenu quasiment impossible de la quitter. Le 7 octobre 1870, Léon Gambetta traverse les lignes ennemies en les survolant, atterrit près de Beauvais et rejoint Tours le 9 octobre [à droite, dessin d' Alfred Le Petit].
+ la même scène en une planche de Milo Manara [Larousse 1980]
|
Frédéric-Charles de Prusse s'y installe avec son commandement. Michel Laurencin, au colloque de Tours 2016 (vidéo), explique qu'en de telles conditions, c'est l'image du Martin soldat qu'invoque la population tourangelle pour que revienne la paix. Il est le protecteur de la patrie et au-delà le libérateur de la France. Dès le mois d'août 1870, l'archevêque de Tours
Joseph Hippolyte Guibert
[
vitrail Lobin de la basilique]
avait invité les Tourangeaux à participer à une messe chaque mercredi afin de prier Martin dans la chapelle provisoire. Une fois les troupes entrées dans la ville, Martin, soldat du Christ, est imploré pour qu'il se souvienne de son peuple et pour qu'il le défende. Le lieu de prière et de supplication est le tombeau retrouvé en 1860, résonnant de cantiques glorifiant le combat pour le Christ et la civilisation, "Chassez les tous de nos frontières, gardez la France à nous Français". Après le retrait allemand, en novembre 1872, le nouvel archevêque
Félix Pierre Fruchaud
[
vitrail Lobin de la basilique]
estime que "Saint Martin n'a pas seulement été le père de la patrie, il en a souvent été le sauveur". A la même époque, le saint est aussi considéré comme le défenseur de la chrétienté face au paganisme alors comparé à l'
anticléricalisme et à la
franc-maçonnerie.
1870, le lycée Descartes à gauche, le palais de l'Archevêque à droite, de belles demeures et de beaux hôtels de la ville sont occupés par des délégations gouvernementales, des services ministériels et des ambassades [Le Magazine de la Touraine n°38, 1991]. + deux cartes postales du lycée : 1
2.
+ trois dessins :
1 (Gambetta prononçant un discours)
2 (soldats attablés rue Royale, maintenant rue Nationale)
3 (soldats Francs Tireurs défilant devant le palais de Justice)
A gauche, octobre ou novembre 1870, soldats italiens de Garibaldi, place Gaston Pailhou, devant l'église saint Clément, détruite depuis. Les tours de l'Horloge et Charlemagne sont en arrière-plan [Ludovico Marchetti, Université de Tours, "Histoire de Tours", Privat 1985]. Au centre, cavaliers prussiens en avant-garde et foule hostile le 21 décembre 1870 devant l'hôtel de ville (de 1786 à 1904) ["Histoire de la Touraine" Pierre Leveel, CLD 1988]. A droite, début 1871, carte Atlas Grataloup montrant que Tours est en limite de la zone occupée lors de cette guerre franco-allemande de 1870. + deux pages de "Histoire de la Touraine", Pierre Audin 2016 : 1 2.
19 janvier 1871, les troupes prussiennes traversent le pont de pierre et entrent dans Tours (lien) [The Illustrated London News]. A droite, un militaire allemand photographié par Blaise à Tours en 1871 [archives municipales de Tours]. + gravure de soldats Prussiens défilant devant la cathédrale (lien)
+ article de Francine Fellrath-Bacart 2013 "Tours et la Loire : un spectacle éblouissant pour les officiers prussiens"
+ page de Tours secret", Hervé Cannet 2015, montrant aussi que des Prussiens ont apprécié ce passage culturel en Touraine.
+ P.-S. : double-page de "Tours Magazine" n°205 de mars-avril 2021.
C'est sous la devise "Saint Martin Patron de la France Priez Pour Nous", inscrite au revers de leur bannière blanche que le régiment royaliste de zouaves pontificaux combattit les Prussiens en 1870 à la bataille de Loigny, au nord d'Orléans, qui marque la défaite finale de la France le 2 décembre 1870 [à gauche, tableau de Charles Castellani (1838-1913), "Les zouaves pontificaux à la bataille de Loigny", musée de l'armée à Paris, Wikipédia]. Liens : 1 2 (l'avers de la bannière était "Sacré Coeur de Jésus, sauvez la France !", cela rejoint le mouvement de création de la basilique du Sacré-Coeur à Paris). A droite, dans l'actuelle basilique, la devise du régiment fut, un temps, reprise autour du tombeau, comme le montre cette carte postale de début du XXème siècle.,
+ ex-voto des zouaves pontificaux en l'actuelle basilique [ Collectif 2019]
|
Catalogue 2016] en 1922 un livre de l'avocat Jacquet Delahaye Avrouin titré "Du rétablissement des églises en France à l'occasion de la réédification projetée de celle de Saint Martin de Tours". Lelong : "Mais ce n'est qu'au milieu du siècle que l'on assiste à un véritable renouveau : en 1849, l'épidémie de choléra détermine Mgr Morlot à organiser une procession des reliques dans les rues de Tours et remettre en honneur la fête du saint. En 1853, paraît un livre de l'abbé Dupuy."
Léon Papin Dupont (1797-1876), de la "Commission de l’oeuvre de Saint-Martin" chargée de donner des vêtements aux pauvres et de redécouvrir le tombeau afin "de relever les pierres dispersées de la basilique et de rétablir le culte du thaumaturge des Gaules".. Après des acquisitions foncières, les vestiges du tombeau furent retrouvés le 14 décembre 1860, selon les indications d'un procès verbal de 1686 découvert deux semaines plus tôt par l'archéologue tourangeau,
Henry Lambron de Lignim, donnant la description du caveau édifié par Perpet. Cette découverte donna un élan décisif à la volonté de reconstruire une basilique, volonté très affaiblie par la querelle déjà évoquée, avant que, deux décennies plus tard, la solution la plus réaliste fut mise en oeuvre avec la réussite qui vient d'être décrite et illustrée... [+
récit de cette découverte par les chanoines Bataille et Vaucelle, 1925] En une
page de son livre "Vie et culte de Saint Martin" (2000), Charles Lelong montre les trois emplacements successifs du tombeau.
La découverte des vestiges du tombeau le 14 décembre 1860. A gauche, vitrail de l'atelier Lobin dans l'actuelle basilique [ Verrière 2018] + l' esquisse. A droite case de la BD de Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996 + deux planches : 1 2.
étude de May Vieillard-Troiekouroff titrée "Le tombeau de saint Martin retrouvé en 1860" (1961), retraçant aussi l'histoire des basiliques. Extrait : "On retrouve des plans : outre le plan de l'ancienne basilique, dressé par Jacquemin en 1779, on retrouve chez un notaire le plan dressé lors du lotissement de 1806 par Jacquemin fils, qui montre. que le tombeau de saint Martin ne se trouve pas sous l'une des nouvelles chaussées, mais dans la cave d'une maison." + plan Jacquemin de 1779 : 1 2 (document SAT)
+ le livre "Notice sur le tombeau de saint Martin et sur la découverte qui en a été faite le 14 décembre", 1861, publiée par "La commission de l'oeuvre de Saint-Martin", 93 pages [Numelyo].
A gauche, vue des caves dans lesquelles le tombeau a été trouvé en 1860 (lien). Au centre, les restes de ce tombeau [ Lecoy 1881]. Ce sont les partie blanches de ces contreforts que l'on retrouve, intacts, dans l'actuel tombeau, à droite. On se rend compte là à quel point la nouvelle basilique a été positionnée en fonction de l'emplacement du tombeau de la basilique précédente.
|
ultramontains) et républicains et entre
cléricaux et
anticléricaux. Parmi ces derniers,
Armand Rivière (1822-1891), maire de Tours de 1879 à 1882, fut un des plus virulents, publiant en 1862 "Les miracles de Saint Martin" (deux photos :
1
2). + le
chapitre "La guerre civile de Tours" par Bernard Chevalier dans son livre "Histoire de Tours" (Privat 1885). Exemple de propos d'Armand Rivière : "Vous pensez sans doute que notre société, et particulièrement notre ville de Tours, ont plus besoin d'églises et de couvents, de reliques et de miracles des saints, que de temples de l'industrie et de merveilles des arts ? [...] Que des esprits du passé se prosternent encore devant les reliques du passé, est-ce une raison pour que des hommes choisis par tous, comme l'élite de la cité, emboîtent le pas avec eux et marchent à leur suite ? Est-il dans les attributions d'un conseil municipal d'écouter le panégyrique d'un thaumaturge et de faire de l'archéologie religieuse ?"
La chapelle provisoire, lieu de dévotion érigé en attendant la nouvelle basilique, a connu au moins deux configurations, comme le montrent ces deux photos. La première (avec la dédicace de Paulin de Périgueux qui sera reprise sur le fronton de la basilique Laloux) provient d'une image cartonnée, la seconde du livre Le tombeau de Saint-Martin de Tours", 1922, par Jean-Martial Besse (+ critique de cet ouvrage par Michel Andrieu en 1923).
A droite, une gravure du ciborium [ Lecoy 1881.
Cette oeuvre d'art en cuivre doré a été réalisé en 1664 par l'orfèvre parisien Jean-Alexandre Chertier. Elle est maintenant posée sur le maître-autel de l'actuelle basilique.
+ photo cartonnée datée de 1869 du ciborium dans la chapelle provisoire
+ son dos + vue de l'extérieur.
|
A gauche l'anticléricalisme d'Armand Rivière, maire de Tours de 1879 à 1882. Au centre le quotidien anticlérical "L'électeur d'Indre et Loire" se moque des catholiques "processionnards", le 10 novembre 1888 (lien). A droite caricature anti-anticléricale d' Achille Lemot, 1902, représentant en ogre le ministre loi de 1905 sur la séparation des églises et de l'état.
Sur le même thème anti-procession, Joshua Peeters dans BD Utrecht 2016 + la planche. Dès 1846, Tours a connu une agitation communiste autour d' Auguste Blanqui (article La Rotative 2020).
|
Mademoiselle Cloque" de
René Boylesve, paru après la bataille en 1899, est une autre illustration de ce conflit. Même en connaissant les identités réelles des personnages romancés, l'intérêt historique est limité et l'écriture, vieillotte, est révélatrice de l'époque et d'un milieu catholique fermé sur lui-même. Il est vrai qu'il était soumis à de nombreuses vexations. Par exemple, nommer
Descartes (né dans le sud de la Touraine) la rue où est située la basilique n'était-il pas une provocation
cartésienne ? Aussi, en 1886, débaptiser la rue saint Martin en rue des Halles...
"Mademoiselle Cloque" : édition 1911 (dessin Adolphe Gumery), dessin de René Boylesve (1898), édition CLD 1985 (dessin Marie-Thérèse Mabille) et un ouvrage d'analyse par Emile Gérard-Gailly (1931), révélant que Mademoiselle Cloque avait existé et s'appelait Mademoiselle Blacque, habitant près de la basilique. La page Wikipédia reprend ce résumé : "Parce que mademoiselle Cloque et le comte de Grenaille-Moncontour ne sont pas d'accord sur les dimensions d'une basilique en construction, la nièce de l'une n'épousera pas le fils de l'autre !".
|
Le partage du manteau version XIXème siècle. Contrairement aux siècles précédents, l'iconographie se montre plus respectueuse de la période historique traitée. Martin est un soldat de l'armée romaine. Il est toujours accompagné d'un cheval inventé, il porte généralement un casque et sa cape est souvent rouge. L'intérêt se déplace sur l'attitude du pauvre homme transi de froid. Les présents tableaux ont été publiés en 1997 par le MBAT dans le livre "La légende de Saint Martin au XIXème siècle".
1) André-Joseph Bodem vers 1820, église de Seurre (Côte d'or)
2) Anonyme, premier tiers du XIXème, basilique Saint Martin de Tours
3) Claude-Noël Thévenin 1833, église de Donzenac (Corrèze)
4) Antoine Rivoulon 1837, collégiale de Candes
5) Victor Louis Mottez vers 1845, église de Saint Germain l'Auxerrois à Paris + esquisse
6) Léon Brunel, église de Pinols (Haute Loire)
7) Anonyme 1840, église de Villiers le Mahieu (Yvelines)
8) Evariste-Vital Luminais 1859, collection particulière
9) Ernest Michel 1873, église Saint Nicolas des Champs à Paris (+ variante)
10) Gustave Moreau vers 1882, musée Gustave Moreau à Paris
11) Louis Roger 1893, école supérieure des Beaux-Arts de Paris
tableau déjà présenté ci-avant de Jean-Victor Schnetz 1824, en la cathédrale de Tours.
Ajoutons un exemple de restauration, tableau d' Edouard Puyo 1897 en l'église St Martin de Morlaix ( récit "Le Télégramme" 2014, lien).
Et revenons au livre de 1997 avec un tableau de François Lafon, fils de Jacques-Emile Lafon, réalisé en 1895 pour l'église St Martin d' Abilly en Touraine, au contenu assez énigmatique (avec l'évêque et le mendiant), analysé par Véronique Moreau.
|
2/3) est partiellement restauré et, en parallèle avec la ferveur de la redécouverte du tombeau, les pèlerinages reprennent, une ligne de tramway relie même le site à Tours. Michel Laurencin apporte des précisions dans le livre "Saint Martin XVIème centenaire" (CLD 1996) et établit un parallèle avec Ligugé et Candes : "Le 29 juin 1847, la supérieure générale du Sacré-Coeur, Mme Barat, réalise l'achat de l'ancienne abbaye de Marmoutier, aliénée et en grande partie détruite sous la Révolution. Parallèlement, le 1er juin 1852, Mgr
Pie, évêque de Poitiers, attentif à la restitution du culte Martinien achète les bâtiments et le jardin de l'ancien monastère de Ligugé. [...] Le 14 novembre 1858 s'accomplit le pèlerinage à Ligugé, après ceux de Marmoutier en mai et de Candes en juillet de la même année. Dès le 10 mai 1860, le pèlerinage de Candes rassemble six cents pèlerins par train spécial de Tours à Varennes puis en omnibus jusqu'à l'église du trépas de saint Martin. [...] Le 14 novembre 1858, dans l'homélie qu'il prononce à la cathédrale, Mgr Pie, s'adressant à Mgr
Guibert, archevêque de Tours, déclare avec passion : "Je ferai tout ce qui est en moi pour favoriser le rétablissement d'une dévotion que je regarde comme un des puissants moyens de régénération chrétienne de notre temps.".
En 18 photos, la procession de Tours à Marmoutier en 1897. Dans "Mémoire en images, Tours" (volume 1, Alan Sutton éditeur 1993), Brigitte Lucas livre un reportage exceptionnel sur cette journée martinienne du 14 novembre 1897, de Tours à Marmoutier (visite de ses grottes), sur neuf pages de 2 photos chacune : 1
2
3
4
5
6
7
8
9.
Voir aussi Marmoutier
1/3
2/3.
|
René François Renou, le 1500ème anniversaire de la mort de Martin revêt une pompe exceptionnelle, en présence de 22 prélats. Michel Laurencin : "L"image du moine-évêque est alors porteuse du combat contre le rationalisme, le scientisme, le détachement à l'égard des préceptes religieux, le laïcisme triomphant. Martin de Tours, le moine certes, l'évêque aussi, le thaumaturge encore, est avant tout le soldat, ce "grand saint national" ainsi qu'aiment à le décrire les archevêques."
A gauche le printemps 2004 des rhododendrons au jardin botanique, au centre le jardin des Prébendes (et les autres) [ plaquette municipale "Jardins historiques" 2017], à droite, l'automne 2003 du ginkgo biloba offert en 1843 par le docteur Bretonneau au jardin Botanique. Il peut être considéré comme le plus bel arbre de cette espace en Europe (compléments sur la page voisine des ginkgos de Tours).
|
Guillaume Meignan (1817-1896), archevêque de Tours de 1884 à 1896, mit fin à la crise, en obtenant l'aval du Vatican. C'est aussi lui qui supervisa la construction de la nouvelle basilique. Il fut nommé cardinal en 1893. Jacques Verrière le présente comme "un homme raisonnable, soucieux de paix et prêt au compromis. Il plaida le manque de pertinence d'une grande basilique "qui demeurerait inutilisée aux quatre cinquièmes presque tous les jours de l'année" et enjoignit les va-t-en-guerre de na pas imiter les "juifs de Jérusalem, si fiers de la beauté matérielle de leur temple, et si peu ambitieux de plaire à Dieu par leurs vertus". [...] La fièvre a fini par retomber et les Tourangeaux, catholiques ou non, se sont appropriés la nouvelle basilique." [
Verrière 2018]. La conception de la nouvelle basilique résulte d'un cheminement intellectuel qui dura une quinzaine d'années, entamé par Jules Quicherat et abouti par la volonté de Guillaume Meignan, avec pour maîtres d'oeuvre Casimir Chevalier et Victor Laloux.
article "Restitution de la basilique de Saint-Martin de Tours" par Jules Quicherat, rédigé par
Charles de Grandmaison, daté de 1869, commence ainsi : "L'église bâtie par saint Perpète, sur le tombeau de saint Martin, était non-seulement la plus célèbre et la plus fréquentée, mais encore la plus magnifique de l'ancienne Gaule. Elevée à la fin du Vème siècle, elle a fait jusqu'au Xème, époque de sa complète destruction, l'étonnement et l'admiration de tous ceux qui l'ont pu voir. Grégoire de Tours en parle avec une sorte d'enthousiasme et il nous donne à son sujet des indications très-précises, mais en même temps très-incomplètes, qui ne font qu'irriter la curiosité sans la satisfaire.".
Jules Quicherat (1814-1882) réalise la meilleure restitution de la basilique de Perpet. Charles de Grandmaison explique que, suite à des essais précédents, Jules Quicherat, "professeur d'archéologie à l'Ecole des chartes", vient d'effectuer une restitution en s'appuyant d'abord sur la description de Grégoire et aussi sur d'autres témoignages. Il fait ensuite une description précise du travail de Quicherat et des choix qu'il a effectués. "Dans son intéressant et curieux travail,, M. Quicherat ne se borne pas à nous rendre l'antique basilique de saint Perpète, il nous fait aussi connaître ses dépendances, telles que la cellule de l'abbé, le cloître, l'aître placé devant la façade de la basilique, et plusieurs chapelles". Et de conclure : "Il est permis de dire, sans crainte d'être taxé d'exagération, qu'on trouve dans cette restitution de la basilique de Saint-Martin la science archéologique la plus profonde, unie à un talent d'interpréter et de faire parler les textes que nul critique de notre temps ne possède à un plus haut degré que M. Quicherat".
1869, la "restitution de Jules Quicherat", ici les quatre illustrations + le livre en intégralité (45 pages, Numelyo).
|
étude dans un colloque "Casimir Chevalier" à Tours le 28 mai 2011, réalisée par Jessica Basciano. Elle commence par ce résumé : "Il a appliqué ses connaissances en archéologie chrétienne, accumulées à Rome comme à Tours, à un projet pour la basilique développé avec Victor Laloux (1886-1925). Ce projet faisait référence consciente à la spéculation archéologique sur l’église du Vème siècle qui se trouvait sur le tombeau de Martin, surtout celle de Jules Quicherat. Quoique plus tard Laloux ait transformé le projet, la basilique terminée reflète la participation de Chevalier.". On y lit aussi : "La contribution de Casimir Chevalier à la construction de la basilique Saint-Martin à Tours par Victor Laloux démontre la synergie croissante entre l’archéologie et l’Eglise catholique dans la deuxième moitié du XIXème siècle. [...] L’archevêque de Tours, Mgr Meignan, a soutenu un projet pour une église sur le tombeau de saint Martin qui était fondé sur une reconstitution archéologique de l’église construite sur ce tombeau en 471. Chevalier et Laloux ont travaillé ensemble à ce projet."
1886, les fouilles, dirigées par Casimir Chevalier. Ci-dessous, 1887, vestiges mis à jour [Julien-Louis Masquelez, SAT, dossier pédagogique 2016].
On y a trouvé de rares éléments de la basilique de Perpet. Celle d'Hervé était trois mètres plus basse que celle de Laloux, celle de Perpet étant plus basse encore.
+ compte-rendu par Henri Galinié des fouilles de 1979 à 1982 sur le site de Saint-Martin [ Ta&m 2007].
Photos des fouilles en 1886 [Casimir Chevalier] provenant principalement d'un extrait ( texte et photos) de thèse de Pierre Martin 2010 pour l'université de Poitiers, titrée "Les premiers chevets à déambulatoire et chapelles rayonnantes de la Loire Moyenne" (liens : 1 2). Des vestiges restent accessibles dans le sous-sol de l'actuelle basilique :
1
2
+ article 2013 de Pierre Martin "Nouvelles propositions pour la datation du chevet du XIème siècle"
+ livre de Casimir Chevalier sur ses fouilles.
|
Casimir Chevalier (1825-1893), érudit de l'art paléochrétien, veut régénérer la basilique de Perpet. Jessica Basciano présente ensuite Casimir Chevalier : "Le plus important des prêtres savants dans le groupe proche de Meignan était Mgr Casimir Chevalier (1825-1893). Pendant sa formation au Grand Séminaire de Tours, Chevalier était captivé par les cours de l’abbé
Jean-Jacques Bourassé (1813-1872), un archéologue qui voulait rendre l’archéologie chrétienne largement accessible. Quand Chevalier est devenu prêtre, Mgr Morlot lui a demandé d’apprendre à la fois les sciences ecclésiastiques et les sciences naturelles, afin de pouvoir défendre l’Eglise sur tous les terrains. Répondant à sa requête, Chevalier a publié sur la géologie, l’histoire, et l’archéologie. Chevalier était bien préparé pour aider l’archevêque à réaliser l’église sur le tombeau de Martin dans le style paléochrétien. [...] Les recherches de Chevalier lui permirent d’écrire, en 1878, une description
détaillée des basiliques paléochrétiennes de Rome. [...] Pas plus tard qu’octobre 1884, Chevalier avait demandé à Victor Laloux
(1850-1937) de travailler avec lui sur un projet pour la nouvelle basilique Saint-Martin. Il l’avait rencontré à Chenonceau alors qu’il était l’historien du château et que Laloux était encore étudiant, probablement vers 1869. [...] Laloux était un choix évident pour le poste d’architecte de la basilique Saint-Martin puisqu’il venait de Tours, qu’il avait gagné le prestigieux Grand Prix de Rome, et que Chevalier le connaissait déjà."
Catalogue 2016] montre qu'il y a eu des réticences : "Un premier prix de Rome ne donne pas l'expérience, ni le caractère de franc-maçon, [donne] le sentiment de l'architecture chrétienne. C'est peut-être un peu pour cette raison que le plan de M. Laloux reçut l'approbation du ministre". Quant à Casimir Chevalier, il a fait de lourdes erreurs. Il a ainsi cru que, suite aux fouilles dont il était responsable, la basilique de Perpet était le premier édifice à déambulatoire avec chapelles rayonnantes, ce que Charles Lelong, on l'a vu, a démenti. La
critique de son livre de 1888 "Les fouilles de Saint-Martin de Tours. Recherches sur les six basiliques successives élevées autour du tombeau de Saint-Martin" par
Louis-Charles-Marie de Bodin Galembert montre que ces égarements ont alors été pris au sérieux.
A gauche, Casimir Chevalier + autre photo ;
un colloque lui a été consacré en 2001, on peut consulter les interventions de Bernard Chevalier et Michel Laurencin : 1 2
Au centre, Guillaume Meignan
+ vitrail Lobin de la basilique
portrait en l'église Saint Julien (lien).
A droite, Victor Laloux
+ la photo entière [vers 1900 à son bureau, Edouard Pourchet, "Victor Laloux, son oeuvre tourangelle" 2016]
+ portrait de Adolphe Déchenaud.
|
La restitution (arrangée par symétrie) de Quicherat en 1869, le plan de Laloux en janvier 1885 et le plan définitif en 1886 [plans en reprises de deux pages du livre "Victor Laloux, son oeuvre tourangelle", Hugo Massire, Sutton 2019] + projet non retenu de clocher-campanile [même origine] + plan intermédiaire de février 1886 [colloque C. Chevalier 2011, Jessica Basciano]
+ autre plan intermédiaire [ Catalogue 2016, Michel Laurencin]. Sur ces plans, à la place de l'actuel parvis, se trouvent un "cloître ou atrium des pèlerins" avec chapelle, loge du concierge, escalier, salon et cabinet du chapelain. Et une sortie par l'Est.... + une photo de la construction [ Catalogue 2016].
A droite, dessin de la basilique Laloux extrait d'une affiche pour un rassemblement de la JAC (jeunesse Agricole Catholique) en 1935.
|
Victor Laloux (1850-1937), jeune architecte exercé à la restitution d'édifices anciens. Dans le livre "Victor Laloux, son oeuvre tourangelle", dirigé par Hugo Massire, édité par Sutton en 2016, Caroline Soppelsa décrit les conditions dans lesquelles Victor Laloux traite le projet qui lui est confié : "Lorsqu'entre 1884 et 1886 Victor Laloux réfléchit à la forme à donner à une basilique qui doit s'élever sur les fondations mêmes des églises successivement aménagées au fil des siècles sur le tombeau de saint Martin, il choisit d'écarter le style néoroman des projets de Guérin et Baillargé - hommages rendus à l'ancienne collégiale du XIème siècle, sur le modèle Saint Sernin de Toulouse - pour privilégier un retour aux origines des lieux. Pour tenter de retrouver l'esprit du premier sanctuaire du Vème siècle, dont on connaît peu de choses à l'époque, l'architecte s'appuie sur les hypothèses des archéologues et historiens de son temps et mobilise les souvenirs encore vifs des églises paléochrétiennes, byzantines et médiévales qu'il a pu voir en Italie, en Grèce ou en Orient pendant son séjour à la
Villa Médicis (1879-1883). Ce faisant, il retrouve les réflexes acquis pour l'exercice de restitution d'édifices anciens, l'un des fameux "envois" traditionnellement demandés aux lauréats du
prix de Rome On imagine l'enthousiasme du jeune architecte qui a gagné la reconnaissance de ses pairs [en 1878] sur un projet de cathédrale et a été baigné de culture latine pendant les cinq années précédentes. Tant dans la logique de son plan, l'articulation de ses volumes, le choix de sa couverture ou le vocabulaire de son programme décoratif, la basilique Saint-Martin est ainsi le reflet de la culture architecturale de son auteur, une synthèse de références érudites à des chefs d'oeuvre du passé, accumulées, mêlées et réinterprêtées avec délectation, dans le goût éclectique et historiciste de l'époque."
Catalogue 2016] : "L'abbé Chevalier à plusieurs reprises conteste l'architecture retenue, trop inspitée à son goût des basiliques latines romanes, pour finalement parvenir à imposer un édifice "romano-byzantin" richement décoré de mosaïques et soutenus par quatorze colonnes monolithes en granit rouge des Vosges, avec une charpente décorée de caissons réalisés par
Pierre Fritel. L'archéologue qu'est l'abbé Chevalier parvient à faire valoir ses exigences à l'architecte." Toutefois, dans un mouvement de balancier, par rapport au plan de janvier 1885, Victor Laloux a dû procéder à des corrections. Jessica Basciano : "Pendant l’hiver de 1885-1886, Laloux retravailla le projet pour répondre aux demandes du Comité des inspecteurs généraux, et aussi pour que le projet fût moins en rapport avec la reconstruction hypothétique de Quicherat. Tandis que dans le plan de janvier 1885, le sol du sanctuaire et des transepts est élevé par rapport à la nef, dans le plan de février 1886 revu par Laloux, le chevet est nettement moins élevé. Et au lieu d’avoir un axe visuel entre la nef et le tombeau, créé par un escalier aussi large que la nef qui descend devant le sanctuaire, de la nef à la crypte, dans le plan modifié, la crypte est cachée. Par ailleurs, les murs entre les chapelles des bas-côtés sont absents et le porche est devenu un
narthex. Laloux s’est aussi écarté de la reconstruction de Quicherat en proposant des arcades pour les bas-côtés et des fenêtres de claire-voie accouplées au lieu d’une élévation tripartite avec une galerie. Enfin, il s’en est encore écarté en incorporant des motifs byzantins dans le projet modifié, divers motifs comme les figures hiératiques dans le chevet, ainsi que le dôme conique. La conséquence de ces changements, c’est que Chevalier prit ses distances par rapport au projet"
gare d'Orsay, à Roubaix de l'
hôtel de ville et, à Tours, de l'
hôtel de ville et de la
gare.
Léon XIII. Plutôt que de reconstruire la basilique du XIème siècle, Meignan voulait connoter l’époque historique dans laquelle Martin vivait. Dans sa première lettre pastorale comme archevêque de Tours, il avait comparé le XIXème siècle au IVème siècle, et lui-même à saint Martin. Parlant de ce dernier, il avait écrit que « les armes de son apostolat sont encore les nôtres, et l’on peut dire que ses combats sont aussi nos combats. L’idolâtrie, il est vrai, a changé de forme, et les idoles de nom ; mais notre siècle en est-il moins païen ? La richesse, la volupté, l’orgueil, l’ambition, la fausse science sont encore des dieux trop bien servis et beaucoup trop honorés ». En acceptant le style paléochrétien pour l’église sur le tombeau de Martin, Mgr Meignan reliait davantage la France postrévolutionnaire à la Gaule préchrétienne et lui-même à Martin. Mgr Chevalier était la personne idéale pour aider l’archevêque à réaliser sa vision. Comme lui, il était en bons termes avec le gouvernement républicain et sa politique se conformait à celle de Léon XIII. En aidant à la
conception d’une basilique qui tirait profit de ses connaissances en archéologie chrétienne et qui était influencée par la reconstruction hypothétique de Quicherat, Chevalier a contribué au renforcement de la légitimité de l’autorité de Mgr Meignan et de sa politique libérale."
Le baptistère Saint-Jean de Poitiers est un des plus anciens monuments chrétiens dont l'origine remonte à la deuxième moitié du IVème siècle, début du Vème. Il a été fortement remanié au cours des siècles.
+ plan d'évolution
+ évolution en trois états (lien). On pourra aussi consulter la page Wikipédia titrée "Architecture paléochrétienne" (avec un chapitre "Les baptistères"). Est-il probable que des ouvriers ou architectes aient à la fois participé à cette construction à Poitiers et à celle de la basilique de Perpet à Tours ?
|
article "Résultat des fouilles de Saint-Martin de Tours en 1886",
Charles de Grandmaison examine ces vestiges, en attribue quelques-uns à la basilique de Perpet, en réfute d'autres. Il termine en émettant des doutes sur la restitution de Quicherat : "Monsieur de Lasteyrie combat la plupart de ses hypothèses, dont quelques-unes, en effet, paraissent assez hasardées. L'éminent archéologue les eût-il maintenue en présence du résultat des fouilles exécutées en 1886 ?". Pourtant, d'après Jessica Basciano, Casimir Chevalier aurait bien pris en compte certains résultats des fouilles : "Chevalier était convaincu que dans les fouilles de 1886, il avait découvert les fondations d’un chevet avec un déambulatoire et cinq absidioles datables du Vème siècle [ce qui s'avère faux]. Par conséquent, il n’a plus accepté la distribution du chevet présentée dans la reconstruction de Quicherat."
L' église San Salvador de Brescia [Wikipédia], en Lombardie, fondée en 753, exemple d' art préroman postérieur à la construction de la basilique de Perpet et antérieur à ses reconstructions suite aux ravages vikings et incendies. A comparer avec, à droite, la basilique Laloux.
|
étude de 52 pages, datée de 1891, titrée "L'église Saint-Martin de Tours, étude critique sur l'histoire et la forme de ce monument du Vème au XIème siècle",
Robert de Lasteyrie (1849-1921) reprend les divers éléments de restitution et de fouilles sur la basilique de Perpet. En introduction, il dit son respect envers Jules Quicherat, "un des maîtres de l'érudition française", et Casimir Chevalier, "un des prêtres les plus érudits du diocèse de Tours". Puis il montre les ravages qui frappèrent la basilique, notamment lors des invasions normandes, et estime qu'il y eut plusieurs "reconstructions totales". Cette affirmation apparaît critiquable : que les Vikings pillent et incendient la basilique, certes, mais on comprend moins qu'ils en abattent tous les murs, lesquels étaient très épais. L'auteur en arrive à s'interroger : "Restait-il alors quelques traces de la basilique bâtie par saint Perpet ? Comment l'admettre après le récit qu'on vient de faire ?". Et de répondre : "On peut donc affirmer, sans crainte d'erreur que toutes ces restaurations successives avaient dû faire disparaître jusqu'à la dernière pierre de la basilique du Vème siècle, bien avant que l'incendie de 997 eût nécessité la construction d'un nouvel édifice".
ci-avant) mais sont postérieurs au milieu du IXème siècle, correspondant à l'une des reconstructions. Il critique ensuite précisément certaines options de Quicherat : "Les hypothèses proposées par Quicherat pour la nef de l'église Saint-Martin soulèveraient encore d'autres objections, mais j'en ai assez dit pour prouver combien elles étaient hasardées, et l'on ne sera guère étonné, je pense, si j'entreprends maintenant de montrer que ce qu'il a écrit du sanctuaire est, sur plusieurs points, moins acceptable encore.". L'auteur en déduit que : "La basilique de Saint-Martin de Tours était donc une basilique ordinaire avec une abside sur le modèle si connu des églises de Rome. Vouloir préciser davantage serait peut-être téméraire. Cependant, pour que. ma démonstration soit bien complète, il faut que je montre comment mes conclusions peuvent se concilier avec tous les textes produits par Quicherat."
Vue du sud, la basilique de Laloux de nos jours, au fond à gauche, la tour Charlemagne, vestige à moitié reconstruit de l'ancienne basilique, devant le parvis avec le calvaire (voir en fin de ce chapitre) sur la droite [Google Earth avril 2019] + maquette du projet de 1886, sans la statue au sommet
+ photo de mai 1890 [ BmT]
+ photo de 1910 (basilique inachevée, tour Charlemagne)
+ photo vers 1990
+ photo vers 2010
+ treize cartes postales de début du XXème siècle :
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
+ lien autres cartes (site "Un regard pour Tours")
+ vue du nord 2017 [flickr Nicolas Rittreau]
+ extrait du dépliant "Visite guidée" présentant la basilique sur plan.
|
basilique le 11 novembre 1892 (+
Chronique des fêtes, 1890, 123 pages, Gallica), les travaux se terminent en plusieurs étapes, en 1902 et en 1925 pour l'essentiel, le parvis étant terminé en 1932 et la ferronnerie de la clôture en 1938. Le schéma ci-dessous positionne les quatre basiliques successives :
plan des basiliques de Perpet et d'Hervé [catalogue expo 1984
SAT), d'un
plan des
plan des basiliques d'Armence (Brice), Perpet et Hervé.
schéma Charles Lelong 2000), position pratiquement conservée d'Hervé par Laloux.
Longueur - largeur - hauteur de la basilique Perpet : 53 m, 20 m, 45 m ; la basilique Hervé : 56 m (la
nef seule), 28 m (55 m pour le
transept). 48 et 50 m pour les tours Charlemagne et de l'Horloge ; la basilique Laloux : 52 m, 26 m, 51 m
(à comparer, auparavant, avec les dimensions de la cathédrale de Tours ,
ici et de l'église abbatiale de Marmoutier,
là).
Carte postale de la 2ème moitié du XXème siècle avec la basilique de Laloux (à droite), et les tours Charlemagne (au centre) et de l'horloge (à gauche), restes de la basilique d'Hervé. Au premier plan, au centre, le cloître Saint Martin, d'accès privé. + carte postale similaire.
+ vue prise de la tour Charlemagne [photo municipale 2019]
+ photo aérienne élargie (la Loire au fond)
+ maquette de l'atelier J.I.I.S.S.A..
Photo extraite de la plaquette de la ville de Tours sur "Les sites martiniens de Tours", vers 1997.
+ vue d'Est [Wikipédia 2010]
et vue d'Ouest [ Fasc. NR 2012]
+ couverture de l'album BD "Chacun son Tours" de 2001 évoqué ci-avant
+ photo d'avant 1928 (tour Charlemagne non encore effondrée) ["Visages de la Touraine" 1948]
+ diaporama de 17 photos d'extérieur du 28 septembre 2019 avec les trois mêmes monuments
|
dessin vue nord-ouest.
A droite, la nef (+ autre photo) avec au fond l'autel surélevé et, dessous, la crypte [Wikipédia] + dessin préparatoire de l'autel.
|
A gauche, la nef. Au centre, vue latérale gauche interne avec en arrière-plan les vitraux de l'atelier Lobin et à droite le gemmail du baiser au lépreux. A droite, un des deux escaliers d'accès à la crypte aperçue au-dessus, que l'on reverra ci-après.
+ Voir ci-avant les entrelacs de la basilique
et ci-avant le gemmail qui vient d'être indiqué.
Sanctus Martinus dans l'actuelle basilique, sous le globe de feu, vitrail des ateliers Lorin de Chartres (+ vue, entouré de Grégoire et Paulin de Nole, flickr Paco Barranco), et, en gloire, au centre de la coupole [ Pierre Fritel, Wikipédia, liens : 1 2]
+ photo 2019 de la coupole.
+ photo de la peinture murale du Sacré-Coeur sur le fronton de la voûte du choeur (lien)
+ photos du choeur et des deux chapelles dédiées à Marie et Joseph (lien)
+ photo 2011 de la nef [flickr Paco Barranco].
Le maître-autel [Wikimédia et Lorincz 2001] orné de paons et de colombes avec les inscriptions "Pastor" ("Pasteur") et "Ego sum vitis et vos palmites" ("Je suis la vigne et vous êtes les sarments). Il est surmonté du ciborium de 1664, déjà présenté ci-avant.
+ dessin du maître-autel paru en 1991, peu avant sa réalisation ["Victor laloux, son oeuvre tourangelle" 2016]
+ photo du site de la basilique.
|
Paulin de Périgueux envoya cette courte dédicace qui fut inscrite sur les murs de la basilique de Perpet : "Perpetuum urbs turonum Martino antistite gaudet", qui signifie "La ville de Tours jouit à perpétuité de Martin, son évêque." ou "La ville de Tours se réjouit à jamais d'avoir Martin pour patron". Cette dédicace a été reprise sur le fronton de la basilique de Laloux. C'est un autre témoignage de la volonté de régénérer la basilique Perpet en la basilique Laloux. Cette dernière s'en trouve honorée, car elle n'est pas une cathédrale de plus, et il y en a une très belle à Tours (nommée Saint Gatien... voir
ci-avant), elle est un monument hors de l'ordinaire, d'un style à la fois néo-byzantin et préroman, chargé d'Histoire...
A gauche, le fronton (avec la dédicace de Paulin de Périgueux) dans l'actuelle basilique Saint Martin [Wikipédia] + zoom arrière..
Au centre, détail des vantaux de la grande porte de la basilique du soldat et évêque [ Maupoix 2018].
A droite, motif externe [Wikimédia] + la grande porte
+ la porte latérale (passage habituel pour entrer dan sla basilique) et la façade côté rue Descartes.
La crypte (au fond le tombeau), avec les ex-voto sur les murs. A droite, le sol [Wikimedia], d'inspiration paléochrétienne ( illustration Fasc. NR 2012)
+ exemples d'ex-voto tapissant la crypte [ Semur 2015].
Ci-dessous, ouverture lumineuse [flickr Philippe Béènne].
|
Le tombeau et les reliques de Martin 8/8. N'oublions pas de descendre dans la crypte (si la porte est fermée, il suffit de la pousser), c'est là que se trouve le tombeau de Martin. La basilique de Perpet avait continué à vivre à travers celle d'Hervé (qui en reprenait des décorations), nous venons de voir à quel point on la retrouve dans celle de Laloux... Une atmosphère étrange règne dans ce lieu de recueillement à la fois réduit et vaste, souterrain et baigné de lumière en partie naturelle, décoré des multiples inscriptions d'ex-votos chargés d'histoires personnelles et collectives.
|
1) probablement la première représentation de la nouvelle basilique avec son dôme et sa statue. En 1892, Albert Robida publie un imposant ouvrage "La Touraine" et ses environs, avec des centaines de gravures. L'une d'entre elle représente la tour Charlemagne, avec en arrière-plan le dôme de la basilique inaugurée en 1890.
+ couverture
+ le livre en son intégralité, 336 pages, Gallica
+ en 1891, avant la fin de construction, le journal "La construction moderne" avait publié une vue du futur monument
+ carte postale dessinée vers 2019 (lien, points de vente).
Saint Antoine du Rocher, en Touraine, J.P. Florence et L.L. Lobin, Verrière 2018]
+ ces deux vitraux déjà présentés :
1 (Neuillé Pont Pierre)
2 (Maison-Alfort)
+ autre vitrail représentant Martin et sa basilique Laloux, 1909 [église St Martin de Saint Martin du Lac en Bourgogne, flickr Odile Cognard].
4) Un siècle plus tard, peut-être première représentation dans une BD, une case de Lorenzo d'Esme [ Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996].
+ dessin de couverture du catalogue SAT 1997
+ dessin dans la collection Yves Ducourtioux (lien).
|
basiliques en France, toutes qualifiées de mineures. Elles sont 1802 dans le
monde, 4 autres sont
majeures, toutes à Rome. L'édifice de Victor Laloux a été
consacré basilique le 4 juillet 1925, 23 ans après son inauguration. Le président de la République française porte le titre honorifique de chanoine (ad honores) de la basilique (titre attribué par le pape
François le 26 juin 2018 à
Emmanuel Macron, reportage).
A gauche, vue du nord-est d'en haut, la basilique sans statue sur le dôme en 2015 ("La Touraine remarquable", La NR 2015], puis avec statue en 2019. A droite vue du sud-ouest d'en bas.
+ deux vues de la tour Charlemagne, du nord-ouest :
1 d'en bas [flickr Eric Riflet]
2 d'en haut [tours.fr].
Le sous-sol méconnu de la basilique et ses multiples vestiges. La coupe présentée au chapitre précédent ne montre que la crypte en sous-sol. Ot il y a un vaste sous-sol sous toute la surface de la basilique. On y trouve une grande fresque de Robert Lanz (à gauche vue d'ensemble et scène centrale représentant Martin à Trèves avec l'empereur Maxime + détail). Cette oeuvre réalisée en 1938 est ici en place depuis 2011. Ce sous-sol est principalement rempli de vestiges divers, dont ceux trouvés par Charles Lelong. On y voit aussi, à un niveau plus bas, un pan de mur de l'abside de la collégiale d'Hervé (sur lequel s'interroge une étude de Pierre Martin en 2013). Quelques visites sur réservation sont effectuées lors des fêtes de la Saint Martin en novembre. C'est un lieu susceptible d'accueillir d'autres oeuvres... + trois autres photos :
1 2
3 (mur de l'ancienne basilique Hervé)
+ article de La NR 2017 avec deux photos.
|
Le Martin oublié de la basilique. Selon la page vdujardin; cette belle et imposante fresque, de 2,29 m de hauteur, se trouve "sur le revers de la façade de la basilique " et selon cette page de la base Mérimée sur le "bas-coté Est, mur sud", à l'accès très limité. C'est une oeuvre de Camille Alaphilippe réalisée en "grès de bigot" entre 1905 et 1908 [photo flickr Hocusfocus55] (il a aussi réalisé "Les mystères douloureux", statue du jardin Mirabeau à Tours, lien).
Les grandes orgues de la basilique : une autre histoire
1902, 1956, 1977, 2013, 2017 sont les dates d'installation et gros travaux des orgues de la basilique, tant fuites d'eau et canicules ont provoqué des dégats (lien). Jouent-elles l'air de Brassens "Pauvre Martin, pauvre misère" ? Ou "A l'été de la Saint Martin" de Jean Ferrat... + article 2013.
|
calvaire à cause de sa vague forme de croix. Elle représente les trois plus importants prélats de Tours, tous trois canonisés : à gauche Grégoire, 19ème évêque, au centre Martin dans la scène du manteau partagé, 2ème évêque, à droite, Perpet, 6ème évêque. Les deux paons du socle font échos à ceux en mosaïque de l'autel. C'est une oeuvre de 1929 du sculpteur tourangeau
Henri Frédéric Varenne (1860-1933). Vers 1922, il avait été projeté d'y placer une statue de
François Sicard (
photo commentée par
Véronique Moreau-Miltgen, "Les sculptures sortent de leur réserve" 1988
MBAT).
Le 12 janvier 2020, cette petite place a été baptisée "parvis Jean-Paul II" (
article France-Bleu Touraine).
Le calvaire du parvis avec le trio Grégoire, Martin et Perpet (de gauche à droite) [Wikipédia, deux liens avec d'autres photos : 1 2] + vue de derrière avec la tour de l'horloge à gauche.
+ grille d'entrée sur le parvis.
|
Le dome de la nouvelle Basilique rejoint les anciennes tours Charlemagne et de l'horloge dans le paysage tourangeau. A gauche, "Vue de Tours", par Berthe Morisot 1892 (peint en l'été 1887).
Au centre "Vue de Tours 1941" par Charles Picart le Doux [ MBAT catalogue expo 2020]
+ du même catalogue, une autre vue analogue, "Les quais de la Loire" par Maurice Mathurin 1922.
+ cinq vues de Tours :
1 [ LTh&m 1855]
2 [Albert Robida 1892]
3 ["La Touraine" de Maurice Bedel, 1935]
4 [photo aérienne "Visages de la Touraine" 1948]
5 (vue aérienne, 1920, la basilique en haut à droite).
+ plan de 1898
+ plan "monumental" vers 1900 avec le dessin de la basilique.
|
|
Chemins de fer d'Orléans, puis SNCF à partir du 1er janvier 1938, le train est, avec l'autobus, le moyen de transport privilégié en Touraine dans les 60 premières années du XXème siècle, laissant ensuite sa place à l'automobile. A gauche, une affiche publicitaire pour venir en train à Tours. Il y en eut de nombreuses autres pour la Touraine, certaines signées Constant Duval, dont ces onze là :
1
2
3
4 (Villandry 1923)
5 (Amboise)
6 (Chenonceaux)
7 (Loches)
8 (Azay le Rideau)
9 (Chinon)
10
11.
Au centre, deux cartes postales, l'une d'un train à vapeur en gare de Gizeux-Continvoir (page sur les trains à vapeur de Touraine), l'autre d'un autorail en gare de La Membrole sur Choisille.
+ mémoire de 2008 "Le territoire du rail dans le paysage de l’agglomération de Tours (1832-1991)" par Jean-Marie Moine.
|
congrès de Tours en 1920 (dans la "salle des manèges" jouxtant l'arrière de église Saint Etienne, détruite en 1940,
photo), où fut créé le
parti communiste français, et l'activisme
marxiste de ce parti n'ont provoqué aucune agitation martinienne marquante. Est-ce parce qu'il s'y trouvait une idée convergente du partage ? Ainsi
Maurice Bedel, voisin du Poitou, en son livre de 1935 "La Touraine" présente-t-il la ville et ses habitants sans citer son deuxième évêque (sauf pour la rue du petit saint Martin !), mais n'oubliant pas certains de ses continuateurs. Extraits : "Tours est le sourire de la France. [...] Elle a la grandeur souriante d'une dame en qui s'épanouissent dix siècles de bonnes manières. [...·] Ici, tout est fine culture. On croise un lettré à chaque bout de rue [...] Nous sommes dans la ville même de saint Grégoire, de ce Grégoire de Tours qui fut, au VIème siècle, le premier historien d'une France encore toute jeune. C'est ici qu'Alcuin ouvrit école de philosophie dans les années où Charlemagne instituait le gouvernement des esprits : ce fut la première en France ; c'est à Tours que la France commença à apprendre la sagesse. A Tours aussi baguenaudait le jeune Rabelais, venu du pays de Chinon : en des rues que nous voyons encore telles qu'il les a connues, il s'exerçait à l'observation minutieuse des gens, à la critique des moeurs et des coutumes ; d'autres Tourangeaux ont par les mêmes trottoirs mené le même train de curiosité à dessein littéraire, et parmi eux Balzac, Courteline, Anatole France [+
planche de
Guignolet 1984 sur des écrivains tourangeaux]. Noms fameux dans l'histoire de nos lettres, noms rayonnants, et qui rayonnaient sur cette ville de haute culture. [...] Une cité où l'on pénètre entre une bibliothèque et un musée logés en deux palais Louis XVI de la plus noble apparence, une cité où l'on est accueilli dès l'abord par un Rabelais et un Descartes qui, pour être de marbre et montés sur piédestal, n'en adressent pas moins au voyageur le salut de l'intelligence et de la raison, une cité comme celle-là est une capitale de l'esprit." Ces palais disparaîtront dans la tourmente d'un deuxième conflit mondial et qu'est-il resté de cet esprit d'entre deux guerres ?
La rue Nationale à la belle époque. Au début du XXème siècle, la rue Nationale continue à être la "reine des rues", comme l'avait qualifiée Balzac, faisant de Tours un petit Paris.
|
ci-avant, effectués par les historiens à la fin du XXème siècle.
Vitraux du XXème siècle. L'art du vitrail se renouvelle, comme en témoignent les vitraux ici présentés. 1) Eglise Nativité de Notre-Dame à Ormoy (Haute Saône), le partage du manteau (lien)
2) Eglise Saint Martin à Saint Dié des Vosges, le globe de feu par Jacques le Chevallier (lien) + autre vitrail fondation de Marmoutier.
3) Eglise Saint Martin de Barentin en Seine Maritime, réalisations de 1947 par l'atelier Lorin de Chartres, d'après des dessins de Georges Mirianon. Baptême de Martin (lien).
+ deux autres vitraux :
1 (baptème de la mère de Martin)
2 (enfant ressuscité)
4) Cathédrale de Katowice en Pologne (lien)
5) Eglise Saint Martin de Tony le Petit, canton de Fribourg en Suisse, réalisations de Claude Sandoz en 1989. Combat contre un démon et un mauvais arbre (liens : 1 2).
+ trois autres vitraux :
1 (partage du manteau)
2 (miracle des oiseau)
3 (été de la Saint Martin).
6) Pologne (lien).
7) Eglise Saint Martin d' Omonville la Petite, dans la Manche, vitrail de l'atelier Barillet de Paris, 1957 [photo flickr Philippe Guillot].
portrait japonisant de Martin par le Philippin Nowitzki Tramonto (lien)
et ce tableau de partage du manteau, avec son environnement, dans l'église Saint Pierre du Lac à Montigny le Bretonneux (Yvelines) (lien).
|
page Wikipédia sur le drapeau français indique que : "C'est au début du règne des Capétiens que la chape de saint Martin se colore en bleu. Le bleu est ainsi intimement associé aux rois de France et figure très tôt dans leurs armoiries fleurdelisées, dont l'usage militaire apparaît au XIIème siècle. Revêtir la chape de saint Martin est le symbole de la légitimité que confère l'Eglise au roi, en particulier au moment du sacre.". En cette page, Guy Boulianne précise : "La chape de saint Martin est indiquée par la tradition comme présente lors de la célèbre bataille de Poitiers en 732 lorsque Charles Martel repoussa les Sarrasins. Par la suite, on la signale dans d’autres combats en 838 devant Tours ainsi qu’en 1043, 1066 et 1195. Sans que l’on puisse être trop affirmatif, le bleu semble donc avoir eu en ces temps lointains un caractère en quelque sorte national. ". Saint Martin est aussi désigné comme le "protecteur de nos armées" (lien).
Denis lui fait concurrence et même si ce n'est pas officiel (cf. page Wikipédia). Par exemple en cette page du site "Hérodote". Et sur cette autre page du même site : "C'est en référence à Saint Martin qu'en novembre 1918, à l'instigation du général
Foch, les négociateurs français auraient choisi de fixer au 11 novembre la date de l'armistice (de préférence au 9 ou 10 novembre)". Ce qui est démenti par les faits [colloque de Tours 2016, intervention de Jacqueline Lalouette, reprise dans le
Collectif 2019]. En novembre 1916, lors du 1600ème anniversaire de la naissance de son illustre prédécesseur, l'archevêque de Tours
Albert Nègre considère que Martin est "l'apôtre des Gaules pour la patrie, la victoire et la paix". Un abbé va alors jusqu'à comparer l'empereur
Guillaume II à Attila... (+
carte postale).
Auparavant, en 1881, Albert Lecoy de la Marche avait qualifié Martin de "saint français par excellence" (
extrait,
Lecoy 1881).
Depuis, Saint Martin est aussi devenu le patron des policiers (22 mars 1993, conférence des évêques de France). Et, en 2018, le centenaire de l'armistice a donné lieu à une célébration apaisée, en présence de l'Archevêque Mgr Aubertin, de l'historien Michel Laurencin et du maire de
Maillé, village de Touraine martyr de la guerre suivante, en 1944 (liens : 1 2)
|
|
| ||||||
Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996 + la planche Au centre en haut, l'ex-voto, sur la gauche du tombeau, en bas niche sur la droite de la nef dédiée à la paix du 11 novembre 2018. A droite, Foch à genoux devant Martin et Jeanne d'Arc + dessin d'un poilu priant Martin [Archives diocésaines de Tours, Collectif 2019]. Dans les écoles privées de Tours, au début des années 1950, les élèves chantaient encore ce cantique demandant à Martin : "Sauve la France et garde la toujours !" (lien avec vidéo et partition).
La grande boucherie. En Indre et Loire, 10.000 jeunes hommes sont morts dans cette guerre, dont 1800 pour la ville de Tours. Cases de Jacques Tardi extraites de l'album Le trou d'obus" (1984)
+ la planche
+ cinq planches du même auteur dans l'album C'était la guerre des tranchées (1993) :
1
2
3
4
5.
A droite, carte postale commémorant le défilé du 14 septembre 1919.
| ||||||||
Dom-le-Mesnil, dans les Ardennes, dont l'église est dédiée à Saint Martin. Un article du pèlerin du 5 novembre 2018 apporte des précisions : "C’est de ce petit village qu’est partie la dernière offensive de la Première Guerre mondiale, dans la nuit du 10 au 11 novembre 1918, qui tuera 99 combattants français, dont Augustin Trébuchont, mort dix minutes avant l’Armistice. « Les Allemands occupaient la commune de Vrigne-Meuse, explique Bruno Judic, président du Centre culturel européen saint Martin de Tours [site], et les Français celle de Dom-le-Mesnil. A 11 heures, heure effective de l’Armistice signé le matin même à 5 h 12 dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne (Oise), le curé de Dom-le-Mesnil fit sonner les cloches de son église dédiée à saint Martin et fit entonner le Te Deum – le premier qui fut chanté dans notre pays enfin pacifié. »"
A gauche, Martin dans les nimbes surmonte une troupe de poilus sortant des tranchées et partant à l'assaut [atelier Lorin de Chartres, église de Neuillé Pont Pierre en Touraine, lien].
Au centre gauche, vitrail sur saint Martin (au côté de Saint Louis) et la Grande Guerre [ Maurice Denis, église de Fère en Tardenois en Picardie, sur la ligne de front, lien].
Au centre droit, Michel l'archange et Martin sont représentés sur un vitrail 1930 de la crypte de la chapelle de l' ossuaire de Douaumont [atelier hébert-Stevens-Bony d'après un carton de George Desvallières, lien]
+ aussi dde Georges Desvallières, et encore avec Saint Michel, le légionnaire Martin en cette fresque, tient un rameau annonçant la Résurrection, comme les végétaux renaissant à chaque printemps ; à ses pieds, un bandeau "11 novembre 1918" [chapelle saint Yves, Paris XVème, lien] (+ lien vers la page "Les vitraux du souvenir")
+ vitrail de l'église de Golinhac en Aveyron (lien)
+ double-page de LM 2019 sur les dernières heures de guerre à Dom le Mesnil dans les Ardennes
+ plaque commémorative associant Martin à la signature de l'armistice en l' église Notre Dame des Champs à Paris [flickr P.K.].
|
drôle de guerre, l'offensive allemande (
blitzkrieg) du 10 mai 1940 provoque le
grand exode. Paris va être envahi par les troupes allemandes, le gouvernement de
Paul Reynaud se replie sur Tours, avant de repartir à Bordeaux. Le président de la République
Albert Lebrun s'installe au château de Cangé, le sénat occupe l'hôtel de ville et le château de la Plaine à Fondettes, les députés sont au Grand Théâtre et son président
Edouard Herriot au château de Moncontour à Vouvray. Pétain loge au château de Nitray à Athée sur Cher, le général
Charles de Gaulle, sous-secrétaire d'état à la guerre, au château de Beauvais à Azay sur Cher, etc. Comme en 1870, un peu aussi en 1917, Tours devient une "capitale de repli" [
article de Thierry Vivier,
La NR 2016].
A gauche, cycliste en exode demandant son chemin après avoir traversé la Loire ["La Touraine dans la guerre" Pierre Leveel, CLD 1985]. Au centre, à l'entrée de la Préfecture, le président du conseil Paul Reynaud est entouré du général Maxime Weygand et et du maréchal Pétain ["Histoire de la Touraine", Pierre Audin 2016]. A droite, le château de Cangé, à Saint Avertin, commune limitrophe de Tours, est un éphémère palais de l'Elysée tourangeau ["Le château de Cangé", Michel Ramette 2012].
|
premier conflit mondial, il n'en fut pas de même pour la
seconde guerre. En juin 1940 à l'arrivée des troupes allemandes, le centre-ville de Tours a été ravagé par un immense incendie durant plus de deux journées, détruisant ou endommageant gravement 550 bâtiments dont près de 200 monuments historiques (sur la liste de 1938) et des incunables de la bibliothèque. Il n'y a avait pas d'eau pour combattre l'incendie à cause des arches détruites du pont de pierre, rompant les canalisations. La ville se trouva dans la
zone occupée, sous
occupation allemande, alors que le sud de la Touraine était en
zone libre, sous le
régime de Vichy du maréchal
Philippe Pétain, séparée par la
ligne de démarcation jusqu'au 1er mars 1943.
Juin 1940, Tours en flammes [peinture sur papier d'Arlette Boisdet, "Guide secret de Tours et ses environs", 2019]. A gauche, les deux "palais Louis XVI" évoqués par Maurice Bedel en 1935, à droite la basilique et les deux tours.
1940 : la basilique butoir de l'incendie. "La basilique semble avoir servi de butoir à la marée déferlante de pierres" ["Tours cité meurtrie", texte Jeannine Labussière, photos Elisabeth Prat, CLD 1991 + article de Alain Irlandes sur ces photos et d'autres dans le même contexte, Ta&m 2007]. + photo du nord-est de la basilique ["Tours à l'époque de la municipalité provisoire", Boris Labidurie 1994] + deux photos du livre "Tours sous les bombes" : 1 2 de Jonathan Largeaud (photos Jean Chauvin, Geste Editions 2010) avec pour légendes "Vision apocalyptique" et "En d'autres temps, plus anciens, ce paysage aurait été pris comme un signe biblique de renaissance". L'auteur explique pourquoi, en ces jours où 64.000 des 84.000 habitants ont fui la ville au plus vite, dont des médecins et personnels administratifs, il est difficile de connaître le nombre précis de tués. Il reprend le chiffre préfectoral d'une vingtaine de personnes.
Du 21 juin 1940 au 1er septembre 1944, Tours vit sous occupation allemande. Le bâtiment sur la droite de la première photo était l'hôtel de ville avant son transfert en 1904 dans un nouvel édifice conçu par Victor Laloux. Il était alors devenu la bibliothèque municipale, un des premiers bâtiments ravagés par le feu lors des bombardements allemands à partir de la rive opposée de la Loire. + autre photo.
Au centre le palais de Justice est devenu la feldkommandantur ["Tours mémoires d'une ville" 2013] et les bureaux de commandement sont décorés de la croix gammée ["Tours à Tours", Philippe de la Fuente 2005 + deux planches :
1
2].
"La presque totalité du fond est anéantie", dont la totalité de la bibliothèque de la SAT et probablement les rayonnages sur la photo de droite, d'après Daniel Schweitz en son étude sur cet incendie. Quels documents sur Martin, la basilique, Châteauneuf, Tours et les Tourangeaux avons-nous perdus là ?
A gauche, le 15 juin 1944, les bombardiers tentent de détruire le pont Wilson, l'église Saint Julien est touchée + récit. Au centre, le même jour au même endroit, photo prise d'un des avions. A droite, l'une des nombreuses destructions du bombardement du 20 mai 1944, rue de la Fuye dans un quartier situé entre les gares ferroviaires de Tours et Saint Pierre des Corps.
En centre-ville, l'attente de la reconstruction A gauche, dessin du portfolio de Ferdinand Dubreuil ["Tours 1940", Arrault 1941] montrant les ruines de l'incendie de 1940. En 1944, les lieux ont été déblayés, surtout pour les rues, ils sont désertés dans l'attente d'un programme de reconstruction qui ne débutera qu'en 1947.
+ deux vues aériennes avant la reconstruction [Archives municipales] :
1 1946
1 1948 (la basilique est en bas à gauche).
+ photo de la reconstruction du centre-ville incendié en 1949 [Archives municipales]
+ vue aérienne de Roger Henrard, 1949 (les Halles en premier plan, la tour Charlemagne en reconstruction, à droite le Tours incendié rasé, non encore reconstruit)
+ plan de datation des chantiers de reconstruction, de 1947 à 1962 par Myriam Guérid.
château de Beaujardin à Tours, qui s'est suicidé quelques années plus tard ( récit illustré de Jonathan Largeaud).
Liens :
1
2
3.
Ex-voto des maréchaux Juin, Leclerc et De Lattre de Tassigny [crypte de la basilique, photos de cette page du Semur 2015]
|
Trois projets de reconstruction. A gauche le projet Coupel pour les remparts de Châteauneuf [ Ta&m 2007], au centre le projet Dorian pour le déplacement de la gare ferroviaire [livre Laloux 2016], à droite le projet Patout pour le Haut de la rue Nationale. Seul ce dernier a été réalisé, en grande partie, les deux autres n'ont pas eu un début de réalisation.
+ plan 1946 des zones à reconstruire [PSMV Tours 2013].
|
Une ville devenue trop minérale entre deux cours d'eau. A gauche, au sud des quartiers historiques, le quartier des Rives du Cher créé, après remblaiement, dans les années 1970 [livret municipal de 1978]. Sur la rive droite, la ville apparaît très minérale et l'autotoute A10 en bas est un couloir de pollution. Au centre vue aérienne de Tours extraite de la plaquette municipale "Parcours Tours" 2018 (+ dépliant 2016 "laissez-vous conter Tours").
Sur cette vue, On voit, que, en haut à droite, la ville de Saint Cyr sur Loire est très verte, de même que, en bas à droite, les jardins et cabanons agrandis inondables de la grande île Aucard (fausse île à ne pas confondre avec l' île Aucard voisine). Sur la rive gauche, la verdure est très peu présente dans le centre-ville. Presque tout est minéral entre Loire et Cher, sauf principalement les boulevards du grand mail et les jardins historiques du XIXème siècle.
A droite, Tours Nord [livret 1978] s'est construit en zone pavillonnaire dans les dernières années du XXème siècle (+ vue aérienne 1970, Archives minicipales) et est victime des appétits des promoteurs au XXIème siècle. Là minéralisation s'étend... (+ comparaison 1950-2017, Tours PLU 2019) On pourrait pourtant densifier en préservant des zones fortement végétalisées.
Heureusement les trames bleues et vertes de la Loire et du Cher sont là, comme des poumons de respiration...
|
éditorial du hors-série 2015 du
Mag. Touraine, Philippe Hadef met l'accent sur l'inspiration à tirer du parcours de Martin. Bel edito, mais une fois de plus on est dans l'hagiographie, on oublie certains traits du personnage... Les énoncer, le rendant moins saint et plus humain, les transposer aussi, n'apporte-t-il pas plus de relief à ces leçons à tirer ?
Bruno Judic énoncé l'essentiel en 2018 (lien) : "Le geste du soldat montre que si l’on veut obtenir la paix, le partage est nécessaire. Voilà le grand message des chemins de saint Martin. Pour que notre planète survive, il faut partager les ressources essentielles : l’eau, la terre, l’air, la nourriture..."
Martin veille-t-il à perpète sur la ville de Tours ? Vues du haut et du bas de la tour Charlemagne + trois autres photos de novembre / décembre 2019 : 1
2
3
+ vue du ciel (lien).
+ photo de la façade illuminée à la fin du XXème siècle [ Lorincz 2001]
+ photo du feu d'artifice du 10 novembre 2016 (lien).
+ scène du spectacle du Puy du Fou 2020 (lien).
Rappel : Martin dans le spectacle son et lumière de la cathédrale de Tours au premier chapitre, ci-avant.
|
carte).
Il n'y a pas eu de suite vraiment marquante jusqu'à présent, mais des bases on été posées, une volonté de promotion laïque et européenne subsiste au fil des ans, qui connaîtra peut-être un nouvel essor dans les années à venir. Plutôt que de marcher vers Compostelle pour un saint Jacques fictif sans épaisseur humaine, na vaut-il pas mieux visiter les sites martiniens d'un homme historiquement vrai et important dont on connaît les faiblesses et les forces ? Bien que profondément religieux, il avait défendu la laïcité dans l'affaire priscillienne et ses successeurs à l'évêché de Tours avaient su pactiser avec les Francs, permettant d'adoucir une époque très rude. Et toutes ces traces perpétuant au fil des siècles le nom de Martin, les généalogies européennes sont emplies de lieux, de patronymes, de prénoms martiniens, pour cela il est unique...
Pour en savoir plus sur cette initiative soutenue par la communauté européenne, on lira des numéros de la "Lettre martinienne" mentionnés ci-dessous, particulièrement les
2006-1 (
article),
2007-2 en entier (préface de Jacques Fontaine),
2007-3,
2008-5 (lancement d'un prix annuel du partage citoyen,
article,
remise des prix en 2019,
La NR). Et l'
article de présentation du
Semur 2015.
| ||
livret de 88 pages du Conseil Général d'Indre et Loire 1997 sur le trajet Tours - Vendôme. Il existe aussi un "chemin de l'évêque de Tours", de Ligugé à Tours et Candes (lien).
+ page du Semur 2015 présentant le chemin de Vendôme à Tours.
+ document "Le réseau européen des centres culturels Saint Martin".
+ lien photo de droite.
1) Couverture de la "Lettre martinienne" n° 2007-2 spécial "Partage citoyen" 2) La communauté des soeurs Bénédictines du Sacré Coeur de Montmartre qui, depuis 2000, gère la basilique, notamment l'accueil du public et des pèlerins.
( article 2015 La NR).
3) Ensuite le logo du site officiel de la basilique, régulièrement mis à jour, donne tous les renseignements pratiques d'accès et de logement ("la maison de saint Ambroise", 25 lits, un réfectoire pour 110 repas, des salles de conférence, accompagnements divers).
4) A droite, dessin accompagnant "la ligne Saint Martin", chaîne de veille, d'écoute et de solidarité. Les visiteurs peuvent acquérir dans la basilique un livre ou un objet sur Martin. Le site "Patrimoine mondial Saint Martin de Tours" (saint-martindetours.com) traite du "patrimoine martinien" et des "chemins de Saint Martin".
+ un dossier paroissial sur Martin
et un document de 24 pages de Bernard Wagner sur l'église de Sarralbe en Moselle et la vie de Martin.
+ page sur facebook.
+ à titre d'exemple, une page illustrée d'un sympathique pélerinage à Tours, par des habitants de Villepreux les Clayes dans les Yvelines.
| ||
Jean Honoré archevêque de Tours rende en 1997 à son prédécesseur l'hommage d'une
prière enluminée [
Semur 2015], le pape
Jean-Paul II s'est recueilli devant le tombeau le 21 septembre 1996 (lien vidéo). En visite à Tours durant trois jours, il a notamment affirmé que "Une société est jugée au regard qu'elle porte sur les blessés de la vie et à l'attitude qu'elle adopte à leur égard" (+
page du
Semur 2015, en un chapitre titré "La flamme du souvenir ravivée en Europe"). Cette visite engendra toutefois une forte polémique. Dans son dossier de huit pages, le
Mag. Touraine n°61, en rond compte dans une
page titrée "Les antipapistes dans la rue".
Et un
encadré fait un bilan de l'impact de la religion catholique sur le diocèse de Tours en 1995-1996.
En 2007, le pape
Benoît XVI a pris Martin pour exemple : "Que saint Martin nous aide à comprendre que ce n'est qu'à travers le partage que l'on peut répondre au grand défi de notre temps : celui de construire un monde de paix et de justice, dans lequel tout homme puisse vivre dignement." (lien). En 2016, le
pape François a reçu la communauté Saint-Martin. Il a aussi publié une
médaille à l'effigie de Martin, qu'il offre aux chefs d'état.
Septembre 1996. Images réalisées par les deux grands photographes de La NR [ Mag. Touraine n°61].
A gauche, passage de la papamobile rue des Halles, devant la tour Charlemagne [Pierre Fitou].
A droite, rassemblement géant sur l'aérodrome [Gérard Proust].
Sept. 1996 : Jean-Paul II devant le tombeau de Martin Janvier 2016 : la communauté Saint Martin rencontre le pape François au Vatican (lien). |
Candé sur Beuvron (près de Blois), est actuellement situé dans l'
abbaye Notre-Dame d'Evron, réunissant en 2019 sept formateurs et une centaine de séminaristes. +
lien Wikipédia + le site de la communauté +
page du
Semur 2015.
|
article "Ouest-France" et
article "La République du Centre" de février 2014] et après des travaux financièrement importants, surtout pour le dôme (illustrations ci-dessus) elle est revenue pimpante en octobre 2016 juste avant l'anniversaire. Un portail de
La NR rend compte des nombreuses manifestations qui ont eu lieu. Contrairement aux historiens qui, on l'a vu
ci-avant, ont su dépasser le périmètre chrétien et ne pas seulement procéder par
hagiographie, ces divers évènements ont souvent été perçus comme limités au domaine sacré. Du coup l'argent public qui fut insufflé semblait servir à des fins religieuses. Il fut pourtant utile pour le colloque des historiens, mais qui l'a su ? Même La NR, pourtant prolixe sur ces manifestations, n'y a pas consacré un article. Ignoré aussi dans le grandiloquent
dossier de presse municipal. Un débat en conseil municipal s'est fait l'écho de ce reproche (
article de
La NR). Le site "La Rotative", publia une page titré "La nauséeuse parade tant esseulée", parlant de "budget démesuré pour un bide"... (+ autre article de ce site) Le site "37 degrés" publiait un
article titré "L’Année Martinienne, un chemin pavé d’embûches". Extrait : "A trop vouloir rassembler autour de la figure de Martin de Tours, à force de trop distiller le label de l’Année Martinienne, la Mairie finit par brouiller les messages, conforte les clivages et passe à côté de ses objectifs en ne réussissant pas à rassembler au-delà des cercles de convaincus". (+ autre
article).
En laissant le volet religieux aux croyants, n'est-il pas possible pour des collectivités laïques de célébrer le volet historique d'un saint ? Cela se fait pour Jeanne d'Arc, il devrait en être de même pour Martin. La présente page ne prouve-t-elle pas qu'il y a vraiment matière ?
2016, entretien de la nouvelle basilique Une première phase de travaux de restauration eut lieu en 2014-2016. Le dôme, qui était en brique, fut reconstruit en bois. La statue dominant le dôme réalisée par le sculpteur Jean-Baptiste Hugues fut enlevée, restaurée et replacée [illustrations issues du magazine municipal "Tours & moi" puis de flickr François Tomasi].
+ deux articles de La NR sur les travaux du dôme : 1 (avant) 2 (après).
A droite et sur cette photo, la statue de retour sur son dôme (lien).
Le 17 février 2014, la statue de la basilique Saint Martin est descendue ["Tours secret", Hervé Cannet, édition NR 2015]. Le 15 octobre 2016, elle retourne sur son dôme. Martin et son successeur Bernard-Nicolas Aubertin, 137ème évêque / archevêque de Tours, semblent se saluer, se bénir l'un l'autre, dialoguer... [lien, montrant aussi le positionnement préalable du coffret de reliques dans le bras de la statue, cf. ci-avant). Puis parade Saint Martin organisée par le comité de quartier Sainte Radegonde (la reine martinienne devenue abbesse, cf. ci-avant) [lien, avec la reprise d'un article de la NR présentant aussi une parade dans les rues de Tours avec 15 délégations venues de 12 pays]. A droite, dans la commune Saint Martin des Prés (Côtes d'Armor), deux conférences et la remise à la paroisse d'une statue de Saint Martin [article du Courrier Indépendant du 9 novembre 2016].
+ Sur Paris eut lieu une procession saint Martin le 21 mais 2016, affiche et reportage, lien.
2016, la Hongrie a aussi fêté le 1700ème anniversaire, ici sur la ligne Budapest - Szombathely, lieu de naissance de Martin (lien). + photo d'un autobus illustré avec le partage du manteau, Utrecht 2018.
|
Vincent Jordy a béni la ville de Tours et a demandé, par l'intermédiaire de Martin, "force et consolation" contre la
pandémie de Covid-19. Le démon est à la mesure de Martin : "Vade retro Corona" (Léon Papin Dupont, qui a inspiré l'action épiscopale sur le choléra, est le propagateur de l'expression "Vade retro Satana",
source Wikipédia). La présence du maire de Tours, en intermède électoral et ballottage défavorable, a provoqué quelques remous. La basilique est toutefois propriété de la Mairie... Alors que les autorités laïques ont trop souvent joué sur la peur au détriment des libertés, donner de l'espérance était bienvenu. On pouvait même regretter l'absence de la Préfète que la virtus de Martin aurait pu convaincre de fraternité et solidarité, par exemple, pour libérer les Tourangeaux de l'interdiction de se promener sur les bords de la Loire et du Cher... + quatre articles de
La NR :
1
2
3
4. + L'idée municipale de transformer Marmoutier en "Futuripark" (
présentation) et d'y faire un "escape game" (
article
La NR)...
Tours et l'eau 6/6 : le retour du risque d'inondation entre Loire et Cher. Les pandémies sont revenues, les inondations reviendront, mieux vaut appliquer le précepte "Gouverner c'est prévenir". C'est sûrement plus efficace que prier saint Martin... Comme le rappellent Hervé Chirault et Aude Lévrier en une double-page [Guide secret de Tours et de ses environs", 2019], la digue du Canal est essentielle. Elle seule avait préservé en 1866 le centre de Tours des eaux et avait permis d'éviter le renouvellement de l'inondation de 1856. Sans cette digue, la catastrophe peut se reproduire et la carte 2008 des hauteurs d'eau alors atteintes est alarmante. Or, en catimini, les autorités préfectorales et municipales ont déclassé en 2015 cet ouvrage séparant les deux communes de Tours et Saint Pierre des Corps, protégeant la première des inondations par l'amont et la seconde des inondations par l'aval. Jusqu'en 2012, il était considéré comme essentiel et en bon état. L'association pour la qualité de la vie dans l'agglomération tourangelle, Aquavit, qui dénonce ce risque inconsidéré (dossier partie 1), a obtenu en 2018 du Tribunal administratif d'Orléans que la digue ne puisse pas être percée sans une nouvelle procédure, contrairement à la "mise en transparence" qui était planifiée à court terme en 2015. Mais que vaudront les leçons de l'Histoire face à l'irresponsabilité politique et à la pression du très puissant lobby immobilier ? La basilique Saint Martin ne doit pas être inondée, comme l'avait été en 1733 la précédente collégiale.
+ le point sur les risques d'inondation, en 2015, sur cette page du site de l'Aquavit.
|
Les mystères de la basilique est un téléfilm policier sorti le 14 avril 2018 sur FR3, hors-série n°14 de Meurtres à..., réalisé par François Guérin, sur fond de vol de relique, avec pour acteurs principaux Isabel Otero et Marwan Berreni (la bibliothèque municipale, toit vert en haut à droite de la première image, étant transformée en commissariat de police).
+ début du générique de fin.
+ court extrait vidéo du film "Jo" (1971) où Louis de Funès, par temps pluvieux, partage son rideau de douche à la manière de Martin partageant sa cape.
|
livre 2014 "Tours mégaloville", 258 pages, 40 Mo, et c'est reparti pour une 2ème ligne...) et rejet de la nature en ville (cf. mon
livre 2012 "Tours et ses arbres qu'on ne laisse pas grandir", 230 pages, 34 Mo), derrière ce paysage fait d'artifices et éloigné des préoccupations citoyennes que l'on retrouve dans d'autres villes, je ne peux que reprendre ce qui a été égréné le long de cette page : regretter que la ville de Tours mette si peu en valeur son patrimoine. Un
Marmoutier peu accessible, un château du
Plessis à l'abandon, les terrasses de l'
Archevêché interdites, le jardin de l'
hôtel de Beaune en triste état, avec la
fontaine de Beaune non réparée, le
Haut de la rue Nationale enlaidi de tours-hôtels au mépris du classement Unesco. Aussi la fermeture de l'
historial de Touraine, du
musée Saint Martin, du musée du
gemmail. Aussi l'abattage de probable de deux des quatre rangées de platanes du boulevard Béranger (cf. page de l'Aquavit), la place du Palais qui risque d'être bouleversée (cf. page voisine) sans référendum local (mais avec l'assentiment d'une enquête publique comme d'habitude arrangée). Et des demandes jamais écoutées, comme l'agrandissement du jardin public de la Préfecture (cf. page voisine), une signalétique pour la "Grand rue" moyen-âgeuse, la végétalisation de la place de la Préfecture etc. Un minimum a tout de même été maintenu, avec la continuation de la réhabilitation des quartiers anciens entamée dans les années 1960 et l'entretien de la plupart des édifices en place. Heureusement, à défaut de personnel politique performant, cette page montre que les archéologues, historiens et érudits ont été brillants, merci à eux !
Plan de Sauvagerde et de Mise en Valeur, créé en 1973, a permis de mettre en place les règles de gestion du secteur central sauvegardé. S'il fut d'une bonne efficacité les quarante premières années (et une dizaine d'années plus tôt, sous d'autres formes), la version 2013 a marqué de fortes dérives permettant de s'affranchir d'importantes protections passées, notamment en ne protégeant plus les arbres, ce qui a permis par exemple d'abattre les tilleuls du jardin François Ier en Haut de la rue Nationale. Plus de détails sur cette page voisine. De plus, les architectes des bâtiments de France sont de plus en plus arrangeants (l'un d'entre eux s'est même fait embaucher dans la métropole), le tribunal administratif d'Orléans est de plus en plus laxiste par rapport aux contraintes, ce qui permet la réalisations de chantiers contraires à plusieurs protections en vigueur, comme celui du Haut de la rue Nationale. Le dossier d'enquête publique du PSMV 2013 était accompagné d'une belle documentation (440 pages, 126 Mo) + documentation du Plan Local d'Urbanisme 2019 (267 pages, 56 Mo).
|
ci-avant). Charles Lelong, en sa "Vie et culte de Saint Martin", écrit que la basilique de Laloux, «conçue dans un curieux style « romano-byzantin » a été louée par les uns, dénigrée par les autres". Ici elle est louée. Pour son curieux style. Pour sa beauté, mêlant simplicité, élégance et richesse décorative. Pour ses dimensions plus humaines et plus chaleureuses que celles d'une cathédrale, dans les limites desquelles Victor Laloux a tiré un parti admirable, notamment illustré par la lumière du jour diffuse autour du tombeau. Ensuite, et c'est l'objet premier de cette page, pour ce qui la rapproche de la basilique du Vème siècle bâtie par un Perpet qui a su agir pour la perpétuité d'un Martin emblématique... Comme si, par un raccourci temporel, les constructions romanes et gothiques n'ayant pas existé, on se rapprochait d'une époque lointaine, tout en bénéficiant des acquis du XIXème siècle. Dix-sept siècles parcourus depuis l'élection de Martin, une succession de malheurs affrontés puis surmontés. L'ermite populaire semble toujours montrer un chemin, celui du partage, et peu importe qu'il ne soit pas seulement celui de son Dieu. N'oublions pas ces Tourangeaux anonymes qui ont bouleversé l'ordre établi en le transformant en évêque et en chassant son successeur trop distant pour élire son contraire, un Armence qui essaye de satisfaire ses électeurs en rompant avec la politique précédente. Problématique toujours actuelle : comment changer le destin par une élection ou une révolte ou un symbole tel qu'une basilique ?
Au XXIème siècle, Martin combat encore ses démons !? Dans sa basilique !? Paru en 2002 chez "La comédie illustrée", l'album collectif de bande dessinée "Chacun son Tours" comprend sept récits. Celui réalisé par Ullcer, titré "Le secret de Janus", en 8 pages, présente une étrange séquence (un miracle ?) dans la basilique Saint Martin. + trois planches : 1 2 3. Martin et l'humour ne seraient donc pas incompatibles. Le Romain soldat chrétien et le Gaulois français païen se sont-ils réconciliés en combattant leurs démons communs ?
|
Bibliothèque municipale de Tours (site) ;
BnF :
Bibliothèque nationale de France (site) ;
Mag. Touraine :
Le magazine de la Touraine (site) ;
MBAT :
Musée des Beaux-Arts de Tours (site et page de ses dossiers de presse) ;
La NR :
La Nouvelle République (site) ;
SAT :
Société Archéologique de Touraine (site).
Maric - Frisano 1994, Proust - Martin, Froissard 1996, Fagot, Mestrallet - d'Esme 1996, Brunor - Bar 2009, Nikto - Kline 1987, BD Utrecht 2016 : voir
ci-avant.
Guignolet 1984, Couillard - Tanter 1986, LTa&m 1845, LTh&m 1855, Oury - Pons 1977, Leveel 1994, Cossu-Delaunay 2020 : voir
ci-avant.
Semur 2015, Catalogue 2016, Maupoix 2018, Collectif 2019, Geneste 2018, Lorincz 2001, Verriere 2018, Fasc. NR 2012 : voir
ci-avant.
Lecoy 1881 : voir
ci-avant,
Ta&m 2007 : voir
ci-avant.
Alain Beyrand, Tours, décembre 2020 (alain (at) pressibus.org)
Page en Creative Commons
Adresse courte de la présente page : pressibus.org/martin
fichier au format pdf (235 pages, 45 Mo, impression firefox).
Accès à l'accueil